Valery Larbaud



  • 180709

    18 juillet 2009

    blancasse.JPGSemaine blanche en Bretagne où l’on souffle. Je n’y rien écrit (ou presque), n’ai pris aucune photo (série 17h34 mise à part), n’ai pas beaucoup parlé non plus. Je n’ai répondu à aucun mail ni coup de téléphone. Je n’ai presque pas lu, une centaine de pages à peine. J’ai cherché le fameux Journal de Larbaud sans le trouver, j’ai dépensé ailleurs de l’argent qui stagnait. Me suis contenté de traverser, respirer, observer. Il était important de ralentir l’organisme, rentrer en brève hibernation. Cet été sans déménagement est le premier depuis trois ans : j’ai profité un moment de l’immobilité. Bientôt il faudra reprendre le rythme, ce n’est pas un problème.

    Rien écrit ou si peu : Coup de tête en pause le temps de penser à et faire autre chose. J’ai cherché vainement à commencer Ernesto & variantes, texte qui devrait être proposé pour le prochain Cyclocosmia mais le syndrome Scapulaire se répète et je n’ai pas pu trouver ma lancée. J’ai créé un fichier Histoires dans le but de consigner ces quelques nœuds fictionnels embryonnaires que je traverse ou qui me traversent et qui ne soulèvent pas plus d’intérêt de ma part mais qui, peut-être, à l’avenir, pourraient me servir. J’ai repris un peu, consigné parfois, réfléchi beaucoup, sur ce que je voulais faire, ce qui devait être fait. J’attends que le reste enfin se décante. Une fois mon rythme de travail retrouvé, les phrases sans doute suivront. Ernesto & variantes devrait être terminé courant aout. Je pense également à interrompre la série 17h34 en novembre, après deux ans de photos quotidiennes. D’ici là, peut-être, Omega Blue sera terminé lui aussi, à moins qu’il ne soit déjà devenu une fiction cohérente, qui n’a plus besoin de moi pour survivre. J’ai renoué avec les blogs ou sites anglais que j’avais arrêté de lire : Joey Comeau et George Orwell. Joey s’interroge sur les autoportraits sexy ou censés l’être, Orwell s’inquiète du temps qui peste : Raining almost the whole day, etc.

  • 210310

    21 mars 2010

    journal.pngEt j’ai pas la réponse, pour ça que j’y joindrai pas de point d’interrogation. En bloguant j’ai jamais l’impression d’en écrire un, de Journal, même si j’ai toujours l’impression d’en écrire un. En bricolant Spip pour la plateforme qui sera amenée à avaler Omega Blue dans quelques mois tout est Journal, tout est fragment de Journal, rien n’est Journal.

    Exemple : j’ai toujours du mal à poser première phrase dans mes fichiers, pas parce que je sais qu’ils seront lus dans l’instant (c’est pas forcément le cas), mais parce que j’ignore comment entrer dans une entrée Journal. Des fois je me dis : et si c’était pas vraiment écrire Journal qu’écrire comme ça. Je cogite deux minutes puis j’arrête de cogiter : j’écris mon truc et puis voilà.

    Des fois je prends aussi tous les journaux dispos à portée de main et je vérifie : comment eux font pour entrer dans leurs fragments ? Je sélectionne au hasard des pages traversées par le doigt un échantillonnage de fragements attrapés, liste exhaustive et étude comparée de quoi commence quoi et surtout comment. Je note la première phrase, ou les deux premières en fonction des cas, après c’est déjà plus le début. L’une de ces études, si elle existait réellement, pourrait poser le résultat suivant :

    Since I left writing here, I have had days of almost perfect health, days of illness too, and days when the Mood assailed me. (Larbaud) / Rêvé, dans la nuit, des tranchées durant la première guerre mondiale. (Jünger) / Conférence d’une certaine Mme Ch. sur Musset. Habitude qu’ont les femmes juives de faire claquer leur langue. (Kafka) / Ce n’est pas l’inconscient qui a surchargé mon livre de ce trop que je m’efforce d’éliminer. (Bauchau) / In the morning the conditions were unaltered. Went for a ski run before breakfast. (Capitaine Scott) / Mon fils Nathan. Mon cœur se serre souvent quand je pense à Nathan, mon petit garçon. (De Jonckheere) / Ma belle-soeur a appelé dans la matinée, elle est à New-York. Elle veut me vendre un vibromasseur à 90 dollars parce qu’elle en a acheté trois et qu’elle ne se sert pas de tous. (Warhol) / Je rentre at home par le 13 heures 44. Je scrute : pas trace de Gérard Longuet, ni même d’un obscur conseiller général de canton rural. (Didion) / Rouges et Blancs [de Milklós Kancsó] : nudité, rituel du déshabillage, extrême audace de scène du baiser « rouge » ↔ infirmière, indifférence atroce où surgissent quelques actes cruels (« rouges » jetés à l’eau et pieutés avec gaffe pointue), épopée nouvelle, temps étiré, syncopes, symbolisme des regards. (Guyotat) / Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Trafalgar, et hier fut le jour mémorable de la publication de Nuit et Jour ; mes six exemplaires me sont parvenus ce matin, et il en est déjà reparti cinq, de sorte que j’imagine cinq becs d’amis plantés déjà dedans. (Woolf) / Emotion. L’émotion vécue, impact ou contrecoup, est sans mots. (Emaz)

    Voilà les données brutes, à suivre pour analyse ?

  • 080410

    8 avril 2010

    1

    GTA4MAP.jpg



    Expérience GTA 4. Suivre un type au pif qui trace. Monte dans sa voiture, démarre. Filature mécanique derrière. À bord d’une PMP 600 grise suivre pare-choc collé à l’autre une PMP 600 noire métallisée. Radio : Electro Choc. Objectif : voir en vrai les boucles aléatoire pré-enregistrées, décrypter sec les déambulations artificielles. L’expérience commence début de journée, matin sans doute, le type tourne sans ordre autour du même block, pneus collés aux rails, percés sous polygones. Bousculer l’expérience : je pète la vitre conducteur au coude et lâche rafales d’Uzi sur son pare-choc. Résultat : cobaye se sauve et accélère, feu arrière gauche éclaté. S’en suit poursuite dans Liberty City. Quelques carambolages. PMP noire emboutie avant dans un mur. Victime innocente laissée tout contre. Cadavre au sol se décompose : à ses côtés gun et cash, icônes respectivement rouge et verte, laissés libre par le macchabée. Je sors. Ne fais rien. Attends. Vois cobaye, homme blanc, brun, middle life crisis, retrouver l’habitacle de la PMP noire et repartir, « comme si de rien n’était ». Croise l’ambulance 911 venue récupérer son cadavre. Je reprends le volant, filature. Change de station radio : The Journey. Voiture déviée de sa boucle habituelle repart au pif entre les rues. Poursuit plus loin sans tracé apparent. S’arrête et sollicite services d’une prostituée qui repart en l’insultant mais sans monter à bord. Y a pas d’ordre dans sa déroute. Pas de trajet pré-enregistré par la machine. L’itinéraire zigzague, jamais deux fois la même rue mais toujours même quartier de la carte : entre East Borough Bridge et Dukes Boulevard. Une journée GTA s’écoule, au bout d’un bail cobaye s’écarte : il prend l’expressway Dukes – Algonquin et quitte la zone... pour mieux reparaître par Meadows Park et, au bout, Dukes Boulevard encore. Alors ici reprend la boucle d’une journée commencée là-bas plus tôt. Temps de clore l’expérience. Sur fond de Philip Glass sortir shotgun en mains et deux balles plein torse travers pare-brise. Cobaye dépasse de la portière et meurt (bug de collision) : en réalité cobaye est une femme blonde, son sang auburn sur mon pare-choc avant. La fusillade attire les flics qui prennent en chasse : rupture d’aléatoire. J’abandonne ma PMP 600 grise au capot éventré et vole une Dilettante, grise encore. Suis exécuté au volant de la Dilettante durant tentative de fuite infructueuse.

    2

    Larbaud #1, ici à Mèze, 20 février 1914.

