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kbb | Pierrot à 0688879911 #5 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 30 janvier 2011, dernière mise à jour le 18 avril 2011, par Guillaume Vissac, tags : Fin - Football - Homosexualité - kiss bye boy

Moi sur la ligne, la mienne, celle à jamais franchir. Je me souviens de cette journée de fin de tournoi, fin d’année, fin de parcours. Sorti en demi je crois. Je nous revois, nous tous, sur le terrain encore vidé après défaite et moi rester sur la ligne. Je voulais rester sur la ligne. On s’est fait sortir sur un but, pendant prolongation, avant le terme, un but de crevard, si tu te souviens (moi oui). Un coup de bol, corner, billard dans la surface, un con qui tend sa cheville sans même voir et voilà. Fini, foutu. On avait tous de la boue sur la gueule et la mâchoire tendue. Moi je suis resté sur ma ligne.

Personne pour aller voir la finale, tout le monde pour s’en foutre. Fallait libérer le vestiaire à telle heure, j’ai oublié qui organisait quoi, et où c’était et jusqu’à quand.

Je suis resté sur ma ligne et puis le soir tombait. L’éclairage éteint, seulement tenu sur le terrain du centre, la finale. J’en ai bouffé de la boue pendant ce match. On en a tous bouffé. Toi aussi. Toi le premier, tacle glissé sur l’ailier qui déborde et dégager en touche, avant ça surfer sur trois mètres de terre et de boue, des fois des brins d’herbe, ouais mais si peu. Sur les chaussettes, le short, le maillot et la peau de la terre, de la boue, des fois des brins d’herbe, ouais mais si peu. Devant le but, avant la ligne, plus aucun litre de vert, uniquement tout ce dessous qu’on gratte, où qu’on glisse. Pour une fois que c’était tournoi sur gazon et pour une fois que c’était pas du stabil c’était du noir quand même, du marron ou de la terre, de la boue et du sable. Au moins, ça brûle moins que le synthétique quand on va tacler jambe la première. Au moins au pire ça tâche et ça schlingue mais non, ça brûle jamais. Est-ce que c’est à ça que je pense tout seul sur ma ligne, la nuit qui plonge et aucun corps autour ou à côté ? Peut-être bien. Peut-être pas. Peut-être, je crois, je pense à rien.

Je crois bien que c’était ton dernier match. Pas le dernier mais quand même le dernier. Après, les deux trois matchs qu’il restait, le championnat, t’étais déjà parti, parti de l’équipe je veux dire. Tu te pointais, jouais, partais. Pas beaucoup de mots autre que ceux qu’on dit avant, après ou bien pendant les phases de jeu. Les entraînements une fois sur deux. Les matchs, des fois, remplacé au milieu, à la mi-temps ou après, t’étais ailleurs. Après le match tu rangeais tes affaires dans ton sac, tu prenais pas ta douche, et tu partais tout de suite. Les autres pas mieux, rarement un mot, à peine « tant mieux » comme ils disaient, ils disent toujours, j’ai pas envie de prendre ma douche avec un. Tu sais la suite et tu connais le mot.

Mais ce match là, avant, et avant la fin de l’année, et avant que l’équipe se pète, se pète en deux je veux dire. Sur ma ligne, peut-être je pensais à ça. Peut-être pas. Peut-être revoir une à une les actions, les occases, les situations de jeu. Tel centre, telle passe, telle frappe, tel arrêt, tel réflexe ou telle bourde. Dégagement long côté gauche, remontée de balles, changement d’aile, centre tendu en retrait, reprise, poteau, tête, claquette, corner, non, sortie, putain d’arbitre vas chier et achètes-toi des yeux. Le fait est que nos deux buts, ce match, avant les prolongations, le billard, la cheville et l’élimination, de là où j’étais, sur ma ligne, je les ai même pas vus. Toi non plus peut-être bien. Peut-être à ça que je pense, pendant que les autres se barrent, s’éloignent du terrain, tapent les vissés sur le carrelage des vestiaires, et disent que dalle et pensent pas mieux.


