220319


Souvent des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, un songe comme éclipsé de l’intérieur, c’était aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de l’épaisseur du trait lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien-être. Peut-être ça voulait tout simplement dire de garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, au même moment du jour ou du non-jour, était buccins, cauris et rhombes et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupture. C’est comme cet incroyable passage, dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase [1] Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard. Où a-t-on jamais lu quelque chose comme ça ? Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extirpe de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et sa structure plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

Voix terne, visage morne :
« J’ai demandé au vitrier de venir. Le vitrier n’a pas trouvé ma porte. Sur laquelle mon nom est inscrit. Il a cherché dans tout l’immeuble. On lui a dit que ce nom est inconnu. Il a envoyé un employé pour mettre un mot dans la boîte. Mais l’employé n’a pas trouvé la boîte [2]. Il a demandé à différentes personnes. Aucune ne connaissait ce nom. Qui est inscrit sur ma boîte. Le vitrifier a envoyé un deuxième employé. Lequel a trouvé la boîte et la porte. Il a demandé « est-ce que vous recevez toujours bien le courrier ? » Il est venu avec moi examiner la fenêtre. Tout le monde. Dans la rue. Nous a vus. Il n’a rien fait. Il est parti. Ma fenêtre ne sera jamais réparée. Je l’ai remercié. Je lui ai dit « j’ai un autre vitrier ». Dans l’immeuble le quartier la ville, ils ont dit : « elle reçoit des hommes » . Survient le caïd. Ils lui disent » : « C’est une serveuse une femme comme ça elle bat la semelle ». Il m’a suivie. Arrêtée. Parlé. Attendue. Suivie. Parlé. Dépassée. Attendue. J’ai eu peur. Ils ont dit : « Si elle est comme ça on la fait foutre dehors on signe une pétition on va voir monsieur le commissaire on téléphone au proprio on porte plainte on ira au tribunal c’est un immeuble bourgeois on prend seulement les dames. » J’ai eu peur encore en arrivant à l’Université. Le doyen m’a convoquée. « Ils ont dit – a-t-il dit – que vous êtes une putain que vous vivez avec des hommes. Est-ce que votre traitement ne vous suffit pas ? Êtes-vous syndiquée ? En tout cas vous êtes révoquée. On ne peut pas vous confier l’éducation d’une précieuse jeunesse. Nous préférons la liberté de l’avortement a-t-il dit. Et les tracts sur la sexualité. Réellement on préfère ça. »
Quand je suis rentrée le propriétaire m’attendait. « Ils ont dit que vous faites le trottoir et la rue que vous êtes une putain une femme facile une femme légère. Il y a des endroits pour les femmes comme vous. Et ce n’est pas ici. »

Hélène Bessette, Histoire du chien, Othello / Attila, P. 155-156

C’est aussi une compression temporelle assez remarquable car, pendant les 150 pages précédent ce passage, nous étions dans la saccade des vers, et même parfois dans l’éparpillement des phrases au sein même de ces vers, avec des points qui apparaissent en rythme pour aller contre la rythmique de la phrase, on a donc le sentiment de voir s’articuler un film en stop motion, une série de séquences composées d’images fixes (et on sait combien le mouvement peut naître de cette apparente somme de fixités). Le passage d’un temps (vers) à un autre (récit) ouvre des perspectives neuves : c’est comme si on accédait soudainement à une dimension supplémentaire (la troisième, c’est-à-dire celle de lier entre eux les éléments du récit précisément pour faire œuvre de narration construite). C’est la même chose dans cet arc de Hunter X Hunter, celui des chimera ants (fourmis-chimères). Non, en réalité, c’est le contraire, mais dans les opposés on peut se dire qu’on se retrouve. Nous sommes aux alentours du tome 25 / 27 il me semble. C’est l’assaut des héros sur le château des fourmis-chimères, qui a été préparé depuis plusieurs chapitres. Il prend complètement à rebours le principe même du shonen [3] d’action, qui veut que le rythme soit élevé, qu’il y ait du mouvement (art dans lequel un manga comme Dragon Ball excelle). Ici, l’assaut est mené au ralenti pendant plusieurs tomes, alors que dans le temps narratif, il ne s’écoule que quelques minutes, le tout nimbé d’une narration omniprésente, qui décrit quasiment chaque action, décrypte toutes les stratégies, met en lumière les simultanéités (une vidéo amateur propose d’ailleurs un montage en écran partagé du début de ces scènes en se basant sur l’animé de 2011, voir plus bas). Impensable dans ce type de récit. C’est un autre genre de retournement temporel qui entraine le lecteur à prendre conscience qu’il (ou elle) est désormais en dehors d’une certaine zone de confort (la sienne mais aussi celle du récit lui-même) et que la narration tout entière gagne en intensité. C’est un dispositif qui possède également une double fonction : répartir les personnages de façon efficace (et simultanée) sur l’échiquier du terrain qu’ils se sont fixé et retarder le plus possible le combat ultime que tout le monde attend (et dont tout le monde devine l’issue funeste), celui de Netero VS Meruem (suspens).

