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Spike Bonham-Carter, Pan-Amerikan Rally

19 mai 2012, par Guillaume Vissac, dans Critique |
Tags : Corps - Jiminy Panoz - Littérature numérique - Mort - Postapocalypse - Quentin Tarantino - Spike Bonham-Carter - Studio Walrus


La petite histoire : Studio Walrus, éditeur numérique, récupérerait le catalogue d’une vieille maison américaine pulp qu’on appellera Bang Bang Press pour développer une collection à part entière (qu’on appellera Bang Bang Press) composée d’ OVNIs trash. Parmi les deux premiers titres mis en ligne la semaine dernière, Pan-Amerikan Rally, lu sur l’Odyssey pendant une panne de caténaire.

Mais nous ne sommes pas dupes.

 » Dans un univers apocalyptique et dégénéré à la « Mad Max » où le pétrole et le dollar sont les rois, une course s’organise sous l’oeil des caméras du monde entier. Les meilleurs pilotes (mais aussi les plus sadiques et les plus têtes-brûlées) des cinq continents viennent s’affronter au cours du Pan-Amerikan Rally, une course à mort à travers tout le continent au volant d’engins blindés sur-armés, dangereuse et sanglante, dont un seul pilote pourra se tirer vivant. Tous les autres doivent mourir avant de franchir la ligne d’arrivée ! À la clef, un bon paquet de fric et l’assurance d’une célébrité immédiate. Attention, « Pan-Amerikan Rally » est un texte violent : âmes sensibles et esprits chastes s’abstenir ! « 

Jamais trop vu les films post-nukes auxquels ce genre de texte fait référence. Par contre joué, treize-quatorze ans, à un Twisted Metal World Tour sur PS1 ou bien avant Wipeout (Wipeout étant lui-même un remake d’F-Zéro) ou bien avant MegaRace. Dans Twited Metal World Tour, l’un des véhicules est un camion de glace qui se marre, un autre une pelleteuse, un autre un simple type coincé entre deux roues de Monster Truck, des lance-roquettes scotchés sur les épaules. Le but du jeu, c’est de niquer les autres participants. C’est injouable. C’est génial. Dans la carte Paris, y a un passage secret pour monter à l’intérieur de la tour Eiffel et, si besoin, la faire sauter. Chaque personnage possède deux lignes de background scénaristique parce que c’est pas le sujet. Dans Pan-Amerikan Rally ces lignes sont jetées sur le capot dès les premières pages, on note

Salt, inconnu notoire dont on ne sait rien sinon que son capot est recouvert de sang et de chair.

ou

Calam, mexicain, seul pilote capable de décapiter un concurrent au milieu d’un tête-à-queue.

ou alors

Melinda Gore, seule femme tolérée sur la liste des participants.

(car être une femme est ici un pouvoir spécial en soit, voire même une tare suffisamment balèze pour définir un personnage).

Là le monde (en 2076, soit une vingtaine d’année avant The Last Man et puis Le dernier monde) craint. Du genre très post tout. Le texte est comme ça. Assez violent et plutôt gore et sec : des phrases mais plutôt courtes, « la mode est aux rachitiques », et puis des morts expéditives. Huit participants sur la ligne de départ et il « n’en restera plus qu’un », comme dans tout bonne télé-réalité, car c’en est une : une télé-réalité pré post télé-réalité.

Bam Bam dégoupille une grenade, extirpe son buste par la fenêtre de la Stingray et vise le toit ouvrant de la Lotus.
La grenade passe à travers, miraculeusement.
Elle atterrit entre les jambes de la victime et explose dans la seconde.
Un concurrent de moins dans la course. L’européen est le premier à tomber : vieille coutume historique.
La déflagration booste la muscle car américaine, bien qu’elle lui martyrise aussi l’arrière-train.
Le coffre est maintenant calciné. Un handicap certain pour le pilote qui ne dispose donc plus de protection arrière.
Dans le rétroviseur central, l’épave en feu du concurrent éliminé.
Le réalisateur d’iSPN trouve de bon ton de faire un gros-plan sur le corps en flammes du premier tombé au front.
L’anglais bouge encore,
des cloques se forment sur son crâne,
l’effet pop-corn enivre les foules qui dégustent leurs chips à l’huile de moteur, le cul sagement posé dans leurs rocking-chairs ou sur les banquettes arrières de leur BMW.

Ca a un goût de Tarantino (d’ailleurs c’en est : une fiction pulp), même chose pour les chips à l’huile de moteur. L’habillage graphique du texte rappelle les jeux vidéos old school (revoilà MegaRace), et partout des pixels. Insert coin, qu’on nous dit. L’est où la borne d’arcade ? Les chapitres sont plutôt des niveaux ou des stages, comme à l’époque. Les séparations entre les chapitres sont des coeurs pleins ou vides (fonction de ce qui te reste de vie), on a même droit à un

en plein milieu d’une phrase. Jiminy Panoz a traduit et designé le truc. Sur son site une page décortiquant son travail d’ebook-design super bien faite. On comprend vite que et pourquoi l’habillage (la mise en scène qui sait) du texte c’est pas gadget. Elle vient de là, aussi, l’ambiance.

