160619


Où vont les douleurs ? Je veux dire, on sait à peu près d’où elles viennent, comment elles se forment, comment elle se forme, mais qu’est-ce qu’elle devient ? Un ruisseau, on sait qu’il se jette dans une rivière, une rivière dans un fleuve, et un fleuve dans une mer quelconque ou bien, plus vertigineux encore, un océan. Et puis, par un jeu d’évaporation des eaux, de précipitations, de la fonte des neiges, de l’imprégnation des nappes phréatiques, du surgissement des sources, ça redevient un ruisseau encore et il faut se taper tout le cycle une nouvelle fois. Et ça n’a pas de fin. Mais la douleur ? Que devient la douleur lorsque je prends une molécule quelconque censée m’en débarrasser ? Est-ce qu’elle est toujours là mais tu ne la sens plus, et alors quand les 24 à 48h d’efficacité du truc se disperse et tu te tapes le rebond ? Ou bien peut-on considérer que lorsque tu fermes une porte de la douleur quelque part, tu en ouvres une autre aileurs ? Ailleurs en toi-même ou, qui sait, hors. Et quand je prends un médoc quelconque un dimanche matin à 7h35, qu’est-ce qui me dit que je ne fais pas naitre chez quelqu’un d’autre sur Terre cette même douleur à 7h36 ? Voire même, après tout pourquoi pas, ouvrir une porte dans une vie future ou passée, ou dans le corps d’une bête ? Et il convient d’imaginer ici une foule de sangliers arthritiques dans les Ardennes, par exemple, région de France où j’ignore s’il y a plus qu’ailleurs des personnes souffrant de ça, l’Arthrose, mais au moins je sais qu’il y a des sangliers. D’ailleurs, comment une bête réagit-elle à la douleur ? Poulpir, ses soins post-opératoires sont assez lourds. Il y a des trucs à lui donner deux fois par jour, comme par exemple un anti-douleur qui l’assomme (mais comment réagit-elle à ces phénomènes d’apparition et disparition de la douleur, cyclique, et aussi chez quoi ou qui rejaillit-elle si elle doit rejaillir ?), d’autres une seule fois par jour comme une espèce d’antibiotique à la banane, sans oublier bien sûr le nettoyage de sa plaie, qui est très propre, et l’apposition d’une crème cicatricielle. Parfois, aussi, une forme de gavage déliquescent trois à quatre fois par jour car elle mange peu. Et c’est la même chose dans ce film, Parasite [1], finalement : on ne sait pas au juste qui projette de la douleur sur qui, et qui est le parasite de qui. C’est ce qui permet au film de naviguer entre les genres : celui de la comédie sociale, et d’un genre de thriller qui va crescendo. Et la seule réponse qu’on peut apporter, c’est, au fond, que la douleur est partout, tout le temps, dans un regard comme dans une mimique, dans un mot, dans une odeur, dans un cailloux. Elle déferle de toute part comme dans cette scène, qui est peut-être la plus esthétique du film, où la pluie se répand en torrents dans les rues d’une ville (revoilà nos ruisseaux et rivières), et où on voit le corps d’elle (cette ville) en contre-plongée, emmêlée dans ses filets de fils électriques, et dans des tons postapocalyptiquement ocre. C’est littéralement le déluge et un plan bloquera sur les pieds du personnage du fils, quelques secondes au moins, qui lui ne savait pas s’il fallait faire demi-tour pour retrouver le lieu clé du film en hauteur ou bien suivre son père vers les bas fonds (littéralement) où ils vivent. C’est très beau, ça ne dure que quelques secondes, là encore la douleur est partout, et peut-être que s’il n’avait pas fait ce qu’il fera à cet instant précis, il ne se serait pas retrouvé, un peu plus tard, un peu avant la fin du film, à courir dans des escaliers exigus, un genre de laisse autour du cou qui n’arrêtait pas de faire des bruits de métal à chaque fois que ça rebondissait sur les marches, jusqu’au dénouement de cette scène qu’on voit et ne voit pas venir à la fois, je ne saurais pas l’écrire autrement. Quant à la douleur, qui est donc partout, et qui rejaillira sans cesse, il convient de continuer le film encore un moment et de suivre le personnage du fils qui, pour seule réponse à elle, opposera son rire. Car c’est tout ce qu’il y a à faire contre ça.

16 juillet 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#Bong Joon-ho #Lapins #Migraine

[1À partir de maintenant, ce texte est susceptible de vous divulgâcher le film Parasite de Bong Joon-ho.

