Tokyo, Québec


par Leroy K. May

Mise à jour du 24 juin 2011

Je repasse cet article en une à l’occasion du "#ebookfriday" du jour qui propose Tokyo, Québec sur Numeriklivres à 0.99€, occasion du coup de découvrir ce texte assez génial. Faut se dépêcher, par contre, l’offre n’est valable qu’aujourd’hui.


J’ai lu une première fois Tokyo, Québec, plus ou moins par hasard si ma mémoire est bonne, au printemps dernier, entre mars et juillet, car à l’époque le texte était propulsé au compte goutte par l’éditeur numérique québécois Robert ne veut pas lire, comme un récit par épisodes en fait. En septembre, Numeriklivres a commencé à diffuser une partie du catalogue Robert ne veut pas lire afin de le proposer sur les plateformes numériques françaises. Occasion trouvée pour relire le texte, cette fois-ci tout d’une traite, de manière à avoir deux expériences différentes après première lecture forcément fragmentée à l’époque.

Tokyo, Québec [1] est un récit halluciné (Leroy K. May / le roi camé ?) qui, comme son titre l’indique, abolit la géographie. Construit sur une série d’alternance des chapitres (Elle & Il sont les personnages principaux, séparés puis ensemble, de cette fable moderne et même assez cash) il tisse non pas un monde mais une cartographie d’endroits tous reliés les uns aux autres : Montréal = Tokyo = Paris = New-York et j’en passe. Une écriture de la Ville à l’âge du numérique, somme toute, et plus précisément encore à l’âge Google (Maps, Earth ou Street View) qui aplatit le Monde pour mieux le transformer en un réseau de mondes. Toyko, Québec se sert de ce réseau pour développer une écriture où ici et là-bas c’est partout, un seul et même lieu où les corps se dispersent.

Elle avait traversé le pont Champlain Jacques-
Cartier Neuf Brooklyn et de Tokyo pour déboucher
dans Ginza un quartier pas terrible puis au théâtre
Kabuki tout en traversant le parc Hama Rikyu
le nouveau pont est laid le vieux pont donnait
l’impression de pénétrer dans une petite bourgade
puis c’est l’immeuble Fuji TV et un autre pont le
Rainbow Bridge puis c’est Shinjuku la nuit et ses
néons incalculables c’est une féerie de signes
qu’Elle ne comprend pas Elle évite les voitures la
fourmilière s’avance vers Elle ne sait pas quoi faire
Elle a peur Elle veut qu’Il soit là qu’Il la sauve qu’Il
l’extirpe de ce cauchemar mais la réalité La rattrape
une Toyota La heurte Elle fait un 360 en l’air puis Elle
reconnaît les contours de Staten Island l’énormité
qui y trône qui pointe vers l’Atlantique vers le pays
donateur de l’horreur la Dame liberté celle libre de
vous acheter ; Elle déambule dans les petites rues
européennes de Wall Street Elle ne sait plus quelle
heure il est il doit être 9 heures la ville fourmille
de costards d’espresso et de tailleurs Burberry
Elle voudrait être dans Little Italy et Elle y est Elle
voudrait être dans le Brooklyn de Harvey Keitel et
de Paul Auster dans Smoke et Elle y est mais Il n’y
est pas Il est trop occupé à fumer sa dernière clope
avec Jarmusch qui relate la cigarette après l’amour
sous la pluie pendant les tempêtes de neige après
et avant le déjeuner.

Leroy K. May, Tokyo Québec, Robert ne veut pas lire / Numerkilivres, P.41.

Un tunnel à Tokyo (via Google Street View)

La prose camée de Leroy fonctionne par impulsions, sans ponctuation la plupart du temps, rythmée soit par la fuite des corps les uns en direction des autres (Elle & Il passent une bonne partie du récit à converger l’un vers l’autre et, lorsqu’ils se rejoignent, à fuir ensemble ailleurs), soit par la projection de ces corps dans un environnement malade, qu’il s’agisse de la Ville elle-même ou de la famille dysfonctionnelle qui a engendré Elle. On y retrouve la mère (la Merde) qui prostitue ses gosses pour se payer sa dope, et autour d’elle ceux qui jouent le jeu, ceux qui s’extirpent et ceux qui en rêveraient. Le récit s’achève d’ailleurs sur un final très Tarantino qui enfonce bien le clou, juste ce qu’il faut.

