230319


Comment, en tant que civilisation, en est-on venu à tolérer de consommer autant de plastique ? Et je sais pas me situer dans un texte quand on me parle en nombre de signes, je ne raisonne qu’en nombre de mots, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très pratique au quotidien. C’est qu’en nombre de mots, je peux me rapporter à Ulysse, qui est comme qui dirait le maître étalon de toutes choses, et dont la version originale (celle publiée par Shakespeare and co) en pèse 269 233. Et c’est un chiffre ancré en moi puisque je le vois passer chaque jour en publiant l’Ulysse correspondant pour déduire à chaque fois la progression de mon propre périple de traduction (ou falsification, je ne sais pas comment il faut dire). Là, j’en étais à m’imaginer que ce ne serait pas une mauvaise idée de sortir le journal de son format de base. Il y a longtemps que j’ai fait mon deuil d’une quelconque publication du journal en livre, nos journaux et carnets en ligne sont le poumon des écritures web mais aucun éditeur ne se risquera à publier ça [1]. Mais j’aime assez la forme que prennent les carnets de Thierry sous son rythme mensuel et je me dis que peut-être d’autres lectrices ou lecteurs seraient enclins à découvrir ou à reprendre le journal sous cette périodicité, plutôt que de sombrer sous le poids des publications quotidiennes. Mettre en place une newsletter dédiée pour des journaux mensuels semble la solution. Cela permettrait aussi de s’affranchir un peu des réseaux sociaux (good). Mailchimp doit pouvoir faire ça bien. On garderait l’écart d’un mois (début avril envoyer tout le journal de février). Ce serait bien. Finalement, ce n’est qu’un bout de code à rajouter au bas de chaque page du journal, un micro-formulaire qui permet l’abonnement. À la fin de la journée, cette liste comptera dix abonnés : c’est huit ou neuf de plus que ce à quoi je m’attendais. Nous verrons dans quelques jours comment je construirai cette page : une simple reprise de textes copiés collés, des éléments de graphisme, des bouts de journal bis que l’on ne pourrait pas autrement lire, des extraits d’anciens textes du journal oubliés et mis en exergue, des citations en épigraphe ? Tout est possible, oui ; ce n’est qu’une simple page HTML. Mais que ferai-je de ma vie diurne aujourd’hui ? D’abord, préparer le personnage que j’incarnerai ce soir jusqu’à une heure du matin avec T., E. et H. dans une partie d’un nouveau jeu de rôle intitulé Numenéra. J’incarne un jack mystique qui sait parler aux machines et je suis le pèlerinage de l’errance, ce chemin qui parcourt l’entièreté du monde, une nouvelle Pangée à quelque chose comme dix millions de siècles de notre ère. J’étais quelqu’un de calme et serein, je crois que j’ai besoin de ça en ce moment. Avant, je passerai du temps dans cet Éléphantesque [2] que j’aurai tout aussi bien pu lire d’une traite, et dont il faut lire l’enquête subtile qui s’opère sur le plan du langage. Une enquête historique qui fait du destin singulier d’un homme l’étincelle pouvant embraser (ou éteindre) tout un siècle de vies. Mais on sent que Marie opère sur la base de documents qu’on imagine réels (des lettres, des archives, des témoignages en cours de procès, etc.) ce qu’elle a fomenté à partir d’une phrase brute dans son texte « Si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore libres de les écrire ? » paru dans Surveillances il y a déjà presque trois ans : une forme de (re)mise en question du langage. C’est un frêle récit (à peine plus d’une centaine de pages) qui s’articule autour d’une lettre et qui sera prétexte (prétexte et accomplissement à la fois, point d’origine et d’issue en même temps, c’est là toute la douceur et la beauté de ce livre) à une narration libre, qui va et vient dans le temps, et fait non le procès d’une époque (l’occupation, le Maquis, la collaboration, la déportation) mais une minutieuse quête de corrélations et de correspondances. En cela, le parti-pris très fort d’avoir inclus l’intégralité de cette lettre, écrite par Marc Bourguedieu à sa famille, littéralement au cœur du livre, et de passer son temps soit à la préfigurer par le biais d’extraits incorporés en italique au fil du récit avant qu’elle survienne, ou après qu’on a pu la lire en intégralité pour sans cesse y revenir, de manière à ce qu’une galaxie de paroles gelées orbitent en permanence autour de la missive ; ce parti pris, donc, est un acte littéraire (et narratif) d’une puissance assez ouf. C’est la clé d’arc ou de voûte qui supporte toute la forme du livre. Ce qui semble déterminer le texte, ce n’est ni l’Histoire, ni l’histoire, ni le devoir de mémoire, ni la moralité, ni la justice ; c’est la parole. Tout ce qui subsiste de cet homme, et ce qu’il soit, dans un livre, un personnage de fiction au service d’un récit construit ou une personne bien réelle qui peut ainsi malgré lui témoigner de la violence de son siècle, c’est sa parole. En cela, l’enquête, puisque c’en est une, se saisit de chaque mot, de chaque rythme, de chaque approximation, de chaque double sens pour l’interroger et, comme on le ferait par exemple d’une version latine, le mettre à l’épreuve du temps. Temps, justement, que l’on a avant le déclin, de pousser des morceaux devant soi, qui, le temps qu’on les pousse, nous poussent avec. [3]