Le Pan-Amerika Rally se déroule lors de la fête transcontinentale.
Celle-ci s’étale sur trois jours de festivités.
La course a été pensée dès le départ comme une sorte de parade déjantée.
Manquent simplement les majorettes sexy, qui préfèrent désormais vendre leurs talents à manier le bâton aux chaînes de peep-show à la demande.
Elles se sont rabattues là-dessus quand quatre d’entre elles ont été exterminées par un concurrent machiste en 2073.
Elles sont moins bien payées mais y trouvent le confort et la sécurité.
Plus de taré pour faire patiner sa roue arrière droite sur leur visage de poupée écrasé.
Plus de chacal pour venir violer leur dépouille une fois que les autorités ont levé le camp.
Plus de charognard pour venir dérober leurs effets et les revendre au marché noir pour une bouchée de pain.

La langue, elle est soft gore. Cf. plus haut, cf. plus bas. Surtout non dépourvue d’humour. Comme ce niveau D5 « Bambi gets a gun » composé simplement de la phrase

Censuré : sexe explicite - zoophilie et nécrophilie - mort d’un enfant

Plutôt bien vu. Qu’on fasse, ou pas, l’objet via cette lecture d’un authentique voyage dans le temps, vraiment tout l’est.


Patrick Dao-Pailler, §iamoises

11 décembre 2011, par Guillaume Vissac, dans Critique |
Tags : Corps - Dante Alighieri - Diane Arbus - Patrick Dao-Pailler


Je vis sans en pouvoir douter, et il me semble
que je le vois encore, un homme qui marchait
sans tête, dans les rangs de ce triste troupeau.
 
Il portait, la tenant par les cheveux, sa tête
coupée, au bout du bras, en guise de lanterne,
et la tête louchait et nous disait : « Hélas ! »
 
Il semblait se servir de fanal à lui-même.
Ils étaient deux et un, un et deux à la fois :
Celui d’en haut sait seul comment cela peut être.
 
Dante Alighieri, L’enfer, traduction de Quidonc ?

J’ai déjà mentionné ici deux trèsavoureux livres des éditions Le Vampire Actif ; celui-là le premier. §iamoises (doit-on prononcer deux fois le S, long serpent, langue bifide ?) de Patrick Dao-Pailler a ouvert le catalogue du Vampire en 2009. C’est son premier roman.

Tout comme l’indique le titre (son mot, la première lettre de ce mot si double) §iamoises prône la paire. Récit siamois à plus d’un titre §iamoises pose deux corps, celui de Lucy, celui d’Adina, dans un seul, le leur, qui est aussi celui du livre. La parole, libre, parfois poétique, oscille entre ces deux voix qui parfois se complètent, se recouvrent, ou bien se contredisent. La structure du livre, lui aussi, fonctionne selon deux hémisphères. La première partie, légère, explore, comme le dit la quatrième de couverture « une existence quotidienne commune et un corps partagé ». La seconde, après bascule kafaïenne et diverses rencontres du troisième (oui) type, plante le récit au coeur d’un procès assez loufoque.

Sally, ça lui brûlait la langue. On devait avoir onze ou douze ans à l’époque, pas plus. Lucy dormait. Sally en a profité. Elle m’a demandé : « Dis, est-ce que ce n’est pas dur d’être toujours avec Lucy ? » Je crois que j’ai paniqué. J’ai voulu réveiller Lucy. J’ai voulu qu’elle entende aussi. D’habitude on nous questionnait ensemble. Je crois que j’ai réveillé Lucy. J’ai forcé Sally à répéter devant nous. Mais elle n’a pas voulu. Elle est devenue toute pâle, n’a plus dit un mot. Plus jamais elle ne m’a questionnée quand Lucy dormait. Et moi je n’attendais plus que ça : qu’on me pose des questions à moi seule. J’aurais voulu savoir... comment je répondais. J’étais fascinée par ça : mes propres réponses.

Patrick Dao-Pailler, §iamoises, Le Vampire Actif, P. 15.

§iamoises est un livre assez court, écrit sous une langue nette, quelque fois un peu aride mais toujours élégante, à la structure soignée et minutieuse. La mise en page est claire, très aérée, beaucoup de blanc sur la page, parfois des bribes de poésie le nécessitent, les autres fois les doubles paragraphes de Lucy et Adina s’y alternent, on ne prête pas toujours trop attention à qui parle ou qui raconte, ça n’a pas beaucoup d’importance, le texte est toujours très soigné, la page le berce.

Diane Arbus, Identical Twins, Roselle, New Jersey, 1967

J’ai ressenti un plaisir intense quand Fernando a caressé Petit pont. La sensation ordinaire d’une main sur ma peau a commencé à devenir plus subtile, s’est chargée de nuances délicates. Au fur et à mesure que sa main remontait le pont vers Adina, la sensation se faisait plus diffuse. Je n’aime pas qu’on me touche habituellement. Les médecins nous ont tellement touchées, avec leurs mains froides et gantées. Je n’aime pas les sensations directes, identifiables : les brûlures, les gelures, les coupures, les morsures, les griffures... Elles vous clouent à un endroit du corps. On a l’impression que tout le corps se résorbe et fuit du côté de la blessure... ou de la caresse. Mais plus la caresse de Fernando remontait vers Adina, moins cela ressemblait à une caresse. J’ai fini par ne plus pouvoir dire précisément où Fernando posait sa main. C’est là que j’ai commencé à jouir : quand j’ai senti que je ne pouvais plus dire où.

