Antonin Crenn



  • 290318

    29 avril 2018

    Une averse et violente avec ça, déformée par le vent au niveau du sol, et pour m’en extraire il a fallu que je détourne les yeux de la ville, et que j’enfouisse sous mon sweat les deux livres qu’Antonin m’a offert tout à l’heure, à L’industrie. C’est un café rouge qui a un frère jumeau en face de lui, noir, de l’autre côté de la rue, et j’aurai su lequel choisir si j’avais seulement été lire correctement les consignes qu’il m’avait envoyées dans un mail. Le reste de mon temps ou presque, je le passerai sur des tableaux excel pour le calcul des droits d’auteur 2017. 579 mots pour Eff sur le Palimpsest for string septet de Simeon ten Holt.

  • 041018

    14 novembre 2018

    Mais qui a décidé qu’on ne pouvait plus voir, au verso des carnets de timbres, la grille des poids ? Ça me pose problème car, comme je l’expliquerai à Virginie et Mathilde après la soirée publie.net à la Terrasse de Gutenberg, je suis incapable de retenir aucun chiffre. La soirée était belle. Joachim a lu des extraits du Village, Anne un bout d’À même la peau débouchant sur un autre de son Volte face sur Marilyn Monroe et Virginie terminera par un texte inédit tout en itinérance. La qualité des échanges ensuite, dans le prolongement de la conversion. Antonin était là. On a parlé. A-t-on vendu un peu ? Un peu.

  • 171018

    19 novembre 2018

    Cinq mails en attente et/ou non lus dans ma inbox, c’est le mieux que je puisse faire aujourd’hui. Cette semaine même. À Poitiers avec Philippe et Joachim (nous rejoindrons ou nous serons rejoints par Marie et Claire, ainsi que Martin Rass qui organise le tout). D’abord pour une soirée intitulée La langue de l’hôte, hospitalité contre repli, au terme de laquelle deux jeunes étudiants en droit vont détourner les débats comme on dirait d’un vol qu’on le détourne. C’est étonnant chez des mecs aussi jeunes de les entendre invoquer quelque chose comme Pompidou. Ça a une réalité pour eux, Pompidou ? Ça s’invoque Pompidou ? Mystère. Antonin par email m’apprendra que le Chien figure dans la deuxième sélection du prix révélation de traduction de la SGDL et c’est une joie. Mais dans le même temps H. m’apprendra le crash de notre machine à laver et il doit gérer, seul, son remplacement express (demain ?). L’argent d’un prix permettrait de la changer plus facilement. Car en réalité, oui, chaque fois que j’ai touché des sommes conséquentes liées à l’écriture (rarement donc), il s’est trouvé un truc bassement quotidien et imprévu à financer. La vie est faite de ces trucs-là. J’ignore si c’est une bonne ou bien une mauvaise chose mais en revanche voilà ce que je sais : ça n’a aucun rapport avec aucune forme de littérature.

  • 121218

    13 janvier 2019

    Puisque les sensations violentes auraient disparu, il se consacrerait entièrement à toutes les autres, les plus douces : aux caresses, aux froissements, aux bruissements, à la légèreté et à la lenteur. Il serait plus réceptif que jamais au déplacement des nuages de l’autre côté du vasistas, aux reflets des arbres sur celui-ci, au susurrement du vent dans les interstices du toit, au pépiement délicat du rouge-queue, au déplacement de la couverture sur sa peau quand il entreprendrait, tout de même, un mouvement.

    Antonin Crenn, Le héros et les autres, Lunatique, P. 52-53

    Quelqu’un a dit soup with fieces. J’ai mal entendu ? Est-ce que les limaces craignent autant le poivre que le sel ? Et la bière ? Qu’en est-il de la cocaïne, dont j’apprendrai en écoutant les Pieds sur terre qu’on peut l’appeler la C ? Plein d’ombre rue Saint-Antoine et c’est bien. J’ai oublié
    de photographier le génie. À la place
    ce sont les rails du métro là, dans le noir. Quelqu’un m’écrit, répondant à un refus de son manuscrit, Si vous n’êtes pas intéressé par ce que je vous propose, j’en conclue (sic) que vous ne devez pas être attiré par des choses bien passionnantes, c’est un peu triste pour vous. On est donc triste pour moi. Et je ne répondrai rien à ça. Je l’ai fait par le passé et c’est une perte de temps. Ne pas le faire, donc. Il y a toujours un moment où tu en viens à te dire, travaillant sur un texte à paraître, peut-être qu’il faut une dernière relecture encore. C’est toujours une dernière relecture encore. Que tu vas faire X fois. La dernière, donc. Mais je crois que je me coupe (et ça n’est jamais bon de se couper). Suite des 花札 (tenir le rythme). Tenir le rythme mais rien de viscéral so far. Peut-être que Palimpsest m’aidera
    (non). Activating Cities : Tip the iceberg.

  • 171218

    18 janvier 2019

    Quand je colle mes doigts à cet endroit du clavier où le Macbook il chauffe, j’attends quelques secondes que le froid se dissolve. Venait surtout du sol, ce froid : plus personne à l’étage du dessous depuis des mois mais il ne faut pas le dire, ils ont peur que les appartements vacants finissent squattés. Dehors, quelqu’un échappe une bouteille de vin sur le sol et ça coule (c’est comme ça). Étant lundi, le Jolant est fermé alors c’est au Félix café, en haut de la rue T., que je retrouverai Antonin pour un moment comme suspendu dans le temps. Dans le froid d’une ville qui est sans doute la nôtre, il est question des (pluriel) lapins. Derrière, mais avant de consacrer une heure vingt de Palimpsest et d’Incantatie IV (mais un Incantatie IV différent, avec un tout autre doigté, et un tout autre rythme — et ça ne me plaît pas du tout, à moi, ce déplacement-là dans le ton) à mes deux cartes 花札 du jour, je ferai quelque chose que je fais rarement : aller falsifier une entrée du journal pour rectifier un truc (oubli). C’est qu’on m’a demandé, plusieurs fois, ce qu’il était advenu de Tartelette après son opération. De cette manière, je clos l’arc narratif de l’otite.

  • 170119

    24 février 2019

    C’est une de ces journées abjectes où absolument rien ne fonctionne et où, en définitive, tu te demandes un peu à quoi tu sers et quel est ton rôle dans la grande mécanique avariée de l’univers, jusqu’à ce que tu en viennes à te dire... bon peu importe après tout ce que tu peux bien te dire. Quelque chose à laquelle tu ne parviens pas à répondre, en tous les cas. Mais je dois remercier Antonin ici car, grâce à lui, et plus généralement à la belle soirée de lancement de son livre à la librairie les Mots à la bouche, une forme de douceur est revenue et au bout du compte cette journée on en retiendra qu’elle sera réussie, et pas seulement parce que tout le stock prévu pour ce lancement a été vendu.