    Remarqué l’espèce de lagune et les maisons à toits rouges, et quelques champs vert-tendre à la sortie de Cette. Du haut du Mt Saint-Clair, l’autre jour, j’ai vu que c’était une presqu’île, une langue de terre plate, très étroite, tendue en avant de Cette du côté de l’étang. Mais du bateau on ne s’en rend pas compte. - Sur le pont, sans pardessus. Trois élèves de l’école des Mousses ; accent du midi. Entre 14 et 16 ans. Very self-conscious, as young girls might be. Avant Mèze, la flottille des nacelles mézoises : « Jouet des flots » - « Hugo Victor » (sic.) Un remorqueur entre derrière nous dans le port. La ligne rouge de la bauxite. Enfant en souliers rouges. La couleur arrive par hasard ; et alors elle paraît triste.

    Valery Larbaud, Journal de Septimanie in Journal, Gallimard, P.167.
  • 140510

    14 mai 2010

    Après légère pause, reprise Larbaud. Ce passage en particulier, entre Annecy et Corfou, retient mon attention. Parce que j’y reconnais le même mécanisme de la mémoire qui vient fixer, dans des espaces réels, des instants de fiction pure. Je revois souvent le périple du narrateur de Coup de tête, par exemple, en revenant quelques jours à St-Etienne. Son périple n’est pas le mien, n’est pas superposé au mien, il reste le sien, le sien à part entière. V. à l’époque s’était demandée pourquoi je devais tellement fixer les lieux avant de les écrire (habitude qui m’est complètement passée depuis ?) et je n’avais pas su répondre (ou alors j’ai répondu puis oublié ma réponse, ce qui revient au même). La réponse est simple : parce que le texte le nécessitait. Pas besoin d’en savoir plus.(Et, toujours, bien sûr, le fil #Larbaud qui suit son cours...)

    Naples, lundi 22 Février. – Travaillé une partie de la nuit, in fact it was 4 a.m. When I went to bed, lavorando per il MS Autographe cioè per Jean Royère. – Alzato tardi, e usciti insieme per dejeûner, this time D’A Bersagliera cioè nell’altro ristorante « sotto ripa » in faccia al Castel dell’ Ovo. – Puis promenade à pied Villa Francesco De Sanctis. Retour à pied le long de la mer, et donné les photos (anche quelle fatte a Civitavecchia, Ostia e Roma) à développer dans une boutique voisine du Continentale. - Un heure dans la chambre, puis sortie en tram 18 jusqu’à la Poste Centrale où j’ai trouvé un petit courrier (nouvelles de Valbois, un mot de Jean Paulhan, une lettre de Giovanni Comisso, de San Remo ; etc.) A pied Pza Dante, et tram n°7 pour le Vomero, jusqu’à Pza Vanvitelli. Assez ému par ce retour « au pays » : mon quartier, mes fenêtres (devenues, depuis, celles de Lucas Letheil dans Mon plus secret conseil...). Aucun changement dans l’architecture, mais un plus grand nombre de magasins, et mieux éclairés, tant via Scalatti que Pza Vanvitelli. La « Grocery » qui était en face de ma fenêtre sur la rue qui mène au funiculaire de la Chiaha, s’est déplacée et a été remplacée par une pâtisserie-caffè, dont l’enseigne est : Unica. Nous avons flâné là un moment, pris un léger goûter, et fait de petits achats de bouche, redescendant en ville par un tram 28, qui fait un long circuit par la via Tasso, le Corso Vittorio Emanuele, la via dei Mille, v. Domenico Morelli, etc., passant près de l’endroit où Lucas Letheil trouve la carrozzella qui mène à la Gare Centrale. (J’y ai pensé avec une telle intensité en composant Mon plus secret conseil..., j’y suis effectivement revenu en pensée, qu’à présent mes souvenirs personnels liés à ces endroits-là (mais pas ceux du Vomero même, ceux que j’ai appliqués à la descente de Lucas Letheil seulement) ont cédé la place à ces souvenirs imaginaires ; et je conçois comment beaucoup de légendes ont pu se former ; comment, par exemple, quelqu’un qui n’aurait jamais vu le Pape, ne serait jamais allé à Rome, pourrait, après avoir lu des récits de cérémonies dans S. Pierre et y avoir beaucoup pensé, être certain, après un grand nombre d’années, d’avoir le Pape, d’être allé à Rome, etc. Voici l’explication : j’ai fait, en 1904, à plusieurs reprises, entièrement et en parties, cette descente du Vomero à la Chiaja, à pied ; mais toujours dans des circonstances banales, indifférentes ; tandis que j’ai fait faire cette même descente à mon personnage dans des circonstances pour lui exceptionnelles et quasiment dramatiques ; je l’ai refaite avec lui, dans sa peau, partageant ses sentiments, son inquiétude, ses préoccupations etc. ; et il est assez naturel que maintenant les souvenirs de mes promenades de 1904 entre le Vomero et le Chiaja, souvenirs du décor, des lieux, se trouvent indissolublement liés à mon personnage et à son action dans ces lieux ; de sorte qu’en revoyant le coin de la via dei Mille je pense aussitôt à Lucas Letheil trouvant là la première carrozzella de la journée.

    Valery Larbaud, D’Annecy à Corfou in Journal, Gallimard, p.922-923.
  • 280510

    28 mai 2010

    Gioventu.jpg1932 : Larbaud lève enfin la tête : c’est la première incursion de l’Histoire dans le Journal, et c’est Naples. Un regard au hasard entre les rangs d’un défilé militaire et ce que voit Larbaud c’est la mode, c’est les silhouettes, c’est l’uniforme. Quelle allure !

    Remarquables et même beaux types de jeunes garçons et de jeunes hommes, à Pozzuoli et dans le tram ; presque tous appartenant aux diverses organisations fascistes : avant-gardistes (aiguillettes blanches sur chemise noire), jeunesses fascistes (mouchoirs aux couleurs de Rome noués autour du cou). Même la figure d’un gosse de 14 ans avait un caractère extraordinaire, une puissance d’expression qui arrêtait l’attention. Ces jeunes gens sont heureux de pouvoir mettre cette espèce d’uniforme le dimanche ; cela leur donne tout de suite de l’importance, un air de responsabilité et de maturité, qui est juste ce qu’ils désirent, et cela fait valoir le physique de ceux qui en ont un. C’est très bien trouvé ; parce que c’est plus « homme » que la tenue des boy-scouts ou des bataillons scolaires (le nom même de bataillons scolaires était mal trouvé.) Le gars de 17 ans, Pza Plebiscito, avec sa toque noire, sa chemise noire à aiguillettes blanches, ses culottes gris-vert, ses bottes, et ses gants BLANCS, - quelle allure ! Et il y aussi des hommes faits, et mûrs même, qui sont contents de se parer de ces uniformes, au moins le dimanche et les jours de revue d’exercices ; ils font tout ce qu’ils peuvent pour avoir l’air d’officiers, et j’en ai vu un avec la petite tunique noire à brandebourgs noirs et bordée de fourrure, qu’un règlement récent vient d’interdire. Le pantalon long, gris clair à deux bandes noires, et la toque galonnée, avec le fiocco de soie noire, - un officier, mesdames ! Et il était avec sa dame, plein de sérieux, d’importance, et de self-respect. Bien entendu ce sont les gardes-nationales de 1850, mais il y en a moins et on les choisit mieux ; pas une bedaine.

    Valery Larbaud, D’Annecy à Corfou in Journal, Gallimard, P.942.
  • 310510

    31 mai 2010



    Avant que Larbaud laisse place au souvenir de Larbaud, lui-même étape transitoire avant l’oubli complet et définitif de Larbaud, deux paragraphes de 1934, entre Paris – Langar – Genève, décortiquant le souvenir, le souvenir du souvenir, l’image du souvenir du souvenir, etc. Et demain on termine.