P. 47

On ne sait pas tellement, nous non plus, lecteur, en lisant, où commence l’une et ou finit l’autre. D’où la notion de monstre (« Nous sommes des siamoises qui faisons l’amour. À ce titre, nous voulons être appelées : monstres. » P. 42). Le regard se porte sur le corps commun, sans trop pouvoir déterminer laquelle répond à quel son, nom, quelles syllabes. Les divergences existent au-dedans : des caractères, des personnalités différent(e)s. Lorsque l’une dort, qui sait si l’autre ne vagabonde pas de son côté pour vivre une vie littéralement privée, à elle ? Idem l’amour, la mort. Si un troisième larron débarque et aime, laquelle aime-t-il ? Et si l’une d’elle assassinne l’autre, le troisième, qui est coupable ? Où se trouve l’un au coeur d’un corps pour deux ?

« Monsieur le Président, Messieurs de la Cour, Mesdames et Messieurs les jurés,

Rien de l’extérieur ne doit venir perturber votre décision. Vous avez considéré les faits avec pondération. Vous les avez pesés, soupesés, mettant dans l’autre plateau de la balance les mobiles et les hypothèses les plus vraisemblables. Vous vous apprêtez à délibérer avec intransigeance. Vous vous dites : rien n’est venu me perturber de l’extérieur, je serai tranchant s’il le faut, indulgent peut-être, mais quelle que soit ma décision, elle aura été guidée par deux contraintes - les faits exposés en ce lieu, et ce que je crois bon. Rien n’est venu me perturber de l’extérieur... Oui, peut-être... Mais êtes-vous bien sûr que vous n’étiez pas déjà dans un extérieur à vous-mêmes ?

P. 161, Plaidoirie du docteur Dondon

J’ai divulgué ici des éléments clés de l’intrigue : ça n’a pas d’importance (d’ailleurs la quatrième de couverture balance, avant moi, le sel de l’élément dit perturbateur). §iamoises est un premier roman très fin dont les siamoises sont à la fois le choeur du texte, le prétexte et l’enjeu. Fou et léger, souvent très drôle, il enchante, à deux voix, deux mains, deux têtes, le périple de celui qui osera (moi hier, bientôt vous) s’y pencher.

Siamoise : Subst. Fém. AMEUBL. (P. allus. aux frères siamois) Canapé en forme de S dont les occupants sont à la fois côte à côte et vis-à-vis. (Dict. XIXe et XXe s.)

Quatrième de couverture

P.-S.

D’autres chroniques soeurs

- L’anagnoste
- Paludes
- La taverne du doge loredan


Mark Z. Danielewski, O Révolutions

26 novembre 2011, par Guillaume Vissac, dans Critique |
Tags : Adolescent - Arthur Rimbaud - Claro - Mark Z. Danielewski


On n’est pas sérieux quand on en a seize. Les deux héros de O Révolutions, d’un côté, vert, Sam, et de l’autre, or, Hailey, tous deux seize ans, traversent le temps. L’un Roméo, l’autre l’autre versant d’une autre Roméo. Publié en 2007 par Denoël en France, O Révolutions se lit dans les deux sens. C’est une espèce d’odyssée bis. Et traduit par Claro.

D’abord l’objet. O Révolutions se compose de deux centres, deux âmes, deux narrateurs. L’un Sam, l’autre Hailey, qui rapidement se trouvent et ne se quittent plus. Pour passer de l’un à l’autre tout simplement tourner le livre. Tous deux cohabitent sur la même page. L’un en haut, l’autre, retournée, tout en bas. C’est le même périple que racontent ces deux voix, à deux voix, sur deux voies différentes, car ce périple est un road trip. À cheval, en voiture, même à pieds, mais ça bouge. On part d’un point A, qui est la première page chez Sam ou Hailey, pour rejoindre un A’, la première page, à l’envers, de Hailey ou Sam. En parallèle s’écoule l’Histoire, la nôtre. Sam et Hailey grésillent et bougent, devant un écran noir, et blanc, sur lequel y défilent, en accéléré, des documentaires historiques sous forme, succinctes, de quelques notes. Dans les faits, cela concerne la colonne sur le côté de chaque page. En visuel c’est explicite. Voici. « Vous y étiez. »

Ça. Alors. Hailey !
Hors de question d’esseuler
mon couchage, je bondis, vorace,
et la bascule à même le le sol.
Débandade des Rats musqués.
J’enlève chemise et salopette.
Glissade leste des bretelles, fuite agile
des pulls. Plus que les chaussettes.
Géant.
Baisers, d’abord, doux et brûlants.
Seins démasqués. Époustouflant. Puis
ses hanches qui tenaillent & m’avalent.
Enfin
Je tobodanse. La déshaboie.
Trempé. Râteau des ongles
sur les flancs. Secousses. Longues,
offensives. Un peu trop longues.
Puis. Shlaf.
Je pars en giclées torrentielles,
et, retourné, fais la course avec
les Lemmings
griffant le ciel, tout en
soupirant doucement :
Je ne jouirai qu’au-dehors.
 