Elle n’est pas
particulièrement violente Elle veut simplement en
finir avec la médiocrité avec Sa médiocrité héritée
de cette famille dirigée par la Merde Toute Puissante
créatrice de l’Inconscience et de l’Inconséquence.

P.51

Le récit de l’idylle entre Elle & Il est assez singulier car, là encore comme la Ville, on dirait qu’elle nait et qu’elle vit, se propage, uniquement dans le réseau ou dans une vie bis qui en prendrait les codes. Comme Tokyo, Québec est une traversée de la Ville à l’âge de Google Street View, c’est aussi, genre, une « histoire d’amour », à l’ère des amours numériques, où le corps est pixel, droit devant l’oeil Webcam, où les conversations sont des mots découpés par la machine, où Meetic choisit qui drague quoi et où on peut au fond « être ensemble » sans jamais s’être vus, et toute une partie du texte s’attache à mettre en parallèle le parcours de l’un pour arriver vers l’autre. Comme s’ils s’étaient côtoyé quelque part sans pourtant jamais s’être frôlé la peau.

Il gribouillait dans son petit cahier noir des poèmes
sans queue ni tête sur l’élévation de Ses cuisses et
la nature de Ses seins ; Il décrivait en menus détails
la géographie de Sa chatte et les bordures salines
qui la délimitaient ; Il détaillait la forme de Son anus
et la façon qu’Il envisageait d’effeuiller Sa rose de
mordre les pétales et de perforer la cavité interdite ;
Il avait visiblement mieux à faire qu’écouter ces
connards de profs ou ces midinettes bourgeoises.

P.28

Un tunnel à Tokyo #2 (via Google Street View)

Et au bout de l’idylle, avant les virées en enfer d’Ell&Il, des écarts dans des villes de pixels (ici le Japon et le Tokyo du titre) où rejouer, mais en plus gore, des scènes qu’on dirait bien toutes droit tirées (extirpées même) de Manon Lescaut, et elle est assez dingue, je trouve, cette filiation, voulue ou pas voulue d’ailleurs, revendiquée ou pas, preuve que le « roman digital » (et Tokyo, Québec en est un, c’est même le plus parfait exemple) relève bien d’une évolution directe d’une littérature qui touche toujours juste quand elle mord à la marge.

Ils descendirent ensuite au Listel Shinjuku Hotel
où ils décidèrent de profiter du bar lounge puis de
la piscine et du sauna le but étant évidemment de
foutre un joli bordel dans cet hôtel somme toute
correct mais manquant de passion ; ils arnaquèrent
un couple de riches Berlinois qui revenaient d’une
excursion sexuelle en Thaïlande (ils s’en vantaient) ;
la femme d’une quarantaine d’années s’était fait
refaire les seins le printemps passé c’était comme
des trampolines olympiques Il avait presque
envie de les croquer pour voir s’ils exploseraient
l’homme était bien mis la quarantaine aussi un peu
bedonnant mais quand même assez en forme assez
pour se taper deux jeunes oiseaux rares venus se
farcir une ville démente débile irréelle.

Après quelques vodkas jus d’orange et autres drinks
plus exotiques au tour de la piscine qu’ils étaient
seuls à exploiter Elle retira lentement son top pour
attirer le gros german cat vers Elle ; Il savait quoi
faire Il n’avait qu’à manœuvrer lentement avec sa
Berlinoise la faire se pâmer un peu pendant qu’il
la limerait dûment puis au bord de la pâmoison
Il aspirerait son âme avant de la laisser choir
dans le sauna dernier réceptacle pour sa carcasse
de putasse.