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160619, version 5 (13 juillet 2019)

Où vont les douleurs ? Je veux dire, on sait à peu près d’où elles viennent, comment elles se forment, comment elle se forme, mais qu’est-ce qu’elle devient ? Un ruisseau, on sait qu’il se jette dans une rivière, une rivière dans un fleuve, et un fleuve dans une mer quelconque ou bien, plus vertigineux encore, un océan. Et puis, par un jeu d’évaporation des eaux, de des précipitations, de la fonte des neiges, de l’imprégnation des nappes phréatiques, du surgissement des sources, ça redevient un ruisseau encore et il faut se taper tout le cycle une nouvelle fois. Et ça n’a pas de fin. Mais la douleur ? Que devient la douleur lorsque je prends une molécule quelconque censée m’en débarrasser ? Est-ce qu’elle est toujours là mais tu ne la sens plus, et alors quand les 24 à 48h d’efficacité du truc se disperse et tu te tapes le rebond ? Ou bien peut-on considérer que lorsque tu fermes une porte de la douleur quelque part, tu en ouvres une autre aileurs ? Ailleurs en toi-même toi même ou, qui sait, hors. Et quand je prends un médoc quelconque un dimanche matin à 7h35, qu’est-ce qui me dit que je ne fais pas naitre chez quelqu’un d’autre sur Terre cette même douleur à 7h36 ? Voire même, après tout pourquoi pas, ouvrir une porte dans une vie future ou passée, ou dans le corps d’une bête ? Et il convient d’imaginer ici une foule de sangliers arthritiques dans les Ardennes, par exemple, région de France où j’ignore s’il y a plus qu’ailleurs des personnes souffrant de ça, l’Arthrosemais , mais au moins je sais qu’il y a des sangliers. D’ailleurs, comment une bête réagit-elle à la douleur ? Poulpir, ses soins post-opératoires post-opératoires sont assez lourds . sont assez lourds. Il y a des trucs à lui donner deux fois par jour, comme par exemple un anti-douleur qui l’assomme (mais comment réagit-elle à ces phénomènes d’apparition et disparition de la douleur, cyclique, et aussi chez quoi ou qui rejaillit-elle si elle doit rejaillir ?), d’autres une seule fois par jour comme une espèce d’antibiotique à la banane, sans oublier bien sûr le nettoyage de sa plaie, qui est très propre, et l’apposition d’une crème cicatricielle. Parfois, aussi, une forme de gavage déliquescent trois à quatre fois par jour car elle mange peu. Et c’est la même chose dans ce film, Parasite [1], finalement : on ne sait pas au juste qui projette de la douleur sur qui, et qui est le parasite de qui. C’est ce qui permet au film de naviguer entre les genres : celui de la comédie sociale, et d’un genre de thriller qui va crescendo. Et la seule réponse qu’on peut apporter, c’est, au fond, que la douleur est partout, tout le temps, dans un regard comme dans une mimique, dans un mot, dans une odeur, dans un cailloux. Elle déferle de toute part comme dans cette scène, qui est peut-être la plus esthétique du film, où la pluie se répand en torrents dans les rues d’une ville (revoilà nos ruisseaux et rivières), et où on voit le corps d’elle (cette ville) en contre-plongée, emmêlée dans ses filets de fils électriques, et dans des tons postapocalyptiquement ocre. C’est littéralement le déluge et un plan bloquera sur les pieds du personnage du fils, quelques secondes au moins, qui lui ne savait pas s’il fallait faire demi-tour pour retrouver le lieu clé du film en hauteur ou bien suivre son père vers les bas fonds (littéralement) où ils vivent. C’est très beau, ça ne dure que quelques secondes, là encore la douleur est partout, et peut-être que s’il n’avait pas fait ce qu’il fera à cet instant précis, il ne se serait pas retrouvé, un peu plus tard, un peu avant la fin du film, à courir dans des escaliers exigus, un genre de laisse autour du cou qui n’arrêtait pas de faire des bruits de métal à chaque fois que ça rebondissait sur les marches, jusqu’au dénouement de cette scène qu’on voit et ne voit pas venir à la fois, je ne saurais pas l’écrire autrement. Quant à la douleur, qui est donc partout, et qui rejaillira sans cesse, il convient de continuer le film encore un moment et de suivre le personnage du fils qui, pour seule réponse à elle, opposera son rire. Car c’est C’est tout ce qu’il y a à faire contre ça .

[1À partir de maintenant, ce texte est susceptible de vous divulgâcher le film Parasite de Bong Joon-ho.

