Philippe Forest



  • 030312

    3 mars 2012

    31

    Emmenons mes parents où Paris se détruit (un tour) avant (Fresco presto) de boire quelques mozzarellas crémeuses (et burrata). Sur les quais de Seine le tome deux de la correspondance d’Ulysse, pardon, de Joyce. Puis Le marasme chaussé (finalement), Hôtel clair de crime (enfin), Beaucoup de jours (sur Joyce). Dans Notre-Dame un X nous lâche qu’il est déçu et une bonne soeur (la paume) à la fin sort la manche.

  • 070413

    7 avril 2013

    Curieuse absence du mot half, dans l’Ulysse 623 de ce matin, Joyce lui préferant moiety dans la séquence « Cleanchested. He has washed the upper moiety. » (Protée). Désarçonné vraiment. Cleanchested, qui est un agrégat de deux mots, devient torse clean sans problème, car j’aime assez l’idée que le son kliːn soit maintenu, ici placé en fin. Ignore si ce sera en un mot, en deux. Ensuite, ce fameux mot, moiety, m’encombre, j’aimerais trouver un son plus précieux pour mieux dire. J’écris : Il a lavé sa moitié haute très provisoirement.

    Lu sur mettre au secret la phrase :

    Je ne sais pas comment il fait pour écrire ainsi le sien (de corps) dans son journal.

    Moi non plus. Ou plutôt : je suis très à distance tout ça. Très loin vraiment.

    J’essaye de me détendre. J’écris quasiment pas.

    Lisant la dernière livraison de Robinson en ville, en retard sans doute, est fait mention plusieurs fois d’une personne désignée par les lettres Gu, début d’un prénom, et je me dis, plusieurs fois, mais c’est bizarre ce nom, quel genre de nom peut commencer par ça ?

    Pendant qu’H. se prépare à partir pour Berlin demain dès l’aube je choisis quatre livres que je pourrais peut-être (ou pas) commencer dans le prochain métro : Les lance-flammes, Le dictionnaire Khazar, Beaucoup de jours et Un livre blanc.

    Mueller (159 mots) :

    Ce qu’il reste d’une ville veltige nommée Thoaar
    eg se déplace en diagonale dans la pupille de Le
    Cap, immobile, enfoncé dans les cimes d’un sable
    qui mime, allongé, les formes de son corps. Bien
    sûr, les corps sont allongés derrière lui, têtes
    plantées dans le sable, ils attendent que Le Cap
    leur donne le signal. Les cordes sont engluées &
    enfouies sous le sable également. Le cervidé est
    allongé, il mâche quelque chose qui ressemble au
    goût de sa propre langue blanche. Il salive puis
    respire par ses naseaux ouverts & dilatés. C’est
    qu’il cherche des yeux les missaires, Mueller, à
    la façon des vieux espions maï, ceux qui gloutis
    sous le sol & la terre se servaient de chacun de
    leurs yeux pour dresser mentalement une carte du
    territoire ennemi, carte ensuite qu’ils jetaient
    du haut de leurs crânes vers d’autres crânes que
    les leurs via des signaux de fumée non visibles,
    impossibles à repérer pour des yeux non initiés.

  • 300814

    21 septembre 2014

    Brumeux. Couru 4km88, 30min43 1 pour oublier quelque chose (mais quoi ?) et ça n’a rien à voir avec le voile lacté du lac qui s’est posé sur l’eau, rien à voir encore avec cet autre Beagle (ou ce même Beagle ?) sur la pelouse. Allant et revenant du lac, une émission de France Inter recommandée par Christine : Philippe Forest sur Joyce. Ce qui me donne l’occasion de ressortir le bouquin de Forest sur Ulysse : Beaucoup de jours, acheté je ne sais quand, non lu encore.

    À Ulysse, je n’ai certainement rien compris. On ne pénètre pas impréparé dans un tel texte. Si je pouvais comprendre aujourd’hui mon incompréhension d’alors, je saurais tout du très jeune homme que j’étais. À supposer que je m’en soucie seulement.

