fuirestunepulsion.net | fictions| guillaume vissac | liens



kbb | Pierrot à 0688879911 #4 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 27 janvier 2011, dernière mise à jour le 18 avril 2011, par Guillaume Vissac, tags : Corps - Football - kiss bye boy - Peur

J’ai pas peur. De sortir dans les pieds des mecs quand ils arrivent point de pénalty prêts à armer. De me jeter les poings d’abord, la tête derrière, en face de ceux qui foutent la semelle et les vissés dehors pour arracher trois centimètres face au but. Tous les renards, tous ceux qui traînent. Tous ceux qui disparaissent pendant vingt-cinq minutes pour mieux réapparaître au moment où la défense commence à l’oublier. Ceux-là mettent facilement la semelle. Ceux-là font l’effort et l’effort part, derrière, depuis la jambe d’appui, la cuisse, pour s’élancer sur un dernier coup de bol, peut-être même sans regarder ils pourront toucher le ballon, si c’est le goal c’est pas grave, des fois c’est même tant mieux. On y va, on jette les jambes, on verra bien après ce que ça aura donné. Sur ces actions j’ai jamais peur. Sur ces actions j’y vais sans voir. Quitte à me faire arracher l’arcade, quitte à gagner des points de suture, quitte à mâcher la semelle de toute ma tête ouverte. Point barre, j’y vais.

Mais j’ai la trouille. La trouille en cours de lever la main quand on pose une question et que je suis jamais sûr de connaître la réponse. Je baisse la tête, les yeux, et j’attends juste qu’un autre paumé donne de la voix, et la réponse qui va avec, et puis attendre que tout ça passe. La trouille de décrocher quand c’est le fixe qui sonne, que mes parents sont jamais là et qu’il faut faire semblant de prendre message, parler aux types, et puis les voix qui disent « tes parents sont pas là ? » comme si j’avais neuf ans. La trouille d’entrer dans un magasin de fringues, de les choisir et, pire, de devoir essayer ou acheter, et repartir avec et ça me va pas une fois entre mes bras, alors les rapporter. La trouille la première fois de porter une fringue achetée la veille ou l’avant-veille mais pas portée, devoir sortir avec en face la gueule des autres alors que ces fringues sont pas pour moi ou bien c’est pas mon style ou ça fait con.

Mais pas sur un terrain. Sur un terrain ta trouille il faut la taire, sinon t’es mort. Une fois sur ces actions, m’être pris la semelle droit dans la gueule, oui. Le centre venait de la gauche, la mienne, je suis sorti mais à l’aveugle pour l’attraper. J’étais dessus, centre tendu, ballon à mi-hauteur, j’ai pas vu l’autre, le neuf d’en face, qui déboulait. La jambe tendue, semelle en l’air, les crampons bien dans l’axe qui m’ont bouffé la face. J’ai fermé les yeux, lâché le ballon. Un mec derrière a tiré dans le but vide, ça on me l’a dit, je l’ai pas vu, mais l’arbitre avait déjà sifflé, jeu dangereux comme on dit, annulé le but, donné coup franc pour nous. Les toubibs derrière m’ont dit que j’avais de la chance car l’oeil était intact, et que le choc, non plus, était en fait trop tendre pour me péter la nuque, ou bien niquer mes cervicales. De la chance aussi que le neuf d’en face porte pas des vissés (il aurait pu), mais des chaussures fashion avec crampons à lames, qui m’ont marqué la peau pendant quinze jours, d’accord, mais qui n’ont pas tranché trop net. Le doc a dit que j’aurais pu perdre un oeil. Le doc a dit que j’aurais pu avoir un trou dans la joue droite. Au lieu de ça quelques points, juste, un gros pansement et une dispense de sport pendant quinze jours à peine. Les mecs m’ont dit après que le neuf d’en face, pendant le reste du match, a ramassé sévère, s’est fait couper en deux par un des latéraux. Sorti avant la fin du match par son coach pour pas qu’il se fasse, à son tour, niquer la tête, j’ai dit merci les mecs.

Mais le lendemain la trouille, oui, avant de se pointer au lycée, avant de sortir du bus, de monter la côte avant le portail central et de me faire voir, ma gueule bouffée, ma tronche avec dessus l’empreinte du mec, le neuf d’en face, et la marque de ses pompes, car la virgule était moulée sous la semelle elle aussi. La trouille des premiers regards, et même des profs, ce que les profs vont dire, et les mots qu’ils vont prendre, et comment ils sonneront, et le regard des autres et ma gueule déformée.

Le match qui a suivi, le premier après coup, après le match d’avant, l’impact sur ma face gauche, j’ai pas eu peur, et j’ai fermé les poings, et puis j’ai pensé go. J’y suis allé. Ce match là, on l’a gagné. Deux-trois arrêts à faire, je les ai faits. La fois où il a fallu aller plonger dans d’autres pieds des mecs, leurs crampons, leurs chevilles, leurs genoux tout prêt des tempes, je me suis pas posé la question. J’y suis allé. Ai pris le ballon droit dans mes gants, l’ai rapproché du ventre pour le couver deux ou trois secondes histoire de souffler et de gagner du temps. Quand je me suis rendu compte que ma gueule aurait pu lâcher une deuxième fois ou qu’une semelle de plus aurait pu s’incruster droit dans la tempe, de l’autre côté, les gants étaient déjà secs, le ballon déjà loin, et puis l’action suivante, déjà, à surveiller, au cas où ça revienne déjà.