Mark Z. Danielewski, O Révolutions, Sam, Denoël et d’ailleurs, traduction de Claro, P.47-48
Alors. Ça. Sam !
Qui ne part pas. Et me rend
mon sac à dos. C’est à mon
tour de le plaquer. Il chavire,
s’étale dans les Becs-de-grue.
J’ôte mon corsage, zappe
mon minishort. Le désalopette.
Hop. Garde les chaussettes.
Petit.
Baisers alors, mouillés mais fins.
Tétons superbes. Tendus. Puis
ratés. Décales, déboussoles.
Puis.
Je le tressaute entier. M’encolle
à sa nudité. Peaux qui rissolent.
J’affirme mon assise et irrigue
ses cuisses de frissons.
Puis. Déjà sorti.
Sam s’absente de moi,
dents serrées, semence volante,
et coule à mes côtés.
À peine remis,
il gémit ceci :
Je ne jouirai qu’au-dehors.
 
Mark Z. Danielewski, O Révolutions, Hailey, Denoël et d’ailleurs, traduction de Claro, P.47-48

C’est-à-dire que ce que vit Hailey Sam le vit, de l’autre côté du livre et dans l’autre sens de lecture. Ici une passion amoureuse, plus loin une virée en bagnole, avant des luttes avec des cons. Chacun son sens, sa couverture de livre, bifide, qui articule avec deux langues. Mais la contrainte va plus loin et j’en reviens au titre : « Révolutions ». Chaque demi-page contient précisément 90 mots (hors colonne historique), donc 180 sur une page entière et 360 lorsque le livre ouvert vous tient droit dans ses yeux, 360° de pleine révolution. L’histoire de Sam commence en 1863 et se termine en 1963. Celle d’Hailey en 1963 pour se finir en 2063. Temps au cours duquel viendra caracoler l’Histoire. Mais en deux siècles ni l’une ni l’autre ne prennent une ride. Ils ont toujours et à jamais seize ans.

Je suis le baladin auquel
enfin on tient. Qu’on use.
Je suis leur permis mineur.
Je suis le kid.
 
Sam, P. 164
Je suis la Satiété qu’ils
n’auront jamais. Qu’ils ratent.
Je suis leur gant de gosse.
Je suis la môme.
 
Hailey, P. 164

La langue (les deux) est bien, sont bien, si bien carrément adolescente, car son corps mue. Les mots parfois se télescopent, s’éclatent alors néologismes et mots-valises, peut-être ou bien sans doute bien déformés par le prisme de la traduction. Récit intraduisible, O Révolutions est superbientraduit par le poète Claro. J’aurais aimé tomber sur une version VO, PDF par exemple, juste comme ça pour pouvoir, en index, m’y reporter, puis l’envie est passée et ne m’est plus revenue, signe que bon.

On est des bolides sans frein.
Et on déferle furieusement.
Voyez notre sillage. Comme il vibre.
Monticules de boue, tombes bâclées.
Charrues, tracteurs. Tours et détours.
Un Original en décomposition, isolé.
Tout le monde veut le rêve mais noUS l’avons.
Deux voies. Quatre voies.
Une seule solution.
Hailey & moi avec presque rien,
et nul souci d’aucune escale.
 
Sam, P. 217
NoUS sommes des bolides sans frein.
Lancés à fond la caisse et détonant.
Voyez notre sillage. Quels remous.
Le long des tombes Chokias. Sèches.
Boulets démolisseurs, rétrocaveuses. Grues rouilles.
Les Chênes lièges tombent.
Tout le monde veut le Rêve mais noUS le donnons.
Quatre voies. Huit voies.
Une seule solution.
Sam & moi sans rien du tout,
escaladant à peu près tout ici.
 
Hailey, P.217

On fonce : enfin ils foncent, tous les deux, Sam & Hailey, devant nos yeux à nous. Ils traversent l’Histoire sans prendre une ride, cesser de s’aimer, se retenir de sans arrêt changer de monture. Quelques fois ils s’arrêtent, s’ouvrent alors les pages les plus en creux du récit, le coeur du livre est pour moi le moins bien réussi (lorsqu’ils bossent dans le bouge de Bill Biozetti), Hailey & Sam donnant toujours la pleine mesure de leur mouvement de longue haleine, justement, en mouvement. Et d’ailleurs le mouvement est mimé : le texte, gigantesque placardé sur la page avec une énorme taille de police au début, progressivement décroît. À la fin, une fois venues les dernières pages du truc, on doit plisser les yeux pour continuer à bien les voir ou juste, parfois, chacun d’entre eux l’un après l’autre et inversement, les apercevoir, car ils s’éloignent, nous éclaboussent d’un peu de leur poussière en fonçant comme des dingues sur l’autoroute à donf. Et nous (toi, moi, lecteur, spectateur de l’odyssée qu’ils vivent) restons si sages au bord à les scruter.

On fend les taillis de flocons. À notre tour,
vaguement pauvrégarés,
mais l’afflux de froid ne suffit plus.
NoUS devons trouver nos bords car noUS
débordons. On s’élève, pantèle, martèle,
puis Hailey prend ma main et sur un
tapis d’aiguilles m’attire et m’alimente
de baisers. Tout entière sur moi.
 