    Philippe Forest, Beaucoup de jour, Éditions Nouvelles Cécile Defaut, P. 19

    Le Transoxiane trois : réécriture duveteuse de la fin. Dernier chapitre remonté, notamment pour tenir compte des modifications insérées dans les pages précédentes. Toutes les corrections listées l’autre jour ont été effectuées. Ne reste plus qu’à relire l’ensemble du truc pour l’aplanir et rendre une certaine cohérence à l’intrigue.

    Lu dans ce livre, Comment élever votre Volkswagen : Comment est-ce que je suis censé communiquer... te dire ce que je ressens... si la seule chose qui me reste, c’est le squelette des mots ?

  • 301217

    31 janvier 2018

    Dans Réparer le monde, d’Alexandre Gefen, noms d’auteurs écrivant sur (ou depuis) la médecine : Emmanuel Venet, Marie Didier, Jean Reverzy 2. Beaucoup de jours aussi, de Philippe Forest, pour Ulysse. De retour du ciné je vais confondre Alan Lee et Christopher Lee. Hier Boris Cyrulnik et Henri Meschonnic. Demain Camille Flammarion et Camille Claudel. L’un de ces exemples est un faux. Et c’est à peu près tout ici.

  • 130218

    14 mars 2018

    J’ai plein de fourmis dans les mains, toute la journée j’ai ça. J’aime bien écrire nécessairement. Mon bureau ça ressemble plus à rien. La place autour de mon ordinateur pour deux piles de livres. À gauche ce sont des épreuves ou les derniers tirages de De la Mère et de la Partie. À droite c’est Artaud, Philippe Forest, Gilles Bonnet, Alexandre Gefen, Jacque Abeille et depuis tout à l’heure les Poèmes choisis de Swinburne parus l’an dernier chez Corti car j’ai besoin là-dedans de deux vers pour terminer les relectures du Chien. Et Partages, vol 1 derrière l’écran qui dépassait. Un carnet, trois stylos. Un carton au-dessus avec d’autres livres. Il y a aussi la carte Récupération 3 et des feuilles volantes un peu partout, une quarantaine de pages recto-verso, en vrac, volantes quoi, tout ce que pour le Chien je n’ai pas pu modifier dans l’écran. J’ai tout relu. Maintenant intégrer les corrections de la dernière nouvelle, qui est aussi la plus longue. 654 mots pour Eff mais complètement imprégnés de ça, gorgés même et ça rend ma langue autre (j’ai tant besoin de ça). Retravailler une traduction qui a déjà été effectuée il y a des années de cela, c’est être en permanence en désaccord avec soi-même. Surtout, c’est retrouver cet état de naïveté globale : mais ça n’a pas de sens... Jusqu’à se rappeler que, oui, c’est complètement vicié en fait car il y a des torsions dans la langue, des jeux sur le son, des déséquilibres choisis. Et il te faut rendre ça dans la tienne, de langue. Pas le français mais la tienne. D’autres fois ce sera se dire que finalement, après réflexion, la précédente version est meilleure et c’est très bien comme ça : que ce travail serve à révéler que ça marchait. Ou bien encore : ne plus changer que le rythme d’une phrase, pas le sens, et constater qu’après quelques années, à un ou deux pieds près, la musique a changé. Plus tard, ce sera se dire quand la nuit elle s’allonge et que le froid s’immisce : allez, j’ai encore une heure et demie deux heures dans les jambes.

  • 141018

    19 novembre 2018

    Boucles végétales, racines d’un rouge vif, carmin de viande ou de baiser, cicatrice dans l’air fumant qui descend sous terre réveiller la puissance dont se nourrissent les vers, je glisse en douceur jusqu’au bout des tunnels de mangrove qui ne finissent jamais, se multiplient, débouchent sur davantage d’opacité, sur d’autres alligators pétrifiés, aussi vides que moi, emplis de ferraille, de poissons et d’oiseaux crevés, de pourriture, de relents préhistoriques. Pourquoi un tel besoin d’amour ?

    Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La table ronde

    Un jour (quand ?) je prendrai le temps. De reprendre Ulysse de A à Z. De réécrire certains passages. D’en harmoniser d’autres. De terminer le site. De corriger certaines non pas étourderies mais disons plutôt que depuis le début du projet j’ai changé d’avis sur certaines choses, par exemple la mention des tags personnages (faut-il les taguer quand ils sont présent dans la pièce, ou à proximité, quand ils interviennent directement, quand on leur parle ?). De marquer plus les changements de style entre une partie et toutes les autres. De finir, également, de gérer les tags temporels (les heures et les minutes) rétrospectivement. De lire Hélène Cixous ou de reprendre Philippe Forest. Bref, ce n’est pas une journée qu’il me faut mais des semaines de travail, plusieurs mois. Je n’écrirai rien d’autre à côté. Je me concentrerai là-dessus. J’aime assez cette idée. Le ferai-je ? Une chaleur délirante pour un 14 octobre. Short, t-shirt. Ce genre de chaleur. La nuit, tout particulièrement. J’essaye de ramener cette chaleur en pensée vers tous ces jours, fin septembre, où j’ai eu tellement froid. Quelqu’un sur Twitter, une espèce d’invective, et avec Joachim on s’est fait traiter d’ânes. Mais moi j’aime tant les ânes. Ils sont doux.

  • 061023

    6 novembre

    Depuis que je sais conduire, je ne rêve plus que je conduis, ce qui était assez fréquent quand je ne conduisais pas. Maintenant, je rêve que je suis passager d’une voiture conduite par quelqu’un d’autre, quelqu’un qui ne sait pas conduire. Le covid est dans l’eau vieille et on s’en sert à des fins statistiques comme témoin des reprises de l’épidémie. Le chat de Schrödinger : Celui qui raconte se contente de découper dans la réalité une portion d’espace dont il décrète qu’elle recueille, sous forme d’ombres, l’image de tout le reste. Après avoir expédié mes corvées administratives du vendredi, je rattrape une partie de mon sommeil en moins du début de la semaine, avant de m’assoir à côté de Tartelette pour relire « Cloudland » à voix haute. Ensuite, je tonds. C’est tout.

  • 081023

    8 novembre

    Première pensée au réveil : reprends les forces que tu peux, où tu les peux. C’est fou le nombre de personnes évéillées avant six heures le dimanche matin et qui produisent des données (c’est à ça qu’on voit qu’elles sont éveillées avant six heures un dimanche matin). André Rougier : Ville d’en face, tirée sur le fil meuble, basculant entre ciel et reflets, les quais crasseux, les étals obscènes, les immondices ficelées dans des sacs que la marée emporte comme des têtes coupées. Philippe Forest 4 : On peut être l’un et l’autre à la fois : quelqu’un et le contraire de quelqu’un. Reprendre une traduction ressemble assez à désosser la tuyauterie d’un évier pour tâcher de comprendre ce qui est bouché, et où. Non seulement on n’est plus très sûr de bien savoir remonter la structure telle qu’elle fonctionnait initialement, mais en plus on passe son temps à se dire : attends, je n’ai pas déjà fait exactement la même chose il n’y a pas si longtemps ? Tartelette est mieux ce matin après qu’on a interrompu le métacame puis replonge un peu cet après-midi. L’exil de Joyce semble décrire notre époque tourmentée 5 : Une grande agitation règne, non pas le mouvement normal vers l’avenir, mais le piétinement hystérique d’hommes et de femmes enfermés et sur le point d’étouffer, mais qui ont si peur du vertige dehors qu’ils choisissent leur mort.