  • 270119

    8 mars 2019

    J’en suis maintenant à voir passer les trains sur l’écran d’une application sans bouger, à me dire je prendrai le suivant, je prendrai le suivant. Je voulais clore les préparatifs de cette lecture à Seconda avant de rentrer à Paris, j’allais écrire définitivement à Paris, mais je butte sur des machins très simples, par exemple quand faire le tirage, avant ou après le préambule ? Pendant ? Pas possible : je n’aurai que deux mains et je ne peux pas aller et venir vers le public avec le micro. Peut-être devrais-je demander de l’aide à quelqu’un pour me seconder (c’est un jeu de mot). Aussi, j’ai eu des doutes sur le son et j’aurai tout aussi bien pu tout refaire dans l’après-midi (non). Le son est là pour matérialiser pendant la lecture le caviardage des mots. L’autre piste aurait été, plutôt que d’appeler du son pour matérialiser dans l’espace ces blancs (noirs), de faire jouer du son tout du long et en augmenter le volume à chaque mot censuré : je n’irai pas dans cette direction. Ce serait rébarbatif, soporifique et pesant pour tout le monde. Surtout, je ne voulais pas travailler là-dessus dans un train. Je voulais que le train soit un moment de calme. Une espèce de respiration. Voilà pourquoi je persisterai à les laisser passer (les trains). Ailleurs, dans ce vaste monde, les gens font des listes. L’autre jour, sur la littérature dite complexe (c’est quoi ?), c’était une dizaine d’auteurs cités, tous des hommes. Et ce matin, sur FB, une liste de grands auteurs américains vivants, là encore pas une femme. Même pas une ou deux pour faire style, non, pas une seule. J’avais lu quelque part (où ?) cette histoire d’application mise à disposition des journalistes de telle ou telle publication (de langue anglaise je crois), un algorithme qui t’avertissait si ton article ne comportait dans ses références que des noms d’homme, peut-être qu’il faudrait que dans la vie aussi des genres d’IA se réveillent chaque fois que la situation se présente pour te chanter cette horrible chanson des années 80, tu sais, celle qui se demande précisément où sont les femmes avec leurs gestes pleins de (air connu) ; à force, on en viendrait peut-être naturellement à tout faire pour éviter de subir ça. À 15h35, je suis prêt. Du moins, je me dis que je le suis. Je passe sur les horaires flottant, je passe sur les retards et l’immobilisation des rames en plein no man’s land de givre et de silence, je passe sur les métros à attraper dans le rush et la sueur, je passe sur le nombre de fois où je me dirai que tous ces contre-temps sont des signes et qu’il faudrait que j’en tienne compte, je passe sur le fait d’être arrivé comme un cheveu sur la soupe, je passe sur tout un tas de trucs ; la lecture a eu lieu. Mais, je sais pas, ça se passera pas bien 1. Tout ce qui peut mal se passer dans ma tête se passe mal dans la vie (ça arrive), à commencer par le tirage 2 qui ne contient aucune des cartes que j’aurais voulu lire mais qui contient en revanche celle que je voulais à tout prix éviter 3. À la limite c’est le jeu. Je veux dire, littéralement. Mais j’ai vu trop grand je crois et mon attention est toujours à côté (à côté des cartes, à côté du tel que j’utilise comme une télécommande pour déclencher et arrêter les sons) et jamais sur. Par exemple, je ne suis pas avec le public. Je suis hors. Et je n’entendrai même pas les applaudissements à la fin. Derrière, j’ai le sentiment d’avoir joué un derby à domicile et d’avoir perdu 3-0. Et je suis là à ressasser, à revoir toutes les actions que j’ai ratées et qui auraient pu changer la physionomie du match. Et, malgré toute la gentillesse et la bienveillance dont H., Mathilde ou Antonin peuvent faire preuve, on peut dire que j’ai le seum.

  • 210219

    24 mars 2019

    Dehors, pollution à vue d’œil. De la montagne ou de moi-même, je ne peux dire ce qui était hanté. Un livreur Chronopost appellera sur cette phrase, littéralement sur, car dorénavant les livreurs Chronopost appellent avant de te livrer pour vérifier si tu es là et si ça vaut le coup, par conséquent, de se déplacer pour toi (oui). Mais d’autres phrases vont venir (Artaud encore), j’y pensais pour Morphine(s) : À tous les tournants de chemins on voit des arbres brûlés volontairement en forme de croix, ou en forme d’êtres, et souvent ces êtres sont doubles et ils se font face, comme pour manifester la dualité essentielle des choses. Ou encore : Faire un pas n’était plus pour moi faire un pas ; mais sentir où je portais la tête. Mais c’est l’une de ces journées où je vais au kiosque sur la place (il y a un kiosque sur la place), ce qui est somme toute assez agréable comme déplacement car au fond je ne vais acheter quoi que ce soit dans ce kiosque que lorsque nous avons un article qui paraît quelque part, et quel article : Claro a consacré son feuilleton du Monde des livres de cette semaine à L’épaisseur du trait. Quels que soient les effets derrière sur les ventes, c’est une réelle reconnaissance de notre travail (sans parler, bien sûr, de celui d’Antonin), déjà souligné sur ce même livre le mois dernier dans Libération. Je ne sais pas où ce vent va nous porter, mais on va en profiter un peu.

  • 050319

    5 avril 2019

    Antoine Emaz est mort hier. Non, dimanche. Non, il a été tué par la mort comme l’écrit Christine (qui sans doute le relie à Maryse Hache et la boucle est, sinon bouclée du moins tenue assez fort pour nous tenir au corps). Je suis allé chercher dans les rayonnages quelques livres mais je ne me souviens plus si je n’ai pas emprunté (et oublié de rendre) Boue à ma mère. D’ailleurs je ne retrouve pas Cambouis dans son édition Déplacements-Seuil (peut-être je l’ai prêté à quelqu’un, peut-être il est rangé ailleurs, c’est-à-dire qu’il est, précisément, autre part). Ça n’a pas beaucoup d’importance, ça. C’est un poète de maintenant qui nous quitte. Et donc, quelque part, maintenant s’arrête ici. Désormais, rien que de l’hiver / du froid et de l’eau / dehors 4. Lors de notre point téléphonique hebdomadaire,J. me recommande Les violences de Jakob Nolte. Je note. C’est calme. En librairie c’est calme. Ça ne bouge pas beaucoup. Ça ne frémit pas. L’eau dort. Nous non. C’est comme ça. La douleur d’hier se dissout mais aura comme bougé : j’ai fait une autre croix plusieurs centimètres plus bas, ça s’est enroulé vers l’extérieur du mollet. C’est bizarre. Et pointu. Dans le métro en allant retrouver Antonin Café des anges, et en en revenant, je serai confronté à trois métaphores différentes de cette journée sur terre : A) un jeune chien rechignant à avancer sur des escalators, la peur de voir sous son museau les marches se mouvoir, et interpelant au passage quelques êtres autour de lui qui le regardent (dont moi), B) un ado en survet entièrement emmitouflé sous un bonnet, dans une écharpe, de sorte que l’on ne peut saisir de son corps que ses yeux et rien d’autre (qui est-ce, un personnage de manga ?) et C) quelqu’un que l’on connait (précisément C.) qui lui ne nous a pas vu et qui s’éloigne dans le labyrinthe souterrain sous Bastille témoignant par son tumulte des pulsations d’une ville-monde, décidément pas tous les jours si nôtre. Démerde-toi pour trouver du sens à tout ça.