25 avril 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#E. #H. #Hunter X Hunter #James Joyce #Marie Cosnay #Numenéra #Publie.net #T. #Thierry Crouzet #Ulysse par jour

[1Il m’est venu l’envie il y a quelques mois de le faire et de créer une collection idoine dans publie.net pour y accueillir, non mon propre journal, mais ceux qui me paraitraient représenter le sel de nos publications web régulières et, si j’y ai pour l’instant renoncé, ce n’est pas tant par manque d’intérêt personnel que par la crainte d’un travail éditorial considérable pour des résultats escomptés en terme de ventes plus que réduits, bref je ne vaux pas mieux que n’importe qui et c’est bon de le reconnaître parfois.

[2Marie Cosnay, Éléphantesque, Cheyne éditeur.

[3P. 40.

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230319, version 6 (25 avril 2019)

Comment, en tant que civilisation , en est-on venu à peut-on tolérer de consommer manger et boire autant de trucs qui soient en contact direct avec du plastique ? Et je sais pas me situer dans un texte quand on me parle en nombre de signes, je ne raisonne qu’en nombre de mots, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très pratique au quotidien. C’est qu’en nombre de mots, je peux me rapporter à [Ulysse->http://www.fuirestunepulsion.net/ulysse/]C’est qu’en nombre de mots , je peux me rapporter à Ulysse , qui est comme qui dirait le maître étalon de toutes choses, et dont la version originale (celle publiée par Shakespeare and co) en pèse 269 233. Et c’est un chiffre ancré en moi puisque je le vois passer chaque jour en publiant l’Ulysse correspondant pour déduire à chaque fois la progression de mon propre périple de traduction (ou falsification, je ne sais pas comment il faut dire). Là, j’en étais à m’imaginer que ce ne serait pas une mauvaise idée de sortir le journal journal de son format de base . de son format de base. Il y a longtemps que j’ai fait mon deuil d’une quelconque publication du journal en livre, nos journaux et carnets en ligne sont le poumon des écritures web mais aucun éditeur ne se risquera à publier ça[publie.net" class='spip_out' rel='external'>Il m’est venu l’envie il y a quelques mois de le faire et de créer une collection idoine dans [publie publie .net net pour y accueillir, non mon propre journal, mais ceux qui me paraitraient représenter le sel de nos publications web régulières et, si j’y ai pour l’instant renoncé, ce n’est pas tant par manque d’intérêt personnel que par la crainte d’un travail éditorial considérable pour un des résultats escomptés en terme de ventes plus que réduits, bref je ne vaux pas mieux que n’importe qui et c’est bon de le reconnaître parfois .]]. Mais j’aime assez la forme que prennent [les carnets de Thierry->https://tcrouzet.com/tag/carnet-de-route/] Mais j’aime assez la forme que prennent les carnets de Thierry sous son rythme mensuel et je me dis que peut-être d’autres lectrices ou lecteurs seraient enclins enclin à découvrir ou à reprendre le journal sous cette périodicité, plutôt que de sombrer sous le poids des publications quotidiennes. Mettre en place une newsletter dédiée pour des journaux mensuels semble la solution. Cela permettrait aussi de s’affranchir un peu des réseaux sociaux (good). Mailchimp doit pouvoir faire ça bien. On garderait l’écart d’un mois (début avril envoyer tout le journal de février). Ce serait bien. Finalement, ce n’est qu’un bout de code à rajouter au bas de chaque page du journal, un micro-formulaire qui permet l’abonnement. À la fin de la journée, cette liste comptera dix 10 abonnés : , c’est huit ou neuf de plus que ce à quoi je m’attendais. Nous verrons dans quelques jours comment je construirai cette page : une simple reprise de textes copiés collés, des éléments de graphisme, des bouts de journal bis que l’on ne pourrait pas autrement lire, des extraits d’anciens textes du journal oubliés et mis en exergue, des citations en épigraphe ? Tout est possible, oui. Tout est possible Après tout , oui  ; ce n’est qu’une simple page HTML. Mais que ferai-je de ma vie diurne aujourd’hui ? D’abord, préparer le personnage que j’incarnerai ce soir jusqu’à une heure du matin avec [T T .