23 avril 2019
par Guillaume Vissac
Journal
#Antonin Crenn #Dragon Ball #Hélène Bessette #Hunter X Hunter #James Joyce #Marie Cosnay

[1Nous sommes page 131.

[2Cette histoire de boîte aux lettres se télescope avec une autre histoire de boîte aux lettres au début de Éléphantesque, de Marie Cosnay : ...je trouve l’avis de passage du facteur qui est une factrice, elle a écrit dans l’encadré info facteur : « la serrure de la boîte aux lettres n’ouvre pas la boîte aux lettres ».

[3Manga pour garçon (sic).

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220319, version 11 (23 avril 2019)

Souvent Il m’arrive souvent d’avoir des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, un songe comme éclipsé de l’intérieur, c’était aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de [l’épaisseur l’épaisseur du trait->https://www trait lorsqu’il ( ou elle ) colorie quelque chose .publie.net/livre/lepaisseur-du-trait-antonin-crenn/] lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était pas ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien-être. Peut-être ça voulait tout simplement dire de garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, au même moment du jour ou du non-jour, était [buccins buccins , cauris et rhombes et rhombes->http://www ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux .fuirestunepulsion.net/ulysse/spip.php ?article475] et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupture. C’est comme cet incroyable passage, dans [Histoire du chien->http://www.lenouvelattila.fr/histoire-du-chien/] C’est comme cet incroyable passage , dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase [1] Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard. Où a-t-on jamais lu quelque chose comme ça ? Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extirpe s’extrait de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et sa structure plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

[1Nous sommes page 131.

James Joyce, Marie Cosnay, Dragon Ball, Hélène Bessette, Antonin Crenn, Hunter X Hunter

220319, version 10 (18 avril 2019)

Il m’arrive souvent d’avoir des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, un songe comme éclipsé de l’intérieur, c’était aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de l’épaisseur du trait lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était pas ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien-être bien être . Peut-être ça voulait tout simplement dire de ne garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, au même moment du jour ou du non-jour, était buccins, cauris et rhombes et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupture. C’est comme cet incroyable passage, dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase [2] Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard. Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extrait de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et sa structure plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

[2Nous sommes page 131.

220319, version 9 (26 mars 2019)

C’est aussi une compression temporelle assez remarquable car, pendant les 150 pages précédent ce passage, nous étions dans la saccade des vers, et même parfois dans l’éparpillement des phrases au sein même des vers, avec des points qui apparaissent en rythme pour aller contre la rythmique de la phrase, on a donc le sentiment de voir s’articuler un film en stop motion, une série de séquences composées d’images fixe (et on sait combien le mouvement peut naître de cette apparente somme de fixités). Le passage d’un temps (vers) à un autre (récit) ouvre des perspectives insondées : c’est comme si on accédait soudainement à une dimension supplémentaire (la troisième, c’est-à-dire celle de lier entre eux les éléments du récit précisément pour faire œuvre de narration construite). C’est la même chose dans cet arc de Hunter X Hunter, celui des chimera ants (fourmis-chimères). Non, en réalité, c’est le contraire, mais dans les contraires partagés on conviendra que le principe est fondamentalement identique. Nous sommes aux alentours du tome 25 et jusqu’au 27 (28 ? vérifier). C’est l’assaut des héros sur le château des fourmis-chimères, qui a été préparé depuis plusieurs chapitres. Il prend complètement à rebours le principe même du shonen [3] d’action, qui veut que le rythme soit élevé, qu’il y ait du mouvement (art dans lequel un manga comme Dragon Ball excelle). Ici, l’assaut est mené au ralenti pendant plusieurs tomes, alors que dans le temps narratif, il ne s’écoule que quelques minutes, le tout nimbé d’une narration omniprésente, qui décrit quasiment chaque action, décrypte toutes les stratégies, met mets en lumière les simultanéités ( une vidéo amateur propose d’ailleurs un montage en écran partagé du début de ces scènes en se basant sur l’animé de 2011 , voir plus bas ). . Impensable dans ce type de récit. C’est un autre genre de retournement temporel qui entraine le lecteur à prendre conscience qu’il (ou elle) est désormais en dehors d’une certaine zone de confort (la sienne et/ou celle du récit) et que la narration toute entière gagne en intensité. C’est un dispositif qui possède également une double fonction : répartir les personnages de façon efficace (et simultanée) sur l’échiquier du terrain qu’ils se sont fixé et retarder le plus possible le combat ultime que tout le monde attend (et dont tout le monde devine l’issue funeste), celui de Netero VS Meruem (suspens). C’est plutôt bien joué.