160619, version 4 (7 juillet 2019)

Migraine, Lapins, Bong Joon-ho
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Où vont les douleurs ? Je veux dire, on sait à peu près d’où elles viennent, comment elles se forment, comment elle elle se forme, mais qu’est-ce qu’elle devient ? Un ruisseau, on sait qu’il se jette dans une rivière, une rivière dans un fleuve, et un fleuve dans une mer quelconque ou bien, plus vertigineux encore, un océan. Et puis, par un jeu d’évaporation des eaux, des précipitations, de la fonte des neiges, de l’imprégnation des nappes phréatiques, du surgissement des sources, ça redevient un ruisseau encore et il faut se taper tout le cycle une nouvelle fois. Et ça n’a pas de fin. Mais la douleur ? Que devient la douleur lorsque je prends une molécule quelconque ? Est-ce qu’elle est toujours là mais tu ne la sens plus, comme je le sens parfois , et alors quand les 24 à 48h d’efficacité du truc se disperse et , bam , tu te tapes le rebond ? Ou bien peut-on pourrait-on considérer que lorsque tu fermes une porte de la douleur quelque part, tu en ouvres une autre aileurs ? Ailleurs en toi même ou, qui sait après tout pourquoi pas , horsde toi . Et quand je prends un médoc quelconque un dimanche matin à 7h35, qu’est-ce qui me dit que je ne fais pas naitre chez quelqu’un d’autre sur Terre terre cette même douleur à 7h36 ? Voire même, après tout pourquoi pas, ouvrir une porte dans une vie future ou passée, ou dans le corps d’une bête ? Et il convient d’imaginer ici une foule de sangliers arthritiques dans les Ardennes, par exemple, région de France où j’ignore s’il y a plus qu’ailleurs des personnes souffrant de ça, l’Arthrose mais, bon , au moins je sais qu’il y a des sangliers. D’ailleurs Bref , comment une bête réagit-elle à la douleur ? Poulpir, ses soins post-opératoires sont assez lourds. Il y a des trucs à lui donner deux fois par jour, comme par exemple un anti-douleur qui l’assomme (mais comment réagit-elle , elle , à ces phénomènes d’apparition et disparition de la douleur, cyclique, et aussi chez quoi ou qui rejaillit-elle si elle doit rejaillir, cette douleur ?), d’autres une seule fois par jour comme une espèce d’antibiotique à la banane, sans oublier bien sûr le nettoyage de sa plaie, qui est très propre, et l’apposition d’une crème cicatricielle. Parfois , aussi , Sans oublier une forme de gavage déliquescent trois à quatre fois par jour car elle mange si peu. Et c’est la même chose dans ce film, Parasite [2]Et c’est la même chose dans ce film , Parasite , finalement : on ne sait pas au juste qui projette de la douleur sur qui, et qui est le parasite de qui. C’est ce qui permet au film de naviguer entre les genres : celui de la comédie sociale, et celui d’un genre de thriller qui va crescendo. Et la seule réponse qu’on peut apporter, c’est, au fond, que la douleur est partout, tout le temps, dans un regard comme dans une mimique, dans un mot, dans une odeur, dans un cailloux. Elle déferle de toute part comme dans cette scène, qui est peut-être la plus esthétique du film, où la pluie se répand en torrents dans les rues d’une ville (revoilà nos ruisseaux et rivières), et où on voit le corps d’elle (cette ville) en contre-plongée, emmêlée dans ses filets de fils électriquesquadrillés , et dans des tons postapocalyptiquement ocre. C’est littéralement le déluge et un plan bloquera sur les pieds du personnage du fils, quelques secondes au moins, qui lui ne savait pas s’il fallait faire demi-tour pour retrouver le lieu clé du film en hauteur ou bien suivre son père vers les bas fonds (littéralement) où ils vivent. C’est très beau, ça ne dure que quelques secondes, et là encore la douleur est partout, et peut-être que s’il n’avait pas fait ce qu’il fera à cet instant précis, il ne se serait pas retrouvé, un peu plus tard, un peu avant la fin du film, à courir dans des escaliers exigus, un genre de laisse autour du cou qui n’arrêtait pas de faire des bruits de métal à chaque fois que ça rebondissait sur les marches, jusqu’au dénouement de cette scène qu’on voit et ne voit pas venir à la fois, je ne saurais pas l’écrire le dire autrement. Quant à la douleur, qui est donc partout, et qui rejaillira sans cesse , il convient est en réalité illusoire de continuer le film encore un moment et chercher à l’enfouir quelque part pour faire semblant de suivre le personnage du fils qui se construire une vie aseptisée par dessus  : elle finira toujours , pour seule réponse à elle sous quelque forme que ce soit , opposera son rire par rejaillir . C’est tout ce qu’il y a à faire.