->mot503], [E E .->mot28] et [H H .->mot59] dans une partie d’un nouveau jeu de rôle intitulé Numenéra Numerama . J’incarne un jack mystique qui sait parler aux machines et je suis le pèlerinage de l’errance, ce chemin qui parcourt l’entièreté du monde, une nouvelle Pangée à quelque chose comme dix millions de siècles de notre ère. J’étais quelqu’un de calme et serein, je crois que j’ai besoin de ça en ce moment . Avantcela , je passerai du temps dans cet [Éléphantesque->http://cheyne-editeur . Éléphantesque [1] com/index.php/grands-fonds/321-elephantesque] [2] que j’aurai tout aussi bien pu lire d’une traite, et dont il faut lire l’enquête subtile qui s’opère sur le plan du langage. Une enquête historique de toute évidence , qui fait du destin singulier d’un homme l’étincelle pouvant qui peut embraser (ou éteindre) tout un siècle de vies. Mais on sent que Marie opère sur la base de documents qu’on imagine réels (des lettres, des archives, des témoignages en cours de procès, etc.) ce qu’elle a fomenté à partir d’une phrase brute dans son texte « Si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore libres de les écrire ?  » paru dans [Surveillances->https://www.publie.net/livre/surveillances-collectif/] ) ce qu’elle a fomenté à partir d’une phrase brute dans son texte «  XXX  » paru dans Surveillances il y a déjà presque trois ans : une forme de (re)mise en question du langage. C’est un frêle récit (à peine plus d’une centaine de pages) qui s’articule autour d’une lettre et qui sera prétexte (prétexte et accomplissement à la fois, point d’origine et d’issue en même temps, c’est là toute la douceur et la beauté de ce livre) à une narration libre, qui va et vient dans le temps, et fait non le procès d’une époque (l’occupation, le Maquis, la collaboration, la déportation) mais une minutieuse quête de corrélations et de correspondances. En cela, le parti-pris très fort d’avoir inclus l’intégralité de cette lettre, écrite par Marc Bourguedieu à sa famille, littéralement au cœur du livre, et de passer son temps soit à la préfigurer par le biais d’extraits incorporés isolés en italique au fil dans le cours du récit avant qu’elle survienne, ou après qu’on a pu la lire en intégralité pour sans cesse y revenir, de manière à ce qu’une galaxie de paroles gelées paroles gelées orbitent en permanence autour de la missive ; ce parti pris, donc, est un acte littéraire (et narratif) d’une puissance assez ouf. C’est la clé d’arc ou de voûte qui supporte toute la forme du livre. Ce qui semble déterminer le texte, ce n’est ni l’Histoire, ni l’histoire, ni le devoir de mémoire, ni la moralité, ni la justice ; c’est la parole. Tout ce qui subsiste de cet homme, et ce qu’il soit, dans un livre, un personnage de fiction au service d’un récit construit ou une personne bien réelle qui peut ainsi malgré lui témoigner de la violence de son siècle, c’est sa parole. En cela, l’enquête, puisque c’en est une, se saisit de chaque mot, de chaque rythme, de chaque approximation, de chaque double sens pour l’interroger et, comme on le ferait par exemple d’une [version latine->http://www version latine , le mettre à l’épreuve du temps .editionsdelogre.fr/books/view/-Publius-Ovidius-Naso—Ovide-Les-Metamorphoses], le mettre à l’épreuve du temps. Temps, justement, que l’on a avant le déclin, de pousser des morceaux devant soi, qui, le temps qu’on les pousse, nous poussent avec. [3]

