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kbb | Pierrot à 0606667778 #1 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 7 janvier 2011, dernière mise à jour le 26 février 2011, par Guillaume Vissac, tags : Adolescence - kiss bye boy

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J’écris Pierrot, ton nom, en minuscules, dans l’angle des chiottes du lycée, dernier face au miroir, celui qui ferme. Ton nom, marqueur Stabylo, indélébile comme c’est marqué, lettre après lettre j’attends qu’elles sèchent.

Mon nom, bien sûr, t’as oublié. Jamais lâché peut-être. Et je me demande quelles lettres du coup s’affichent au dessus du numéro dans ton portable. Des blancs, points de suspension, que dalle ou d’interrogation ? Ça m’est égal et revient au même. Moi je suis celui, dans les chiottes du lycée, qui t’a sucé avant plus rien. Avant putain que tu décampes.

Elle m’a demandé, c’est vrai. Ta mère. Où t’étais, pourquoi. Je lui ai pas dit qui j’étais, à supposer qu’elle sache, et je crois pas qu’elle sache, lui ai dit exactement comme tu demandes, mais avant d’avoir lu, je lui ai dit : Pierrot je le connais mal, je connais son nom, des fois on se parle mais souvent pas. Je lui ai dit, Pierrot, que je savais pas où tu pouvais être mais que si ça se trouve tu reviendrais tout seul car, oui, moi je l’espère. Je lui ai dit que tu créchais pas chez moi, et crécher ça sonne malade, je crois bien, personne parle plus comme ça et elle non plus je parie. Elle a vu un par un ceux que le lycée a rassemblé susceptibles de savoir, te connaître, d’avoir une idée d’où t’as pu disparaître. Elle est partie rapidement, ta mère, et je crois pas qu’aucun de nous ait lâché l’info, à supposer qu’on sache et t’es balèze : personne ne sait. T’aurais coupé tout le monde simplement avec trois phrases et dix textos.

À midi on s’est parlé entre nous, et toi, Pierrot, ton nom dans toutes les bouches. Ceux qui savaient ont dit, les autres silence, pas plus. Et nous qui savions avant tout le monde, et même avant le lycée, avant ta mère, on s’est retrouvé à trois, c’est tout, on se connaissait pas, le dénominateur commun, Pierrot, encore une fois c’était ton nom. Le prof nous a rejoint, tu vois duquel je parle, pour que l’on crache, comme il a dit. Mais tous on était sec. Après on s’est barré, chacun sa direction. Ton nom suffisait plus pour nous retenir.

Je suis retourné dans les chiottes avant de rentrer, pour voir, pour vérifier c’est tout, que le nom était toujours là. Indélébile mais si ça se trouve... Dans le dernier chiotte face au miroir, celui qui ferme, celui contre lequel t’as mis tes mains pour t’appuyer pendant que moi j’étais tout contre, tu vois, j’ai vérifié. Il y est toujours. Indélébile encore. Ce que je t’ai pas dit par contre, c’est que cette fois là c’était la première, la première et la seule : Pierrot mon seul goût dans la bouche.

Je sais bien que tu t’en fous. Qu’une fois tourné la tête, une fois fermé la porte, tout ça pour toi se tait. Pas d’excuse, pas de regret, ton leitmotiv de merde. Le mien, différent. Le mien à l’envers. Le mien envie le tien putain vraiment à chaque seconde.


Premier jet du 07/01/11

J’écris Pierrot, ton nom, en minuscules et dans l’angle, dans les chiottes du lycée, dernier face au miroir, celui qui ferme. Ton nom, marqueur Stabylo, indélébile comme c’est marqué, lettre après lettre j’attends qu’elles sèchent. Signe qu’un jour, une fois au moins, t’étais là, moi aussi.

Mon nom, le mien, bien sûr, t’as oublié. Jamais lâché peut-être. Et je me demande quelles lettres du coup s’affichent au dessus de mon numéro dans ton portable. Des blancs, points de suspension ou d’interrogation ? Ça m’est égal et revient au même. Moi je suis celui, dans les chiottes du lycée, qui t’a sucé avant plus rien. Avant putain que tu décampes. J’y suis encore, ne suis que ça. Un nom, de toute façon, ça fait pas mieux exister, pas vrai ?

Elle m’a demandé, c’est vrai. Ta mère. Où t’étais et pourquoi. Je lui ai pas dit qui j’étais, à supposer qu’elle sache, et je crois pas qu’elle sache, je lui ai dit exactement comme tu demandes, mais avant d’avoir lu, je lui ai dit : Pierrot je le connais mal, je connais son nom, des fois on se parle mais souvent pas. Je lui ai dit : je sais pas où il est, si ça se trouve il reviendra. Je lui ai dit que tu créchais pas chez moi, et crécher c’est un mot qui sonne con. Elle a vu un par un ceux que le lycée a rassemblé susceptibles de savoir. De te connaître, d’avoir une idée d’où t’as pu disparaître. Elle est partie rapidement, ta mère, et je crois pas qu’aucun de nous ait lâché l’info, à supposer que l’un de nous sache. Je crois que personne ne sait. Que t’as coupé tout le monde simplement avec trois phrases et dix textos.

À midi on s’est parlé entre nous, de toi Pierrot, ton nom dans toutes les bouches. Ceux qui savaient ont dit, les autres ont dit je m’en fous. Et nous qui savions avant tout le monde, et même avant le lycée, avant ta mère, on s’est retrouvé à trois, pas plus, on se connaissait pas, le dénominateur commun, Pierrot, encore une fois c’était ton nom. Le prof nous a rejoint, tu vois duquel je parle, pour que l’on crache, comme il a dit. Mais tous on était sec. Après on s’est barré, chacun sa direction, parce que ton nom suffisait plus pour nous retenir.

Je suis retourné dans les chiottes avant de rentrer pour voir, pour vérifier c’est tout, que ton nom était toujours là. Indélébile mais on sait pas. Dans le dernier chiotte face au miroir, celui qui ferme, celui contre lequel t’as mis tes mains pour t’appuyer pendant, tu vois, j’ai vérifié. Il y est toujours. Indélébile encore. Ce que je t’ai pas dit par contre, c’est que cette fois là c’était la première, la première et la seule. Pierrot mon seul goût dans la bouche.

Je sais bien que tu t’en fous. Qu’une fois tourné la tête, une fois fermé la porte, tout ça pour toi se tait. Pas d’excuse, pas de regret, ton leitmotiv. Le mien, différent. Le mien à l’envers. Le mien envie le tien putain vraiment à chaque seconde.

Je sais ce que personne ne sait. Où tu es, qui tu suis. J’ai vu le poster dans ta chambre, Manuel Jodorov papier glacé avec lunettes de soleil en noir et blanc, le rouge à lèvres rouge. J’ai vu la photo où toi tu poses, lunettes de soleil noires et rouge à lèvres rouge, devant le poster papier glacé et dans ta chambre papier glacé. Me demande pas comment je l’ai trouvée ou plutôt ce que j’ai fait pour l’avoir. Je sais qu’il est en tournée, que la tournée s’appelle « Europe », je connais même les villes qu’il traverse ou bien va traverser. Je sais que toi tu y es, quelque part prêt de lui pour chercher ce qui pourrait te manquer. Je pourrais parier jusqu’à ton nom, si tu me laissais faire, Pierrot mon truc le plus précieux. Mais t’en fais pas. Je dirai rien. J’essaierai même pas de chercher. Le plus loin où j’irai ? Écrire ton nom jusqu’à ce qu’il s’épuise.



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