    La lumière de la conscience flétrit une bonne partie de nos souvenirs : je veux dire qu’elle leur ôte leur sève vivante et fraîche, ne laissant, à leur place, que des souvenirs de souvenirs, - ce qui explique l’erreur de l’homme à qui on avait raconté la bataille de Waterloo quand il avait quinze ans, et qui, à soixante-quinze ans, était sûr d’y avoir pris part. Elle réduit nos souvenirs vrais à l’état de souvenirs de faits racontés, de paroles entendues. Ainsi JE SAIS que sur cette route de Brides à Salins je me suis trouvé, à l’âge de 8 et 9 ans, assis sur le strapontin ou le siège avant d’un landau, en face de ma Mère et de Germaine Grille qui avait à peu près le même âge que moi. Je sais, de toute certitude, que la présence, la vue, de cette petite fille, me comblaient de bonheur, etc. - MAIS je me le suis redit si souvent dans les mois et les années qui suivirent, que je ne peux plus retrouver la vision primitive, ni les traces en moi du sentiment primitif et vivant dont cette certitude est LE RÉSULTAT et non LA REPRODUCTION. Je ne peux pas dire : « Je revois le mouvement de sa main qui, dans un geste fréquent chez elle, écartait doucement quelques brins de ses cheveux noirs, très fins, qui avaient tendance à couvrir sa tempe droite. » Je sais que j’ai vu ce geste, mais JE NE LE REVOIS PLUS. Le sentiment, même alors que mon amour était encore vivant (en 1891-92), avait été remplacé par la NOTION. La notion l’avait peu à peu absorbé en elle, et comme desséché. Je sais que je lui ai dit un jour, mais JE NE M’ENTENDS PLUS LUI DIRE (et j’avais préparé bien à l’avance cette douce phrase, et j’avais hésité plusieurs jours à la lui dire) : « Puisque la douche mouille toujours vos cheveux, vous devriez demander après, à la baigneuse, un séchoir. » (Dans ma pensée c’était une espèce de compliment sur la longueur et la beauté de ses cheveux ; il me semblait aussi qu’une telle « personnal remark » me rapprochait d’elle : je n’aurais jamais eu l’audace de les toucher, ses cheveux ; mais lui en parler était comme un « acte équivalent », the next thing to it.

    Cependant le souvenir, même desséché par la conscience, est précieux ; on peut espérer qu’il n’est pas entièrement passé de l’impression reçue à la notion acquise ; et que la notion est une sorte de centre, de signal, que peuvent rejoindre un jour ou l’autre tels ou tels éléments de la sensation primitive non encore parvenus à la conscience, ou qui ont échappé à sa lumière. Mais à mesure qu’ils y arrivent, et l’instant de leur passage, de leur arrivée, révolu, les voici desséchés. L’art, qui ne tend qu’à reconstituer, pour les conserver et les communiquer, la sensation et le sentiment et l’idée EN VIE, est bien, en ce sens, « le salut ». Par une marche inverse on va de la notion à l’image, à l’idée, au sentiment. Mais comme on n’y arrive jamais, qu’on ne fait qu’en approcher plus ou moins, et qu’une fois qu’on a reconquis quelque bribe il faut encore « se tourner vers le peuple » pour communiquer, à travers les hasards du langage, cette bribe, quelles tonnes de minerai pour une pincée de cet or !

    Valery Larbaud, Paris – Langar – Genève in Journal, Gallimard, P.1206-1207.

  • 010610

    1er juin 2010


    Le Journal de Larbaud prend fin en 1935, on en vient. J’ai mis deux mois pour traverser ses 34 ans de plume et d’encre. Le livre aussi a souffert, 1500 pages embarquées chaque jour dans le cirque des transports. Comme 2666 avant lui il ressort de cette lecture pas tout à fait indemne. En novembre 1935 Larbaud est atteint d’aphasie et se retire de l’écriture comme de la parole. Plus de Journal après cette date. Sa dernière escale l’emmène en Albanie et lorsqu’il en revient il cherche des drapeaux (mais n’en trouve pas). Le fil #Larbaud reste branché, avant de peu à peu se dissiper dans la masse...

    Ici se termine le journal de Larbaud. Suivent : un document en cyrillique, avec un timbre officiel, daté du 2 juillet 1935, à Tirana ; une page de carnet sur laquelle figurent quelques chiffres (comptes...) et sont collés deux timbres (albanais ?) ; une fracture de boissons prises à bord du Srbin (la facture, datée du 4 juillet 1935, écrite en caractères romains, porte la mention de la classe (I) ; le texte qui sert de chapeau à la facture est traduit en français : "Les passagers sont priés de reporter tous désirs ou plaintes éventuelles au revers de ce feuillet en le posant dans la cassette de contrôle, se trouvant à tel but à bord") ; quelques feuillets de papier bleu dont le premier porte l’entête de l’Hôtel Royal Danieli à Venise et sur lesquels Larbaud a rédigé les notes ci-dessous.
  • 100610

    10 juin 2010

    vlarbaud.jpgPendant deux mois lecture Larbaud (son Journal) = 1500 pages de vie lue bout en bout = prise de notes embarquée tout du long. C’était à suivre sur Twitter, on appelait ça le fil #Larbaud. Alors bien sûr Twitter révolutionne pas la prise de notes, mais permet une prise directe avec une lecture de fond (comme une course de fond : celle qui embarque), un hublot vivant par lequel observer les délires du lecteur pendant l’acte. Ces deux mois de twitts marqués par le hashtag éponyme sont reproduits là, ci-dessous, par ordre chronologique inverse pour pomper la présentation Twitter. Y a pas de leçon à tirer de cette expérience sinon ces deux broutilles : pour ça vaut mieux prévoir lecture qui pèse (prise de notes Twitter de Mon plus secret conseil ça aurait pas beaucoup d’intérêt) et curieusement la langue ici vaut tout autant que le poids physique du bouquin, détail trivial qui revient régulièrement...

    récapitule #Larbaud : http://tinyurl.com/vlarbaud
    10 juin 2010 20:28:23 HAEC via Netvibes

    remplacera bientôt #Larbaud par #Claudel
    4 juin 2010 11:56:23 HAEC via Netvibes


    #Larbaud encore mais plus pour longtemps : http://tinyurl.com/28aebrg #vieuxuséfatigué
    1 juin 2010 20:41:52 HAEC via web


    Terminer le Journal, c’est comme assassiner #Larbaud
    1 juin 2010 17:45:06 HAEC via Twitterrific

    "Il faut attendre d’avoir la force électrique" #Larbaud
    1 juin 2010 17:41:47 HAEC via Twitterrific


    "Le seul fait qu’une voie ferrée existe, avec les services réguliers que cela suppose, doit diminuer l’impression de sauvagerie." #Larbaud
    1 juin 2010 17:26:51 HAEC via Twitterrific


    "Marcel R. parait être le seul "intellectuel" de cet Olympe ; les autres, fonctionnaires sans plus." #Larbaud
    1 juin 2010 17:23:16 HAEC via Twitterrific

    "Beaucoup de soldats, se promenant deux par deux, se tiennent par le petit doigt, - geste affectueux et gracieux." #Larbaud
    1 juin 2010 07:52:47 HAEC via Twitterrific


    "Non, il n’est pas possible de se montrer bien vêtu et dans une tenue correcte au milieu d’une population encore misérable" #Larbaud
    1 juin 2010 07:39:06 HAEC via Twitterrific


    "Cette douche phrase" #Larbaud #lapsuslecture #déformationprofessionnelle
    31 mai 2010 20:33:21 HAEC via Netvibes


    "Si ce paysage était nu et désertique comme le Monténégro, on crierait d’angoisse en le decouvrant" #Larbaud
    31 mai 2010 18:11:54 HAEC via Twitterrific


    "De toute part ils se hérissent, (...) chaînes déchiquetées, (...) vaste tumulte (...) dans son désordre" #Larbaud
    31 mai 2010 17:54:21 HAEC via Twitterrific


    #Larbaud mate les défilés fascistes : quelle allure ! http://tinyurl.com/2w9d7l4
    28 mai 2010 20:17:14 HAEC via Netvibes


    "Il a restreint son output au moment où il risquait d’être envahi par une cohue de vulgarités" #Larbaud
    28 mai 2010 17:45:20 HAEC via Twitterrific


    calcule le peu de #Larbaud qu’il lui reste
    28 mai 2010 08:03:35 HAEC via Twitterrific


    #Larbaud "pas au bout de [ses] peines : il y a cette - typographiquement - terrible affaire de citation musicale"
    27 mai 2010 17:45:52 HAEC via Twitterrific"

    Sensiblerie = Transsiberie #lapsuslecture #Larbaud
    26 mai 2010 18:03:03 HAEC via Twitterrific

    "Cette tradition de raillerie francaise à l’égard de la Belgique, quelles peuvent en être les origines ?" #Larbaud
    26 mai 2010 17:46:29 HAEC via Twitterrific

    "Mais il était à une phase de son ivresse qui faisait de lui un danger pour la propreté de notre table et de nos vêtements" #Larbaud 2/2
    26 mai 2010 17:44:42 HAEC via Twitterrific