Sam, P.313.
On foule les battues givrées. Presque autonomes.
Pauvrégarés,
mais la neige ici ne convient pas.
NoUS devons trouver nos bords car noUS
abordons. Et on grimpe, souffle, fatigués,
puis Sam me prend à part et parmi les rameaux
doux-dorés m’allonge de ses
baisers glissés. Tout de lui me prend.
 
Hailey, P.313

On ouvre et on referme ce sacré truc qu’est O Révolutions avec la certitude que c’est bien la première, la dernière fois qu’on lira un machin comme ça. Vraiment. Et non ce n’est pas un livre gadget : c’est un livre qui trouve à réinventer, révolutionner bien sûr, l’objet livre. On irait pas lire O Révolutions en numérique ou, plutôt non, si c’était le cas, on lirait autre chose, un autre texte bien sûr tout aussi bon mais pas le O Révolutions qu’on tourne, retourne, écorne et froisse avec plaisir au fil de la lecture du monstre. Et preuve que rien n’est gadget, la petite colonne d’Histoire, le film en noir et blanc qui court pendant tout le long du récit ou presque : lorsqu’il se termine, plusieurs dizaines de pages avant la fin du récit d’Hailey (c’est à dire après 2005, la colonne reste blanche) on se surprend à retrouver un brin de silence dans la lecture comme si, jusque là, l’Histoire grésillait arrière-fond derrière nos yeux, nos pages. Quelle impression d’impossible ! Ici dans OR, tout est saisissant. Même la version lue, vendue sur iTunes, qu’il me reste à entendre, voir et traverser.

P.-S.


Paul Auster, Sunset Park

7 septembre 2011, par Guillaume Vissac, dans Critique |
Tags : Corps - Larry Clark - Paul Auster

Mise à jour du 07 septembre 2011 : à l’occasion de la parution de Sunset Park en français, je repasse cet article en une. Je n’ai pas lu cette traduction. Mon article porte donc uniquement sur le texte original.


Je lis Paul Auster depuis que j’ai seize ans, depuis que, faisant suite à La trilogie new-yorkaise qui m’a servi, entre autres, de détonateur, je lis. Pour ça précisément que je trouve toujours plaisir à acheter puis lire le « dernier » Paul Auster, tous les ans ou tous les deux ans c’est selon, pour ça précisément que je poursuis la course, toujours avec le même enthousiasme, quand bien même il semblerait qu’aucun texte aussi puissant que Ghosts (Revenants) n’ait été produit depuis 1986. J’ajoute enfin que The New-York Trilogy a été le premier livre en anglais que j’ai acheté, à une époque, pourtant, où cette langue m’était totalement étrangère. Pour ça précisément que Paul Auster est, pour moi, un auteur aux origines.

Depuis 2003 et Oracle Night (La nuit de l’oracle) Paul Auster est entré dans une série d’expérimentations narratologiques (légères mais présentes). Dans Oracle Night, par exemple, une partie du récit était pris en charge dans les notes de bas de page. Plus tard Traverls in the Scriptorium (Dans le scriptorium) proposait une plongée dans l’esprit de l’auteur ayant inventé, quelques années plus tôt, les personnages de ses livres précédents. Dans Man in the dark (Seul dans le noir) deux récits s’entrecroisaient selon grosso modo le même principe : celui d’un personnage de fiction et celui de son auteur. Enfin dans Invisible, l’année dernière, le récit maniait le « je », le « tu », le « il » successivement pour proposer une vision kaléidoscopique de la situation. Sunset Park, qui paraîtra probablement en France dans les mois qui viennent, suit précisément cette lignée de textes dont la narration essaie de se dégager d’une certaine fixité. Contrairement à Invisible pour lequel je suis resté assez enthousiaste, ça ne prend pas vraiment dans Sunset Park car les « trucs » mis en place ici demeurent des trucs : ils n’apportent jamais l’autre dimension attendue. Sunset Park « raconte l’histoire » littéralement d’une petite dizaine de personnages en alternant les points de vue, et disperser le récit dans plusieurs horizons de cette façon peut-être intéressant, encore faut-il que les personnages concernés soient dignes d’intérêt. Le pitch de départ est d’ailleurs assez simple : en pleine crise financière (2008) une petite bande de quatre personnes investit à New-York une maison dont les propriétaires ont été expropriés et qui, appartenant désormais à la ville, n’appartient donc plus à personne.

He spends an afternoon taking photographs of some of the factories near the waterfront, the old buildings that house the last surviving companies in the neighborhood, manufacturers of windows and doors, swimming pools, ladies’ clothes and nurses’ uniforms, but the pictures are nondescript somehow, lacking in urgency, uninspired. (…) Even if he is home again, this New York is not his New York, not the New York of his memory. For all the distance he has traveled, he might just as well have come to a foreign city, a city anywhere in America.

