Motel


Bien content d’avoir vu apparaître hier soir sur cette couverture le nom tout tarabiscoté de [email protected], arobase comprise, dans les dernières mises en ligne Publie.net. Lu dans la foulée son Motel et autres légendes urbaines, un pied dans la télévision, l’autre dans la poussière d’une stretch of road, ces longues routes américaines, lignes droites pendant des heures, la ligne jaune bien au milieu. Découpé en trois fictions courtes (sans compter les bonus), le texte plaque des décors d’Amérique de carte postale, le fameux motel en arrière plan. Des répliques de cinéma, une ambiance clairement empruntée aux fameuses séries télés qui tapissent depuis un bail tous nos écrans, Motel est un nouveau titre quasi transatlantique pour Mauvais Genre, la collection polar de Publie.net dirigée par Bernard Strainchamps. La langue est sèche et précise, plus aboutie que dans Kaléidoscope, précédent recueil de nouvelles de [email protected], qui était sans doute plus convenu. Dans les dialogues (fumeux !) on y goûte presque l’accent, l’accent américain du milieu, celui si poussiéreux. Le ton toujours décalé, parfois grotesque, allure très « frères Coen », alors du coup on se marre, alors du coup on aime. L’extrait proposé si-dessous correspond au début du deuxième texte, intitulé Love me tender. Pour lire la suite voir du côté de Publie.net ou de Bibliosurf, on encourage !

Ça cahote, tressaute et secoue, ballote à contretemps de Love me tender – la voix du King en hoquète, toute chamboulée ; je me cogne la tête, vois des étoiles partout avant d’ouvrir les yeux, ou d’essayer, et lorsque j’y parviens enfin :
– On est plus sur Flamingo Road ?
J’ai la voix plus pâteuse que la copie du King, à
côté de moi, qui karaoke et mâchonne la chanson d’Elvis que crachote le poste radio avec la régularité d’un antique vinyle rayé. Lui, le sosie de Presley, ou plutôt son double façon Burger King, grains de sésame en moins, sourit grassement, me jette un regard en biais – entre Love me et tender – puis glousse d’un hoquet proche du rot rauque, et roule des yeux.
– Nan.
Il ne l’a pas dit fort, son embonpoint lui permet
pas la profondeur de la voix du King. Quoi qu’il en pense, ça me revient maintenant, son costume blanc à paillettes le serre trop pour le servir. J’ai mal au crâne, envie de gerber mais, ça me revient maintenant aussi, les vitres s’ouvrent pas, ou plus, ou se sont jamais ouvertes dans cette bagnole pourrie la même que celle du King, baby, qu’il avait dit, à ce prix là, c’tait une putain d’affaire !
Putain d’affaire qui arrange pas mon envie de
gerber. J’ai le cœur au bord des lèvres, aucune
chanson du King parle de ça, que je sache, pas la peine que j’en cause à double Burger King, là, qui se cramponne à son volant, séparé du tableau de bord par son airbag naturel enrichi à la graisse animale.
Lui, c’est pas une putain d’affaire. Même s’il
considère qu’en l’épousant j’ai tiré le gros lot et
que lui va se tirer un petit lot : moi. Il l’a pas dit,
mais son sourire gras, façon double cheese, le dit très bien pour lui.
Je.
Vais.
Vomir s’il arrête pas cette putain de bagnole dans
la seconde, merde !
– Arrête-toi ! Je vais…
– Yeah ! On y est, baby !
Tout ce que je sais : je verrai plus tard où on est.
Tout ce que je me dis : merci, Seigneur, de laisser s’ouvrir les portes de cette putain d’affaire.
Je gerbe tout ce que je sais, je sais pas où.
Le reste me reviendra après.

[email protected], Love me tender in Motel, et autres légendes urbaines, Publie.net

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