190614


Was it this he expected to be taken by, taken into ? Blicero’s seed, sputtering into the poisoned manure of his bowels . . . it is waste, yes, futility . . . but. . . as man and woman, coupled, are shaken to the teeth at their approaches to the gates of life, hasn’t he also felt more, worshipfully more past these arrangements for penetration, the style, garments of flaying without passion, sheer hosiery perishable as the skin of a snake, custom manacles and chains to stand for the bondage he feels in his heart. . . all become theatre as he approached the gates of that Other Kingdom, felt the white gigantic muzzles somewhere inside, expressionless beasts frozen white, pushing him away, the crust and mantle hum of mystery so beyond his poor hearing . . . there have to be these too, lovers whose genitals are consecrated to shit, to endings, to the desperate nights in the streets when connection proceeds out of all personal control, proceeds or fails, a gathering of fallen—as many in acts of death as in acts of life— or a sentence to be alone for another night. . . . Are they to be denied, passed over, all of them ?

Thomas Pynchon, Gravity’s rainbow

À peine après l’avoir poussé jusqu’à sa dernière page [1], c’est-à-dire la 872ème, je remonte aussitôt de 170 pages en arrière car la dernière partie du livre, The Counterforce, est obscure dans mes yeux et je l’ai lue trop vite puis, après avoir lu le chapitre où Bette Davis, Margaret Dumont et Tyrone Slothrop entendent passer au-dessus de leurs crânes le vol d’un P47 Thunderbolt piloté par Pirate dont le son propulsé ressemble à celui d’un kazoo, je me projette de 120 pages dans le futur du texte, c’est-à-dire le passé, c’est-à-dire que je retourne grosso modo là où je me trouvais avant la fin de ce week-end (c’est-à-dire mardi soir). Je parle de Gravity’s rainbow.

Cet extrait par exemple je ne l’avais pas lu la première fois, ou si je l’ai lu je l’ai lu sans le voir, ce qui revient au même. Cet extrait me ramène, outre à ma propre condition intime, à des textes comme la Maladie de la mort, à Barthes et à l’être pour rien qu’on m’avait écrit à la main sur une copie de fac et j’y repense encore, parfois, à cette copie de fac.

Retour par la huit. À Bastille la station en entier couverte par des pubs d’Orangina jaune, c’est infect. Ce qu’ils nous foutent dans les yeux c’est infect. Plus tôt entre nous articuler le mot canibalisation. Plus tard découvrir que quelqu’un, quelque part, a fait leaké les images du corps jaune, tuméfié, presque mort [2], d’un adolescent rom de seize ans lynché par les foules anonymes quelque part en Seine St Denis et dont les habitants du quartier interrogés par Mediapart disent oui d’accord c’est pas bien mais les roms ils sont sales ils vont chier derrière les talus [3] et grâce à tous ces gens-là les images non seulement deviennent bien plus que des images mais aussi, mais surtout, bien moins que des images, deux trois carrés de code couleur, de la circonspection virale, presque rien.

26 juin 2014
par Guillaume Vissac
Journal
#Adolescence #Homosexualité #Mort #Thomas Pynchon #Ville

[1Mais ce n’est pas une page au sens où on l’entend traditionnellement, c’est une chimère de page imaginée et générée par la machine, Pynchon apprécierait.

[2Et sait-on de source sûre s’il est mort aujourd’hui, c’est-à-dire à l’heure de la publication de ces lignes, le 26 juin 2014 ? Je ne crois pas.

[3C’est donc que le lynchage était compréhensible et qu’on peut donc le justifier, qu’on peut lui hausser les épaules dessus et repartir en marchant avec de la crache dans la bouche mais rien derrière les yeux.

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190614, version 5 (26 juin 2014)

<blockquote > GR shit bowels

Was it this he expected to be taken by, taken into ? Blicero’s seed, sputtering into the poisoned manure of his bowels . . . it is waste, yes, futility . . . but. . . as man and woman, coupled, are shaken to the teeth at their approaches to the gates of life, hasn’t he also felt more, worshipfully more past these arrangements for penetration, the style, garments of flaying without passion, sheer hosiery perishable as the skin of a snake, custom manacles and chains to stand for the bondage he feels in his heart. . . all become theatre as he approached the gates of that Other Kingdom, felt the white gigantic muzzles somewhere inside, expressionless beasts frozen white, pushing him away, the crust and mantle hum of mystery so beyond his poor hearing . . . there have to be these too, lovers whose genitals are consecrated to shit, to endings, to the desperate nights in the streets when connection proceeds out of all personal control, proceeds or fails, a gathering of fallen—as many in acts of death as in acts of life— or a sentence to be alone for another night. . . . Are they to be denied, passed over, all of them ?