  • 220319

    23 avril 2019

    Souvent des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, un songe comme éclipsé de l’intérieur, c’était aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de l’épaisseur du trait lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien-être. Peut-être ça voulait tout simplement dire de garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, au même moment du jour ou du non-jour, était buccins, cauris et rhombes et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupture. C’est comme cet incroyable passage, dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase 5 Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard. Où a-t-on jamais lu quelque chose comme ça ? Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extirpe de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et sa structure plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

    Voix terne, visage morne :
    « J’ai demandé au vitrier de venir. Le vitrier n’a pas trouvé ma porte. Sur laquelle mon nom est inscrit. Il a cherché dans tout l’immeuble. On lui a dit que ce nom est inconnu. Il a envoyé un employé pour mettre un mot dans la boîte. Mais l’employé n’a pas trouvé la boîte 6. Il a demandé à différentes personnes. Aucune ne connaissait ce nom. Qui est inscrit sur ma boîte. Le vitrifier a envoyé un deuxième employé. Lequel a trouvé la boîte et la porte. Il a demandé « est-ce que vous recevez toujours bien le courrier ? » Il est venu avec moi examiner la fenêtre. Tout le monde. Dans la rue. Nous a vus. Il n’a rien fait. Il est parti. Ma fenêtre ne sera jamais réparée. Je l’ai remercié. Je lui ai dit « j’ai un autre vitrier ». Dans l’immeuble le quartier la ville, ils ont dit : « elle reçoit des hommes » . Survient le caïd. Ils lui disent » : « C’est une serveuse une femme comme ça elle bat la semelle ». Il m’a suivie. Arrêtée. Parlé. Attendue. Suivie. Parlé. Dépassée. Attendue. J’ai eu peur. Ils ont dit : « Si elle est comme ça on la fait foutre dehors on signe une pétition on va voir monsieur le commissaire on téléphone au proprio on porte plainte on ira au tribunal c’est un immeuble bourgeois on prend seulement les dames. » J’ai eu peur encore en arrivant à l’Université. Le doyen m’a convoquée. « Ils ont dit – a-t-il dit – que vous êtes une putain que vous vivez avec des hommes. Est-ce que votre traitement ne vous suffit pas ? Êtes-vous syndiquée ? En tout cas vous êtes révoquée. On ne peut pas vous confier l’éducation d’une précieuse jeunesse. Nous préférons la liberté de l’avortement a-t-il dit. Et les tracts sur la sexualité. Réellement on préfère ça. »
    Quand je suis rentrée le propriétaire m’attendait. « Ils ont dit que vous faites le trottoir et la rue que vous êtes une putain une femme facile une femme légère. Il y a des endroits pour les femmes comme vous. Et ce n’est pas ici. »

    Hélène Bessette, Histoire du chien, Othello / Attila, P. 155-156

    C’est aussi une compression temporelle assez remarquable car, pendant les 150 pages précédent ce passage, nous étions dans la saccade des vers, et même parfois dans l’éparpillement des phrases au sein même de ces vers, avec des points qui apparaissent en rythme pour aller contre la rythmique de la phrase, on a donc le sentiment de voir s’articuler un film en stop motion, une série de séquences composées d’images fixes (et on sait combien le mouvement peut naître de cette apparente somme de fixités). Le passage d’un temps (vers) à un autre (récit) ouvre des perspectives neuves : c’est comme si on accédait soudainement à une dimension supplémentaire (la troisième, c’est-à-dire celle de lier entre eux les éléments du récit précisément pour faire œuvre de narration construite). C’est la même chose dans cet arc de Hunter X Hunter, celui des chimera ants (fourmis-chimères). Non, en réalité, c’est le contraire, mais dans les opposés on peut se dire qu’on se retrouve. Nous sommes aux alentours du tome 25 / 27 il me semble. C’est l’assaut des héros sur le château des fourmis-chimères, qui a été préparé depuis plusieurs chapitres. Il prend complètement à rebours le principe même du shonen 7 d’action, qui veut que le rythme soit élevé, qu’il y ait du mouvement (art dans lequel un manga comme Dragon Ball excelle). Ici, l’assaut est mené au ralenti pendant plusieurs tomes, alors que dans le temps narratif, il ne s’écoule que quelques minutes, le tout nimbé d’une narration omniprésente, qui décrit quasiment chaque action, décrypte toutes les stratégies, met en lumière les simultanéités (une vidéo amateur propose d’ailleurs un montage en écran partagé du début de ces scènes en se basant sur l’animé de 2011, voir plus bas). Impensable dans ce type de récit. C’est un autre genre de retournement temporel qui entraine le lecteur à prendre conscience qu’il (ou elle) est désormais en dehors d’une certaine zone de confort (la sienne mais aussi celle du récit lui-même) et que la narration tout entière gagne en intensité. C’est un dispositif qui possède également une double fonction : répartir les personnages de façon efficace (et simultanée) sur l’échiquier du terrain qu’ils se sont fixé et retarder le plus possible le combat ultime que tout le monde attend (et dont tout le monde devine l’issue funeste), celui de Netero VS Meruem (suspens).

  • 110619

    11 juillet 2019

    J’ai dormi quelque chose comme quatre heures. J’arrêterai pas de me réveiller en me disant ton réveil ne va pas sonner, tu vas rater ton train pour Lourdes. Non. Antonin est là dans une file d’attente. C’est quoi cette nouvelle lubie qui fait dire bonne dégustation ! pour un café dans un hall de gare ? Pour moi, Lourdes n’est plus la ville de Bernadette Soubirou et des apparitions mais tout simplement la ville où travaille ma collègue J.. J’en suis venu à oublier la grotte et l’espèce de Disneyland catho qu’il y a tout autour. Là, on se croirait à Minas Tirith. Et tout est trop clean, trop net, c’est un décor de cinéma ici, ce n’est pas la vraie vie. Mais qu’est-ce que la vraie vie ? Ici, des gens qui font la queue pour passer dans la grotte dans l’espoir d’être miraculeusement guéri de quelque chose. C’est particulièrement vrai pour eux, je pense. Ne leur rendrait-on pas service en les guérissant de leurs envies d’être miraculeusement guéris ? Une basilique souterraine, carcasse d’une baleine échouée. La soirée à la librairie Le square, raison pour laquelle nous sommes là, est susceptible de recharger nos batteries pour mille ans. Première fois que je lirai Accident de personne en public et Antonin m’y aide (il lisait les fragments, moi les notes). Je crois que ça fonctionne. Sélectionné dans le train en venant des extraits que je pourrais facilement couper à l’irruption des notes. Avant ou après la rencontre, une lectrice qui a déjà lu Coup de tête me montre son exemplaire annoté avec soin, me fait la liste de tous les lieux qui figurent dans la première et la dernière partie du livre alors qu’ils ne seront jamais nommés (et elle ne se trompe pas). Après le repas au restaurant qui a suivi, mon tel resté bloqué en mode avion et l’heure est altérée, comme si nous étions tous restés figés dans le temps (et on ne guérit pas miraculeusement de ça).