    "Un jeune homme de type rimbaldien, un ange plein de chopes , s’est jeté à mon cou pour me supplier" #Larbaud 1/2
    26 mai 2010 17:42:34 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud croise "quelques femmes - non professionnelles" et les mate
    25 mai 2010 18:23:28 HAEC via Twitterrific

    "It is BUMPTIOUSNESS rather than OUTRECUIDANCE" #Larbaud
    25 mai 2010 18:17:07 HAEC via Twitterrific

    "Le caquet : tout son caractère se réduisait au caquet." #Larbaud
    25 mai 2010 08:04:56 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud a "remarqué le prénom : Pâquerette, désuet en France, et c’est dommage, vraiment."
    24 mai 2010 18:07:42 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud "étanche des paragraphes entiers, qui rentrent sous une autre forme. Ça devient un livre !"
    24 mai 2010 08:22:10 HAEC via Twitterrific

    Rouille dévore les rails / graviers avale l’ombre par napes / fait trop chaud pour lire #Larbaud
    22 mai 2010 14:19:36 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud "écrit avec une rapidité presque égale à la parole, et c’est bien mauvais"
    20 mai 2010 18:19:32 HAEC via Twitterrific

    "Personne ne sait ce qu’est au juste le Fascisme, mais le mot sert d’épouvantail, comme si c’était le nom d’une épidémie politique" #Larbaud
    20 mai 2010 08:16:56 HAEC via Twitterrific

    "Je ne lui reproche pas d’être étranger, mais d’être vulgaire" #Larbaud
    20 mai 2010 08:15:05 HAEC via Twitterrific

    Apparemment "Vaduz a un Tonkino, un cinématographe parlant" #Larbaud #(!)
    19 mai 2010 17:58:14 HAEC via Twitterrific

    ruine #Larbaud (mais #Larbaud le vaut bien)
    18 mai 2010 08:05:15 HAEC via Twitterrific

    reprend #Larbaud (Lucas Letheil n’est pas très loin...) http://tinyurl.com/3ylnfuj
    14 mai 2010 20:37:32 HAEC via Netvibes

    Un #Larbaud ça se mérite
    14 mai 2010 16:40:52 HAEC via Twitterrific

    Un #Larbaud ça pèse son poids
    14 mai 2010 16:40:17 HAEC via Twitterrific

    Entre #Larbaud et le pain de mie je choisis le pain de mie
    12 mai 2010 17:24:28 HAEC via Twitterrific

    "Il se peut que l’irrégularité de l’écriture vienne en partie de l’irrégularité du pouls" #Larbaud
    11 mai 2010 08:07:36 HAEC via Twitterrific


    "Ce qu’il y a d’amusant, c’est que vraiment on n’a jamais été mieux en Italie que depuis que le Fascisme s’est installé" #Larbaud
    11 mai 2010 08:06:09 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud aurait adoré notre époque : "je ne trouverai pas exagérés 6 mois de réclusion au salaud qui crache dans le tramway"
    11 mai 2010 08:03:56 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud "peut encore flâner dans Milan, où les fiacres existent encore"
    29 avril 2010 17:37:35 HAEC via Twitterrific

    "On asphalte ; on construit des maisons neuves ; les bordels mêmes se sont fait repeindre !" #Larbaud
    29 avril 2010 08:06:37 HAEC via Twitterrific

    "11 novembre - Le jour de la Victoire ! L’observera-t-on jusqu’à la fin du XXe siècle ? Peu probable" #Larbaud
    29 avril 2010 08:05:18 HAEC via Twitterrific

    sans #Larbaud marche plus vite
    26 avril 2010 08:26:48 HAEC via Twitterrific


    "Il m’a dit que cet éditeur, pour parer à la crise, publiait des classiques (...), une déchéance !" #Larbaud
    23 avril 2010 18:00:09 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud remarque "qu’en Suisse française beaucoup de magasins de jouets ont pour propriétaires des veuves."
    23 avril 2010 08:02:19 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud traverse la guerre sans voir ni dire : attend 1931 pour en écrire le nom
    22 avril 2010 17:49:30 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud : "Gaston [Gallimard] ought to publish less books, and DO them better."
    22 avril 2010 08:09:42 HAEC via Twitterrific

    "La grève est finie." #Larbaud visionnaire
    21 avril 2010 18:12:01 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud : "Do I care ?"
    21 avril 2010 18:01:32 HAEC via Twitterrific

    "Et on finit par savoir(...)qu’on a envie de se faire désinfecter, ou tout au moins bien laver, avec un champoing a l’eau du Léthé" #Larbaud
    21 avril 2010 08:28:01 HAEC via Twitterrific

    "Comme ça prend vite l’air d’un métier, d’une affaire, la littérature ! On a envie de dire : N’en jetez plus !" #Larbaud
    21 avril 2010 08:24:43 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud à propos de #Rimbaud illuminé : " un gamin, pas un homme"
    20 avril 2010 18:21:24 HAEC via Twitterrific


    "Mais les omnibus étaient pleins (la grève !)" #Larbaud, un siècle plus tôt
    20 avril 2010 18:13:57 HAEC via Twitterrific

    "La grève continue mais ne s’étend guère." #Larbaud, un siècle plus tôt
    20 avril 2010 18:08:34 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud une fois débarqué à Londres reprend le journal en français
    20 avril 2010 18:06:26 HAEC via Twitterrific


    "How is it that people are so ignorant of their own language ?" #Larbaud
    20 avril 2010 09:10:58 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud "under the influence of the Mood ; a tremendous crisis : the feeling of utter loneliness, complete despair, etc."
    19 avril 2010 18:28:50 HAEC via Twitterrific

    Carte postale de #Larbaud : "no fever, no blood, and, what’s best, good spirits"
    16 avril 2010 17:52:47 HAEC via Twitterrific

    "The Mood again, and under its most cruel shape ; the complete indifference, the drifting away from life" #Larbaud
    16 avril 2010 08:27:43 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud rencontre tout le monde (exceptée Cesárea Tinajero)
    15 avril 2010 18:29:25 HAEC via Twitterrific

    "No Mood ; rather "joie de vivre" and even buoyancy" #Larbaud
    15 avril 2010 18:13:21 HAEC via Twitterrific

    "THE MOOD" est devenu "THE MOOD !" #Larbaud
    15 avril 2010 08:25:08 HAEC via Twitterrific

    1918 : The mood devient THE MOOD #Larbaud
    14 avril 2010 08:47:35 HAEC via Twitterrific


    "We shall not see again men like Léon Bloy, I mean, men believing in themselves with so much passion and such blindness" #Larbaud
    13 avril 2010 18:04:12 HAEC via Twitterrific


    "The world cannot, has no right to interfere with us ; we do not care for what its does, or thinks, or says." #Larbaud
    13 avril 2010 17:59:09 HAEC via Twitterrific

    "What a mixture of utterly bad writing and the post magnificent poetry !" #Larbaud
    13 avril 2010 08:29:10 HAEC via Twitterrific

    "How difficult it is to write about oneself ! Of course I shall make a mess of it" #Larbaud
    12 avril 2010 18:08:40 HAEC via Twitterrific

    "All "actualité", when taken too seriously, is, ipso facto, out of date." #Larbaud
    12 avril 2010 17:51:42 HAEC via Twitterrific

    Le "Mood" de #Larbaud s’appelle aussi le vide
    12 avril 2010 08:53:25 HAEC via Twitterrific

    Selon Jouannais #Larbaud incarne "une sorte d’idéal shandy (son amour des voyages avec une mallette contenant son œuvre à l’infime densité)"
    11 avril 2010 11:30:35 HAEC via Netvibes

    attrape aussi ce que #Larbaud appelle "The Mood"
    10 avril 2010 22:40:47 HAEC via Netvibes

    1917 : Pas un mot sur les soins aux blessés à l’hôpital de Vichy mais journaux entiers sur Alicante - San Vicente #Larbaud
    9 avril 2010 18:46:12 HAEC via Twitterrific

    "My days are all alike : (...) I want to keep a record of this day, always dear to me." #Larbaud
    9 avril 2010 08:08:20 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud guest star dans #GTA4 ! http://tinyurl.com/y86zlmb
    8 avril 2010 20:52:26 HAEC via Netvibes

