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kbb | Pierrot à 0679889047 #3 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 21 janvier 2011, dernière mise à jour le 6 mars 2011, par Guillaume Vissac, tags : Corps - Homosexualité - kiss bye boy

Toujours mes parents disent : « ma fille fera médecine ». Je prends de l’avance. Examine même l’anatomie. Je suis de celles muettes et qui observent. Toi, les autres. Les autres, toi. Mes marges donnent le verdict. Là où d’autres dessinent moi j’écris des portraits. Portraits de lettres. Phrases et mots sont mes pigments. J’organise carnets de croquis, esquisses classées par noms, par lettres. Les tiennes rangées sous P. Les tiennes vues contre-jour devant rangées de fenêtres à l’autre bout de la salle.

Tout le monde savait combien tu étais autre, alors je t’ai fixé. Analyse faite de l’oeil avant que le stylo n’enchaîne. Jamais vraiment adressé la parole l’un l’autre, entre nous deux aucune réelle conversation. Étrange : je me suis rapprochée juste après ton exil. Alors mes esquisses : incomplètes complètement. De mémoire, difficile à écrire. Besoin de ce support du corps. Voir comment la lumière fait ressortir la peau. Comment l’ombre portée sur les tables, le sol, les autres corps, se déporte. Retour chez moi, le soir, écran blanc et de face, j’essaye, faut croire, de te ressusciter. Rien ne fonctionne.

Je sais pas toi mais j’ai jamais aimé. Mes parents disent : « ma fille fera médecine » et pensent sans prononcer qu’un médecin ça ferait bien. Me verrai plutôt en couple avec un infirmier. Façon pour moi de retourner le cliché, d’être la femme et l’homme et lui serait les deux. Il serait jeune, j’aurais vingt ans de plus, déjà divorcée, prête à vivre ma vie après l’avoir gâchée. Dans mon souvenir à l’envers, nous deux emmêlés dans un placard comme dans les films, les yeux derrière la porte ouverte, garde commune à l’hôpital Machin, brillent comme des ahuris. Ils sont horrifiés, le disent. Les gorges grognent. Une fois la porte fermée, je perds le fil de la scène. Comme si j’étais avec la foule de l’autre côté de la porte et pas avec mon corps. Parfois cette impression dans les rêves. D’être comme dissociée. Dans les rêves, et pas que dans les rêves.

Tout le monde savait tes goûts, ta différence, je voulais te demander, en silence ou ailleurs, comment ça pouvait être de se faire pénétrer par un autre. Jamais eu l’occasion. Ni ta réponse. J’aimerais savoir.


Premier jet du 21/01/11

Mes parents disent : « ma fille fera médecine ». Je prends de l’avance. Examine même l’anatomie. Je suis de celles muettes et qui observent. Toi, les autres. Les autres, toi. Mes marges donnent le verdict. Là où d’autres dessinent moi j’écris portraits de lettres. Phrases et mots, mes pigments. J’organise carnets de croquis, esquisses classées par noms, par lettres. Les tiennes à P. Les tiennes vues contre-jour devant rangées de fenêtres à l’autre bout de la salle.

Tout le monde savait, alors je t’ai fixé. Analyse faite de l’oeil avant que le stylo n’enchaîne. Jamais vraiment adressé la parole l’un l’autre, jamais eu de vraie conversation. Paradoxalement nous nous sommes rapprochés juste après ton exil. Alors mes esquisses : incomplètes complètement. De mémoire, difficile à écrire. Besoin de ce support du corps. Voir comment lumière fait ressortir la peau. Comment l’ombre portée sur les tables, le sol, les autres corps, se déporte. Retour chez moi, le soir, écran blanc et de face, j’essaye, faut croire, de te ressusciter. Rien ne fonctionne.

Je sais pas toi, moi j’ai jamais aimé. Mes parents disent : « ma fille fera médecine » et pensent sans prononcer qu’un médecin ça ferait bien. Je verrai plutôt un couple avec un infirmier. Façon pour moi de retourner le cliché, d’être la femme et l’homme et lui serait les deux. Il serait jeune, j’aurais vingt ans de plus, déjà divorcée, quelques enfants peut-être, prête à vivre ma vie après l’avoir gâchée. Dans mon souvenir à l’envers, nous deux emmêlés dans un placard comme dans les films, les yeux derrière la porte ouverte, garde commune à l’hôpital Machin, brillent comme des ahuris. Ils sont horrifiés, le disent. Les gorges grognent. Une fois la porte fermée, perds le fil de la scène. Comme si j’étais avec la foule de l’autre côté de la porte et pas avec mon corps. Parfois cette impression dans les rêves. D’être comme dissociée. Dans les rêves, et pas que dans les rêves.

Tout le monde savait, je voulais te demander, en silence ou ailleurs, ce que ça pouvait être de se faire pénétrer par un autre. Jamais eu l’occasion. Ni ta réponse. J’aimerais savoir.



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