Paul Auster, Sunset Park, Faber and Faber, P.132

Cet extrait est à la fois anecdotique et représentatif du récit tout entier. Anecdotique car le contexte socio-économique présenté dans le résumé du livre est très rapidement évacué, et, comme souvent chez Auster, on a plus l’impression d’assister à une fiction qui se déroulerait devant l’écran d’un film historique qu’à une fiction qui prend racine dans l’Histoire. Les livres d’Auster sont en décalage permanent avec l’époque ou l’Histoire (rappelons dans Moon Palace cette scène où le narrateur débarque littéralement comme un mort-vivant à une visite médicale de l’armée qui décidera si oui ou non il sera envoyé au Vietnam, le paroxysme sera atteint ensuite avec In the country of last things / Le voyage d’Anna Blume qui sort totalement de l’Histoire pour en écrire une autre), c’est également le cas ici. Quelques mentions sont faites des maisons abandonnées, des « choses » laissées derrière (au tout début du livre il est dit que l’un des personnages est employé par une entreprise qui vide les maisons abandonnées, que ce personnage a l’habitude de photographier les objets laissés derrières par ces familles ruinées et expropriées, on nous dit ensuite qu’un autre s’occupe d’une boutique qui répare les objets tombés en désuétude, mais cette dimension là n’est absolument pas exploitée : elle constitue simplement un décor) mais la fiction se déroule en réalité en décalage avec cet écran, comme une couche superficielle appliquée par dessus. Extrait représentatif enfin car cette phrase pensée par Miles durant ses déambulations dans New York décrit aussi parfaitement la nature de ce livre : « quelque part assez quelconque, dépourvu de toute urgence, pas très inspiré » [1].

There are days when she can no longer look at people she passes on the sreet without undressing them in her imagination, stripping off their clothes with a quick, violent tug and then examining their naked bodies as they walk by. These strangers aren’t people to her anymore, they are simply the bodies that belong to them, structures of flesh wrapped around bones and tissue and inner organs (…) She sees the enormous, unwiedly breasts of fat women, the tiny penises of young boys, the budding pubic hair of thirteen-year-old children, the pink vaginas of mothers pushing their babies in strollers, the assholes of old men, the hairless pudenda of little girls, luxuriant thighs, skinny thighs, vast, quivering buttocks, chest hair, recessed navels, inverted nipples, bellies scarred by appendix operations and cesarean births, turds slinding out of open anuses, piss flowing from long, partly erect penises.

P.108-109

Il y a un seul des personnages de Sunset Park qui apparaît un minimum « authentique », ou en tout cas qui semble digne d’être suivi dans cette lecture et il s’agit d’Ellen. Assez discrète par rapport aux autres personnages, c’est elle qu’on retrouve dans l’extrait précédent : probablement la meilleure page de tout le livre. Tous les personnages de Sunset Park ont en commun de porter avec eux un fantôme, ou plutôt un traumatisme issu du passé, et le personnage d’Ellen est le seul qui vit depuis en dysfonctionnement total. Avortée suite à une passion adolescente elle développe une obsession pour le corps qui la conduit à déshabiller mentalement les corps qu’elle croise dans la rue (il s’agit de l’extrait ci-dessus) et à peindre des modèles nus pour plaquer ces pensées sur la toile. Aucun des autres personnages concernés dans le récit n’ont autant d’impact sur la réalité qu’Ellen qui, elle, la reconfigure à mesure qu’elle la traverse (il sera dit plus tard qu’elle « voyage au plus profond de nulle part : le nulle part de son propre néant »). C’est très court (moins d’une page pour ce passage précis, moins de vingt pour le chapitre en entier) et c’est peut-être le coeur du texte qui aurait mérité d’être creusé, mais qui ne l’a pas été.

Photo de Larry Clark

That is the idea he is toying with, Renzo Says, to write an essay about the things that don’t happen, the lives not lived, the wars not fought, the shadow worlds that run parallel to the world we take for the real world, the not-said and the not-done, the not-remembered.

P.153

S’agit-il du point de départ de Sunset Park, ce « livre des choses parallèles » que mentionne Renzo Michaelson, double peu ou pas maquillé de Paul Auster lui-même ? Peut-être qu’un Sunset Park bis, non-écrit, non-publié et non-lu aurait dû voir le jour mais n’a pas pu éclore. Peut-être que ce livre là aurait été bon, meilleur qu’aucun autre de ces dernières années. Mais non. Sunset Park, le vrai, le réel, le papier, ne va nulle part, et le plus étonnant soit encore que cette destination soit ni plus ni moins que revendiquée. Oublié le garçon qui voulait « lancer un défi au mode de vie américain » (Moon Palace), celui-là voudrait se fondre dans un lieu appelé Nowhere et y passer ni plus ni moins que « les dernières années de sa vie ».

The conversation ends, and once again you feel you have been stranded in the middle of nowhere. By late afternoon, you have begun to resign yourself to the fact that nowhere is your home now and that is where you will be spending the last years of your life.

P. 282

P.-S.

En vidéo, lecture de Sunset Park par Paul Auster


Leroy K. May, Tokyo, Québec

24 juin 2011, par Guillaume Vissac, dans Critique |
Tags : Google Street View - Leroy K. May - Littérature numérique - Mahigan Lepage - Numeriklivres - Robert ne veut pas lire


Mise à jour du 24 juin 2011

Je repasse cet article en une à l’occasion du "#ebookfriday" du jour qui propose Tokyo, Québec sur Numeriklivres à 0.99€, occasion du coup de découvrir ce texte assez génial. Faut se dépêcher, par contre, l’offre n’est valable qu’aujourd’hui.