[3Manga pour garçon (sic).

220319, version 8 (23 mars 2019)

C’est aussi une compression temporelle assez remarquable car, pendant les 150 pages précédent ce passage, nous étions dans la saccade des vers, et même parfois dans l’éparpillement des phrases au sein même des vers, avec des points qui apparaissent en rythme pour aller contre la rythmique de la phrase, on a donc le sentiment de voir s’articuler un film en stop motion, une série de séquences composées d’images fixe (et on sait combien le mouvement peut naître de cette apparente somme de fixités). Le passage d’un temps (vers) à un autre (récit) ouvre des perspectives insondées : c’est comme si on accédait soudainement à une dimension supplémentaire (la troisième, c’est-à-dire celle de lier entre eux les éléments du récit précisément pour faire œuvre de narration construite). C’est la même chose dans cet arc de Hunter X Hunter, celui des chimera ants (fourmis-chimères). Non, en réalité, c’est le contraire, mais dans les contraires partagés on conviendra que le principe est fondamentalement identique. Nous sommes aux alentours du tome 25 et jusqu’au 27 (28 ? vérifier). C’est l’assaut des héros sur le château des fourmis-chimères, qui a été préparé depuis plusieurs chapitres. Il prend complètement à rebours le principe même du shonen [4] d’action, qui veut que le rythme soit élevé, qu’il y ait du mouvement (art dans lequel un manga comme Dragon Ball excelle). Ici, l’assaut est mené au ralenti pendant plusieurs tomes, alors que dans le temps narratif, il ne s’écoule que quelques minutes, le tout nimbé d’une narration omniprésente, qui décrit quasiment chaque action, décrypte toutes les stratégies, mets en lumière les simultanéités. Impensable dans ce type de récit. C’est un autre genre de retournement temporel qui entraine le lecteur à prendre conscience qu’il (ou elle) est désormais en dehors d’une certaine zone de confort (la sienne et/ou celle du récit) et que la narration toute entière gagne en intensité. C’est un dispositif qui possède également une double fonction : répartir les personnages de façon efficace (et simultanée) sur l’échiquier du terrain qu’ils se sont fixé et retarder le plus possible le combat ultime que tout le monde attend (et dont tout le monde devine l’issue funeste), celui de Netero VS Meruem (suspens). C’est plutôt bien joué.

[4Manga pour garçon (sic).

220319, version 7 (23 mars 2019)

jpg/17.jpg
Il m’arrive souvent d’avoir des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, un songe comme éclipsé de l’intérieur , c’était la phrase aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de l’épaisseur du trait lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était pas ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien être. Peut-être que ça voulait tout simplement dire de ne garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, au même moment du jour ou du non-jour le matin là-encore , était buccins, cauris et rhombes et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupturepourrait-on dire . C’est comme cet incroyable passage, dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase [5] Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard.(donc), etc. Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extrait de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et sa structure plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

[5Nous sommes page 131.

220319, version 6 (22 mars 2019)

« J’ai demandé au vitrier de venir. Le vitrier n’a pas trouvé ma porte. Sur laquelle mon nom est inscrit. Il a cherché dans tout l’immeuble. On lui a dit que ce nom est inconnu. Il a envoyé un employé pour mettre un mot dans la boîte. Mais l’employé n’a pas trouvé la boîte [6]. Il a demandé à différentes personnes. Aucune ne connaissait ce nom. Qui est inscrit sur ma boîte. Le vitrifier a envoyé un deuxième employé. Lequel a trouvé la boîte et la porte. Il a demandé « est-ce que vous recevez toujours bien le courrier ? » Il est venu avec moi examiner la fenêtre. Tout le monde. Dans la rue. Nous a vus. Il n’a rien fait. Il est parti. Ma fenêtre ne sera jamais réparée. Je l’ai remercié. Je lui ai dit « j’ai un autre vitrier ». Dans l’immeuble le quartier la ville, ils ont dit : « elle reçoit des hommes » . Survient le caïd.Ils lui disent » : « C’est une serveuse une femme comme ça elle bat la semelle ». Il m’a suivie. Arrêtée. Parlé. Attendue. Suivie. Parlé. Dépassée. Attendue. J’ai eu peur. Ils ont dit : « Si elle est comme ça on la fait foutre dehors on signe une pétition on va voir monsieur le commissaire on téléphone au proprio on porte plainte on ira au tribunal c’est un immeuble bourgeois on prend seulement les dames. » J’ai eu peur encore en arrivant à l’Université. Le doyen m’a convoquée. « Ils ont dit – a-t-il dit – que vous êtes une putain que vous vivez avec des hommes. Est-ce que votre traitement ne vous suffit pas ? Êtes-vous syndiquée ? En tout cas vous êtes révoquée. On ne peut pas vous confier l’éducation d’une précieuse jeunesse. Nous préférons la liberté de l’avortement a-t-il dit. Et les tracts sur la sexualité. Réellement on préfère ça. »

