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kbb | Pierrot à 0688879911 #2 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 18 janvier 2011, dernière mise à jour le 18 avril 2011, par Guillaume Vissac, tags : Football - Fuite - kiss bye boy

Qui dans l’équipe savait ? À part moi, personne. Celui dans l’axe qui a repris ton numéro coupable dimanche d’une de ces fautes de marquage, du genre à me faire gueuler, dans le même souffle, à la fois « qu’est-ce tu fous » et puis « on se bouge, pas grave ». La saison dernière oubliée. Quatre ou cinq, en plus de toi, à avoir lâché entre temps, on a renouvelé les noms floqués sur le dos des maillots. Et qui pour juste regretter ta présence, ta couverture, ton numéro ? Je crois je suis le seul.

Dans l’axe le type en question trois mètres derrière son mec, une tête, impact frappé niveau point de pénalty, ça pardonne pas. C’est inutile de faire semblant de plonger trois secondes après, la balle déjà dans le petit filet opposé avant même que le corps sache. Des fois, c’est tout, on peut rien faire. Le mec en face fusille, certains plongent pour faire genre, moi je plonge pas. Je sais déjà quand c’est foutu, quand c’est hors de portée, hors de mes bras du coup. Évidemment, si le défenseur avait fait son boulot, simplement le gêner dans son élan, le retenir par le maillot jusqu’à ce que l’épaule sorte par le col, le tout derrière l’oeil de l’arbitre histoire de pas se faire prendre... Mais en plein coeur du jeu, déjà trois mètres derrière, qu’est-ce tu veux faire ? Alors il a sauté pour faire genre il y était mais, non, il y était pas. Pour ça que j’ai dit « putain », pour ça que j’ai dit « allez », toujours dans le même souffle et moins de quinze secondes à peine pour servir d’intervalle.

Ce match, on l’a perdu, on n’y était pas. J’en ai pris trois, de ces matins dimanche ou même la boue devant six mètres est dure comme de la terre figée. Sur le sol des douches l’eau coulait noire. Avant de rentrer nos peaux bleues l’étaient jusqu’aux coudes, en sortant rouges et bouillantes et la gueule déformée. À se rhabiller sans se voir, ranger maillot, les gants, le short, dans le sac et puis bye, sans trop de mot pour l’autre. Taper contre les murs les pompes pour que se détachent les mottes de terre bien sèches. Et fuir le stade sans voir, autour, trois autres matchs joués au même moment que le nôtre et qui se terminent mieux.

Avant le match j’en ai parlé aux autres, je les ai juste prévenus, de toi je veux dire et de comment t’as fait pour fuir. Je te dirai pas ce qu’ils ont dit, et je crois pas que tu veuilles savoir et, même, je crois que tu sais. Je suis sorti sans eux pour l’échauffement. Tout seul face au mur du gymnase faire quelques prises de balle pendant qu’à l’intérieur le coach devait gueuler qu’il fallait mordre, ou qu’il fallait les prendre, les tenir, leur marcher dessus dès l’entrée de jeu. Moi aussi ça me fait marrer tu sais.


Premier jet du 18/01/11

Qui dans l’équipe savait ton absence ? À part moi personne. Celui dans l’axe qui a pris ton numéro coupable dimanche d’une de ces fautes de marquage qui m’a fait dire, dans la même phrase, à la fois « qu’est-ce tu fous » et « pas grave on se reprend ». La saison dernière oubliée. Quatre ou cinq, en plus de toi, à avoir lâché entre temps, l’effectif renouvelé. Et qui pour juste regretter ta présence, ta couverture, ton numéro ? Que moi, je crois.

Le type en question trois mètres derrière son mec, une tête, point de pénalty, ça pardonne pas, même pas besoin de faire semblant de plonger trois secondes après, la balle déjà dans le petit filet opposé. Des fois, c’est tout, on peut rien faire. Le mec en face fusille, certains plongent pour faire genre, moi je plonge pas. Je sais déjà quand c’est foutu, et quand c’est hors de portée, hors de mes bras. Évidemment si le défenseur avait fait son boulot, simplement le gêner dans son élan, le retenir par le maillot jusqu’à ce que l’épaule sorte par le col, le tout derrière l’oeil de l’arbitre histoire de pas se faire prendre. Mais à trois mètres derrière, qu’est-ce tu veux faire ? Alors il a sauté pour faire genre il y était mais il y était pas. Pour ça que j’ai dit « putain », pour ça que j’ai dit « allez », toujours dans la même phrase et moins de quinze secondes dans l’intervalle.

Ce match, on l’a perdu, on n’y était pas, je sais pas au juste où on pouvait être mais à côté sûrement. J’en ai pris trois, de ces matins glacés ou même la boue aux six mètres est dure comme de la terre congelée. Sur le sol des douches l’eau coulait noire. Avant de rentrer nos peaux bleues l’étaient jusqu’aux coudes, en sortant rouges et bouillantes et puis la gueule qui tire. À se rhabiller sans se voir, ranger maillot, gants, shorts, dans le sac et puis bye, sans un mot. Taper contre les murs les pompes pour que se détachent les mottes de terre bien sèches. Puis quitter le stade sans voir, autour, trois autres matchs joués en même temps que le nôtre qui se terminent.

Avant le match j’ai dit aux autres, je les ai simplement prévenu, j’ai parlé de toi. Parti, j’ai dit disparu, où ça je sais pas mais ailleurs. Je te dirai pas ce qu’ils ont dit, je crois pas que tu veuilles savoir. Le fait est que j’ai rigolé deux minutes avec eux, je m’excuserai pas pour ça. C’est juste une façon de parler. Je suis sorti avant les autres pour mon échauffement. Tout seul face au mur du gymnase faire quelques prises de balle pendant qu’à l’intérieur le coach devait gueuler qu’il fallait mordre, ou qu’il fallait se bouger.



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