  • 091023

    9 novembre

    À trois heures du matin, les pensées sont de l’eau qui t’échappent. À peine les mots c’est ça qu’il faut faire venus, l’idée qui les sous-tend a, elle, disparu. Il ne reste plus que l’empreinte dans quoi elle s’est logée. Le temps en plus, c’est du temps en moins. Ce n’était pas ça le fond de ma pensée échappée. Ça, ce n’en est que la conséquence, ou disons le constat. À 3h50 je lis 6 : Qu’il faille rester en vie, comme le prétendait la dérisoire sagesse des gens bien intentionnés, c’était un conseil que nous n’aurions accepté de personne. Mais d’une chouette, d’un crapaud ou d’un lapin, c’était une leçon que nous voulions bien recevoir. À 4h35 Dune renverse une bûche. À 5h30 Poulpir pleure, et Tartelette petit-déjeune de fanes. À 6h il est temps de repartir à Paris. À 6h03, le livreur de presse livre sa presse dans le quartier, au volant d’une citadine dont il laisse le moteur tourner et vêtu d’une lampe frontale. À 6h40, avec quelques minutes de retard, mon TGV pour Paris part. Vers 8h, le soleil se lève. À 8h20 le train touche au quai de la gare Montparnasse, que je remonte sans mes lunettes jusqu’à un chien blanc très sagement assis attendant qui sait un être cher (or non, ce n’est pas un chien mais un sac poubelle rempli de détritus pour le recyclage). À 9h j’arrive au bureau après avoir gravi 79 marches pour accéder à mon étage, soit plus que le minimum requis par jour pour améliorer sa santé cardiovasculaire. À 10h40 on apprend que le quantique apparaît comme la prochaine grande vague de disruption, laquelle repose sur l’accès aux têtes les plus brillantes (sic). À 14h40, j’ai lu (par erreur) Mick Jagger, député. À 15h51 (par erreur) j’ai écrit qu’on était en cotobre. À 16h 13 ou 12 je découvre pendant ma veille pro l’attaque du Hamas en Israël avec deux jours de retard, ayant coupé les réseaux et le reste du monde ce week-end. Sachant que tout le monde doit déjà savoir, je n’ose m’en émouvoir à personne. Prenant cette horreur pour prétexte, bon nombre de personnes ou de personnalités se hurlent dessus à coup de pensées peu dégrossies sur les réseaux. 17h28 : Le Conseil européen et du Conseil de l’UE ont des rôles et une composition très différents, bien qu’ils aient des noms similaires et qu’ils emploient le même personnel. (...) Il ne faut pas confondre le Conseil européen et le Conseil de l’UE avec le Conseil de l’Europe. Le Conseil de l’Europe n’est pas une institution européenne. Il s’agit d’une organisation internationale, réunissant un plus grand nombre de membres, dont le siège est à Strasbourg et dont le rôle est de protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit. C’est fou le nombre de personnes qui dînent au restaurant à même pas 18h. À 18h15 ou 20, un mec avec un maillot du Real Madrid floqué du 5 de Jude Bellingham (or donc du 5 de Zidane) fait semblant de courir dans les rues ; sauf qu’il marche. À 18h27 je monte les dernières marches de ma journée rue S. (combien, peu importe, je suis déjà quardiovasculairement à jour) et me voilà « chez moi ». À 19h24, j’expérimente une soupe miso rouge à l’eau de riz noir. C’est parfumé. Ça mériterait du vrai miso : de la pâte et non, comme ici, de la poudre.


  • ↑ 1 Les Quatre Saisons recomposées.

    ↑ 2 Manque Ouanessa Younsi

    ↑ 3 Mettez la carte ciblée de votre cimetière au-dessus de votre bibliothèque.

    ↑ 4 Le chat de Schrödinger

    ↑ 5 Hékène Cixous, Grasset, P. 417

    ↑ 6 Philippe Forest, Le chat de Schrödinger, Folio