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kbb | Pierrot à 0606667778 #5 est un fragment du projet kiss bye boy , première mise en ligne le 4 février 2011, dernière mise à jour le 26 février 2011, par Guillaume Vissac, tags : Corps - David Lynch - Double - Fuite - kiss bye boy

Le texte suivant a été modifié et corrigé après sa première mise en ligne. Le texte affiché correspond à la dernière version en date. Pour accéder aux versions antérieures et consulter les retouches effectuées par la suite, cliquer sur le lien en bas de page.

J’ai préparé un sac. J’étais près à partir, rejoindre Jodorov, ne pas te chercher. Te trouver si ça se trouve. J’ai juré que je te chercherai pas, Pierrot, mais ça m’empêche pas d’essayer sans savoir. Si s’y vais les yeux clos, je tricherai pas, c’est pas pareil.

Il faut que je te parle du film que j’ai vu aujourd’hui. Ça commence : une voiture. Le générique s’affiche, la limousine avance. De nuit. À l’intérieur une femme, devant elle un homme. Elle demande pourquoi il s’arrête. L’homme avec un flingue la braque. Avec un flingue, Pierrot, sorti de nulle part.

Mon sac Eastpack. J’y ai mis quoi : des fringues, du fric, ce que j’ai pu tirer. Quoi d’autre ? Je me suis posé la question toute la journée. Je me suis retourné la tête pour savoir quoi rédondre.

Une voiture arrive, des types roulent comme des dingues, ils les percutent par l’arrière. La deuxième voiture rentre dans le coffre de la première voiture : elle est projetée sur plusieurs mètres.

J’ai demandé à ma mère de laver toutes mes fringues. De cette façon savoir quoi mettre et quoi porter. Je sais pas trop comment se fringuer quand on est, comment tu dirais, Pierrot : en fuite ? J’essaye de deviner quoi mettre sur moi, dans le miroir devant, recouvert de buée.

La femme sort de la limousine sur le bord de la route. Elle boite, titube, s’enfonce dans un fossé. Au-delà un boulevard, la ville.

Je sais pas si c’est vraiment important. Je sais déjà ce que portent ceux qui suivent les concerts de Jodorov, mais c’est pas exactement ça, pas vrai ?

Elle remonte la rue, toujours en titubant, toujours la nuit, toujours elle boite. Elle arrive devant une maison. Quelqu’un part, entasse des bagages dans le coffre d’une voiture. Elle entre, se cache à l’intérieur de la maison. La voiture s’en va. Et elle à l’intérieur.

Bien sûr que j’ai mon MP3, bien sûr qu’il est chargé. Mis à jour avec les derniers trucs trouvés. Des gigas, des heures, de son prévus pour. Quoi, j’en sais rien. Te suivre. Te voir. Ne pas te chercher. Trouver par hasard. Par hasard complètement. Je me demande juste quelle chanson mettre pour le moment où faudra bien passer la porte.

Quelqu’un arrive. Une autre femme. Elle sort de l’aéroport, un taxi la dépose devant la maison, elle entre. Pose se affaires. Visite l’appartement. Ouvre la bouche en grand, les yeux. Elle entre dans la salle de bain. Il y a un bruit.

Dans le miroir, la buée me censure. J’ai plus de visage, Pierrot, plus d’oeil, de membres. Tout ce que je vois, c’est silhouette faite de chair et de peau. Uniforme et puis floue. Je me dis que si je me force, c’est ton corps, Pierrot, que je pourrais imposer juste à la place du mien. Ta peau, tes os. je dois plisser les yeux si fort, Pierrot, pour te voir à ma place que des fois, pendant une seconde, juste une seconde pas plus, j’ai l’impression de plus rien voir du tout, d’avoir les yeux fermés.

Il y a quelqu’un dans la cabine de douche. La femme du premier plan. Le verre est dépoli mais transparent, on voit qu’elle est à poil. L’autre femme s’excuse, elle savait pas qu’elle était là, on lui avait rien dit, dit-elle. La femme du premier plan terrorisée dit pas un mot. L’autre femme s’excuse et quitte la pièce et puis revient. Lui demande son nom. La femme du premier plan, à poil, a le regard qui tremble, elle est terrorisée mais plus encore qu’avant et elle sait pas répondre.

Pierrot, je suis comme cette femme. Tremblante à poil, terrorisée, toute seule dans une douche mais sans eau, qui connaît pas son nom. Pour te voir, je ferme les yeux, la buée fond. Celui qui me vient, Pierrot, le nom qui me vient toujours quand j’y pense sans penser, Pierrot, c’est, putain, le tien. Toujours c’est le tien.