  • 120619

    12 juillet 2019

    À en croire Antonin, le chemin qui mène au Petit Jer, ce n’est que 300m de dénivelé. C’est comme de monter la Tour Eiffel à pied et, on ne va pas se mentir, c’est un truc qui ne me viendrait pas à l’esprit. Là, je crois que tout ce qui retient mon attention, c’est que c’est dans les bois. Le point de vue dégagé sur la ville qu’on espère nous échappera : il faut rebrousser chemin et repasser à la librairie avant qu’elle ferme pour récupérer nos affaires, manger un truc quelque part, prendre notre train ; au fond, disparaître. Le fond du Square, justement est très impressionnant : quand j’étais étudiant, je me souviens que tu pouvais faire des découvertes littéraires fortes même sur des rayons aussi standardisés que ceux de la Fnac Saint-Etienne (qui était en centre-ville à l’époque, et qui a depuis déménagé pour s’installer dans une galerie marchande de supermarché, on en déduira ce qu’on veut), par exemple Rodrigo Fresàn au Passage du Nord Ouest. Aujourd’hui, je ne m’attends plus à faire ce genre de découvertes dans une majorité de librairies. Mais là oui. Et beaucoup. J’achète deux trucs étonnants, objets soignés, maquettes stylées (chez Magnani et Vies parallèles). Le TGV qui nous ramène à Paris s’immobilise un moment en gare de Puyoô, 142 habitants. J’ignorais même que cet endroit pouvait exister. Mais combien de choses au monde sont comme ça ?

  • 130619

    13 juillet 2019

    Toute la fatigue des derniers jours est retombée d’un coup sous la forme d’une lenteur à chaque geste et pensée. Passer un t-shirt, ça me prend vingt minutes. Tout est aqueux dehors, ce sont des fils plus ou moins blancs, j’ai le sentiment (les sentiments sont aussi faux que les peaux qui les couvrent) qu’on est resté à Lourdes beaucoup plus longtemps que ce que la réalité voudrait (nous faire) croire.

  • 140619

    14 juillet 2019

    Des gens parlent tout seul sur les trottoirs de Maison Alfort où je dépose Poulpir pour une opération à l’École vétérinaire. Il fait beau tôt. Une boîte à livres rouge qu’il n’y avait pas lorsque c’était le tour de Tartelette. À l’intérieur de cette boite, rien. Je veux dire, si bien sûr, des livres en quantités, mais moi j’ai rien à lire. En réalité, j’ai trop de choses à lire. Loin de cette rue, il y a une version de Canto Ostinato pour violoncelle, marimba, conga et guitare portugaise qui vaut le déplacement. Pourtant, moi, je suis fixe. Celle d’Inner Act est également très belle. Dommage qu’il n’y ait qu’un extrait du Nederlands Saxofoon Octet... Là, je l’écoutais aller venir. Quand soudain : et si j’écrivais un poème sur la coriandre ? Non. Ça vaut mieux pour tout le monde. Au lieu de dormir quarante minutes à treize heures pour oublier un peu ce que je fais sur cette terre, et paniquer quand je me rends compte que je n’en ai absolument aucune idée, j’ai briqué la salle de bain. Ça fait le job tout aussi bien (oublier un peu ce que je fais sur cette terre, et paniquer quand je me rends compte que je n’en ai absolument aucune idée), même si je n’ai jamais aimé le mot briquer. En fait, on vit dans un appartement trop grand. Moins de quarante mètres carré, comme ici, ça peut sembler petit. Mais si on vivait dans un appartement moins grand, on aurait moins de choses. On pourrait donc plus facilement se dire partons. On achèterait aussi moins de trucs, et fort logiquement on paierait un loyer plus réduit. On aurait également été dans l’obligation de faire s’entendre les bêtes, alors que là nous avons accepté l’idée que ça n’arrivera jamais. Et puis, peut-être qu’on aurait plus envie, cet appartement, de nous en échapper. Et je repense à Eff. Pourquoi ? Dans ce manuscrit qu’il m’a envoyé l’autre jour, Antonin écrit très bien sur le couple. La douceur pour reprendre un mot qui a été dit mardi soir à la librairie. Dans Eff, existe-t-elle ? Il me semble que oui, à un moment précis. Et puis, c’est comme tout la douceur, surtout dans une langue qui n’est jamais la nôtre, elle finit comme par se défaire de nous. Comme la clinique de Maisons-Alfort qui se défait de ses obligations et ne m’appelle pas comme convenu. Pourquoi ? Parce qu’ils ont appelé H. Message de lui : Poulpir est poulperéveillée. Elle sort demain. Ça m’autorise à relire le début d’Eff. C’est 156 chapitres numérotés, plus 22 non numérotés qui n’ont pas de place fixe. Le premier a été revu mille fois, il est sec comme rarement j’ai écrit des trucs secs (et c’est une bonne chose). Je crois qu’on peut dire qu’il est écrit en mode supraconductivité électrique. Mais y a un hic. C’est écrit depuis l’extérieur des personnages, une narration à la troisième personne. Tout le reste du roman (511 042 mots mine de rien) est écrit à la première personne, alternativement d’un personnage à l’autre (il y a deux personnages principaux qui parlent chacun dans la bouche de l’autre – je me comprends). Je crois que la langue est plutôt dans le premier chapitre qu’ailleurs. Ça voudrait dire tout réécrire ainsi ? Je réfléchis. Là, c’est le moment éclair où l’on se croise avec Lou, qui dormira ici cette nuit. J’écris on se croise, car cela fait 18 heures à présent que notre journée a commencé et la sienne à venir, demain, s’ouvrira dans moins de cinq.