J’ai lu une première fois Tokyo, Québec, plus ou moins par hasard si ma mémoire est bonne, au printemps dernier, entre mars et juillet, car à l’époque le texte était propulsé au compte goutte par l’éditeur numérique québécois Robert ne veut pas lire, comme un récit par épisodes en fait. En septembre, Numeriklivres a commencé à diffuser une partie du catalogue Robert ne veut pas lire afin de le proposer sur les plateformes numériques françaises. Occasion trouvée pour relire le texte, cette fois-ci tout d’une traite, de manière à avoir deux expériences différentes après première lecture forcément fragmentée à l’époque.

Tokyo, Québec [2] est un récit halluciné (Leroy K. May / le roi camé ?) qui, comme son titre l’indique, abolit la géographie. Construit sur une série d’alternance des chapitres (Elle & Il sont les personnages principaux, séparés puis ensemble, de cette fable moderne et même assez cash) il tisse non pas un monde mais une cartographie d’endroits tous reliés les uns aux autres : Montréal = Tokyo = Paris = New-York et j’en passe. Une écriture de la Ville à l’âge du numérique, somme toute, et plus précisément encore à l’âge Google (Maps, Earth ou Street View) qui aplatit le Monde pour mieux le transformer en un réseau de mondes. Toyko, Québec se sert de ce réseau pour développer une écriture où ici et là-bas c’est partout, un seul et même lieu où les corps se dispersent.

Elle avait traversé le pont Champlain Jacques-
Cartier Neuf Brooklyn et de Tokyo pour déboucher
dans Ginza un quartier pas terrible puis au théâtre
Kabuki tout en traversant le parc Hama Rikyu
le nouveau pont est laid le vieux pont donnait
l’impression de pénétrer dans une petite bourgade
puis c’est l’immeuble Fuji TV et un autre pont le
Rainbow Bridge puis c’est Shinjuku la nuit et ses
néons incalculables c’est une féerie de signes
qu’Elle ne comprend pas Elle évite les voitures la
fourmilière s’avance vers Elle ne sait pas quoi faire
Elle a peur Elle veut qu’Il soit là qu’Il la sauve qu’Il
l’extirpe de ce cauchemar mais la réalité La rattrape
une Toyota La heurte Elle fait un 360 en l’air puis Elle
reconnaît les contours de Staten Island l’énormité
qui y trône qui pointe vers l’Atlantique vers le pays
donateur de l’horreur la Dame liberté celle libre de
vous acheter ; Elle déambule dans les petites rues
européennes de Wall Street Elle ne sait plus quelle
heure il est il doit être 9 heures la ville fourmille
de costards d’espresso et de tailleurs Burberry
Elle voudrait être dans Little Italy et Elle y est Elle
voudrait être dans le Brooklyn de Harvey Keitel et
de Paul Auster dans Smoke et Elle y est mais Il n’y
est pas Il est trop occupé à fumer sa dernière clope
avec Jarmusch qui relate la cigarette après l’amour
sous la pluie pendant les tempêtes de neige après
et avant le déjeuner.

Leroy K. May, Tokyo Québec, Robert ne veut pas lire / Numerkilivres, P.41.

Un tunnel à Tokyo (via Google Street View)

La prose camée de Leroy fonctionne par impulsions, sans ponctuation la plupart du temps, rythmée soit par la fuite des corps les uns en direction des autres (Elle & Il passent une bonne partie du récit à converger l’un vers l’autre et, lorsqu’ils se rejoignent, à fuir ensemble ailleurs), soit par la projection de ces corps dans un environnement malade, qu’il s’agisse de la Ville elle-même ou de la famille dysfonctionnelle qui a engendré Elle. On y retrouve la mère (la Merde) qui prostitue ses gosses pour se payer sa dope, et autour d’elle ceux qui jouent le jeu, ceux qui s’extirpent et ceux qui en rêveraient. Le récit s’achève d’ailleurs sur un final très Tarantino qui enfonce bien le clou, juste ce qu’il faut.

Elle n’est pas
particulièrement violente Elle veut simplement en
finir avec la médiocrité avec Sa médiocrité héritée
de cette famille dirigée par la Merde Toute Puissante
créatrice de l’Inconscience et de l’Inconséquence.

P.51

Le récit de l’idylle entre Elle & Il est assez singulier car, là encore comme la Ville, on dirait qu’elle nait et qu’elle vit, se propage, uniquement dans le réseau ou dans une vie bis qui en prendrait les codes. Comme Tokyo, Québec est une traversée de la Ville à l’âge de Google Street View, c’est aussi, genre, une « histoire d’amour », à l’ère des amours numériques, où le corps est pixel, droit devant l’oeil Webcam, où les conversations sont des mots découpés par la machine, où Meetic choisit qui drague quoi et où on peut au fond « être ensemble » sans jamais s’être vus, et toute une partie du texte s’attache à mettre en parallèle le parcours de l’un pour arriver vers l’autre. Comme s’ils s’étaient côtoyé quelque part sans pourtant jamais s’être frôlé la peau.