[6Cette histoire de boîte aux lettres se télescope avec une autre histoire de boîte aux lettres au début de Éléphantesque , de Marie Cosnay  : ... . je trouve l’avis de passage du facteur qui est une factrice, elle a écrit dans l’encadré info facteur : « la serrure de la boîte aux lettres n’ouvre pas la boîte aux lettres ».

220319, version 5 (22 mars 2019)

<blockquote>

Voix terne, visage morne :

Quand je suis rentrée le propriétaire m’attendait. « Ils ont dit que vous faites le trottoir et la rue que vous êtes une putain une femme facile une femme légère. Il y a des endroits pour les femmes comme vous. Et ce n’est pas ici. »

Hélène Bessette, Histoire du chien, Othello / Attila, P. citation chien p. 155-156

</ blockquote >

220319, version 4 (22 mars 2019)

Il m’arrive souvent d’avoir des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, c’était la phrase aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de l’épaisseur du trait lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était pas ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien être. Peut-être que ça voulait tout simplement dire de ne garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, le matin là-encore, était buccins, cauris et rhombes et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupture pourrait-on dire. C’est comme cet incroyable passage, dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase [7] Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard. (donc), etc. Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extrait de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et sa structure son apparence plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

[7Nous sommes page 131.

220319, version 3 (22 mars 2019)

Il m’arrive souvent d’avoir des obsessions, non, des fixations au réveil, et ce n’est pas un problème d’être bombardé d’idées fixes avant même d’avoir les yeux ouverts : l’important, c’est de faire face à la réalité de ses pensées, complexes ou pas. Là, ce que je n’arrêtais pas de me répéter, dans ces moments qui sont comme l’extension d’un songe, mais d’un songe sans le son, un songe d’intuition pure, c’était la phrase aujourd’hui, il faut que j’arrive à ne pas trop déborder de moi-même. C’est revenu plusieurs fois. Comme on dirait à un enfant par exemple de veiller à ne pas dépasser de l’épaisseur du trait lorsqu’il (ou elle) colorie quelque chose. C’était dans ce sens-là. Et ce n’était pas ni restrictif ni pesant, cette injonction, c’était indispensable à mon bien être. Peut-être que ça voulait tout simplement dire de ne garder les épaules basses. Peut-être que c’était une espèce de mantra. Celui que je me suis vu répéter souvent, à une époque, le matin là-encore, était buccins, cauris et rhombes et ça n’avait pas besoin de concrètement vouloir dire quelque chose pour vouloir dire quelque chose à mes yeux. L’important, c’était le décalage, la rupture pourrait-on dire. C’est comme cet incroyable passage, dans Histoire du chien : nous sommes dans un roman en vers, qui fait se déployer ses scènes et ses situations depuis un point de vue fractionné qui ne rend compte que de bribes de pensée ou d’action. On peut donc dire que c’est un monde décalé, parfois fou, haché, stroboscopique même, poétisé de ouf comme dans la phrase [8] Nadia-Nue / Auréolée de magnétisme. Nimbée d’intellignece. / À 80% / descend le boulevard. (donc), etc. Or là, dans cet autre extrait, dont je ne citerai qu’un passage, on s’extrait de la réalité versifiée qui prévaut dans le texte, on y incorpore un récit autrement plus normé formellement, qui devient de par son propos et son apparence plus réel que la réalité même. Et c’est en cela qu’il laisse une trace indélébile dans l’économie narrative du roman (ce décalage, ce être hors, un pied dedans et un pied pas).

[8Nous sommes page 131.

220319, version 2 (22 mars 2019)

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