150816


Ce qui est aigu, dans le moment que nous vivons, automne 2007, c’est la conjonction de trois crises : financière, écologique, géopolitique. Elles sont liées par la question de l’accès aux ressources. La ploutocratie a des visées en même temps très étroites et sans limites : se moque des milliards de gens, ne considère que le marché, c’est-à-dire ceux d’entre ces milliards qui peuvent payer, les autres peuvent crever ; son horizon temporel est lui aussi très limité – dans le meilleur des cas, cent ans (la stratégie de long terme de firmes comme Nestlé ou Coca-Cola est de cet ordre), la transmission aux fils, la création d’une dynastie mais ce qu’elle deviendra dans deux générations ? Ce sera à eux de se débrouiller. Cette étroitesse est combinée à une absence totale de limites à l’enrichissement dont ils savent de manière experte qu’elle est liée à l’extraction des ressources : terres, mines, bancs de poissons, travail humain – et là ils sont sans pitié, c’est une question de vie ou de mort, c’est toute leur vie et ils ne savent rien faire d’autre : qui l’emportera ? Ce doit être moi le plus puissant. Quoi d’autre serait réel ?
Et ne connaissant rien d’autre ils sont las, contents et sages, ils vous disent en vous regardant d’un air désolé et satisfait : c’est la loi de la vie. Ils puent la mort.

Laurent Grisel, Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d’avant et d’après : volume 2 — 2007, publie.net (à paraître en novembre)

Termine la mouture 2007 du Journal de la crise de Laurent Grisel. Fascinant plusieurs fois. Sur la construction des crises, au pluriel, mais aussi sur la construction du Journal lui-même, dont l’architecture apparaît, déjà, en squelette. Me souviens de ces années, l’élection de Sarkozy, Merrill Lynch, la mort de Benazir Bhutto, le cours du dollar. Soudainement le cours du dollar c’était devenu important. Pas parce que je suivais ça, je suivais rien de ça, je m’en foutais, mais parce que chaque matin au bureau ils dissertaient de ça, de savoir si c’était le bon moment pour boucler leurs containers en Chine. Avant ces histoires de containers en Chine, j’avais aucune notion du dollar et de son cours et je vivais très bien sans. Apprécie particulièrement ça, l’écriture des journaux, certes, mais d’ordinaire leur lecture est bien plus diluée dans le temps, beaucoup de mal à en lire à la suite. Là non. C’est addictif. Comme pour 2006, ça a remplacé l’espace de lecture consacré habituellement à la presse. Donc je suis mais décalé dans le temps. Façons de se repérer (dans le temps toujours) : l’évolution de la lumière, la boulangerie fermant sa caisse. Les ombres. Les cloches. La faim. Ce genre de trucs. Plus loin, dans Les diplomates :

D’un point de vue écopolitique, l’anthropocène marque l’émergence d’une cohabitation rapprochée et généralisée des sociétés humaines avec le reste du vivant. Les autres vivants ne sont plus dehors, dans un dehors sauvage inaccessible, intact, hostileou pur, c’est-à-dire dans une wilderness — ils sont parmi nous. Plus des neuf dixièmes des terres émergées de la planète sont, en effet, anthropisées. À l’anthropocène, les ours polaires sont parmi nous, puisque nous sommes la cause du réchauffement qui amoindrit leurs habitats lointains ; les orques du Pacifique Nord, jouant dans les amas de détritus plastiques, sont parmi nous ; les chauves-souris australiennes, par lesquelles transite jusqu’à nous le virus Hendra, sont parmi nous.