[1Marie Cosnay , Éléphantesque , Cheyne éditeur .

[2Marie Cosnay, Éléphantesque, Cheyne éditeur.

[3P. 40.

Publie.net, E., H., James Joyce, T., Ulysse par jour, Marie Cosnay, Thierry Crouzet, Hunter X Hunter, Numenéra
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<img2824|center > Voir si on intégre ou non quelque part le journal bis du jour .

230319, version 5 (23 avril 2019)

Comment peut-on tolérer de manger et boire autant de trucs qui soient en contact direct avec du plastique ? Je m’intoxique. Et je sais pas me situer dans un texte quand on me parle en nombre de signes, je ne raisonne qu’en nombre de mots, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très pratique au quotidien. C’est qu’en nombre de mots, je peux me rapporter à Ulysse, qui est comme qui dirait le maître étalon de toutes choses, et dont la version originale (celle publiée par Shakespeare and co) en pèse 269 233. Et c’est un chiffre ancré en moi puisque je le vois passer chaque jour en publiant l’Ulysse correspondant pour déduire à chaque fois la progression de mon propre périple de traduction (ou falsification, je ne sais pas comment il faut dire). Là, j’en étais à m’imaginer me dire que ce ne serait pas une mauvaise idée de sortir le journal de son format de base. Il y a longtemps que j’ai fait mon deuil d’une quelconque publication du journal en livre, nos journaux et carnets en ligne sont le poumon des écritures web mais aucun éditeur ne se risquera à publier ça [4]. Mais j’aime assez la forme que prennent les carnets de Thierry sous son rythme mensuel et je me dis que peut-être d’autres lectrices ou lecteurs seraient enclin à découvrir ou à reprendre le journal sous cette périodicité, plutôt que de sombrer sous le poids des publications quotidiennes. Mettre en place une newsletter dédiée pour des journaux mensuels semble la solution. Cela permettrait aussi de s’affranchir un peu des réseaux sociaux ( good ). . Mailchimp doit pouvoir faire ça bien. On garderait l’écart d’un mois (début avril envoyer tout le journal de février). Ce serait bien. Finalement, ce n’est qu’un bout de code à rajouter au bas de chaque page du journal, un micro-formulaire qui permet l’abonnement. À la fin de la journée, cette liste comptera 10 abonnés, c’est huit ou neuf de plus que ce à quoi je m’attendais. Nous verrons dans quelques jours comment je construirai cette page : une simple reprise de textes copiés collés, des éléments de graphisme, des bouts de journal bis que l’on ne pourrait pas autrement lire, des extraits d’anciens textes du journal oubliés et mis en exergue, des citations en épigraphe ? Tout est possible, oui. Après tout, ce n’est qu’une simple page HTML. Mais que ferai-je de ma vie diurne aujourd’hui ? D’abord, préparer le personnage que j’incarnerai ce soir jusqu’à une heure du matin avec T., E. et H. dans une partie d’un nouveau jeu de rôle intitulé Numerama. J’incarne un jack jack mystique qui sait parler aux machines machines et je suis le pèlerinage pèlerinage de l’errance, , ce chemin qui parcourt l’entièreté du monde, une nouvelle Pangée à dans quelque chose comme dix millions de siècles de notre