  • 260619

    26 juillet 2019

    H. m’apprend qu’il existe un Saint-Thégonnec quelque part et il y a un écart de quinze degrés entre l’extérieur et l’intérieur de cette pharmacie. D’ordinaire, je n’y mets jamais les pieds car ils n’ont jamais rien (or donc pour savoir ça il faut un jour y avoir mis les pieds et ma phrase est conséquemment fausse). Et dans la brochette de trois pharmaciens derrière leur comptoir, tous debout (pourquoi ? qui a décrété ça, qu’ils devraient passer leur vie professionnelle debout ?), je choisis instinctivement celui qui ressemble le plus à Oli de Big Flo et Oli (à moins que ce soit le contraire ? j’ai dû vérifier pour m’assurer que c’était bien ça), ce qui est en soi une qualité dans la vie que j’attends rarement chez un pharmacien. Et ce pharmacien a eu l’air perturbé par le fait que le Zithromax que je voulais n’était pas pour une personne mais pour une bête, en l’occurrence Poulpir. Il a marqué un temps d’arrêt. Et puis il n’arrêtait pas d’y revenir. Je crois qu’en fait c’était la première fois qu’il devait rentrer dans l’ordinateur un médicament pour quelqu’un qui n’était pas quelqu’un mais quelque chose, enfin non, précisément pas quelque chose mais, donc, depuis que la loi l’a reconnu ainsi, un être sensible. Finalement, tout s’est bien passé, j’ai pu avoir mon Zithromax, qui est plutôt non pas le nom qu’on donnerait à un méchant dans une série de SF un peu cheap, comme on pourrait le croire, mais un truc qui sert en réalité à combattre l’infection de l’otite, et c’est vrai que les lapins ont souvent tendance à interloquer les gens, quand ils ne leur font tout simplement pas peur, comme ce type venu installer la fibre une fois. Mais là, devant celui qui ne s’appelait en réalité ni Oli, ni Poulpir, ni Thégonnec, ni Zithromax, je réalise qu’il y aurait une façon très simple d’opérer une drastique sélection dans Eff. Il suffirait de relire le tout hors écran et de recopier à la main les mots que j’entends sauver. À la main ! On serait dans un tweet, ce serait le moment choisi pour intégrer le smiley Le cri de Munch (et on peut dire que la communauté des smileys a trouvé son chef d’œuvre dans celui-là). Mais on n’est pas dans un tweet. Entre hier et aujourd’hui, j’ai sauvé 3199 mots sur 5557. Moins d’un sur deux, quoi. Mais ça ne fait rien. Il y a des trucs très forts. Maladroits mais, oui, forts. C’est quelque chose. Mais j’ai besoin de sortir pour que ce quelque chose retombe. Ou se déploie, je sais pas. Or moi, je ne prends jamais la rue de Charenton dans cette direction d’ordinaire. Pour quoi faire ? Il n’y a pas de fromager ou de boulangerie sympa de ce côté. À la place, il y a le Technicentre Sud-Est Européen et c’est le genre d’endroit où je me dirais, d’ordinaire, que derrière ce mur on s’attendrait à voir la mer. Mais là non. Je ne sais pas si ça à voir avec la canicule qui sévit depuis lundi, à la pollution qui est palpable à l’œil nu et au goût, ou au fait que j’écoute présentement Hildur Guðnadóttir, mais j’ai surtout l’impression que là, derrière ce mur, à la place du Technicentre Sud-Est Européen, donc, c’est la fin du monde. Même que si tu regardes à un endroit précis, à un moment donné, dans le soleil fondu tellement qu’il a crevé, comme un œuf pourrait-on dire, on peut voir ce qui reste de la tour Eiffel. C’est soudain. Ça ne dure pas. Puis, en continuant un peu, après m’être dit que j’étais le genre de mec à sourire plus volontiers aux chiens qu’aux gens, voilà le boulevard Poniatowski, que d’habitude moi je traverse beaucoup plus bas, du côté de la porte Doré, et je me dis ah oui, c’est donc ici qu’Ivan regarde passer les trains. Et dire que c’est à moins de quinze minutes à pied de chez moi et que je n’avais jamais vu ça... Ça ressemble à ces scènes dans Solaris ou Akira, un avant-goût du futur. Sur le pont, des foules de gens de tout horizon traversent pour s’éloigner de Paris. Ça ne s’arrête jamais. Sauf que contrairement à ce que je m’imaginais, de ce côté on ne sort pas de Paris, on s’y enfonce. C’est Bercy. Derrière moi, une voie désaffectée sur quoi des gens ont construit (ou détruit) des genres de bidonvilles et je comprends alors où je suis (et non plus quand).

  • 211019

    21 novembre 2019

    Relisant Les présents, le prochain roman d’Antonin Crenn, je me surprends à penser : en fait, je ne supporte pas le présent. C’est faux. Je me suis trompé dans ce flux de conscience. Ce qu’il fallait dire (mais alors je n’ai rien dit), c’est je ne supporte pas le futur. J’ai horreur de ça. Ne me parlez pas du futur. J’ai un mal fou à me projeter. Je préfère encore ne pas y penser. N’y être pas. Repenser au passé. Ressasser. Vivre dans le présent. Tâcher en tout cas (et échouer, et re-tâcher encore, et alors échouer mieux, enfin espérons). Ne pas regarder l’heure (ni mes comptes en banque). Être dans le flux. Regretter n’avoir pas dit telle ou telle chose (ou, au contraire, d’avoir dit telle ou telle chose). Imaginer des passés divergents. Faire œuvre de fiction, donc. Là, j’en suis à me dire : de toute façon, quand je pense au futur, j’ai toujours mal. Je n’ai pas mal d’y penser. Mais je pense que je vais avoir mal. Alors, tant qu’à faire, autant penser à autre chose, ou ne pas penser du tout. C’est moins douloureux. Là, si je n’ai plus mal au présent, c’est que j’ai pris un triptan dans le passé. C’était il y a quelques heures. Tout va mieux alors, si ce n’est les effets secondaires de ça (fatigue), sans compter ceux qui feront irruption dans le futur (douleur à l’œil et/ou aux yeux, sans oublier les nerfs afférents). Tout va bien. Sauf qu’à chaque fois que je prends un triptan, j’ai le sentiment d’être en échec. De ne pas me suffire à moi-même. Si j’étais un sportif de haut niveau, j’imagine que c’est précisément ce que je ressentirais après un shot d’EPO. S’injecte-t-on encore de l’EPO de nos jours ? Je pourrais voir les choses autrement : me focaliser sur les cinq semaines durant lesquelles je n’ai pas eu, de triptans, à en prendre. Colère, donc, puis dispersion de la colère. Et puis la douleur reflue jusqu’à disparaître totalement, ce qui est juste un moment très agréable dans une vie. Il faut quand même essayer de comprendre. Aujourd’hui n’est que la pointe d’un iceberg de huit jours. Ça naîtra un samedi, et c’est (un faux-pas) alimentaire. Derrière, se faire littéralement des rails de lueur, ça n’arrange rien. Saturation visuelle : ordinateur, liseuse rétro-éclairée, cinéma, etc. Ensuite, le mal être va croître et décroître (respirer somme toute) toute une semaine durant. En coupant les écrans un week-end (comment faire pour couper totalement les écrans en semaine ?), j’en suis sorti vivant dimanche. Vivant, c’est-à-dire indemne. Aujourd’hui : retour des écrans à outrance, rythme de sommeil altéré, il ne suffit que de ça pour que la pointe de l’iceberg émerge. C’est là, à proprement parler, que la douleur prend forme. Avant, elle était là sans y être. Quand on ignore comment ces énergies fonctionnent, comme ça a été mon cas ces quinze dernières années, comment fait-on pour relier dans le temps deux évènements distant de presque dix jours ? On ne peut pas. Et on n’y comprend rien. On finit donc assujetti non seulement à son présent, mais aussi au passé plus ou moins immédiat. Voilà pourquoi on en vient à se dire que la douleur sera toujours à l’orée de nous, dans un futur proche ou lointain. À moins, bien sûr, de pouvoir toujours tout contrôler en permanence. Mais qui peut vivre comme ça ?