    Le grand mugissement des sirènes des très gros bateaux (...) si important qu’on pense à des départs pour d’autres planètes. #Larbaud
    1:48 PM Apr 8th via Twitterrific

    Fantômes lapdancent (#Larbaud aussi)
    8 avril 2010 16:59:33 HAEC via Twitterrific

    #Larbaud me casse la nuque, me pète le dos
    7 avril 2010 08:34:48 HAEC via Twitterrific

  • 060111

    6 janvier 2011

    J’ai rempli mon planning, lu ce qu’il fallait, écrit comme je devais, par strates comme décidé la veille, mais résolument sans âme et nécessairement en toc, un clavier en carton, l’écran format A4, les mots des tâches d’encre, et derrière rien de solide, rien qui soit vraiment bon, dans aucun des domaines traversés, et si j’ai rempli mon planning, lu ce qu’il fallait, écrit comme je devais, je l’ai fait sans plaisir aucun et sans aucune réussite, journée comme celles de Larbaud quand il écrit que « l’irrégularité de l’écriture [viendrait] en partie de l’irrégularité du pouls », j’ignore si c’est de là que ça pourrait venir, de l’intérieur de mes poignets et de ma gorge, j’ignore si c’est ici que ce qui coule n’est jamais bon mais c’est le cas.

    Il se préparait maintenant à un travail qui lui prendrait encore plusieurs années et qui risquait de l’anéantir. « Non, dit-il, je ne me laisserai pas anéantir. »

    (…)

    Revenant à son activité d’écrivain, il dit qu’il faisait à présent, « au cours de ces dernières semaines », des découvertes décisives pour son travail. Grâce à son isolement, « grâce au vide régnant ici », il était en mesure de « réaliser un formidable cosmos d’idées ». Tout, à présent se réalisait en lui. Et il s’appliquait de toutes ses forces à mener son travail à bonne fin.
    Afin de ne plus être dérangé dans son travail, il avait fait supprimer « la dernière véritable distraction » qu’il eût encore à Hauenstein : il avait fait abattre, rassembler et distribuer « autant que possible aux pauvres » de la région du Bundscheck, la totalité du gibier qui se trouvait encore dans les bois de Hauenstein.
    « Maintenant, je n’entends plus rien quand j’ouvre les fenêtres, dit l’industriel, rien. Un état de choses fantastiques. »

    Thomas Bernhard, Perturbation, L’imaginaire Gallimard, traduction de Bernard Kreiss, P.57

  • 100111

    10 janvier 2011

    Lire avec Twitter, même si ce n’est pas une habitude (et n’a pas à en être), c’est découvrir une autre manière de faire écho au texte, une autre, aussi, respiration. La tentative effectuée avec Larbaud était fascinante car c’était une lecture de longue haleine, un marathon quasiment, et réduire deux mois de lecture en une page de twitts c’était se livrer, pratiquement, à de la magie numérique. Et à l’inverse baliser la lecture de X twitts permettait de dresser des ancres dans l’espace monumental du Journal réédité, des ancres qui pourront me servir, également, lors d’une éventuelle relecture.

    Pour Fénéon pratique identique mais fond différent : parce que pour ses Nouvelles en trois lignes, qui était déjà Twitter un siècle avant, je n’avais rien à faire sinon relayer et en sélectionner quelques unes.

    Chez Thomas Bernhard plus compliqué, d’autant plus que les phrases courtes se font plus rares. Mais pratique de lecture (et de lecture « à côté ») parfaitement adaptée à ce récit qui ne dit rien tout en s’éparpillant dans des galeries insoupçonnées. La parole, dans Perturbation, est spécifiquement entortillée, de manière à ce que la narration soit toujours déplacée d’une bouche à l’autre, d’une langue à l’autre 1. L’examen des corps (en tant que médecin le père du narrateur, qui l’emmène avec lui dans ses visites, sert de médiation pour découvrir une parole d’autrui souvent malade, toujours parasitée) se prête parfaitement à la radiographie de la langue que peut être cette petite pratique Twitter. Plus qu’une prise de notes minuscules, une façon aussi de creuser en amont chez l’auteur une piste de lecture plus enfouie. Perturbation étant le premier livre de Thomas Bernhard que j’ai l’occasion de lire, je réitérerai très certainement cette expérience avec d’autres de ses livres, de manière également à actualiser cette page, étendre le fil #Bernhard.

    Son corps "gigantesque" avait toujours été, pour elle comme pour son mari, un corps étranger Thomas #Bernhard, Perturbation
    4 Jan

    Chaque jour, je me construisais totalement puis me détruisais totalement. Thomas #Bernhard, Perturbation
    4 Jan

    Quand même j’ai détruit tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent (...) il n’en reste pas moins que j’ai progressé énormément. #Bernhard
    6 Jan

    Grâce à son isolement, grâce au vide régnant ici, il était en mesure de réaliser un formidable cosmos d’idées. #Bernhard
    6 Jan

    Non, dit-il, je ne veux pas voir votre fils. Une personne nouvelle, un visage nouveau, cela détruira tout. #Bernhard 1/2
    6 Jan

    Comprenez-moi, cela détruira tout, un nouveau visage. #Bernhard 2/2
    6 Jan

    Du fait que toutes les pièces de cette maison sont totalement vides, il n’y a rien à quoi je puisse me heurter dans les ténèbres #Bernhard
    6 Jan

    Il écrivait puis détruisait ce qu’il avait écrit, écrivait encore et détruisait encore et encore, et se rapprochait de son but. #Bernhard
    6 Jan

    Mais ensuite, quand je me fus accoutumé à l’obscurité et à l’odeur singulière, une odeur de viande... #Bernhard 1/2
    6 Jan

    ...j’aperçus, sur une longue planche posée sur deux tréteaux, un amoncellement d’oiseaux morts #Bernhard 2/2
    6 Jan

    La jambe droite du propriétaire du moulin pourrissait plus vite que la gauche, il ne pourrait plus se lever. #Bernhard
    6 Jan

    En présence de mon père, par exemple, dit le prince, je ne devais jamais prononcer le mot oblique... #Bernhard 1/2
    7 Jan

    ...n’employer en aucun cas les mots cervelas, Auschwitz, SS, Champagne de Crimée, réalisme politique. #Bernhard
    7 Jan

    Cher docteur, tous les Etats aujourd’hui, et pas seulement en Europe, se suicident indéfiniment. #Bernhard
    7 Jan

    Du fait de ces bruits, il se trouvait "projeté" en permanence dans sa propre mort. #Bernhard
    7 Jan

    J’ai l’impression à chaque instant qu’il serait naturel que le monde se disloque. #Bernhard
    7 Jan

    La lecture est encore le plus supportable de mes dégouts. #Bernhard
    8 Jan

    La plupart des gens entrent en liquidation dès leur naissance. #Bernhard
    9 Jan

    On passe des heures à farfouiller dans nos tombes, à se délecter de leur puanteur #Bernhard
    9 Jan

    C’est la pauvreté qui rend les hommes égaux, chez l’homme, tout est pauvre, même la plus grande richesse. #Bernhard
    9 Jan

    La pauvreté en l’homme est toujours simultanément une pauvreté du corps et de l’esprit,ce qui le rend nécessairement malade et fou #Bernhard
    9 Jan

    Chaque tête d’homme, dit le prince, contenait la catastrophe humaine en rapport avec cette tête. #Bernhard
    9 Jan

    Dans les lettres de mon fils tout est coulisse, sauf lui-même #Bernhard
    9 Jan

    Il était né dans le château de Gobernitz, comme dans une excavation, d’une mère inconsciente. #Bernhard
    9 Jan

    Parfois il me plait de constater que je suis seul avec moi-même et plein de douleurs. #Bernhard
    9 Jan

    Ne serait-il pas réjouissant, cher docteur, d’ouvrir une lettre et se dire : Ah, je suis mort le 24. #Bernhard
    9 Jan

    Des machines à calculer, les hommes ne sont rien d’autre. (...) Nous ne faisons qu’établir des comparaisons numériques. #Bernhard
    9 Jan

    Le monde ne sera bientôt plus qu’un unique ordinateur. #Bernhard
    9 Jan

    Chacun discute sans cesse avec soi-même et dit : Je n’existe pas. #Bernhard
    10 Jan