ère. J’étais quelqu’un de calme et serein. Avant cela, je passerai du temps dans cet Éléphantesque [5] que j’aurai tout aussi bien pu lire d’une traite, et dont il faut lire l’enquête subtile qui s’opère sur le plan du langage. Une enquête historique de toute évidence à n’en pas douter , qui fait du destin singulier d’un homme l’étincelle qui peut embraser (ou éteindre) tout un siècle de vies. Mais on sent que Marie opère sur la base de documents qu’on imagine sans doute réels (des lettres, des archives, des témoignages en cours de procès, etc.) ce qu’elle a fomenté à partir d’une phrase brute dans son texte « XXX » paru dans Surveillances il y a déjà presque trois ans : une forme de (re)mise en question du langage. C’est un frêle récit (à peine plus d’une centaine de pages) qui s’articule autour d’une lettre , qu’on imagine bien réelle , et qui sera prétexte (prétexte et accomplissement à la fois, point d’origine et d’issue en même temps, c’est toute la douceur et la beauté de ce livre ) à une narration libre, qui va et vient dans le temps, et fait non le procès d’une époque (l’occupation, le Maquis, la collaboration, la déportation) mais une minutieuse quête de corrélations et de correspondances. En cela, le parti-pris très fort d’avoir inclus l’intégralité de cette lettre, écrite par Marc Bourguedieu à sa famille, littéralement au cœur du livre, et de passer son temps soit à la préfigurer par le biais d’extraits d’extrait isolés en italique dans le cours du récit avant qu’elle survienne, ou après qu’on a pu la lire en intégralité pour sans cesse y revenir, de manière à ce qu’une galaxie de paroles gelées orbitent en permanence autour de la missive ; ce parti pris, donc, est un acte littéraire (et narratif) d’une puissance assez ouf fascinante . C’est la clé d’arc ou de voûte qui supporte toute la forme du livre. Ce qui semble déterminer le texte, ce n’est ni l’Histoire, ni l’histoire, ni le devoir de mémoire, ni la moralité, ni la justice ; c’est la parole. Tout ce qui subsiste de cet homme, et ce qu’il soit, dans un livre , un personnage de fiction au service d’un récit construit ou une personne bien réelle qui peut ainsi malgré lui témoigner victime de la violence de son siècle, c’est sa parole . parole . En cela, l’enquête, puisque c’en est une, se saisit de chaque mot, de chaque rythme, de chaque approximation, de chaque double sens pour l’interroger et, comme on le ferait par exemple d’une version latine, le mettre à l’épreuve du temps. Temps, justement , que l’on qu’on lit et qu’on a avant le déclin, de pousser des morceaux devant soi, qui, le temps qu’on les pousse, nous poussent avec. [6]

[4Il m’est venu l’envie il y a quelques mois de le faire et de créer une collection idoine dans publie.net pour y accueillir, non mon propre journal, mais ceux qui me paraitraient représenter le sel de nos publications web régulières et, si j’y ai pour l’instant renoncé, ce n’est pas tant par manque d’intérêt personnel que par la crainte d’un travail éditorial considérable pour un des résultats escomptés en terme de ventes plus que réduits.

[5Marie Cosnay, Éléphantesque, Cheyne éditeur.

[6P. 40.