Premier jet du 30/01/11

Moi sur la ligne, la mienne, celle à ne jamais franchir. Je me souviens de cette journée de fin de tournoi, fin d’année, fin de parcours. Sorti en demi je crois, sur le terrain encore vidé après la défaite et rester sur la ligne. Je voulais rester sur la ligne. On s’est fait sortir sur un but, pendant prolongation, avant le terme, un but sorti d’ailleurs. Un coup de bol, un corner, billard dans la surface, un con qui tend sa cheville sans même voir et voilà. Fini, foutu. On avait tous de la boue sur la gueule et la mâchoire tendue. Moi je suis resté sur ma ligne.

Personne pour aller voir la finale, tout le monde pour s’en foutre. Fallait libérer le vestiaire à telle heure, j’ai oublié qui organisait quoi, et où c’était et jusqu’à quand.

Je suis resté sur ma ligne et puis le soir tombait. L’éclairage éteint, seulement tenu sur le terrain du centre, la finale. J’ai dû en bouffer de la boue pendant ce match. On en a tous bouffé. Toi le premier. Toi le premier, tacle glissé sur l’ailier qui déborde et dégager en touche, avant ça surfer sur trois mètres de terre et de boue, des fois des brins d’herbe mais si peu. Sur les chaussettes, le short, le maillot et la peau de la terre, de la boue, des fois des brins d’herbe mais si peu. Devant le but, juste devant la ligne, plus aucun signe de vert, uniquement le marron qu’on gratte, où qu’on glisse. Pour une fois que c’était tournoi sur gazon et pour une fois que c’était pas du stabil c’était du noir quand même, du marron ou du jaune, de la terre, de la boue et du sable. Au moins, ça brûle moins que le synthétique quand on va tacler jambe nue. Au moins au pire ça tâche et ça schlingue mais non, ça ne brûle pas. Est-ce que c’est à ça que je pense tout seul sur ma ligne, la nuit qui plonge et aucun corps autour ou à côté de moi ? Peut-être bien. Peut-être pas. Peut-être, je crois, je pense à rien.

C’était quelque chose comme, genre, ton dernier match. Pas le dernier mais le dernier. Après, les deux trois matchs qu’il restait, le championnat, t’étais déjà parti, parti de l’équipe je veux dire. Tu te pointais, tu jouais, tu partais. Pas beaucoup de mots autre que ok, c’est bon, vas-y, j’y vais, dégage, ce genre de trucs. Les entraînements une fois sur deux. Les matchs, des fois, remplacé au milieu, à la mi-temps ou après, t’étais ailleurs. Après le match tu rangeais tes affaires dans ton sac, tu prenais pas ta douche, et tu partais tout de suite. Les autres pas mieux, rarement un mot, à peine « tant mieux » comme ils disaient, ils disent toujours, j’ai pas envie de prendre ma douche avec un. Tu sais la suite et tu connais le mot.

Mais ce match là, avant, et avant la fin de l’année, et avant que l’équipe se pète, se pète en deux. Sur ma ligne, peut-être je pensais à ça. Peut-être pas. Peut-être revoir une à une les actions, les occases, les situations de jeu. Tel centre, telle passe, telle frappe, tel arrêt, tel réflexe ou telle bourde. Merde. Dégagement long côté gauche, remontée de balles, changement d’aile, centre tendu en retrait, reprise, poteau, tête, claquette, corner, non, sortie, putain d’arbitre vas chier et achètes-toi des yeux. Le fait est que nos deux buts, ce match, avant les prolongations, le billard, la cheville et l’élimination, de là où j’étais, sur ma ligne, je les ai même pas vus. Toi non plus peut-être bien. Peut-être à ça que je pense, pendant que les autres se barrent, s’éloignent du terrain, tapent les vissés sur le carrelage des vestiaires, et disent que dalle et pensent pas mieux.



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