Thomas Pynchon, Gravity’s rainbow

</blockquote>

À peine après l’avoir poussé jusqu’à sa dernière page [1] apprécierait.]], c’est-à-dire la 872ème, je remonte aussitôt de 170 pages en arrière car la dernière partie du livre, The Counterforce, est obscure dans mes yeux et je l’ai lue trop vite puis, après avoir lu le chapitre où Bette Davis, Margaret Dumont et Tyrone Slothrop entendent passer au-dessus de leurs crânes le vol d’un P47 Thunderbolt piloté par Pirate dont le son propulsé ressemble à celui d’un kazoo, je me projette de 120 pages dans le futur du texte, c’est-à-dire le passé, c’est-à-dire que je retourne grosso modo là où je me trouvais avant la fin de ce week-end (c’est-à-dire [mardi soir->article2548] mardi soir ). ). Je parle de Gravity’s rainbow.

[1Mais ce n’est pas une page au sens où on l’entend traditionnellement, c’est une chimère de page imaginée et générée par la machine, Pynchon Pynchon apprécierait .

Mort, Adolescence, Thomas Pynchon, Homosexualité, Ville
jpg/p1000635.jpg

190614, version 4 (26 juin 2014)

À peine après l’avoir poussé jusqu’à sa dernière page [2], c’est-à-dire la 872ème, je remonte aussitôt de 170 pages en arrière car la dernière partie du livre, The Counterforce, est obscure dans mes yeux et je l’ai lue trop vite puis, après avoir lu le chapitre où Bette Davis, Margaret Dumont et Tyrone Slothrop entendent passer au-dessus de leurs crânes le vol d’un P47 Thunderbolt piloté par Pirate dont le qui ressemble au doux son propulsé ressemble à celui d’un du kazoo, je me projette de 120 pages dans le futur du texte, c’est-à-dire le passé, c’est-à-dire que je retourne grosso modo là où je me trouvais avant la fin de ce week-end (c’est-à-dire achevé mardi soir). Je parle de Gravity’s rainbow.

[2Mais ce n’est pas une page au sens où on l’entend traditionnellement, c’est une chimère de page imaginée et générée par la machine, Pynchon apprécierait .

190614, version 3 (24 juin 2014)

À peine après l’avoir poussé jusqu’à sa dernière page [3], c’est-à-dire la 872ème, je remonte en arrière aussitôt de 170 pages en arrière car la dernière partie du livre, The Counterforce, est obscure dans mes yeux et je l’ai lue trop vite puis, après avoir lu le chapitre où Bette Davis, Margaret Dumont et Tyrone Slothrop entendent passer au-dessus de leurs crânes le vol d’un P47 Thunderbolt piloté par Pirate qui ressemble au doux son du kazoo, je me projette de 120 pages dans le futur du texte, c’est-à-dire le passé, c’est-à-dire que je retourne grosso modo là où je me trouvais avant la fin de ce week-end ( qui s’est achevé mardi soir). . Je parle de Gravity’s rainbow . rainbow toujours .

Cet extrait par exemple je ne l’avais pas lu lors de la première traversée, ou si je l’ai lu je l’ai lu sans le voir, ce qui revient au même. Cet extrait me ramène, outre à ma propre condition intime, à des textes comme la Maladie de la mort , mort ou à Barthes et à l’être pour rien qu’on m’avait écrit à la main sur une copie de fac et j’y repense encore, parfois, à cette copie de fac . C’est une lecture très (trop) littérale des choses mais moi-même ne suis-je pas viscéralement contre la moindre perspective de transmettre mes gênes ? Si bien sûr que si je le suis.

[3Mais ce n’est pas une page au sens où on l’entend traditionnellement, c’est une chimère de page imaginée et générée par la machine.

190614, version 2 (19 juin 2014)

Retour du taf par la huit, à Bastille la station en entier est recouverte par des pubs poilues d’Orangina jaune, c’est infect. Ce qu’ils nous foutent dans les yeux c’est infect. Plus tôt entre nous articuler le mot canibalisation. Plus tard découvrir que quelqu’un, quelque part, a fait leaké les images du corps jaune, tuméfié, presque mort, d’un adolescent rom de seize ans lynché par les foules anonymes quelque part en Seine St Denis et dont les habitants du quartier interrogés par Mediapart disent oui d’accord c’est pas bien mais les roms ils sont sales ils vont chier derrière les talus et grâce à tous ces gens-là les images non seulement deviennent bien plus que des images mais aussi, mais surtout, bien moins que des images, deux trois carrés de code couleur, de la circonspection virale, presque rien.

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