Elle détachait son string de sa main gauche pendant
que berlinois matou dénouait le cordon de son
maillot pensant s’envoyer en l’air cette jeunette
avant de ronfler entre les ballons de volley-ball
de sa tendre verheiratete Frau ; alors qu’Elle se
dévoilait dans toute sa splendeur ô drame le
matou s’effondra demanda son bronchodilatateur
en allemand mais son adorée s’affairait déjà sur le
mât d’Il qui n’eut d’autre choix que de décharger
promptement pour mettre fin au supplice ; Il lui
asséna un coup de genou en plein front qui le lui
fendit sa lèvre faisant s’évacuer les derniers délices
qu’elle goûtât ; Ell&Il se remballa paniqué prit les
cartes et les liquides et se dirigea vers la plus
proche bouche de métro de fusion.

P.73-75

Tolyo, Québec est ni plus ni moins entré dans mon top 3 des textes numériques les plus percutants et les plus jouissifs découverts jusque-là (et comme c’est d’ailleurs normal de trouver un tel récit/roman/peu importe en version numérique directement et non pas en papier, comme c’est évident de le lire chaque semaine sur Iphone, ou sur l’écran du Mac ou plus au chaud, en retrait, en relecture e-ink). Dans ce top 3 mental, il y aurait aussi Vers l’ouest, et ce n’est pas une surprise que ces deux textes là viennent de l’autre côté de l’Atlantique car c’est aussi une écriture que je découvre à travers eux, une langue à part entière réellement revigorante.

C’est l’hécatombe sur Ste-Cath alors qu’Elle laisse
tomber sa veste de cuir pour montrer ses tatous :
« Ell&Il » sur le bras gauche et « Rien ne sert de
courir il faut mourir à poing » sur le droit. C’est la
loi du plus fort ou du moins faible qui rugit dans la
jungle des rues entremêlées qui mènent au paradis
glauque et souterrain des corridors limpides et
sonores des bas-fonds de Paris, Québec.

P.25

Alors bon, que ce soit 4$ ou 5.99€, franchement ça vaut le coût, littéralement, d’avoir une littérature aussi incisive et percutante pour un prix égal ou inférieur à celui d’un livre poche. Pour ça aussi qu’il faut recommander, et même très fortement, Tokyo, Québec à tous ceux qui sont déjà habitué à lire en numérique mais surtout, surtout, à ceux qui ne le sont pas.

Aéroport international de Tōkyō-Haneda (Via Google Earth)



24 juin 2011
par Guillaume Vissac
Lectures
#Google Street View #Leroy K. May #Littérature numérique #Mahigan Lepage #Numeriklivres #Robert ne veut pas lire

[1Note : toutes les citations présentées dans cet article sont issues de la version Robert ne veut pas lire pour liseuse type Sony/Kindle.

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Révisions

1 révision

Tokyo, Québec, version 2 (8 mars 2014)

Leroy K. May , Tokyo, Québec
par Leroy K. May

Mise à jour du 24 juin 2011

Je repasse cet article en une à l’occasion du "#ebookfriday" du jour qui propose Tokyo, Québec sur Numeriklivres à .99€, occasion du coup de découvrir ce texte assez génial. Faut se dépêcher, par contre, l’offre n’est valable qu’aujourd’hui.


J’ai lu une première fois Tokyo, Québec, plus ou moins par hasard si ma mémoire est bonne, au printemps dernier, entre mars et juillet, car à l’époque le texte était propulsé au compte goutte par l’éditeur numérique québécois Robert ne veut pas lire, comme un récit par épisodes en fait. En septembre, Numeriklivres a commencé à diffuser une partie du catalogue Robert ne veut pas lire afin de le proposer sur les plateformes numériques françaises. Occasion trouvée pour relire le texte, cette fois-ci tout d’une traite, de manière à avoir deux expériences différentes après première lecture forcément fragmentée à l’époque.

