Le problème, ce n’est pas qu’un ministre de la Santé écume les plateaux télé en pleine pandémie pangoline pour dessiner des graphiques et expliquer le plus pédagogiquement du monde qu’il faut absolument aplanir la courbe (flatten the curve) pour ne pas dépasser les capacités des établissements de santé dans le pays, et donc mettre en danger des vies humaines. Le problème, c’est que la ligne qui représente précisément les capacités des établissements de santé, ce ministre et son ministère, comme ses prédécesseuses et eurs, et son gourvenement, et les gouvernements précédents ce gouvernement avant lui, et ceux qui les ont engendrés avant eux, ont massivement contribué à la faire atteindre le niveau le plus bas possible, tout simplement en contribuant à détruire l’appareil permettant auxdits établissements de santé d’absorber cette capacité. Pendant des années et des années, des responsables de tout bord et de toute obédience ont donc passé leur temps à flatter la courbe, précisément, selon la mauvaise traduction qu’on pourrait tirer à l’instinct de cette même expression anglo-saxonne. Le problème, et c’est un problème qui est répandu dans absolument tous les corps de métiers aujourd’hui, c’est que quand on passe son temps à flatter la courbe, c’est-à-dire à n’observer les représentations du réel que sous la forme de chiffres et de graphiques qui en découlent, on perd tout contact avec ce qui motivait à l’origine notre action (quelle qu’elle soit par ailleurs) ; ce truc qui s’appelait la vie. Nous le faisons tous à notre niveau sans même (ou parfois si) s’en rendre compte. Et quand on passe des années à flatter la courbe (dans le secret espoir qu’elle finisse, en retour, pas nous flatter nous, nous étant ici une façon impersonnelle de dire on, donc jamais nous en réalité, uniquement celles et ceux qui sont à proximité du pouvoir ou en mesure de s’en approcher), on ne voit même plus combien c’est insultant de débloquer dans la seconde des milliards d’aide aux entreprises pour supporter la crise engendrée par la crise, plutôt qu’avoir débloqué à l’origine ces mêmes sommes (ou même, ironie de la situation, des sommes moindres) pour entretenir les appareils de santé publique, et les services publics dans leur ensemble, censé absorber ou encaisser (sinon éviter) ça. Et on se demande un peu, en pareilles circonstances, comment des révoltes n’ont pas lieu, et des bombes ne sont pas posées. Lisant cela, on pourrait prendre ce journal pour un reflet réel de mon activité aujourd’hui. C’est faux. En réalité, je m’interroge plus sur ce qu’on peut faire avec deux patates douces, deux poireaux et une courgette qu’avec notre ministre de la Santé en exercice. Je cherche plus à savoir s’il vaut mieux opter pour du chocolat sans sucre au maltitol ou du chocolat sans sucre à 98% de cacao qu’à me demander ce que déclarera tel président de la république ou un autre lors de sa prochaine allocution (en l’occurrence, la fermeture des écoles, des crèches, des collèges, des lycées, des universités). Je me demande plus quand je trouverais le temps de retourner mes livres à la bibliothèque Buffon avant que toutes les bibliothèques ferment pour cause de confinement (ce qui est en soit absurde, et même dangereux, bien que ce mot ne me soit venu bien après et non pendant l’écriture du journal). Bref, la vie intérieure prend le pas sur la vie extérieure, bien qu’on se lave les mains à chaque fois qu’on prend l’ascenseur et qu’on appuie sur ses boutons comme nos responsables politiques se lavent les mains de la situation passée, présente, ou à venir continuellement.

GV
dimanche 12 avril 2020 - jeudi 25 novembre 2021




6 révisions

120320, version 7 (12 avril 2020)

