Perspectives (d’emploi) #8


J’envoie depuis trois semaines des mails-CV-lettres-de-motivation-candidature à tout va, sur une base d’environ un envoi tous les deux jours, au hasard de ce que je peux trouver via l’ANPE ou autre. J’envoie depuis trois semaines des mails tous identiques, aux tournures de phrases parfaitement-sèchement académiques qui ne veulent rien dire sinon peut-être lis moi aime moi appelle moi il faut que tu me veuilles. Alors j’enchaîne les veuillez agréer et autres conneries d’usage pour des trucs pour lesquels je n’ai pas la moindre expérience ni même la moindre idée de ce que ça peut être la plupart du temps.

Ce matin, je décroche la palme en écrivant sans y penser la phrase :

Je suis particulièrement intéressé par les produits de la maison en général et les produits de salle de bain en particulier.

Et se demander dans la foulée si franchement, franchement, on peut, quand on est DRH ou recruteur quelque part, peu importe où, partir du principe que ce genre de phrase est honnête, sincère, vraie, non-absurde. Franchement. J’en doute.

Au fond, je postule désormais tellement automatiquement (plusieurs critères malgré tout : temps de travail, organisation de ce temps de travail dans la semaine, localisation géographique, expérience demandée...) que j’en arrive à ne plus trop savoir au juste pour quoi ou pour qui je postule. Alors quand il arrive que l’un d’entre eux appelle (et ce n’est pas fréquent, je précise) il me faut bien plusieurs secondes-minutes de euh oui bonjour bien sûr que je suis disponible pour vous votre annonce m’intéresse terriblement pour me rappeler au juste, d’où vient la voix qui me sature l’écouteur, qui elle est et pourquoi elle me pose toutes ces questions grotesques. Et puis enfin je me souviens. Et c’est là en général que j’arrive à me dire que finalement ce n’est pas trop grave que ça ne puisse pas se faire. Des fois, même, j’avoue, je pense ouf et puis je n’y pense plus.

Jusque-là du coup : aucun résultat, aucune réponse, rien, nada. Alors on attend parce qu’au fond quoi faire d’autre ? Et continuer de postuler au hasard de mes déambulations internet, pondre des lettres de motivation peu motivées, en réalité reprendre le schéma déjà existant des précédentes, remplacer un mot par un autre, corriger une faute oubliée, se convaincre que si-si-si cet emploi je m’y vois trop et ça me plairait trop grave. Et tout oublier aussi rapidement comme, j’en suis sûr, oublient ceux qui de l’autre côté de l’écran ont pour calvaire de me lire. Chacun sa merde. Et tout recommencer le lendemain. Et ainsi de suite.

26 septembre 2008
par Guillaume Vissac
Journal
#ANPE #Boulot
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