  • 241019

    24 novembre 2019

    Un road movie. Quelqu’un traverse un pays en voiture ou en train. L’idée, c’est qu’il y ait des étapes. C’est tout ce qui importe. Un pays assez grand pour être traversé en plusieurs jours. C’est un voyage que cette personne fait chaque année. Le même trajet, les mêmes routes (ou la même ligne, dans le cas du train), les mêmes étapes. À chaque arrêt quelque part, elle échange avec les locaux (bars, hôtels, restaurants, divers lieux de vie). L’important, c’est que cette personne suive le même itinéraire, et s’en tienne aux mêmes étapes. Elle ne reste pas longtemps. Une nuit, une journée. Pas beaucoup plus. Elle en vient donc à fréquenter les mêmes personnes (et quelques nouvelles entre-temps), à des moments différents de leur vie. Ce serait des instantanés brefs, mais étirés sur une longue période. Où je vais avec cette idée ? Nulle part. Tout n’a pas besoin d’être écrit. Tout n’a pas besoin d’être concrétisé. C’est bien, aussi, d’avoir des idées sans lendemain. Je crois que le journal est aussi un lieu pour les consigner. On se dit, regardant certains films, qu’ils sont eux aussi construits sur des idées sans lendemain. Des scénarios somme toute assez creux. C’est le cas de ce nouveau Terminator, et au fond on se retrouve là dans la salle à se dire sensiblement la même chose que regardant les nouveaux Star Wars : d’accord, on est content de voir revenir des personnages (et, derrière le masque de ces personnages, des acteurs) d’il y a plus de trente ans, et sans doute que le temps passe assez bien, pendant (ce qui semble être au fond la seule chose qui animent les producteurs de ce genre de blockbusters). Mais se souviendra-t-on du film dans trois mois ? Trois semaines, même ! Si c’était pour refaire le même film, pourquoi ne pas plutôt retourner voir l’original ? Quand on y pense, s’agissant de la franchise Terminator, c’était déjà le cas du film précédent (qui s’en souvient ?), et de celui précédant le précédent (idem), et de celui qui l’a précédé encore (même chose aussi). Ces idées, celles sans lendemain, me viennent souvent. Il faut savoir, parfois, les laisser à la porte. D’autres fois, on l’entrouvre et alors, qui sait ce qui pourrait s’immiscer ? Par exemple, relisant Les présents, je me dis que j’aimerais assez un jour faire des recherches sur rien. Qu’on me comprenne. Pas sur rien. Mais sur quelque chose de tout à fait hasardeux et étranger à moi-même. Le destin d’une personne par exemple, qu’on pourrait suivre, dans le passé, d’un registre à l’autre, non, d’une écriture à l’autre. N’est-ce pas la meilleure façon de se passionner pour quelque chose, choisir un prétexte ? Je pourrais tout aussi bien faire des recherches sur ma propre famille, comme c’est le cas vis à vis du héros des Présents. Mais il se trouve que, par une conjonction de hasards généalogiques, ces recherches ont déjà été effectuées dans les deux branches de mes ancêtres. Quelle idée donc de les refaire ? Et pour quel résultat ? Peut-être vaut-il mieux se chercher des ancêtres chez des quidams qui n’ont absolument aucun gramme d’ADN en commun avec nous, et qui ne nous parlent en rien, sinon peut-être qu’ils sont nos frères et sœurs humains aux portes de l’histoire. Quelque part, c’est déjà suffisamment vertigineux comme ça.

  • 071119

    9 décembre 2019

    Il ne faut pas le dire à Antonin, mais en me rendant à la soirée qui l’a vu revenir sur les lieux de son roman L’épaisseur du trait, à la Bibliothèque St-Éloi, à quelques minutes à pied d’ici à peine, je me suis perdu. J’ai pourtant fait, avant, ce que fait Antonin quand il écrit un livre (du moins, un livre comme L’épaisseur du trait). J’ai visualisé le plan, même si en l’occurrence il s’agit de sa représentation immatérielle sur un réseau de cartographie en ligne bien connu (et qui n’est pas le mal, mais un peu quand même). Sur le plan, c’est-à-dire dans l’écran, l’itinéraire le plus court me faisait traverser le square St-Éloi, ce qui était juste parfait quand on y pense : une partie du roman s’y déroule directement (alors que dans la bibliothèque, non). J’ai donc pris cette rue perpendiculaire à la rue de Charenton que je n’avais jusqu’alors jamais remarquée, et qui n’est pas une rue mais une cité, pour finalement buter sur une porte close (enfin, une grille). Bien sûr, à cette heure-là du jour, c’est-à-dire de la nuit, en cette saison, le square est fermé. Je ne verrai donc pas la baleine, dont Antonin racontera qu’elle n’est pas, dans le roman, identique à celle qu’on peut trouver dans la réalité. Ensuite, cherchant à retrouver la rue de Reuilly (ou est-ce le boulevard, je ne sais jamais), je me suis vaguement perdu, comprendre que j’ai erré le nez sur la représentation en deux dimensions de l’espace, sur l’écran d’un téléphone de poche cette fois, avant de retrouver mon chemin, jusqu’à me perdre à nouveau : la bibliothèque était fermée (ce n’était pas la bibliothèque, où par ailleurs je me suis souvenu être déjà passé il y a quelques années pour y déposer des affiches, c’était l’église). Bref, si j’ai finalement pu arriver à bon port, ce n’est certainement pas grâce à mes talents d’orientation dans l’espace (et/ou dans le plan) : c’est que la ville elle-même s’est ouverte à ce que je retrouve ma voie.