J’ai lu une première fois Tokyo, Québec, plus ou moins par hasard si ma mémoire est bonne, au printemps dernier, entre mars et juillet, car à l’époque le texte était propulsé au compte goutte par l’éditeur numérique québécois [Robert ne veut pas lire->http://robertneveutpaslire.com/], comme un récit par épisodes en fait. En septembre, [Numeriklivres->http://www.numeriklivres.com/] a commencé à diffuser une partie du catalogue Robert ne veut pas lire afin de le proposer sur les plateformes numériques françaises. Occasion trouvée pour relire le texte, cette fois-ci tout d’une traite, de manière à avoir deux expériences différentes après première lecture forcément fragmentée à l’époque.
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Tokyo, Québec [1] est un récit halluciné (Leroy K. May / le roi camé ?) qui, comme son titre l’indique, abolit la géographie. Construit sur une série d’alternance des chapitres (Elle & Il sont les personnages principaux, séparés puis ensemble, de cette fable moderne et même assez cash) il tisse non pas un monde mais une cartographie d’endroits tous reliés les uns aux autres : Montréal = Tokyo = Paris = New-York et j’en passe. Une écriture de la Ville à l’âge du numérique, somme toute, et plus précisément encore à l’âge Google (Maps, Earth ou Street View) qui aplatit le Monde pour mieux le transformer en un réseau de mondes. Toyko, Québec se sert de ce réseau pour développer une écriture où ici et là-bas c’est partout, un seul et même lieu où les corps se dispersent.

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Elle avait traversé le pont Champlain Jacques-
Cartier Neuf Brooklyn et de Tokyo pour déboucher
dans Ginza un quartier pas terrible puis au théâtre
Kabuki tout en traversant le parc Hama Rikyu
le nouveau pont est laid le vieux pont donnait
l’impression de pénétrer dans une petite bourgade
puis c’est l’immeuble Fuji TV et un autre pont le
Rainbow Bridge puis c’est Shinjuku la nuit et ses
néons incalculables c’est une féerie de signes
qu’Elle ne comprend pas Elle évite les voitures la
fourmilière s’avance vers Elle ne sait pas quoi faire
Elle a peur Elle veut qu’Il soit là qu’Il la sauve qu’Il
l’extirpe de ce cauchemar mais la réalité La rattrape
une Toyota La heurte Elle fait un 360 en l’air puis Elle
reconnaît les contours de Staten Island l’énormité
qui y trône qui pointe vers l’Atlantique vers le pays
donateur de l’horreur la Dame liberté celle libre de
vous acheter ; Elle déambule dans les petites rues
européennes de Wall Street Elle ne sait plus quelle
heure il est il doit être 9 heures la ville fourmille
de costards d’espresso et de tailleurs Burberry
Elle voudrait être dans Little Italy et Elle y est Elle
voudrait être dans le Brooklyn de Harvey Keitel et
de Paul Auster dans Smoke et Elle y est mais Il n’y
est pas Il est trop occupé à fumer sa dernière clope
avec Jarmusch qui relate la cigarette après l’amour
sous la pluie pendant les tempêtes de neige après
et avant le déjeuner.

Leroy K. May, Tokyo Québec, Robert ne veut pas lire / Numerkilivres, P.41.

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Un tunnel à Tokyo (via Google Street View)

La prose camée de Leroy fonctionne par impulsions, sans ponctuation la plupart du temps, rythmée soit par la fuite des corps les uns en direction des autres (Elle & Il passent une bonne partie du récit à converger l’un vers l’autre et, lorsqu’ils se rejoignent, à fuir ensemble ailleurs), soit par la projection de ces corps dans un environnement malade, qu’il s’agisse de la Ville elle-même ou de la famille dysfonctionnelle qui a engendré Elle. On y retrouve la mère (la Merde) qui prostitue ses gosses pour se payer sa dope, et autour d’elle ceux qui jouent le jeu, ceux qui s’extirpent et ceux qui en rêveraient. Le récit s’achève d’ailleurs sur un final très Tarantino qui enfonce bien le clou, juste ce qu’il faut.

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Elle n’est pas
particulièrement violente Elle veut simplement en
finir avec la médiocrité avec Sa médiocrité héritée
de cette famille dirigée par la Merde Toute Puissante
créatrice de l’Inconscience et de l’Inconséquence.