Il gribouillait dans son petit cahier noir des poèmes
sans queue ni tête sur l’élévation de Ses cuisses et
la nature de Ses seins ; Il décrivait en menus détails
la géographie de Sa chatte et les bordures salines
qui la délimitaient ; Il détaillait la forme de Son anus
et la façon qu’Il envisageait d’effeuiller Sa rose de
mordre les pétales et de perforer la cavité interdite ;
Il avait visiblement mieux à faire qu’écouter ces
connards de profs ou ces midinettes bourgeoises.

P.28

Un tunnel à Tokyo #2 (via Google Street View)

Et au bout de l’idylle, avant les virées en enfer d’Ell&Il, des écarts dans des villes de pixels (ici le Japon et le Tokyo du titre) où rejouer, mais en plus gore, des scènes qu’on dirait bien toutes droit tirées (extirpées même) de Manon Lescaut, et elle est assez dingue, je trouve, cette filiation, voulue ou pas voulue d’ailleurs, revendiquée ou pas, preuve que le « roman digital » (et Tokyo, Québec en est un, c’est même le plus parfait exemple) relève bien d’une évolution directe d’une littérature qui touche toujours juste quand elle mord à la marge.

Ils descendirent ensuite au Listel Shinjuku Hotel
où ils décidèrent de profiter du bar lounge puis de
la piscine et du sauna le but étant évidemment de
foutre un joli bordel dans cet hôtel somme toute
correct mais manquant de passion ; ils arnaquèrent
un couple de riches Berlinois qui revenaient d’une
excursion sexuelle en Thaïlande (ils s’en vantaient) ;
la femme d’une quarantaine d’années s’était fait
refaire les seins le printemps passé c’était comme
des trampolines olympiques Il avait presque
envie de les croquer pour voir s’ils exploseraient
l’homme était bien mis la quarantaine aussi un peu
bedonnant mais quand même assez en forme assez
pour se taper deux jeunes oiseaux rares venus se
farcir une ville démente débile irréelle.

Après quelques vodkas jus d’orange et autres drinks
plus exotiques au tour de la piscine qu’ils étaient
seuls à exploiter Elle retira lentement son top pour
attirer le gros german cat vers Elle ; Il savait quoi
faire Il n’avait qu’à manœuvrer lentement avec sa
Berlinoise la faire se pâmer un peu pendant qu’il
la limerait dûment puis au bord de la pâmoison
Il aspirerait son âme avant de la laisser choir
dans le sauna dernier réceptacle pour sa carcasse
de putasse.

Elle détachait son string de sa main gauche pendant
que berlinois matou dénouait le cordon de son
maillot pensant s’envoyer en l’air cette jeunette
avant de ronfler entre les ballons de volley-ball
de sa tendre verheiratete Frau ; alors qu’Elle se
dévoilait dans toute sa splendeur ô drame le
matou s’effondra demanda son bronchodilatateur
en allemand mais son adorée s’affairait déjà sur le
mât d’Il qui n’eut d’autre choix que de décharger
promptement pour mettre fin au supplice ; Il lui
asséna un coup de genou en plein front qui le lui
fendit sa lèvre faisant s’évacuer les derniers délices
qu’elle goûtât ; Ell&Il se remballa paniqué prit les
cartes et les liquides et se dirigea vers la plus
proche bouche de métro de fusion.

P.73-75

Tolyo, Québec est ni plus ni moins entré dans mon top 3 des textes numériques les plus percutants et les plus jouissifs découverts jusque-là (et comme c’est d’ailleurs normal de trouver un tel récit/roman/peu importe en version numérique directement et non pas en papier, comme c’est évident de le lire chaque semaine sur Iphone, ou sur l’écran du Mac ou plus au chaud, en retrait, en relecture e-ink). Dans ce top 3 mental, il y aurait aussi Vers l’ouest, et ce n’est pas une surprise que ces deux textes là viennent de l’autre côté de l’Atlantique car c’est aussi une écriture que je découvre à travers eux, une langue à part entière réellement revigorante.

C’est l’hécatombe sur Ste-Cath alors qu’Elle laisse
tomber sa veste de cuir pour montrer ses tatous :
« Ell&Il » sur le bras gauche et « Rien ne sert de
courir il faut mourir à poing » sur le droit. C’est la
loi du plus fort ou du moins faible qui rugit dans la
jungle des rues entremêlées qui mènent au paradis
glauque et souterrain des corridors limpides et
sonores des bas-fonds de Paris, Québec.

P.25

Alors bon, que ce soit 4$ ou 5.99€, franchement ça vaut le coût, littéralement, d’avoir une littérature aussi incisive et percutante pour un prix égal ou inférieur à celui d’un livre poche. Pour ça aussi qu’il faut recommander, et même très fortement, Tokyo, Québec à tous ceux qui sont déjà habitué à lire en numérique mais surtout, surtout, à ceux qui ne le sont pas.

Aéroport international de Tōkyō-Haneda (Via Google Earth)


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Notes

[1Sunset Park n’étant pas encore paru en France et donc non traduit, je signale que toutes les traductions présentées sur cette page sont improvisées et personnelles.

[2Note : toutes les citations présentées dans cet article sont issues de la version Robert ne veut pas lire pour liseuse type Sony/Kindle.






















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