Le problème, ce n’est pas qu’un ministre de la Santé écume les plateaux télé en pleine pandémie pangoline pour dessiner des graphiques et expliquer le plus pédagogiquement du monde qu’il faut absolument aplanir la courbe (flatten flattening the curve) pour ne pas dépasser les capacités des établissements de santé dans le pays, et donc mettre en danger des vies humaines. Le problème, c’est que la ligne qui représente précisément les capacités des établissements de santé, ce ministre et son ministère, comme ses prédécesseuses et eurs, et son gourvenement, et les gouvernements précédents ce gouvernement avant lui, et ceux qui les ont engendrés avant eux, ont massivement contribué à la faire atteindre le niveau le plus bas possible, tout simplement en contribuant à détruire l’appareil permettant auxdits établissements de santé d’absorber cette capacité. Pendant Car pendant des années et des années, des responsables de tout bord et de toute obédience ont donc passé leur temps à flatter la courbe, précisément, selon la mauvaise traduction qu’on pourrait tirer à l’instinct de cette même expression anglo-saxonne. Le problème, et c’est un problème qui est répandu dans absolument tous les corps de métiers aujourd’hui, c’est que quand on passe son temps à flatter la courbe, c’est-à-dire à n’observer les représentations du réel que sous la forme de chiffres et de graphiques qui en découlent, on perd tout contact avec ce qui motivait à l’origine notre action (quelle qu’elle soit par ailleurs) ; ce truc qui s’appelait la vie. Nous le faisons tous à notre niveau sans même (ou parfois si) s’en rendre compte. Et quand on passe des années à flatter la courbe (dans le secret espoir qu’elle finisse, en retour, pas nous flatter nous, nous nous étant ici une façon impersonnelle de dire on , on , donc jamais nous nous en réalité, uniquement celles et ceux qui sont à proximité du pouvoir ou en mesure de s’en approcher), on ne voit même plus combien c’est insultant de débloquer dans la seconde des milliards d’aide aux entreprises pour supporter la crise engendrée par la crise, plutôt qu’avoir débloqué à l’origine ces mêmes sommes (ou même, ironie de la situation, des sommes moindres) pour entretenir les appareils de santé publique, et les services publics dans leur ensemble, censé absorber ou encaisser (sinon éviter) ça. Ce n’est même pas une réalité car ce n’est même pas un sujet. Et on se demande un peu, en pareilles circonstances, comment des révoltes n’ont pas lieu, et des bombes ne sont pas posées. Lisant cela, on pourrait prendre ce journal Lisant cela , on pourrait prendre ce journal pour un reflet réel de mon activité aujourd’hui. C’est faux. En réalité, je m’interroge plus sur ce qu’on peut faire avec deux patates douces, deux poireaux et une courgette qu’avec notre ministre de la Santé en exercice. Je cherche plus à savoir s’il vaut mieux opter pour du chocolat sans sucre au maltitol maltisol ( c’est pas ça ) ou du chocolat sans sucre à 98% de cacao qu’à me demander ce que déclarera tel président de la république ou un autre lors de sa prochaine allocution (en l’occurrence, la fermeture des écoles, des crèches, des collèges, des lycées, des universités). Je me demande plus quand je trouverais le temps de retourner mes livres à la bibliothèque Buffon avant que toutes les bibliothèques ferment pour cause de confinement (ce qui est en soit absurde, et même dangereux, bien que ce mot ne me soit venu bien après et non pendant l’écriture du journal). Bref, la vie intérieure prend le pas sur la vie extérieure, bien qu’on se lave les mains à chaque fois qu’on prend l’ascenseur et qu’on appuie sur ses boutons comme nos responsables politiques se lavent les mains de la situation passée , présente, ou à venir continuellement .
Postapocalypse
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120320, version 6 (11 avril 2020)

