À Liberty City, vaut mieux


Je tague le texte avec le mot vide. J’ai reçu ce matin réponse d’HP rapport à mon entretien de vendredi, je suis pas pris et j’ai pensé : quelle perte de temps. Ensuite je me suis rappelé que ce boulot j’en voulais pas. Ensuite j’ai attrapé le pad rouge et j’ai lancé GTA IV et j’ai tué quelques personnes, plutôt au hasard.

Ici aussi j’ai habillé mon mec avec une cravate, ensuite sur mon portable j’ai fait le code pour avoir des flingues, de la vie et des caisses en nombre illimité. Je me suis posté à un carrefour, M16 en mains. J’ai commencé à tirer. Une balle pour chaque clic d’actualisation de la boite mail aujourd’hui, une balle pour chaque réponse d’un éditeur qui ne vient pas. À la fin du carnage, j’avais aux pieds des munitions en tas qui me remontaient jusqu’à mi-cuisses. J’ai pas compté le nombre exact de cadavres et j’ai pas besoin : passé quelques secondes ils clignotent plusieurs fois sur eux-mêmes et puis ils disparaissent.

J’ai piqué une ambulance avec dessus noté le mot Paramedic. Dur dur de faire un créneau avec, voilà pourquoi je me gare pas. Je suis allé avec sirène et gyrophares jusqu’aux lieux d’accidents avec ma caisse, mon faux costume d’ambulancier, sauf que voilà, une fois à quelques mètres des mecs accidentés, je sortais ni médocs ni brancards mais uniquement mes flingues et je tirais. J’ai lu une nouvelle de Kurt Vonnegut récemment qui proposait de breveter le concept : ça s’appelait l’euthanasie à domicile, ni plus ni moins.

Je me suis dit pourquoi ne pas faire avec l’actualité ce que je fais avec mes propres frustrations du quotidien ? Voilà pourquoi j’ai dégainé le lance-roquettes au passage de l’avion juste avant qu’il atterrisse. Je me dis si Le Pen se trouve vraiment à l’intérieur savoir seulement si son avatar modélisé lui a collé la gueule de son père ou bien la sienne. Peu importe. Après l’impact ne doit rester de sa tronche qu’une seule dizaine de polygones, et c’est pas sûr. Même chose avec l’internationale. Pour chaque missile lancée par un hélico de Kadhafi sur son peuple, un missile lancé par mon autre hélico volé sur le mien. Mais là je sens que la métaphore s’épuise.

Je me suis posé en hauteur. Il faut savoir qu’à Liberty City plus on monte en altitude, plus les passants cent mètres plus bas se mettent à disparaître. J’en vois un seul qui traverse une rue géante mais sans voiture et je tire. De là où je suis j’ai le temps de rater quinze fois avant que la balle attrape l’asphalte. Et pour le grand final je me dis je sauterai pas, je ferai même pire. Je dégoupille la grenade avec les dents (du mois c’est ce que je me dis) et je la pose juste à mes pieds délicatement, j’attends qu’elle pète. Avant de décoller j’inverse une dernière fois la caméra pour me voir moi, contre-plongée, mon flingue M16 entre les bras et le soleil couchant, levant, fané derrière. Ensuite la grenade pète, projette mon corps au ralenti sous un effet très noir et blanc mais un peu kitsch. J’attends le choc de mon cadavre cent mètres plus bas pour que ça m’indique que je peux éteindre la Play et la télé aussi.

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