[2À partir de maintenant, ce texte est susceptible de vous divulgâcher le film Parasite de Bong Joon-ho.

160619, version 3 (7 juillet 2019)

Où vont les douleurs ? Je veux dire, on sait à peu près d’où elles viennent, comment elles se forment, comment elle se forme, mais qu’est-ce qu’elle devient ? Un ruisseau, on sait qu’il se jette dans une rivière, une rivière dans un fleuve, et un fleuve dans une mer quelconque ou bien, plus vertigineux encore, un océan. Et puis, par un jeu d’évaporation des eaux, des précipitations, de la fonte des neiges, de l’imprégnation des nappes phréatiques, du surgissement des sources, ça redevient un ruisseau encore et il faut se taper tout le cycle une nouvelle fois. Et ça n’a pas de fin. Mais la douleur ? Que devient la douleur lorsque je prends une molécule quelconque ? Est-ce qu’elle est toujours là mais tu ne la sens plus, comme je le sens parfois, et alors quand les 24 à 48h d’efficacité du truc se disperse, bam, tu te tapes le rebond ? Ou bien pourrait-on considérer que lorsque tu fermes une porte de la douleur quelque part, tu en ouvres une autre aileurs ? Ailleurs en toi même ou, après tout pourquoi pas, hors de toi. Et quand je prends un médoc quelconque un dimanche matin à 7h35, qu’est-ce qui me dit que je ne fais pas naitre chez quelqu’un d’autre sur terre cette même douleur à 7h36 ? Voire même, après tout pourquoi pas, ouvrir une porte dans une vie future ou passée, ou dans le corps d’une bête ? Et il convient d’imaginer ici une foule de sangliers arthritiques dans les Ardennes, par exemple, région de France où j’ignore s’il y a plus qu’ailleurs des personnes souffrant de ça, l’Arthrose mais, bon, au moins je sais qu’il y a des sangliers. Bref, comment une bête réagit-elle à la douleur ? Poulpir, ses soins post-opératoires sont assez lourds. Il y a des trucs à lui donner deux fois par jour, comme par exemple un anti-douleur qui l’assomme (mais comment réagit-elle, elle, à ces phénomènes d’apparition et disparition de la douleur, cyclique, et aussi chez quoi ou qui rejaillit-elle si elle doit rejaillir, cette douleur ?), d’autres une seule fois par jour comme une espèce d’antibiotique à la banane, sans oublier bien sûr le nettoyage de sa plaie, qui est très propre, et l’apposition d’une crème cicatricielle. Sans oublier une forme de gavage déliquescent trois à quatre fois par jour car elle mange si peu. Et c’est la même chose dans ce film, Parasite, finalement : on ne sait pas au juste qui projette de la douleur sur qui, et qui est le parasite de qui. C’est ce qui permet au film de naviguer entre les genres : celui de la comédie sociale, celui d’un genre de thriller qui va crescendo. Et la seule réponse qu’on peut apporter, c’est, au fond, que la douleur est partout, tout le temps, dans un regard comme dans une mimique, dans un mot, dans une odeur, dans un cailloux. Elle déferle de toute part dans cette scène qui est peut-être la plus esthétique du film où la pluie se répand en torrents dans les rues d’une ville (revoilà nos ruisseaux et rivières), et où on voit le corps d’elle (cette ville) en contre-plongée, emmêlée dans ses filets de fils électriques quadrillés, et dans des tons postapocalyptiquement ocre. C’est littéralement le déluge et un plan bloquera sur les pieds du personnage du fils, quelques secondes au moins, qui lui ne savait pas s’il fallait faire demi-tour pour retrouver le lieu clé du film en hauteur ou bien suivre son père vers les bas fonds (littéralement) où ils vivent. C’est très beau, ça ne dure que quelques secondes, et là encore la douleur est partout, et peut-être que s’il n’avait pas fait ce qu’il fera à cet instant précis, il ne se serait pas retrouvé, un peu plus tard, un peu avant la fin du film, à courir dans des escaliers exigus, un genre de laisse autour du cou qui n’arrêtait pas de faire des bruits de métal à chaque fois que ça rebondissait sur les marches, jusqu’au dénouement de cette scène qu’on voit et ne voit pas venir à la fois, je ne saurais pas le dire autrement. Quant à la douleur, qui est donc partout, il est en réalité illusoire de chercher à l’enfouir quelque part pour faire semblant de se construire une vie aseptisée par dessus : elle finira toujours, sous quelque forme que ce soit, par rejaillir.

160619, version 2 (17 juin 2019)

à recopier
Guillaume Vissac

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