    Nous contractons l’esprit des murs qui nous entourent. #Bernhard
    10 Jan

    Fuir au loin n’a aucun sens. #Bernhard
    10 Jan

    Ma vie est faite de tentatives visant à ne pas être découvert. #Bernhard
    10 Jan

    Nous ne mourons plus de peur mais de la hâte de mourir. #Bernhard
    10 Jan

  • 020211

    2 février 2011

    J’ai ces chaussures depuis plus de six mois, les noires, et je les mets tous les jours, mais c’est la première fois que je noue les lacets. - Les pluies verglaçantes du matin sont tombées, et sont tombées tellement que pour marcher nous glissons, ne levons plus les semelles. - À la surface la rue du Louvre n’était plus la rue du Louvre, la rue du Louvre était devenue de Rivoli. - Au Num où nous déjeunons avec H., le serveur veut savoir si je paye les deux menus et je dis oui, il fait : c’est généreux. - Il n’y a pas un livre que j’aimerais acheter, il y en a trop. Vers la poussière, Correspondance 1920 – 1957 (Larbaud – Paulhan), Toi et moi it’s complicated, Pompes funèbres, Gapos, vies chimériques, Montparnasse monde, Dino Egger, et d’autres, j’ai oublié. Alors plutôt que de n’en prendre qu’un ou deux, ne pas savoir choisir, n’en prendre aucun, ne pas faire de jaloux, ne pas sortir la carte. - Je n’aime pas l’odeur du rince-doigts. Ça me donne l’impression d’avoir mangé des moules, de repartir lentement à pieds du restaurant, de voir tomber la lumière, oui mais pas complètement, sachant qu’ailleurs c’est déjà nuit, sûr, et puis prendre, H. conduit, la route dite de la corniche, et puis marcher un peu jusque tout contre la mer, sur une plage déserte, face à un ciel partout. Alors peut-être aimer, finalement, cette odeur sur mes doigts. - Je m’approche pour toucher l’eau, sentir comment elle pèse.

  • 070211

    7 février 2011

    J’expliquais hier à V. que pour lire je me fichais pas mal du support, papier ou numérique, mais que parfois l’écran était plus pratique. Je pense à Larbaud, le Journal, pendant des semaines il a fallu littéralement le traîner, et résultat des courses le bouquin désormais est dans un sale état. J’aurais aimé pouvoir bénéficier d’une version Epub ou PDF. Je pense aussi à Mark Richard, que j’ai voulu acheter aujourd’hui, mais non disponible sur les listes Kindle d’Amazon, ailleurs n’en parlons pas. Et ce n’est pas vraiment un livre que je pourrais trouver ici en France, pas vrai ? Jamais traduit (du moins à ma connaissance), encore moins mentionné par quiconque. Je l’ai commandé, du coup, sur Marketplace Amazon, depuis les US, je le recevrai d’ici un mois et demi ou plus. Mais d’ici là, aurais-je toujours envie de le lire ?

    J’ignore qui est Mark Richard. J’ai lu son nom il y a des années dans un minuscule chapitre du Stranger than fiction de Chuck Palahniuk intitulé « Amy ». Palahniuk y mentionnait ses influences et son apprentissage en matière de creative writing dans l’atelier de Tom Spanbauer. J’ai déjà relevé cette phrase quelque part. Il mentionnait bien sûr Amy Hempel, la Amy du titre, que je « possède » et que je lis depuis cette époque, et sa nouvelle dévastatrice The Harvest. Il parlait également d’un certain Mark Richard, une nouvelle appelée Strays. Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas acheté à ce moment là, en même temps qu’Amy Hempel. Peut-être parce que je ne l’ai pas trouvé ? Ou parce qu’il y avait plusieurs Mark Richard référencés sur Amazon ? Quoiqu’il en soit je me suis dit qu’il aurait mieux valu me le procurer à ce moment là, car je voulais le lire aujourd’hui, aujourd’hui et pas ailleurs, mais cette pensée n’était pas assez forte ou assez vraie pour me faire basculer dans le temps pour me permettre de réparer cette erreur et de récupérer le livre.

    Ce matin, entre écran et papier j’ai choisi l’écran. J’avais devant moi l’édition poche du Procès de Kafka et une version iPad. Je me suis posé la question, c’est vrai, et si j’ai choisi l’écran, c’est une simple affaire de traduction, j’ai pris celle qui me convenait le mieux, le support est étranger à tout ça, et je persiste à croire que c’est un débat sans intérêt.

  • 240511

    24 mai 2011

    Je lirai pas n’importe quoi avec Twitter à côté, sur la durée. L’expérience #Larbaud était tellement enrichissante (quoiqu’inattendue) qu’elle m’a permis d’identifier pourquoi (et comment) ce Journal monumental m’avait autant marqué : car il portait en lui cette phrase, cette phrase superbe, aussitôt lue aussitôt isolée dans un tweet, sauvegardée dans ma mémoire fictive (fictive mais réelle), cette phrase précisément :

    Il se peut que l’irrégularité de l’écriture vienne en partie de l’irrégularité du pouls.

    Je me suis rendu compte, longtemps après lecture, que cette phrase était la seule que je savais de tête et qu’elle était la seule qu’il me fallait savoir. Si le Journal ne portait en lui que cette phrase là, et 1500 autres pages ineptes, sa lecture complète aurait quand même valu le coup. Voilà ma porte d’entrée dans ce texte.

    Idem pour Bloy : c’est aussi un journal, le principe est le même. J’ai lu le premier tome, en dilettante, celui intitulé Le mendiant ingrat et qui recouvre la période 1892 - 1895, en parallèle de mes autres lectures, pendant trois mois et demi. En ressort une soixantaine de tweets, autant j’espère de portes d’entrée pour cet autre Journal. Je le reprendrai un jour. Actualiserai par la même occasion ce fil.

    "Brouille certaine et irrémédiable avec une demi-douzaine de gens. Liquidation générale des amis douteux." #Bloy
    14 Fév
     
    "Il n’y a pas à dire, je suis admirablement malheureux." #Bloy
    15 Fév
     
    "Considérer le visage de sa naissance dans un miroir, ne serait-ce pas se voir mort ?" #Bloy
    15 Fév
     
    "Je chemine en avant de mes pensées en exil, dans une grande colonne de Silence." #Bloy
    15 Fév
     
    En dépit de mon renom de tombeur d’argent(...)soyez assuré,ô victorieux qui pataugez dans les droits d’auteur,de mon absolu désintéressement
    16 Fév
     
    Chaleur horrible. Mon âme est en contact avec le néant. #Bloy
    16 Fév
     
    Mais alors, mon Dieu, jusqu’où faudra-t-il descendre ? #Bloy
    16 Fév
     
    On gueulait aujourd’hui l’exécution de Ravachol, devant ressusciter dans trois jours. Idiotes crapules ! #Bloy
    17 Fév
     
    Je sais que le mot efflagitatus n’est usité qu’à l’ablatif singulier. Mais j’ai bien le droit d’être original en toute langue. #Bloy
    17 Fév
     
    La consigne est absolue. Le drôle ne me recevra pas. #Bloy (à propos de Zola)
    17 Fév
     
    Je vous attends à la lecture. Alors seulement, je saurai qui vous êtes. #Bloy
    17 Fév
     
    lit le Mendiant ingrat de #Bloy via @GallicaBnF :http://tinyurl.com/6h4sge3
    17 Fév
     
    L’écriture même est inexistante, indéchiffrable comme le néant qui est l’habitacle de cette âme. #Bloy
    17 Fév
     
    C’est effrayant de penser aux choses qu’on ne sait pas, aux bêtes venimeuses qui se cachent et dont le voisinage est immédiat. #Bloy
    17 Fév
     
    Journée douloureuse. Notre vie ressemble à un pauvre bateau criblé qui ne peut tenir la mer une seule heure. #Bloy
    18 Fév
     
    Ne pourrait-on pas définir ainsi le Paradis : Un lieu où les cloches sonnent toujours ? #Bloy
    18 Fév
     
    Une écurie où on aurait des repas réguliers. Paradis d’une rosse dédaignée par l’équarrisseur. Tel est mon partage. #Bloy
    18 Fév
     
    [Elle] voyage par charité, et les bons cœurs qui l’expédient au cimetière (...) lui ont offert, naturellement, l’homicide 3e classe. #Bloy
    20 Fév
     
