Damaged goods

Je ne devrais pas réécrire ma lettre de motivation standard, celle dont on dit qu’elle est « type », pendant lecture et traduction d’extraits d’Overqualified, de Joey Comeau. C’est juste la meilleure mauvaise idée du monde (et j’ai du mal à m’en défaire).

Je crois surtout que ça n’a rien de grave, car derrière le traitement de texte j’ai aucune offre d’emploi de disponible à laquelle je pourrais céder ce jour. Jeudi Svetlana m’a rappelé que même si j’étais moyen chaud il fallait postuler quand même, car après tout on sait jamais, oui mais voilà ces conseils-là je ne les ai pas suivis. Aujourd’hui chaque annonce décryptée était l’oeuvre d’un clown, comme celle postée par un membre gratuit sur un célèbre site et dont le pseudonyme est « forever » (on croit rêver).

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J’ai repris ce texte issu d’Overqualified dans lequel il est écrit que Princess Peach, sauvée par Mario au préalable, est « damaged goods » et j’ai creusé un certain temps pour trouver l’équivalent correct qui aille avec le sens et le contexte et le rythme des mots. Quelque part, je creuse encore. La terre est celle qu’on a foulé samedi dans les jardins du Luxembourg, blanche elle a bouffé toute la lumière du jour pour nous la balancer depuis le sol dans les narines, dans les sinus et dans les yeux. J’ai gardé haute ma propre tête (« tout est dans le port de tête », écrit Mathieu Brosseau) pour ne surtout jamais m’y perdre. On est parti par le métro à Odéon et cette obscurité fondue faisait au moins comme un millier de bien.

Les chemins sont biaisés, dans la langue :
tu mets des embuscades. T’as changé de
sexe, l’exil, t’as pas bougé, ton pays est le
même,ton sexe est celui de l’exil. Alors, les
autres ne te lisent plus, ne t’écrivent, ne te
comprennent plus, ne te voient plus. Dans
sa genèse, ta voix a été arrachée à son
propre devenir, n’a plus grandi, quand tu
rêves, tu ne sais pas si ce sont tes yeux ou
ta bouche qui babillent. A été arrachée et
du coup, tes os font du poids.

Mathieu Brosseau, Uns, Publie.net (à paraître papier aux éditions du Castor Astral)

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