Le problème, ce n’est pas qu’un ministre de la Santé écume les plateaux télé en pleine pandémie pangoline pour dessiner des graphiques et expliquer le plus pédagogiquement du monde qu’il faut absolument aplanir la courbe (flattening the curve) pour ne pas dépasser les capacités des établissements de santé dans le pays, et donc mettre en danger des vies humaines. Le problème, c’est que la ligne qui représente précisément les capacités des établissements de santé, ce ministre et son ministère, comme ses prédécesseuses et eurs, et son gourvenement, et les gouvernements précédents ce gouvernement avant lui, et ceux qui les ont engendrés avant eux, ont massivement contribué à la faire atteindre le niveau le plus bas possible, tout simplement en contribuant à détruire l’appareil permettant auxdits établissements de santé d’absorber cette capacité. Car pendant des années et des années, des responsables de tout bord et de toute obédience ont passé leur temps à flatter la courbe, précisément, selon la mauvaise traduction qu’on pourrait tirer à l’instinct de cette même expression anglo-saxonne. Le problème, et c’est un problème qui est répandu dans absolument tous les corps de métiers aujourd’hui, c’est que quand on passe son temps à flatter la courbe, c’est-à-dire à n’observer les représentations du réel que sous la forme de chiffres et de graphiques qui en découlent, on perd tout contact avec ce qui motivait à l’origine notre action (quelle qu’elle soit par ailleurs) ; ce truc qui s’appelait la vie. Et quand on passe des années à flatter la courbe (dans le secret espoir qu’elle finisse, en retour, pas nous flatter nous, nous étant ici une façon impersonnelle de dire on, donc jamais nous en réalité, uniquement celles et ceux qui sont à proximité du pouvoir ou en mesure de s’en approcher rapprocher ), on ne voit même plus combien c’est insultant et dangereux de débloquer des milliards d’aide aux entreprises pour supporter la crise engendrée par la crise , plutôt qu’avoir débloqué à l’origine ces mêmes sommes (ou même, ironie de la situation, des sommes moindres) pour entretenir les appareils de santé publique, et les services publics dans leur ensemble, censé absorber ou encaisser (sinon éviter) ça. Ce n’est même pas une réalité car ce n’est même pas un sujet. Et on se demande un peu, en pareilles circonstances, comment des révoltes n’ont pas lieu, et des bombes ne sont pas posées. Lisant cela, on pourrait prendre ce journal pour un reflet réel de mon activité aujourd’hui. C’est faux. C’est faux, le journal étant perpétuellement un genre de verre déformant qui trahit à chaque fois la focalisation qu’il choisit d’avoir de texte en texte. En réalité, je m’interroge plus sur ce qu’on peut faire avec deux patates douces, deux poireaux et une courgette qu’avec notre ministre de la Santé en exercice. Je cherche plus à savoir s’il vaut mieux opter pour du chocolat sans sucre au maltisol (c’est pas ça) ou du chocolat sans sucre à 98% de cacao qu’à me demander ce que déclarera tel président de la république ou un autre lors de sa prochaine allocution (en l’occurrence, la fermeture des écoles, des crèches, des collèges, des lycées, des universités). Je me demande plus quand je trouverais le temps de retourner mes livres à la bibliothèque Buffon avant que toutes les bibliothèques ferment pour cause de confinement (ce qui est en soit absurde, et même dangereux, bien que ce mot ne me soit venu bien après et non pendant l’écriture du journal). Bref, la vie intérieure prend le pas sur la vie extérieure, bien qu’on se lave les mains à chaque fois qu’on prend l’ascenseur et qu’on appuie sur ses boutons comme nos responsables politiques se lavent les mains de la situation présente, ou à venir.

120320, version 5 (7 avril 2020)

Le problème, ce n’est pas qu’un ministre de la Santé écume les plateaux télé en pleine pandémie pangoline pour dessiner des graphiques et expliquer le plus pédagogiquement du monde qu’il faut absolument aplanir la courbe (flattening the curve) pour ne pas dépasser les capacités des établissements de santé dans le pays, et donc mettre en danger des vies humaines. Le problème, c’est que la ligne qui représente précisément les capacités des établissements de santé, ce ministre et son ministère, comme ses prédécesseuses et eurs, et son gourvenement, et les gouvernements précédents ce gouvernement avant lui, et ceux qui les ont engendrés avant eux, ont massivement contribué à la faire atteindre le niveau le plus bas possible, tout simplement en contribuant à détruire l’appareil permettant auxdits établissements de santé d’absorber cette capacité. Car pendant des années et des années, des responsables de tout bord et de toute obédience ont passé leur temps à flatter la courbe, précisément, selon la mauvaise traduction qu’on pourrait tirer de cette expression anglo-saxonne. Le problème, et c’est un problème qui est répandu dans absolument tous les corps de métiers aujourd’hui, c’est que quand on passe son temps à flatter la courbe, c’est-à-dire à n’observer que les représentations du réel que sous la forme de chiffres et de graphiques qui en découlent, on perd tout contact avec ce qui motivait à l’origine notre action (quelle qu’elle soit par ailleurs) ; ce truc qui s’appelait la vie. Et quand on passe des années à flatter la courbe (dans le secret espoir qu’elle finisse, en retour, pas nous flatter nous, nous étant ici une façon impersonnelle de dire on, donc jamais nous en réalité, uniquement celles et ceux qui sont à proximité du pouvoir ou en mesure de s’en rapprocher), on ne voit même plus combien c’est insultant et dangereux de débloquer des milliards d’aide aux entreprises pour supporter la crise, plutôt qu’avoir débloqué à l’origine ces mêmes sommes ( ou même , ironie de la situation , des sommes moindres ) pour entretenir les appareils de santé publique, et les services publics dans leur ensemble, censé absorber ou encaisser (sinon éviter) ça. Ce n’est même pas une réalité car ce n’est même pas un sujet. Et on se demande un peu, en pareilles circonstances, comment des révoltes n’ont pas lieu, et des bombes ne sont pas posées. Lisant cela, on pourrait prendre ce journal pour un reflet réel de mon activité aujourd’hui. C’est faux, le journal étant perpétuellement un genre de verre déformant qui trahit à chaque fois la focalisation qu’il choisit d’avoir de texte en texte. En réalité, je m’interroge plus sur ce qu’on peut faire avec deux patates douces, deux poireaux et une courgette qu’avec notre ministre de la Santé en exercice. Je cherche plus à savoir s’il vaut mieux opter pour du chocolat sans sucre au maltisol (c’est pas ça) ou du chocolat sans sucre à 98% de cacao qu’à me demander ce que déclarera tel président de la république ou un autre lors de sa prochaine allocution (en l’occurrence, la fermeture des écoles, des crèches, des collèges, des lycées, des universités). Je me demande plus quand je trouverais le temps de retourner mes livres à la bibliothèque Buffon avant que toutes les bibliothèques ferment pour cause de confinement (ce qui est en soit absurde, et même dangereux, bien que ce mot ne me soit venu bien après et non pendant l’écriture du journal). Bref, la vie intérieure prend le pas sur la vie extérieure, bien qu’on se lave les mains à chaque fois qu’on prend l’ascenseur et qu’on appuie sur ses boutons comme nos responsables politiques se lavent les mains de la situation présente , ou à venir .