Baptiste Morizot, Les diplomates, Wildproject, p. 83-84

<  -  >

Partager

Révisions

5 révisions

150816, version 6 (15 septembre 2016)

Publie.net, Temps, Laurent Grisel, Baptiste Morizot

Laurent Grisel, Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d’avant et d’après : volume 2 — 2007, publie.net (à paraître en novembre)

LG, JDLC 2007

Je suis à Londres avec [H.je suis chiant c’est clair. Je suis insatisfait. Il y a plein de lumière et je n’ai pas de chapeau, je. Arrivé à un point précis de la ville où tous les français viennent pour se marier je tombe dans les vapes frappé par la certitude que tout le monde passe son temps à faire exactement la même chose que les autres. Le mot tombe est inexact : ce n’est pas tant une chute que le sol goudronné qui vient, lui, de plein fouet me frapper, verticalement parlant. Termine la mouture 2007 du [Journal Journal de la crise->http://www crise de Laurent Grisel .publie.net/livre/journal-de-la-crise-de-2006-2007-2008-davant-et-dapres-volume-1-2006-laurent-grisel/] de [Laurent Grisel->http://imagine3tigres.net ]. ->mot59] Fascinant plusieurs fois à bien des égards . Sur la construction des crises, au pluriel, mais aussi sur la construction du Journal Journal lui-même, dont l’architecture apparaît, déjà, en squelette . Me Je me souviens de ces années, l’élection de Sarkozy, Merrill Lynch, la mort de Benazir Bhutto, le cours du dollar. Soudainement le cours du dollar c’était devenu important. Pas parce que je suivais ça, je ne suivais rien de ça, je m’en foutais, mais parce que chaque matin au bureau ils dissertaient de ça, de savoir si c’était le bon moment pour boucler leurs containers en Chine. Avant ces histoires de containers en Chine, j’avais aucune notion du cours du dollar et de son cours et je vivais très bien sans. Apprécie tout particulièrement ça , l’écriture des les journaux, certes, mais d’ordinaire leur lecture est bien plus de façon diluée dans le temps, beaucoup de mal à en lire à la suite. Là non. C’est addictif. Comme pour 2006, ça a remplacé l’espace de lecture consacré habituellement à la presse. Donc je suis mais décalé dans le temps. Façons L’une des façons de se repérer ( dans le temps toujours )  : l’évolution de la lumière, la boulangerie fermant sa caisse. Les ombres. Les cloches. La faim. Ce genre de trucs. Plus loin tard , dans Les diplomates :

jpg/dsc_0065-2.jpg

150816, version 5 (15 septembre 2016)

Je suis à Londres avec [H H .->mot59] je suis chiant c’est clair . Je suis insatisfait. Il y a plein de lumière et je n’ai pas de chapeau, je. Arrivé à un point précis de la ville Londres tous les français viennent pour se marier je tombe dans les vapes frappé par la certitude que tout le monde passe son temps à faire exactement la même chose que les autres. Le mot tombe est inexact : ce n’est pas tant une chute que le sol goudronné qui vient, lui, de plein fouet me frapper, verticalement parlant. Termine Je termine la mouture 2007 du Journal de la crise de Laurent Grisel. Fascinant à bien des égards. Sur la construction des crises, au pluriel, mais aussi sur la construction du Journal lui-même, dont l’architecture apparaît déjà. Je me souviens de ces années, l’élection de Sarkozy, Merrill Lynch, la mort de Benazir Bhutto, le cours du dollar. Soudainement le cours du dollar c’était devenu important. Pas parce que je suivais ça, je ne suivais rien de ça, je m’en foutais, mais parce que chaque matin au bureau ils dissertaient de ça, de savoir si c’était le bon moment pour boucler leurs containers en Chine. Avant ces histoires de containers en Chine, j’avais aucune notion du cours du dollar et je vivais bien sans. Apprécie tout particulièrement les journaux, certes, mais d’ordinaire de façon diluée dans le temps, beaucoup de mal à en lire à la suite. Là non. C’est addictif. Comme pour 2006, ça a remplacé l’espace de lecture consacré habituellement à la presse. Donc je suis décalé dans le temps. L’une des façons de se repérer : l’évolution de la lumière, la boulangerie fermant sa caisse. Les ombres. Les cloches. La faim. Ce genre de trucs. Plus tard, dans Les diplomates :

150816, version 4 (3 septembre 2016)