  • 060320

    6 avril 2020

    Traverser le marché en pleine période électorale, c’est s’exposer à croiser (frôler même) des candidats médiatiques. On reconnait les candidats médiatiques à leur aréopage. Ici, un mec de la sécurité, oreillette dans l’oreille comme dans les films, mais blanche, l’oreillette, et non noire, qui fait courageusement barrage de son corps au feu rouge (qui est vert) pour que le candidat médiatique, qui évolue dans d’autres sphères que les nôtres, illuminé sans doute par le mirage de son élection à venir, traverse n’importe comment la rue sans attendre que le feu vire au bon coloris. Je ne sais pas si ce candidat médiatique sera ou non élu, et où, et quand. J’en suis à poster des livres et à acheter du saumon. Tout le reste, c’est de la science-fiction. Frôlant ce candidat médiatique, je ne me dis pas : je vais voter pour lui (ou elle), je ne me dis même pas je vais voter pour quiconque, je me dis : il n’y a rien de mieux dans la vie que d’avoir une poêle neuve. Rien n’accroche plus. Ça cuit plus vite. On perd moins de temps à nettoyer. C’est super. Ou alors je me dis : les poires que j’ai achetées avant-hier étaient trop mûres, certaines sont désormais à la limite du pourissement. Il convient donc de leur retirer les parties mollies, ou douteuses, pour manger le reste et ne rien gaspiller. Mais on ne peut pas faire ça avec le candidat médiatique (ni même, du reste, aucun candidat tout court) : ni renouveler le revêtement anti-adhésif pour que ça cesse d’accrocher, ni expurger les parties blettes pour que ça ne nous retourne pas le ventre. On est forcé de se contenter de ce qu’on nous offre (ou pas). Là, on m’offre un livre, deux même, c’est Antonin et ses fanzines porno comme il dit. Dans le sien, La lande d’Airou, on peut lire la phrase suivante : J’ai du mal à concevoir que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets, et c’est précisément ce que je suis en train de me dire, pour sortir d’une période idyllique de dix jours non seulement sans douleur, mais sans périphérie d’elle, sans rien en définitive, juste être bien. Mais les dix jours sont semble-t-il une fatalité, et là, je suis triste. Je ne suis pas triste d’être mal (ou d’avoir), je suis triste comme effet secondaire. Nous parlons. Je ne sais pas où je vais quand je parle. Je dis des trucs contradictoires. Je dis des trucs. La lande d’Airou, c’est très lui. C’est un fantastique doux, un fantasme de la tendresse, à la fois cru et cuit par le soleil. Des fois, la douceur est dans l’ocre, et on peut lire ceci, que j’ai corné : Puis, il frotte une fois, deux fois, le pantalon sur ses cuisses, et tandis que la toile effleure la rondeur qui attend sous sa braguette, moi c’est toute mon âme qui s’échauffe au frottement de la sienne, et j’ai peur de brûler. Il me faut de la glace. C’est ce que je fais une fois rentré, une fois le soleil loin, dans un dos, peut-être ou pas le mien : je me mets de la glace et ça fond.

  • 230520

    23 juin 2020

    Pour finir deux paquets de pâtes, j’en ai ouvert un troisième. 100g répartis comme suit : un tiers de pâtes de pois chiches, un tiers de pâtes de riz-maïs et un tiers de pâtes de lentilles. Ok elles ne cuisent pas à la même vitesse et elles moussent, mais arrosées d’un peu d’huile d’olive, servies avec une tomate, du thon, du poivre (pas de sel, le thon est déjà assez salé de base) et un peu de tabasco, tu ne sens le goût ni du pois chiche, qui est fort, ni des lentilles, qui est lourd. C’est juste un sympathique plat de pâtes. C’est juste une feuille de papier qui explique les conditions d’utilisation d’un masque barrière, il est dit : lavage en machine (...) de 30 minutes à une température de 60° (mais qui va faire tourner une machine simplement pour un, deux, masques ?), un séchage mécanique dans un délai inférieur à deux heures, les masques ne doivent pas sécher à l’air libre (ils sécheront à l’air libre). Bien sûr, tout cela est absurde. Comme, probablement, c’est absurde d’avoir travaillé un mois durant le texte d’une nouvelle pour me rendre compte à présent que ça ne fonctionne pas comme je l’aurais souhaité. Je veux dire : ça fonctionne peut-être, mais pas dans la direction prévue à la base. Et je me trouve plus happé par l’énergie narrative qui s’en dégage que par l’énergie du désir. Je reprends néanmoins chaque passage, et de fait, les retours et remarques d’Antonin (qui après m’avoir subi deux fois dans l’espace de commentaire de ses deux romans pendant leur travail éditorial inverse les rôles) sont très fins, très justes, et proposent les bonnes solutions pour éclaircir les zones d’ombre. Le truc, c’est que le travail que je fais aujourd’hui (réécrire certains passages, simplifier ce qui peut l’être), je l’ai déjà fait hier soir. Le fichier odt, corrompu, ne pouvait plus s’ouvrir. Alors, aujourd’hui, après l’avoir converti X fois, je l’explose en plein de petits fichiers xml et c’est depuis l’un de ces fichiers xml que je reporte une à une mes corrections de la veille au lendemain. Je ne sais pas dans quelle mesure ça a joué, mais enfin via deux outils très différents, c’est la deuxième fois en quinze jours que je perds deux heures de travail sur ce texte. C’est peut-être un signe ? Le signe, c’est que la temporalité n’est pas bonne ; il faudrait urgemment le laisser végéter quelque part. L’oublier.

  • 290620

    29 juillet 2020

    Il est toujours un équilibre. Souvent, l’équilibre t’échappe. Suite à une erreur d’agenda à la clinique, j’amène Poulpir un jour trop tôt pour son opération. C’est agaçant pour elle, c’est agaçant pour moi, d’autant que c’est à l’aube. Je dépose de vieux dictionnaires de médecine (jadis j’aurai la passion de collectionner de vieux dictionnaires de médecine) dans la boite à livres qu’il y a là, à Maison Aflort, dans une sorte de cabine téléphonique ayant l’air anglaise bien que ne l’étant pas. Ici, l’équilibre est sans doute : je ne me déplacerai pas pour rien. Peut-être aussi que si Poulpir avait été opérée aujourd’hui, elle serait morte de ça : non de l’opération mais du déséquilibre. Je fais très attention à ne pas : à ne pas me déséquilibrer. Je me pose la question des carottes, et je me pose la question des choix. Je n’ai pas besoin de me poser la question du silence. Je me souviens simplement qu’il faut tenir cette ligne de crête en soi : taire les pensées pour avancer en équilibre sur la seule ligne du silence. Paradoxalement ou pas, cette ligne est sonore. C’est le bruit blanc. C’est ce que j’appelle, dans Eff, qui a bien des leçons de vie à m’apporter si je me donnais tout simplement la peine de finir de le relire, l’effervescence. C’en est le titre, et le sujet. La clé. Pour reprendre Eff, j’ai besoin de lire le bon livre 8 (Bolaño m’a déporté vers Bajir hier ; il y a un an Les présents m’avait poussé vers Eff) et du bon outil. L’outil lui se dessine : Standard Notes, dans sa version payante. C’est anecdotique. Ce qui n’est pas anecdotique : j’ai encore quelques livres à donner dans cette boîte à livres, et mes allées et venues vers et depuis Maison Alfort pour les bêtes m’y aideront. Nous essayons de réduire le plus possible notre volume de choses à déménager, ce qui peut sembler censé. Le paradoxe est pourtant le suivant : une fois que nous serons arrivés là où nous arriverons, quel que soit cet endroit, et peu importe le moment choisi pour le faire, nous aurons donc le moins de choses possibles avec nous. Et nous entrerons dans un logement peut-être deux, trois fois plus grand que ce petit appartement de la rue T. Après avoir couru après l’espace, nous n’aurons donc plus assez de choses pour l’emplir. On entendra parfaitement, du moins je l’espère, notre ligne de crête. Le silence. Ou du moins son écho. L’effervescence de lui. Ça. L’équilibre.