P.51

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Le récit de l’idylle entre Elle & Il est assez singulier car, là encore comme la Ville, on dirait qu’elle nait et qu’elle vit, se propage, uniquement dans le réseau ou dans une vie bis qui en prendrait les codes. Comme Tokyo, Québec est une traversée de la Ville à l’âge de Google Street View, c’est aussi, genre, une « histoire d’amour », à l’ère des amours numériques, où le corps est pixel, droit devant l’oeil Webcam, où les conversations sont des mots découpés par la machine, où Meetic choisit qui drague quoi et où on peut au fond « être ensemble » sans jamais s’être vus, et toute une partie du texte s’attache à mettre en parallèle le parcours de l’un pour arriver vers l’autre. Comme s’ils s’étaient côtoyé quelque part sans pourtant jamais s’être frôlé la peau.

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Il gribouillait dans son petit cahier noir des poèmes
sans queue ni tête sur l’élévation de Ses cuisses et
la nature de Ses seins ; Il décrivait en menus détails
la géographie de Sa chatte et les bordures salines
qui la délimitaient ; Il détaillait la forme de Son anus
et la façon qu’Il envisageait d’effeuiller Sa rose de
mordre les pétales et de perforer la cavité interdite ;
Il avait visiblement mieux à faire qu’écouter ces
connards de profs ou ces midinettes bourgeoises.

P.28

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Un tunnel à Tokyo #2 (via Google Street View)

Et au bout de l’idylle, avant les virées en enfer d’Ell&Il, des écarts dans des villes de pixels (ici le Japon et le Tokyo du titre) où rejouer, mais en plus gore, des scènes qu’on dirait bien toutes droit tirées (extirpées même) de Manon Lescaut, et elle est assez dingue, je trouve, cette filiation, voulue ou pas voulue d’ailleurs, revendiquée ou pas, preuve que le « roman digital » (et Tokyo, Québec en est un, c’est même le plus parfait exemple) relève bien d’une évolution directe d’une littérature qui touche toujours juste quand elle mord à la marge.

<blockquote>

Ils descendirent ensuite au Listel Shinjuku Hotel
où ils décidèrent de profiter du bar lounge puis de
la piscine et du sauna le but étant évidemment de
foutre un joli bordel dans cet hôtel somme toute
correct mais manquant de passion ; ils arnaquèrent
un couple de riches Berlinois qui revenaient d’une
excursion sexuelle en Thaïlande (ils s’en vantaient) ;
la femme d’une quarantaine d’années s’était fait
refaire les seins le printemps passé c’était comme
des trampolines olympiques Il avait presque
envie de les croquer pour voir s’ils exploseraient
l’homme était bien mis la quarantaine aussi un peu
bedonnant mais quand même assez en forme assez
pour se taper deux jeunes oiseaux rares venus se
farcir une ville démente débile irréelle.

Après quelques vodkas jus d’orange et autres drinks
plus exotiques au tour de la piscine qu’ils étaient
seuls à exploiter Elle retira lentement son top pour
attirer le gros german cat vers Elle ; Il savait quoi
faire Il n’avait qu’à manœuvrer lentement avec sa
Berlinoise la faire se pâmer un peu pendant qu’il
la limerait dûment puis au bord de la pâmoison
Il aspirerait son âme avant de la laisser choir
dans le sauna dernier réceptacle pour sa carcasse
de putasse.

Elle détachait son string de sa main gauche pendant
que berlinois matou dénouait le cordon de son
maillot pensant s’envoyer en l’air cette jeunette
avant de ronfler entre les ballons de volley-ball
de sa tendre verheiratete Frau ; alors qu’Elle se
dévoilait dans toute sa splendeur ô drame le
matou s’effondra demanda son bronchodilatateur
en allemand mais son adorée s’affairait déjà sur le
mât d’Il qui n’eut d’autre choix que de décharger
promptement pour mettre fin au supplice ; Il lui
asséna un coup de genou en plein front qui le lui
fendit sa lèvre faisant s’évacuer les derniers délices
qu’elle goûtât ; Ell&Il se remballa paniqué prit les
cartes et les liquides et se dirigea vers la plus
proche bouche de métro de fusion.