Je suis à Londres avec H. je suis chiant. Je suis insatisfait. Il y a plein de lumière et je n’ai pas de chapeau, je. Arrivé à un point précis de Londrestous les français viennent pour se marier je tombe dans les vapes frappé par la certitude que tout le monde passe son temps à faire exactement la même chose que les autres. Le mot tombe est inexact : ce n’est pas tant une chute que le sol goudronné qui vient, lui, de plein fouet me frapper à ma rencontre , verticalement parlant. Je termine la mouture 2007 du Journal de la crise de Laurent Grisel. Fascinant à bien des égards. Sur la construction des crises, au pluriel, mais aussi sur la construction du Journal lui-même, dont l’architecture apparaît déjà. Je me souviens de ces années, l’élection de Sarkozy, Merrill Lynch, la mort de Benazir Bhutto, le cours du dollar. Soudainement le cours du dollar c’était devenu important. Pas parce que je suivais ça cette actualité , je ne suivais rien de ça , je m’en foutais , mais parce que chaque matin au bureau ils dissertaient de ça, de savoir si c’était le bon moment pour boucler leurs containers en Chine. Avant ces histoires de containers en Chine, j’avais je n’avais aucune notion du cours du dollar et je vivais bien sans. Apprécie tout particulièrement les journaux, certes, mais d’ordinaire de façon diluée dans le temps, beaucoup de mal à en lire à la suite. Là non. C’est addictif. Comme pour 2006, ça a remplacé l’espace de lecture consacré habituellement à la presse. Donc je suis décalé dans le temps. L’une des façons de se repérer : l’évolution de la lumière, la boulangerie fermant sa caisse. Les ombres. Les cloches. La faim. Ce genre de trucs. Plus tard, dans Les diplomates :

150816, version 3 (17 août 2016)

Je suis à Londres avec H. je suis chiant. Je suis insatisfait. Il y a plein de lumière et je n’ai pas de chapeau, je. Arrivé à un point précis de Londrestous les français viennent pour se marier je tombe dans les vapes frappé par la certitude que tout le monde passe son temps à faire exactement la même chose que les autres. Le mot tombe est inexact : ce n’est pas tant une chute que le sol goudronné qui vient, lui, de plein fouet à ma rencontre, verticalement parlant. Je termine la mouture 2007 du Journal de la crise de Laurent Grisel. Fascinant à bien des égards. Sur la construction des crises, au pluriel, mais aussi sur la construction du Journal lui-même, dont l’architecture apparaît déjà. Je me souviens de ces années, l’élection de Sarkozy, Merrill Lynch, la mort de Benazir Bhutto, le cours du dollar. Soudainement le cours du dollar c’était devenu important. Pas parce que je suivais cette actualité, mais parce que chaque matin au bureau ils dissertaient de ça, de savoir si c’était le bon moment pour boucler leurs containers en Chine. Avant ces histoires de containers en Chine, je n’avais aucune notion du cours du dollar et je vivais bien sans. Apprécie tout particulièrement les journaux, certes, mais d’ordinaire de façon diluée dans le temps, beaucoup de mal à en lire à la suite. Là non. C’est addictif. Comme pour 2006, ça a remplacé l’espace de lecture consacré habituellement à la presse. Donc je suis décalé dans le temps. L’une des façons de se repérer : l’évolution de la lumière, la boulangerie fermant sa caisse. Les ombres. La faim. Ce genre de trucs. Plus tard, dans Les diplomates :

<blockquote>

D’un point de vue écopolitique, l’anthropocène marque l’émergence d’une cohabitation rapprochée et généralisée des sociétés humaines avec le reste du vivant. Les autres vivants ne sont plus dehors, dans un dehors sauvage inaccessible, intact, hostileou pur, c’est-à-dire dans une wilderness — ils sont parmi nous. Plus des neuf dixièmes des terres émergées de la planète sont, en effet, anthropisées. À l’anthropocène, les ours polaires sont parmi nous, puisque nous sommes la cause du réchauffement qui amoindrit leurs habitats lointains ; les orques du Pacifique Nord, jouant dans les amas de détritus plastiques, sont parmi nous ; les chauves-souris australiennes, par lesquelles transite jusqu’à nous le virus Hendra, sont parmi nous.

150816, version 2 (15 août 2016)

Commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Autres articles



Livres


- -

- - - -

Projets Web


- -


-
Spip | PhpNet | Contact | Retour au sommaire | ISSN 2428-9590 |