120320, version 4 (4 avril 2020)

Le problème, ce n’est pas qu’un ministre de la Santé écume les plateaux télé en pleine pandémie pangoline pour dessiner des graphiques et expliquer le plus pédagogiquement du monde qu’il faut absolument aplanir la courbe (flattening the curve) pour ne pas dépasser les capacités des établissements de santé dans le pays, et donc mettre en danger des vies humaines. Le problème, c’est que la ligne qui représente précisément les capacités des établissements de santé, ce ministre et son ministère, comme ses prédécesseuses et eurs, et son gourvenement, et les gouvernements précédents ce gouvernement avant lui, et ceux qui les ont engendrés avant eux, ont massivement contribué à la faire atteindre le niveau le plus bas possible, tout simplement en contribuant à détruire l’appareil permettant auxdits établissements de santé d’absorber cette capacité. Car pendant des années et des années, des responsables de tout bord et de toute obédience ont passé leur temps à flatter la courbe, précisément, selon la mauvaise traduction qu’on pourrait tirer de cette expression anglo-saxonne. Le problème, et c’est un problème qui est répandu dans absolument tous les corps de métiers aujourd’hui, c’est que quand on passe son temps à flatter la courbe, c’est-à-dire à n’observer que les représentations du réel sous la forme de chiffres et de graphiques qui en découlent découle , on perd tout contact avec ce qui motivait à l’origine notre action ( quelle qu’elle soit par ailleurs )  ; ce truc qui s’appelait la vraie vie. Et quand on passe des années à flatter la courbe (dans le secret espoir qu’elle finisse, en retour, pas nous flatter nous, nous étant ici une façon impersonnelle de dire on, donc jamais nous en réalité, uniquement celles et ceux qui sont à proximité du pouvoir ou en mesure de s’en rapprocher), on ne voit même plus combien c’est insultant et dangereux de débloquer des milliards d’aide aux entreprises pour supporter la crise, plutôt qu’avoir débloqué à l’origine ces mêmes sommes pour entretenir les appareils de santé publique, et les services publics dans leur ensemble, censé absorber ou encaisser ( sinon éviter ) ça . Ce n’est même pas une réalité car ce n’est même pas un sujet. Et on se demande un peu, en pareilles circonstances, comment des révoltes n’ont pas lieu, et des bombes ne sont pas posées. Lisant cela, on pourrait prendre ce journal pour un reflet réel de mon activité aujourd’hui. C’est faux, le journal étant perpétuellement un genre de verre déformant qui trahit à chaque fois la focalisation qu’il choisit d’avoir de texte en texte. En réalité, je m’interroge plus sur ce qu’on peut faire avec deux patates douces, deux poireaux et une courgette qu’avec notre ministre de la Santé en exercice. Je cherche plus à savoir s’il vaut mieux opter pour du chocolat sans sucre au maltisol (c’est pas ça) ou du chocolat sans sucre à 98% de cacao qu’à me demander ce que déclarera tel président de la république ou un autre lors de sa prochaine allocution (en l’occurrence, la fermeture des écoles, des crèches, des collèges, des lycées, des universités). Je me demande plus quand je trouverais le temps de retourner mes livres à la bibliothèque Buffon avant que toutes les bibliothèques ferment pour cause de confinement ( ce qui est en soit absurde , et même dangereux , bien que ce mot ne me soit venu bien après et non pendant l’écriture du journal ). . Bref, la vie intérieure prend le pas sur la vie extérieure, bien qu’on se lave les mains à chaque fois qu’on prend l’ascenseur et qu’on appuie sur ses boutons.