P.73-75

</blockquote>

Tolyo, Québec est ni plus ni moins entré dans mon top 3 des textes numériques les plus percutants et les plus jouissifs découverts jusque-là (et comme c’est d’ailleurs normal de trouver un tel récit/roman/peu importe en version numérique directement et non pas en papier, comme c’est évident de le lire chaque semaine sur Iphone, ou sur l’écran du Mac ou plus au chaud, en retrait, en relecture e-ink). Dans ce top 3 mental, il y aurait aussi Vers l’ouest, et ce n’est pas une surprise que ces deux textes là viennent de l’autre côté de l’Atlantique car c’est aussi une écriture que je découvre à travers eux, une langue à part entière réellement revigorante.

<blockquote>

C’est l’hécatombe sur Ste-Cath alors qu’Elle laisse
tomber sa veste de cuir pour montrer ses tatous :
« Ell&Il » sur le bras gauche et « Rien ne sert de
courir il faut mourir à poing » sur le droit. C’est la
loi du plus fort ou du moins faible qui rugit dans la
jungle des rues entremêlées qui mènent au paradis
glauque et souterrain des corridors limpides et
sonores des bas-fonds de Paris, Québec.

P.25

</blockquote>

Alors bon, que ce soit 4$ ou 5.99€, franchement ça vaut le coût, littéralement, d’avoir une littérature aussi incisive et percutante pour un prix égal ou inférieur à celui d’un livre poche. Pour ça aussi qu’il faut recommander, et même très fortement, Tokyo, Québec à tous ceux qui sont déjà habitué à lire en numérique mais surtout, surtout, à ceux qui ne le sont pas.

Aéroport international de Tōkyō-Haneda (Via Google Earth)

[1Note : toutes les citations présentées dans cet article sont issues de la version Robert ne veut pas lire pour liseuse type Sony/Kindle.

Où trouver la came :
Blog de l’auteur : LKM Tout est fiction
Robert ne veut pas lire
Numeriklivres

Commentaires

Messages

  • Wow, c’est la première critique que je lis de Tokyo, Québec, alors laisse-moi te dire que je suis plus qu’emballé par ton texte !

    Je pense que tu vois juste à plusieurs reprises, au point de vue de la géographie globalisante (Ducharme aurait dit « tout m’avale », première phrase célèbre de L’Avalée des avalés). L’idée était d’abolir les frontières entre toutes les villes (certaines, en tout cas) et de pouvoir voyager presque instantanément par métro. D’où l’idée de relier Montréal, New York, Paris, Tokyo, etc.

    Ton analogie à Google Street et Earth est bonne, malgré que lorsque j’ai écrit Tokyo, Québec, en 2006, tout cela n’était pas encore accessible (il me semble). En tout cas, sur ma machine, c’était vraiment trop lent pour que ça en vaille la peine, de mémoire.

    Lorsque j’ai lu ton parallèle avec Manon Lescaut, je me suis dit WTF, où est-il allé pécher ça ? Puis en lisant ton lien, j’ai vu que c’était dans le style qu’on pouvait voir une ressemblance (utilisation du subjonctif imparfait, entre autres ; j’ai aussi en souvenir La Philosophie dans le boudoir du Marquis).

    Et pour mon nom, honnêtement, je n’avais pas vu le jeu de mot jusqu’à ce qu’on me le fasse, en onde, à la radio de Radio-Canada... On dit souvent qu’au Canada, il y a deux solitudes (les Anglais, les Français). Leroy K. May, que je prononce à l’anglaise, n’avait pas vu que son nom de plume aurait pu être un nom de dealer =)

    Merci encore Guillaume, je suis touché de figurer dans ton top 3, et je m’empresserai de lire Vers l’ouest.

    Voir en ligne : http://lkm696.blogspot.com

  • Merci pour ta réponse ! Je suis très heureux d’avoir croisé la route de ton Tokyo, Québec, deux fois d’ailleurs, et très heureux aussi d’avoir pu lire ce texte de deux manières différentes, car ma lecture "par épisodes" au printemps et celle-ci d’une traite se sont révélées très différentes.

    Je suppose bien sûr que tout ce que j’ai pu voir n’y était peut-être pas (en tout cas pas intentionnellement), donc ta réponse est la bienvenue :) .

    Et bonne lecture de Vers l’ouest !

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