Ailleurs


J’ai dit à H., dans la bagnole, entre ici et là-bas, tu sais suis incapable de juste montrer sur une carte l’endroit qu’on va rejoindre et, ensuite, après notre arrivée hier et premier jour ce matin je saurai toujours pas, toujours pas comment dire, au juste, où on est ni pourquoi.

Je crois que c’était ça le but.

J’aurais envie d’écrire ici ou ailleurs, sur papier, sur écran, sur messagerie perdue dans un portable éteint, peu importe, que, chère maman, oui, nous sommes bien arrivés, que le voyage s’est bien passé et, oui, que c’est superbe ici, car il n’y a tout simplement pas le moindre son autre que nos propres respirations, idées, humeurs, pulsations sous le voile de la peau car c’est la nature, la vraie. Hier soir, nuit tombante, avons traversé un bois dans le noir ou le gris, au sol tapis entiers de fleurs de gaz, pétales bleus, bout de la tige, dans la nuit, l’air gris ras du sol, on aurait dit quelque part ou ailleurs (ailleurs, là encore) que la flamme Butagaz était là tout autour prête à servir de prétexte à sa détonation (mais j’avais pas d’allumette). J’écrirais également que, non, chère maman, nous n’avons ni allumé la télévision ni branché nos laptops, car la lumière et le jour sont ici véritables et, il se trouve que, non ce n’est pas une blague, il y a des chevaux juste à côté d’ici, là-bas, séparés de nous-mêmes par une simple barrière et, l’un d’entre eux, je le crains, serait du genre à nous tourner autour jusqu’à nous rendre fous, alors je me méfie, sois sûre, je me méfie big time.

Comme dans la chanson, je voulais voir Honfleur, nous avons vu Honfleur, est-ce que sinon, surtout, le serveur du resto était libre ? Fallait, c’est vrai, lui poser la question. Sur la plage, plus loin, baignade interdite, vue sur Le Havre industriel, et entre nous navire, plate-forme plutôt, baptisé Atlantis, et dont le job était visiblement d’aspirer la tôle, la merde, la caillasse pris au fond de l’eau grise. On a maté, scrupuleusement, le métal remonter. La photo vient de là.

Seulement, voilà, mes mots, ma lettre, le lendemain de l’arrivée, prendrait plutôt la forme d’un texto qui dirait simplement : chère maman, oui nous sommes bien arrivés, oui sommes toujours vivants (jusqu’à preuve du contraire). Plus tard, N. par texto me demandera si on peut se voir, si on peut juste se voir, mardi peut-être, et ce que je répondrai : je ne suis pas ici.

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