230319, version 4 (18 avril 2019)

Voir si on intégre ou non quelque part le journal bis du jour.
Comment peut-on tolérer de manger et boire autant de trucs qui soient en contact direct avec du plastique ? Je m’intoxique. Et je ne sais pas me situer dans un texte quand on me parle en nombre de signes, je ne raisonne qu’en nombre de mots, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très pratique au quotidien. C’est qu’en nombre de mots, je peux me rapporter à Ulysse, qui est comme qui dirait le maître étalon de toutes choses, et dont la version originale (celle publiée par Shakespeare and co) en pèse 269 233. Et c’est un chiffre ancré en moi puisque je le vois passer chaque jour en publiant l’Ulysse correspondant pour déduire à chaque fois la progression de mon propre périple de traduction ( ou falsification, je ne sais pas comment il faut dire). . Là, j’en étais à me dire que ce ne serait pas une mauvaise idée de sortir le journal de son format de base. Il y a longtemps que j’ai fait mon deuil d’une quelconque publication du journal en livre, nos journaux et carnets en ligne sont le poumon des écritures web mais aucun éditeur ne se risquera à publier ça [7]. Mais j’aime assez la forme que prennent les carnets de Thierry sous son rythme mensuel et je me dis que peut-être d’autres lectrices ou lecteurs seraient enclin à découvrir ou à reprendre le journal sous cette périodicité, plutôt que de sombrer sous le poids des publications quotidiennes. Mettre en place une newsletter dédiée pour des journaux mensuels semble la solution. Cela permettrait aussi de s’affranchir un peu des réseaux sociaux. Mailchimp doit pouvoir faire ça bien. On garderait l’écart d’un mois (début avril envoyer tout le journal de février). Ce serait bien. Finalement, ce n’est qu’un bout de code à rajouter au bas de chaque page du journal, un micro-formulaire qui permet l’abonnement. À la fin de la journée, cette liste comptera 10 abonnés, c’est huit ou neuf de plus que ce à quoi je m’attendais. Nous verrons dans quelques jours comment je construirai cette page : une simple reprise de textes copiés collés, des éléments de graphisme, des bouts de journal bis que l’on ne pourrait pas autrement lire, des extraits d’anciens textes du journal oubliés et mis en exergue, des citations en épigraphe ? Tout est possible, oui. Après tout, ce n’est qu’une simple page HTML. Mais que ferai-je de ma vie diurne aujourd’hui ? D’abord, préparer le personnage que j’incarnerai ce soir jusqu’à une heure du matin avec T., E. et H. dans une partie d’un nouveau jeu de rôle intitulé Numerama. J’incarne un jack mystique qui sait parler aux machines et je suis le pèlerinage de l’errance, ce chemin qui parcourt l’entièreté du monde, une nouvelle Pangée dans quelque chose comme dix millions de siècles de notre ère. J’étais quelqu’un de calme et serein. Avant cela, je passerai du temps dans cet Éléphantesque [8] que j’aurai tout aussi bien pu lire d’une traite, et dont il faut lire l’enquête subtile qui s’opère sur le plan du langage. Une enquête historique à n’en pas douter, qui fait du destin singulier d’un homme l’étincelle qui peut embraser (ou éteindre) tout un siècle de vies. Mais on sent que Marie opère sur la base de documents sans doute réels (des lettres, des archives, des témoignages en cours de procès, etc.) ce qu’elle a fomenté à partir d’une phrase brute dans son texte « XXX » paru dans Surveillances il y a déjà presque trois ans : une forme de (re)mise en question du langage. C’est un frêle récit (à peine plus d’une centaine de pages) qui s’articule autour d’une lettre, qu’on imagine bien réelle, et qui sera prétexte (prétexte et accomplissement à la fois, point d’origine et d’issue en même temps) à une narration libre, qui va et vient dans le temps, et fait non le procès d’une époque (l’occupation, le Maquis, la collaboration, la déportation) mais une minutieuse quête de corrélations et de correspondances. En cela, le parti-pris très fort d’avoir inclus l’intégralité de cette lettre, écrite par Marc Bourguedieu à sa famille, littéralement au cœur du livre, et de passer son temps soit à la préfigurer par le biais d’extrait isolés en italique dans le cours du récit avant qu’elle survienne, ou après qu’on a pu la lire en intégralité pour sans cesse y revenir, de manière à ce qu’une galaxie de paroles gelées orbitent en permanence autour de la missive ; ce parti pris, donc, est un acte littéraire (et narratif) d’une puissance fascinante. C’est la clé d’arc ou de voûte qui supporte toute la forme du livre. Ce qui semble déterminer le texte, ce n’est ni l’Histoire, ni l’histoire, ni le devoir de mémoire, ni la moralité, ni la justice ; c’est la parole. Tout ce qui subsiste de cet homme, et ce qu’il soit un personnage de fiction au service d’un récit construit ou une personne bien réelle victime de la violence de son siècle, c’est sa parole. En cela, l’enquête, puisque c’en est une, se saisit de chaque mot, de chaque rythme, de chaque approximation, de chaque double sens pour l’interroger et, comme on le ferait par exemple d’une version latine, le mettre à l’épreuve du temps. Temps qu’on lit et qu’on a avant le déclin, de pousser des morceaux devant soi, qui, le temps qu’on les pousse, nous poussent avec. [9]