    J’ai terriblement besoin de me rappeler que je ne suis pas seul au monde. #Bloy
    20 Fév
     
    Vous êtes pour l’évolution et Léon Bloy est pour le miracle. #Bloy
    21 Fév
     
    Discours de Zola aux étudiants. A conserver. Cet idiot remplace Dieu par le travail. #Bloy
    24 Fév
     
    Saintes Ecritures. Plus je comprends, plus je m’enfonce dans les ténèbres. #Bloy
    24 Fév
     
    J’apprends la mort hideuse de Maupassant. Quelques jours de bruit dans les gazettes, puis l’oubli éternel. #Bloy
    26 Fév
     
    L’Idolâtrie, c’est de préférer le Visible à l’Invisible. #Bloy
    26 Fév
     
    Le curé de B. nous intéresse. Il a vraiment l’air de croire en Dieu. #Bloy
    26 Fév
     
    Vous n’aimez pas la guerre ! Vous n’aimez donc rien ! #Bloy
    27 Fév
     
    C’est ce qu’il y a derrière l’horizon qui est beau ! #Bloy
    27 Fév
     
    N’est pas le premier venu qui veut. C’est un don que Dieu ne prodigue pas. #Bloy
    27 Fév
     
    L’imbécillité sentimentale du Protestantisme, compliquée vaguement des saloperies du Spiritisme, quoi de plus invincible ? #Bloy
    6 Mar
     
    Tous les hommes sont des déterrés, et la tombe d’Hello, - sa vraie tombe - doit être VIDE. #Bloy
    6 Mar
     
    Naissance de mon fils André, à l’Angelus de midi. La sage-femme étant protestante, le baptême ne pourra jamais avoir lieu assez tôt. #Bloy
    6 Mar
     
    La Foi, c’est la connaissance de notre limite. #Bloy
    6 Mar
     
    Il n’y a pas de hasard, parce que le hasard est la Providence des imbéciles & la Justice veut que les imbéciles soient sans Providence #Bloy
    7 Mar
     
    Dépêche inutile m’annonçant une lettre vaine qui n’arrive pas. Tel est le train de cet imbécile monde. #Bloy
    17 Mar
     
    Il nous reste à peine vingt francs, pour attendre le jugement dernier. #Bloy
    17 Mar
     
    Bloy n’a qu’une ligne, et cette ligne est son contour. Cette ligne, c’est l’ABSOLU. #Bloy
    22 Mar
     
    Je me suis vu au milieu des morts, plein du sentiment de la plus grande tendresse pour les morts, pour la multitude des morts... #Bloy 1/2
    22 Mar
     
    ...et je garde l’impression que je dois être sauvé ou délivré par un mort très profondément inconnu de moi. #Bloy 2/2
    22 Mar
     
    Ils sont pleins de terre, comme les idoles. #Bloy (à propos de Villiers de L’ Isle Adam et Edgard Poe)
    23 Mar
     
    Mot décisif de mon éditeur Chamuel : La bicyclette tue le livre. #Bloy
    23 Mar
     
    "Arthur Rimbaut (sic) - Un avorton qui se soulage au pied de l’Himalaya." #Bloy
    24 Mar
     
    "L’Angleterre est au monde ce que le Diable est à l’homme. A développer dans mon livre sur Napoléon." #Bloy
    24 Mar
     
    "Science moderne. Au lieu du Fiat Lux ! lire ceci : Que l’Electricité fonctionne !" #Bloy
    24 Mar
     
    "On est toujours ce qu’on croit être, mais à l’envers, dans le miroir". J’écris ces mots tels qu’ils me sont venus nettement, en rêve. #Bloy
    29 Mar
     
    Les événements se déroulent sous nos yeux, comme une toile immense. Notre vision seule est successive. #Bloy
    29 Mar
     
    Tout écrivain doit porter ses livres sur sa figure. #Bloy
    29 Mar
     
    On voit, parait-il, à New-York, un gentleman mécanique, lequel se promène par les rues, avec toutes les apparences d’un vrai homme.#Bloy
    5 Avr
     
    A force de souffrir, j’ai comme un voile noir sur les yeux... #Bloy
    5 Avr
     
    Pourquoi une agence de publicité n’exploiterait-elle pas les tombes, comme on exploite les parois des urinoirs (...) ? #Bloy
    8 Avr
     
    Le titre éclatera en lettres d’or sur une couverture noire, puisqu’il s’agit d’un mort et que j’ai, surtout, l’imagination tumulaire. #Bloy
    8 Avr
     
    On cherche le moyen de ne pas mourir. #Bloy
    10 Avr
     
    Voici, mon Dieu, ce petit corps déplorable. Je vous l’offre pour que ce malheureux homme vous connaisse. #Bloy
    10 Avr
     
    Pâques. J’ai froid jusqu’au centre de l’âme et je suis aussi près que possible du désespoir. #Bloy
    24 Avr
     
    Cimetière de Bagneux. Décidé à vivre, je retourne chez les morts. #Bloy
    29 Avr
     
    La chaleur orageuse, la puanteur, la poussière de plâtre et les privations de toute sorte nous assassinent. #Bloy
    1 May
     
    J’ai parlé à un mort et il me répond comme il peut, du fond d’un abîme... #Bloy
    1 May
     
    A une époque telle que la nôtre, les cas de possession doivent être fréquents. #Bloy
    7 May
     
    De combien de centaines d’autres journées sombres, cette journée n’est-elle pas le type ? #Bloy
    8 May
     
    C’est assez. Je n’en peux plus. Allons ! mangez, chiens. Voilà les entrailles d’un homme. #Bloy
    10 May
     
    Mon Dieu ! Je connais mes devoirs. Je sais que les pauvres sont faits pour être mangés. #Bloy
    23 May
     
    Eh bien ! voici le gouffre, voici ton gouffre. Il se nomme le SILENCE... #Bloy
    24 May
  • 310711

    31 juillet 2011

    Tout ce à quoi je pense la bouffe que je ne boufferai pas. En surexposition paroles ou bien répliques issues de l’écran, issues de la page. Comme l’humanité est un mal qu’il faut anéantir. Comme je l’ai forgée sans âme comme un somnolent. Scott Bakula censé, sous les traits d’un gamin, empêcher que sa mère ne se barre et n’abandonne sa famille pour vivre une vie meilleure seule ou accompagnée. Bloom la sardine (« la dernière sardine de l’été. Bloom si seul. »), fin de l’épisode des sirènes. Et la voix en métal celle qui martèle : the last Metroid is in captivity / the galaxy is at peaaace. Est-elle enceinte ou n’est-elle pas, pourrais-je un jour rejouer au basket, est-il mon frère caché ou un timbré qui cache sur un mur de chez lui tout un pan de photos avec des têtes de moi ? La coupe de feu est une fiction. Le fantôme des Noëls à venir. Le type tatoué sur le dos et son tatouage : le corps de la femme harcelée. L’ex-roi du mal transformé en créature hyper-maléfique. Guyotat ses carnets, ses mots : « D’où, ma répugnance pour l’inversion. » 2 mais de quoi parle-t-il ? Se mêlent les rêves. Celui, cela, ou pas, serait séropositif. G. Clooney entre deux sièges d’un train lui dire : je sais que t’as buté trois corps. Demain l’usine, la productivité. Juillet ce clap de fin : james joyce / ulysse / folio / page quatre-cent-vingt-huit.

    Rien que des nombres par le fait. Voilà toute la musique quand on y réfléchit bien. Deux multiplié par deux divisé par la moitié égalent deux fois un. Des vibrations, les accords ne sont pas autre chose. Un plus deux plus six font sept. On fait tout ce qu’on veut en jonglant avec les chiffres. On découvre que toujours ceci égale cela, symétrie sous un mur de cimetière. Il ne remarque pas que je suis en deuil. Coriace, tout pour ses boyaux. Musemathématiques. Et vous croyez que vous avez affaire à quelque chose d’éthéré. Mais supposons que vous disiez quelque chose comme : Martha, sept fois neuf moins x égale trente-cinq mille. Tomberait à plat. C’est donc le son qui fait tout.

    James Joyce, Ulysse, Folio, P. 428, traduction de Auguste Morel assisté de Stuart Gilbert, revue par Valery Larbaud et James Joyce.