Premier jet du 28/01/11

J’ai pas peur. De sortir dans les pieds des mecs quand ils arrivent point de pénalty prêts à armer. De me jeter les poings d’abord, la tête derrière, en face de ceux qui foutent la semelle et les vissés perpendiculaires au sol pour arracher trois centimètres face au but. Tous les renards, tous ceux qui traînent. Tous ceux qui disparaissent pendant vingt minutes pour mieux réapparaître au moment où la défense commence à oublier. Ceux-là mettent facilement la semelle. Ceux-là font l’effort et l’effort part de la jambe d’appui, la cuisse, pour s’élancer sur un dernier coup de bol, peut-être même sans regarder ils pourront toucher le ballon, si c’est le goal c’est pas grave, des fois c’est même tant mieux. On y va, on jette les jambes, on verra bien après ce que ça aura donné. Sur ces actions j’ai pas peur. Sur ces actions j’y vais. Quitte à me faire arracher l’arcade, quitte à gagner des points de suture, quitte à mâcher la semelle. J’y vais.

Mais j’ai la trouille. La trouille en cours de lever la main quand on pose une question et que je suis presque sûr de connaître la réponse. Des fois même je suis cent pour cent sûr. Mais je baisse la tête et les yeux et j’attends qu’un autre donne de la voix, et la réponse avec, pour voir si oui ou non c’était bien ça et si je regrette ou pas d’avoir fermé la gueule et baissé bas la tête. La trouille de décrocher quand c’est le fixe qui sonne, que mes parents sont ailleurs et qu’il faut prendre message, parler aux types, aux voix qui disent « tes parents sont pas là ? » comme si j’avais neuf ans. La trouille d’entrer dans un magasin de fringues, d’en choisir et, pire, de devoir en essayer ou d’en acheter, repartir avec et ça me va pas, les rapporter. La trouille la première fois de porter une fringue achetée la veille ou l’avant veille mais pas portée, devoir sortir en public alors que ces fringues peut-être étaient pas fait pour moi ou bien c’est pas mon style ou ça fait con.

Mais pas sur un terrain. Sur un terrain ta trouille il faut la taire, sinon t’es mort. Une fois sur ces actions, m’être pris la semelle sur la gueule, oui. Le centre venait de la gauche, la mienne, je suis sorti mais à l’aveugle pour l’attraper. J’étais dessus, centre tendu, ballon à mi-hauteur, j’ai pas vu l’autre, le neuf d’en face, qui déboulait. La jambe tendue, la semelle relevée, les crampons bien dans l’axe qui m’ont bouffé la face. J’ai fermé les yeux, j’ai lâché le ballon. Un mec derrière a tiré dans le but vide, ça on me l’a dit, je l’ai pas vu, mais l’arbitre a sifflé jeu dangereux, annulé le but, donné coup franc pour nous. Les toubibs derrière m’ont dit que j’avais de la chance, que l’oeil était pas touché, que le choc, non plus, était pas assez violent pour me péter la nuque, pour me niquer les cervicales. De la chance aussi que le neuf d’en face porte pas des vissés, comme il aurait pu, mais des chaussures fashion avec crampons à lames, qui m’ont marqué la peau pendant quinze jours mais qui m’ont pas tranché trop net. Le doc a dit : j’aurais pu perdre un oeil. Le doc a dit : j’aurais pu avoir un trou en plein milieu de la joue. Au lieu de ça quelques points, juste, un gros pansement et une dispense d’EPS pendant quinze jours. Les mecs m’ont dit après que le neuf d’en face, pendant le reste du match où moi j’étais plus là, a ramassé sévère, s’est fait couper en deux par un des latéraux. Sorti avant la fin du match par son coach pour pas qu’il se fasse, lui à son tour, niqué la tête, je les ai remerciés.

Mais le lendemain la trouille, oui, avant de se pointer au lycée, avant de sortir du bus, de monter la côte qui débouche devant le portail et de me faire voir, ma gueule bouffée, ma tronche avec dessus l’empreinte du mec, le neuf d’en face, et la marque de ses pompes, car la virgule était moulée juste sur la semelle. La trouille des premiers regards, et même des profs, ce que les profs vont dire, et les mots qu’ils vont prendre, et comment ils sonneront, et le regard des autres et ma gueule déformée.

Le match qui a suivi, le premier après coup, après le match d’avant, l’impact sur ma face gauche, j’ai pas eu peur, j’ai fermé les poings, j’ai pensé go. J’y suis allé. Ce match là, on l’a gagné. Deux-trois arrêts à faire, je les ai faits. La fois où il a fallu aller plonger dans d’autres pieds des mecs, leurs crampons, leurs chevilles, leurs genoux tout prêt des tempes, je me suis pas posé la question. J’y suis allé. Ai pris le ballon droit dans mes gants, l’ai rapproché du ventre pour le couver deux ou trois secondes histoire de souffler. Quand je me suis rendu compte que ma gueule aurait pu s’ouvrir encore ou qu’une semelle de plus aurait pu s’incruster droit dedans une deuxième fois, les gants étaient déjà secs, le ballon déjà loin, et puis l’action suivante, déjà, à surveiller.



Share |

Aucune révision


Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?


kbb, autres textes


Livres


- -

- - - -



-
Spip | PhpNet | Contact | Retour au sommaire | ISSN 2428-9590 |