[7Il m’est venu l’envie l’idée il y a quelques mois de le faire et de créer une collection idoine dans publie.net pour y accueillir, non mon propre journal, mais ceux qui me paraitraient représenter le sel de nos publications web régulières et, si j’y ai pour l’instant renoncé, ce n’est pas tant par manque d’intérêt personnel que par la crainte d’un travail éditorial considérable pour un des résultats escomptés en terme de ventes plus que réduits.

[8Marie Cosnay, Éléphantesque, Cheyne éditeur.

[9P. 40.

230319, version 3 (24 mars 2019)

Comment peut-on tolérer de manger et boire autant de trucs qui soient en contact direct avec du plastique ? Je m’intoxique. Et je ne sais pas me situer dans un texte quand on me parle en nombre de signes, je ne raisonne qu’en nombre de mots, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très pratique au quotidien. C’est qu’en nombre de mots, je peux me rapporter à Ulysse, qui est comme qui dirait le maître étalon de toutes choses, et dont la version originale (celle publiée par Shakespeare and co) en pèse 269 233. Et c’est un chiffre ancré en moi puisque je le vois passer chaque jour en publiant l’Ulysse correspondant pour déduire à chaque fois la progression de mon propre périple de traduction ou falsification, je ne sais pas comment il faut dire. Là, j’en étais à me dire que ce ne serait pas une mauvaise idée de sortir le journal de son format de base. Il y a longtemps que j’ai fait mon deuil d’une quelconque publication du journal en livre, nos journaux et carnets en ligne sont le poumon des écritures web mais aucun éditeur ne se risquera à publier ça [10]. Mais j’aime assez la forme que prennent les carnets de Thierry sous son rythme mensuel et je me dis que peut-être d’autres lectrices ou lecteurs seraient enclin à découvrir ou à reprendre le journal sous cette périodicité, plutôt que de sombrer sous le poids des publications quotidiennes. Mettre en place une newsletter dédiée pour des journaux mensuels semble la solution. Cela permettrait aussi de s’affranchir un peu des réseaux sociaux. Mailchimp doit pouvoir faire ça bien. On garderait l’écart d’un mois (début avril envoyer tout le journal de février). Ce serait bien. Finalement, ce n’est qu’un bout de code à rajouter au bas de chaque page du journal, un micro-formulaire qui permet l’abonnement. À la fin de la journée, cette liste comptera 10 abonnés, c’est huit ou neuf de plus que ce à quoi je m’attendais. Nous verrons dans quelques jours comment je construirai cette page : une simple reprise de textes copiés collés, des éléments de graphisme, des bouts de journal bis que l’on ne pourrait pas autrement lire, des extraits d’anciens textes du journal oubliés et mis en exergue, des citations en épigraphe ? Tout est possible, oui. Après tout, ce n’est qu’une simple page HTML. Mais que ferai-je de ma vie diurne aujourd’hui ? D’abord, préparer le personnage que j’incarnerai ce soir jusqu’à une heure du matin avec T., E. et H. dans une partie d’un nouveau jeu de rôle intitulé Numerama. J’incarne un jack mystique qui sait parler aux machines et je suis le pèlerinage de l’errance, ce chemin qui parcourt