120320, version 3 (16 mars 2020)

Le problème, ce n’est pas qu’un ministre de la Santé écume les plateaux télé en pleine pandémie pangoline pour dessiner des graphiques et expliquer le plus pédagogiquement du monde qu’il faut absolument aplanir la courbe (flattening the curve) pour ne pas dépasser les capacités des établissements de santé dans le pays, et donc mettre en danger des vies humaines. Le problème, c’est que la ligne qui représente précisément les capacités des établissements de santé, ce ministre et son ministère, comme ses prédécesseuses et eurs, et son gourvenement, et les gouvernements précédents ce gouvernement avant lui, et ceux qui les ont engendrés avant eux, ont massivement contribué à la faire atteindre le niveau le plus bas possible, tout simplement en contribuant à détruire l’appareil permettant auxdits établissements de santé d’absorber cette capacité. Car pendant des années et des années, des responsables de tout bord et de toute obédience ont passé leur temps à flatter la courbe, précisément, selon la mauvaise traduction qu’on pourrait tirer de cette expression anglo-saxonne. Le problème, et c’est un problème qui est répandu dans absolument tous les corps de métiers aujourd’hui, c’est que quand on passe son temps à flatter la courbe, c’est-à-dire à n’observer que les représentations du réel sous la forme de chiffres et de graphiques qui en découle, on perd tout contact avec la vraie vie. Et quand on passe des années à flatter la courbe (dans le secret espoir qu’elle finisse, en retour, pas nous flatter nous, nous étant ici une façon impersonnelle de dire on, donc jamais nous en réalité, uniquement celles et ceux qui sont à proximité du pouvoir ou en mesure de s’en rapprocher), on ne voit même plus combien c’est insultant et dangereux de débloquer des milliards d’aide aux entreprises pour supporter la crise, plutôt qu’avoir débloqué à l’origine ces mêmes sommes pour entretenir les appareils de santé publique, et les services publics dans leur ensemble. Ce n’est même pas une réalité car ce n’est même pas un sujet. Et on se demande un peu, en pareilles circonstances, comment des révoltes n’ont pas lieu, et des bombes ne sont pas posées. Lisant cela, on pourrait prendre ce journal pour un reflet réel de mon activité aujourd’hui. C’est faux, le journal étant perpétuellement un genre de verre déformant qui trahit à chaque fois la focalisation qu’il choisit d’avoir de texte en texte. En réalité, je m’interroge plus sur ce qu’on peut faire avec deux patates douces, deux poireaux et une courgette qu’avec notre ministre de la Santé en exercice. Je cherche plus à savoir s’il vaut mieux opter pour du chocolat sans sucre au maltisol (c’est pas ça) ou du chocolat sans sucre à 98% de cacao qu’à me demander ce que déclarera tel président de la république ou un autre lors de sa prochaine allocution (en l’occurrence, la fermeture des écoles, des crèches, des collèges, des lycées, des universités). Je me demande plus quand je trouverais le temps de retourner mes livres à la bibliothèque Buffon avant que toutes les bibliothèques ferment pour cause de confinement. Bref, la vie intérieure prend le pas sur la vie extérieure, bien qu’on se lave les mains à chaque fois qu’on prend l’ascenseur et qu’on appuie sur ses boutons.

120320, version 2 (12 mars 2020)

GV
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Guillaume Vissac est né dans la Loire un peu après Tchernobyl. Éditeur pour publie.net depuis 2015, il mène également ses propres chantiers d’écriture, de piratage littéraire et de traduction.

Livres : Vers Velvet (Pou, Histoires pédées, 2020). Accident de personne (Othello, réédition 2018) · Le Chien du mariage (traduction du recueil d'Amy Hempel, Cambourakis, 2018) · Mondeling (avec Junkuu Nishimura, publie.net, 2015) · Coup de tête (publie.net, 2013, réédité en 2017) · Accident de personne (publie.net, 2011) · Livre des peurs primaires (publie.net, 2010) · Qu'est-ce qu'un logement (publie.net, 2010)