Premier jet du 04/02/11

J’ai préparé un sac, des affaires. J’étais près à partir, rejoindre Jodorov, ne pas te chercher. Peut-être te trouver. J’ai juré que je te chercherai pas, Pierrot, mais ça m’empêche pas d’essayer sans savoir. J’espère te trouver quand même.

Pierrot laisse-moi te dire, c’est à propos du film que j’ai vu aujourd’hui. Ça commence : une voiture. Le générique s’affiche, une limousine avance. La nuit. À l’intérieur une femme, devant elle un homme. Elle demande pourquoi il s’arrête ici. L’homme la braque avec un flingue. Avec un flingue, Pierrot, sorti de nulle part.

Un sac, des affaires. J’ai mis quoi ? Des fringues, un peu d’argent, ce que j’ai pu tirer. Quoi d’autre ? Qu’est-ce que je peux avoir que je voudrais emporter ? Pierrot, je me suis posé la question toute la journée. Je me suis retourné la tête avec cette question. Complètement. Le problème c’est pas que j’ai pas trouvé la réponse, le problème c’est que la réponse c’était du vent : que dalle, voilà.

Mais une voiture arrive, des types roulent comme des dingues, ils les percutent par l’arrière. La deuxième voiture rentre dans le coffre de la première. La limousine est projetée sur plusieurs mètres.

J’ai demandé à ma mère de laver mes fringues, toutes. De cette façon savoir quoi mettre et quoi emporter. Je peux pas tout emporter, je sais. Je sais pas ce qu’on est censé porter quand on est, comment tu dirais, toi, Pierrot : en fuite ? Moi, j’en sais rien. Moi, je me devine, dans le miroir devant moi, recouvert de buée.

La femme sort de la limousine, celle du tout premier plan, elle sort de la voiture compactée sur le bord de la route. Elle boite, titube, elle s’enfonce dans un fossé, et au-delà un boulevard, la ville.

Est-ce que c’est important Pierrot, est-ce qu’il faut s’habiller particulièrement pour sortir, pour ne jamais revenir ? Je sais déjà ce que portent ceux qui suivent les concerts de Manuel Jodorov, mais c’est pas exactement ça, pas vrai ? C’est pas exactement comme pour un concert, hein ?

Elle remonte la rue. La femme du premier plan. Elle remonte la rue, toujours en titubant, toujours la nuit, toujours elle boite. Elle arrive devant une maison. Quelqu’un part, entasse des bagages dans le coffre d’une voiture. Elle entre, se cache a l’intérieur de la maison. La voiture s’en va.

Bien sûr que j’ai mis mon MP3 dans le sac, bien sûr qu’il est chargé. Mis à jour avec les derniers trucs trouvés. Des gigas, des heures, de son prévus pour. Pour quoi, j’en sais rien. Pour te suivre. Pour te voir. Pour ne pas te chercher. Te trouver par hasard. Par hasard complètement. Je me demande quelle chanson je pourrais mettre pour le moment où je passerai la porte et ne me retournerai plus.

Quelqu’un arrive. Une autre femme. Elle sort de l’aéroport, c’est un taxi qui la dépose devant la maison, et elle arrive. Elle entre. Pose se affaires. Visite l’appartement. Ouvre la bouche en grand, les yeux. Elle entre dans la salle de bain. Il y a un bruit.

Dans le miroir, la buée m’anonyme. J’ai plus de visage, Pierrot, plus d’oeil, plus de membres. Tout ce que je vois, c’est silhouette faite de chair et de peau. Tout uniforme. Je me dis que si je me force, c’est ton corps, Pierrot, que je pourrais imposer juste à la place du mien. Ta peau, tes os. je dois plisser les yeux si fort, Pierrot, pour te voir à ma place que parfois, pendant une seconde, juste une seconde pas plus, j’ai l’impression de plus rien voir du tout, d’avoir les yeux fermés.

Il y a quelqu’un dans la cabine de douche, la femme du premier plan. Le verre est dépoli mais transparent, on voit qu’elle est nue. L’autre femme s’excuse, elle ne savait pas qu’elle était la, on ne l’avait pas avertie. La femme du premier plan est terrorisée, ne dit pas un mot. L’autre femme s’excuse et quitte la pièce. Elle revient. Elle lui demande son nom. La femme du premier plan, nue, a le regard qui tremble, elle est terrorisée. Elle ne sait pas répondre.

Pierrot, je suis comme cette femme, ce film. Pierrot, je suis cette femme. Tremblante à poil, terrorisée, toute seule dans une douche sans la moindre goutte d’eau, qui ne sait pas son nom. Je ferme les yeux pour te voir, la buée se dissipe. Celui qui me vient, Pierrot, le nom qui me vient quand j’y pense sans penser, Pierrot, c’est, Pierrot, le tien. Toujours c’est le tien.



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