  • 200720

    20 août 2020

    L. m’offrira des muffins au Nutella ainsi qu’un chiotte en acrylique volé à la BNF. C’était écrit dessus, Propriété de la BNF ce qui est, au fond, hautement suspicieux : je ne crois pas L. susceptible de voler un bloc WC pour l’offrir à un tiers, je ne crois pas que la BNF ait fait écrire sur ses chiottes qu’ils étaient la propriété d’elle, et je ne crois pas non plus avoir pu lire un message disant textuellement Propriété de la BNF à cause de la loi psychique qui veut qu’on ne soit pas capable de lire réellement quoi que ce soit dans un rêve. En revanche, on peut interpréter un message et c’est ce que j’ai fait. C’est ce que nous faisons tous : puisque depuis le début de l’année grosso modo la vérité a pris la forme d’une courbe (n’importe quelle courbe), avec l’évolution des nouveaux cas de covid, l’évolution de la mortalité, l’évolution des entrées (et sorties) en réanimation, nous passons notre temps à prendre pour argent comptant n’importe quelle courbe que nous voyons passer, où que ce soit, quel qu’en soit l’émetteur, peu importe qui la propulse ou la relaye. Une courbe est en soi suffisante à nous faire comprendre : voilà la réalité brute. Or pas du tout. On pourrait écrire : Une courbe est une courbe est une courbe. Je suis bien mal placé pour faire la leçon quant à celles et ceux qui passent leur temps à consulter, relayer, qui sait produire ces courbes. Des courbes, j’en dessine sur mon temps libre depuis des semaines. Sept à ce jour, synthétisant l’évolution de la douleur le long de crises. Ce que j’en conclus lorsque je les étudie ? Que la forme que prend la douleur est toujours la même : une première vague suivie au moins d’une deuxième, une décroissance hachée mais progressive, des moments clés d’à-pic (la nuit, le levé) ou de déréliction (après un repas). Mais aussi que la forme que prend la douleur n’est jamais la même : chaque crise à son profil qui lui est propre. Voilà ce qu’est au fond la vérité quand elle sait déferler sur nous : tout est dans tout, et rien n’a de sens. Sauf peut-être ceci : Antonin, qui m’a montré un brouillon de couverture vendredi, va bientôt maquetter VV, qui s’intitule en réalité Vers Velvet. Je valide les dernières modifications. J’en commets une ou deux autres. J’envoie.

  • 260920

    26 octobre 2020

    Antonin me disait : si tu n’habites plus ici, pourquoi tu donnes encore rendez-vous au Prosper ? C’est une vraie question. Initialement, car il me fallait repasser rue T. pour régler quelque chose (que, finalement, je ne réglerai pas). Ensuite, ce sera la tournée de tout ce que je connais : Atout livre (Mishima). La place Félix Éboué (il y a un Felix Éboué aussi sur ma ligne de bus à Rennes, peu après une inscription de rue qui ressemble à un collage féministe et dont je ne suis pas réellement sûr de comprendre ce qu’elle dit : Planète ou pas je te crois ? / Plante ou pas je te crois ? / Plainte ou pas je te crois ? c’est la dernière bien sûr mais, ensemble, notées dans un carnet par exemple, il faut le dire, ça fait poème). La rue de Reuilly (mais pas assez longtemps pour tomber sur la cour St-Éloi). La rue de la gare de Reuilly (qui n’est pas exactement la même, perpendiculaire à l’autre pour commencer). La rue de Picpus (longer l’hôpital Rothschild). La rue Fabre d’Églantine (rien à dire sur la rue Fabre d’Églantine). Puis la place de la Nation et, donc, chez Prosper. Chez Prosper n’est pas un lieu si sympathique que ça. C’est le fait d’y avoir été avec d’autres, dont T., qui est là en face de moi aujourd’hui, qui le rend sympathique. Non pas Prosper en personne (j’ignore qui est Prosper) mais chez. Je n’ai pas nécessairement de nostalgie à refaire ce trajet que j’ai fait mille fois. Mais passer sur la 6 sur le pont de Bercy, voir la Seine, le jardin de Bercy, la BNF, comme Théo dans Les présents mais avec un autre pincement au cœur que lui, oui. Je n’y ai pas vécu pourtant. Sauf que si, j’y ai vécu.

  • 270321

    27 avril 2021

    Dans Coup de tête, le narrateur est en quête d’une main qu’il a perdue ; et dans Le loup d’un œil. Ce n’est pas la même personne (encore que). Ça doit sans doute vouloir dire quelque chose (mais au fond ça ne me concerne pas beaucoup de chercher à en savoir plus là-dessus). Thé au caviar au goût passé. Passer son samedi après-midi à Chantepie en quête d’un furet. Les cendres du temps : « Qu’y a-t-il après ce désert ? — Un autre désert. » Au courrier, la saison trois des Histoires pédées 9 arrive en même temps qu’un appel au don de la paroisse pour l’Association diocésaine de Rennes, Dol et Saint-Malo. Un autre message publicitaire m’apprend la chose suivante : Contrairement aux clichés, les croyants n’ont pas plus de problèmes avec le sexe que les personnes non croyantes. Quant à l’enveloppe, voici le slogan que littéralement elle véhicule : Un don, votre histoire ! De sorte que c’est encore une histoire d’histoires.


  • ↑ 1 Il y a eu deux signes avant-coureur que j’aurais pu voir venir : l’absence totale de stress cette semaine avant la lecture (c’était en soi bizarre) et peut-être une heure avant d’arriver à Paris j’ai cassé l’élastique du porte-bonheur d’Asakusa et là, à ce moment précis, ma chance a tourné.

    ↑ 2 En réalité non, je n’ai tiré qu’une carte que j’aurais préféré éviter tirer et c’est probablement celle qui a le mieux fonctionné avec le public.

    ↑ 3 En réalité là encore, c’est faux, puisque je l’ai réécrite quelques jours en amont pour éviter de me retrouver précisément le bec dans l’eau.

    ↑ 4 Dans « Temps mort presque », Entre in Caisse claire, Points, P. 127.

    ↑ 5 Nous sommes page 131.

    ↑ 6 Cette histoire de boîte aux lettres se télescope avec une autre histoire de boîte aux lettres au début de Éléphantesque, de Marie Cosnay : ...je trouve l’avis de passage du facteur qui est une factrice, elle a écrit dans l’encadré info facteur : « la serrure de la boîte aux lettres n’ouvre pas la boîte aux lettres ».

    ↑ 7 Manga pour garçon (sic).

    ↑ 8 Encore que, ça peut très bien n’être pas un livre : par exemple, là je me dirai que Eff pourrait tout entier tenir dans la voix désabusée de celui qui chante, dans « The Prettiest Star », et je parle ici de la version accompagnée à la guitare par Marc Bolan, pas de celle qu’on trouve dans l’album, les vers One day, though it might as well be someday / You and I will rise up all the way / All because of what you are / The prettiest star... La mélancolie à l’état pur.

    ↑ 9 Découvrir alors que dans Homme à lunettes, les corps décrits ne sont pas beaux parce qu’ils sont beaux mais précisément parce qu’ils ne répondent pas nécessairement aux canons de beauté générale, ils sont donc touchants, émouvants, normaux quelque part de ne pas être banalement beaux comme on voudrait qu’ils le soient. De sorte que n’étant pas beaux, ils deviennent beaux.