l’entièreté du monde, une nouvelle Pangée dans quelque chose comme dix millions de siècles de notre ère. J’étais quelqu’un de calme et serein. Avant cela, je passerai du temps dans cet Éléphantesque [11] que j’aurai tout aussi bien pu lire d’une traite, et dont il faut lire l’enquête subtile qui s’opère sur le plan du langage. Une enquête historique à n’en pas douter, qui fait du destin singulier d’un homme l’étincelle qui peut embraser (ou éteindre) tout un siècle de vies. Mais on sent que Marie opère sur la base de documents sans doute réels (des lettres, des archives, des témoignages en cours de procès, etc.) ce qu’elle a fomenté à partir d’une phrase brute dans son texte « XXX » paru dans Surveillances il y a déjà presque trois ans : une forme de (re)mise en question du langage. C’est un frêle récit (à peine plus d’une centaine de pages) qui s’articule autour d’une lettre, qu’on imagine bien réelle, et qui sera prétexte (prétexte et accomplissement à la fois, point d’origine et d’issue en même temps) à une narration libre, qui va et vient dans le temps, et fait non le procès d’une époque (l’occupation, le Maquis, la collaboration, la déportation) mais une minutieuse quête de corrélations et de correspondances. En cela, le parti-pris très fort d’avoir inclus l’intégralité de cette lettre, écrite par Marc Bourguedieu à sa famille, littéralement au cœur du livre, et de passer son temps soit à la préfigurer par le biais d’extrait isolés en italique dans le cours du récit avant qu’elle survienne, ou après qu’on a pu la lire en intégralité pour sans cesse y revenir, de manière à ce qu’une galaxie de paroles gelées orbitent en permanence autour de la missive ; ce parti pris, donc, est un acte littéraire (et narratif) d’une puissance fascinante. C’est la clé d’arc ou de voûte qui supporte toute la forme du livre. Ce qui semble déterminer le texte, ce n’est ni l’Histoire, ni l’histoire, ni le devoir de mémoire, ni la moralité, ni la justice ; c’est la parole. Tout ce qui subsiste de cet homme, et ce qu’il soit un personnage de fiction au service d’un récit construit ou une personne bien réelle victime de la violence de son siècle, c’est sa parole. En cela, l’enquête, puisque c’en est une, se saisit de chaque mot, de chaque rythme, de chaque approximation, de chaque double sens pour l’interroger et, comme on le ferait par exemple d’une version latine, le mettre à l’épreuve du temps. Temps qu’on lit et qu’on a avant le déclin, de pousser des morceaux devant soi, qui, le temps qu’on les pousse, nous poussent avec. [12]

[10Il m’est venu l’idée il y a quelques mois de le faire et de créer une collection idoine dans publie.net pour y accueillir, non mon propre journal, mais ceux qui me paraitraient représenter le sel de nos publications web régulières et, si j’y ai pour l’instant renoncé, ce n’est pas tant par manque d’intérêt personnel que par la crainte d’un travail éditorial considérable pour un des résultats escomptés en terme de ventes plus que réduits.

[11Marie Cosnay, Éléphantesque, Cheyne éditeur.

[12P. 40.

230319, version 2 (23 mars 2019)

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