  • Fénéon twittait

    11 septembre 2011

    En 1906, Félix Fénéon contribue pour le journal Le Matin à la rubrique des « nouvelles en trois lignes », brèves dépêches de, tiens tiens, moins de 135 signes typographiques, censées rassembler les nouvelles les plus fraîches délivrées par l’actualité. Elles deviennent aussi, grâce à la plume et la finesse de Fénéon, des petits bijoux d’humour noir. Suivant le modèle de notes embarquées en « live-twitting » expérimenté sur le Journal de Larbaud, j’ai recopié quelques unes de ces nouvelles en trois lignes via Twitter, la contrainte de brièveté correspondant parfaitement à cet outil du web, et je les ai postées sous le hashtag #Fénéontwittait durant environ deux mois, comme superposées à la lecture. En récapitulant l’ensemble de ces twitts sur cette page, je me rends compte que l’accent est surtout mis sur les morts loufoques ou les suicides, d’où les quelques liens vers l’expérience Accident de personne développée en parallèle.

    Voilà ce qu’écrit Jean-Yves Jouannais au sujet des Nouvelles en trois lignes dans l’excellent Artistes sans œuvres reparu chez Verticales il y a quelques années :

    Il fallut
    attendre 1970 pour que Joan Halperin réunisse ce qu’elle nomma les Œuvres
    plus que complètes
    , en deux volumes 22, dont le second tome compte une
    centaine de pages des « fameuses » Nouvelles en trois lignes qu’il écrivit
    pour Le Matin à partir de 1906. Ces dernières, faits divers en trois lignes
    comme le haïku est un poème en trois vers, s’énoncent en autant de romans
    elliptiques, de vastes sagas évidées, réduites à leurs seules coutures, La
    Comédie humaine
    condensée en un point d’antimatière où s’abîment sans
    espoir de réflexion les masses dramatiques du bovarysme, du burlesque des
    idées reçues, du sordide des passages à l’acte : « Quittée par Delorce,
    Cécile Ward refuse de le reprendre, sauf mariage. Il la poignarde, cette
    clause lui ayant paru scandaleuse. »

    Jean-Yves Jouannais, Artistes sans œuvre – I would prefer not to, Verticales, P.23

    Et voilà ce qu’on peut lire chez un autre précurseur de Twitter, en l’occurrence Kurt Vonnegut 3, entre Fénéon et Jouannais en 1969 :

    Leurs livres étaient tout petits (…) de brefs massifs de symboles séparés par des étoiles (…) chaque assemblage de signes constitue un message court et impérieux, décrit une situation, une scène. Les messages ne sont enchaînés par aucun lien spécial mais l’auteur les a choisis avec soin afin que, considérés en bloc, ils donnent une image de la vie à la fois belle, surprenante et profonde. Il n’y a ni commencement, ni milieu, ni fin. Pas de suspense, de morale, de cause ni d’effet. Ce qui nous séduit dans nos livres, c’est le relief de tant de merveilleux moments appréhendés simultanément.

    Clin d’oeil au passage pour signaler que Twitter existait sans doute un peu avant Twitter, dans le texte tout du moins, et ces Nouvelles en trois lignes en sont un parfait exemple. Les quelques extraits compilés sur cette page sont issus de la très belle compilation effectuée par les Editions Cent Pages en 2009, que je recommande bien évidemment.

    "Pendant une faction, Gustave Langlois, du 4e colonial, s’est tiré une balle Lebel sous le menton. Sa tête vola en éclats." #Fénéontwittait

    7 Nov

    "Pour la cinquième fois, Cuvillier, poissonnier à Marines, s’est empoisonné, et, cette fois, c’est définitif." #Fénéontwittait

    7 Nov

    "Deux hommes d’équipe, tamponnés par un wagon en dérive, ont été broyés dans la gare de Rochefort." #Fénéontwittait (cf. @apersonne)

    6 Nov

    "Les coliques travaillent dix-huit habitants de Matha (Charente-Inférieure) : ils ont mangé de trop beaux champignons." #Fénéontwittait

    27 Oct

    "Le maire du Vésinet hait les sirènes. Elles devront se taire, à bord des autos, sur son territoire." #Fénéontwittait

    26 Oct

    Au cimetière des Essarts-le-Roi, M.Gauthier avait enterré ses trois filles. Il les voulut faire exhumer.Manquait un cadavre. #Fénéontwittait

    25 Oct

    "Pourchassé par un gendarme maritime, un matelot s’est jeté dans des rognures de tôle dont l’une lui trancha la carotide." #Fénéontwittait

    21 Oct

    Un pauvre d’une 15aine d’années se jette dans le canal, plaine St-Denis ;on lui tend une gaule, il la repousse et coule à pic #Fénéontwittait

    20 Oct

    Le soir, Blandine Guérin, de Vaucé (Sarthe), se dévêtit dans l’escalier et, nue comme un mur d’école, alla se noyer au puits #Fénéontwittait

    16 Oct

    "Mariés depuis trois mois, les Audouy, de Nantes, se sont suicidés au laudanum, à l’arsenic et au revolver." #Fénéontwittait

    15 Oct

    "E. Moreau, de la Plaine-St-Denis, s’était jetée à l’eau. Hier elle sauta du 4e étage. Elle vit encore, mais elle avisera." #Fénéontwittait

    13 Oct

    "Très horrifiques monstres et dermatoses efflorescentes, un "musée Dupuytren" forain a flambé dans le parc de Saint-Cloud." #Fénéontwittait

    11 Oct

    "Suicide : une sexagénaire, aveugle depuis cinq ans, Mme Navette, de Cluny, s’est enduite d’essence minérale et a allumé." #Fénéontwittait

    7 Oct

    "L’action syndicale cadre-t-elle avec le parlementaire ? se demande le Congrès d’Amiens. Oui, dit Keufer ;non, dit Broutchoux" #Fénéontwittait

    4 Oct

    "Il n"y a même plus de Dieu pour les ivrognes : Kersilie, de St-Germain, qui avait pris la fenêtre pour la porte, est mort." #Fénéontwittait

    3 Oct

    "Harold Bauer et Casals donnent aujourd’hui, à Saint-Sébastien, un concert. En outre, il se peut qu’ils se battent en duel." #Fénéontwittait

    27 Sep

    "A bord de la Néra, à Marseille, un boy canaque, Vatnis, a éventré un autre boy canaque, André." #Fénéontwittait

    26 Sep

    "Bras liés et le dos chargé de pierres énormes, le cadavre d’un sexagénaire a été trouvé dans les sablières de Draveil." #Fénéontwittait

    26 Sep

    "On voyait de Grenoble, cette nuit, une ligne de feu de plusieurs kilomètres : les forêts brûlent." #Fénéontwittait

    24 Sep

    "Selon la mère du petit Moureau, de Maubeuge, une bonne de 16 ans, Marthe Delvaux, a tenté d’empoisonner cet enfant idiot." #Fénéontwittait

    23 Sep

    "Comme son camarade refusait de le tuer, un garçon de 19 ans, de Liffol (Haute-Marne), s’est fait décapiter par un train." #Fénéontwittait

    22 Sep

    Une fillette, qui avait subi bien des outrages, a été trouvée morte à Sallaoun (Constantine). Manquaient un bras, une jambe. #Fénéontwittait

    21 Sep

    "M. Chevreuil, de Cabourg, sauta d’un tramway en marche, se cogna contre un arbre, roula sous son tram et mourut là." #Fénéontwittait

    20 Sep

    "Vengeant sa tribu qu’il chassait de Cormeilles-en-Parisis, la gitane Nita Rosch a mordu un coriace gendarme d’Argenteuil." #Fénéontwittait

    18 Sep

    "Inculpée d’avoir laissé mourir d’inanition sa jeune bâtarde, Mme Inizan, vachère à Guiclan (Finistère), a été arrêtée." #Fénéontwittait

    16 Sep

    "La fourche en l’air, les Masson rentraient à Marainviller (Meurthe-et-Moselle).Le tonnerre tua l’homme et presque la femme. #Fénéontwittait

    14 Sep

    "Le parquet de Toulouse fait recherche (commission rogatoire) si sa bizarre nihiliste a bien séjourné à Marseille." #Fénéontwittait

    14 Sep

    "Comme son train stoppait, Mme Parlucy, de Nanterre, ouvrit, se pencha. Passa un express qui brisa la tête et la portière." #Fénéontwittait

    13 Sep

    "Un homme d’une trentaine d’années s’est suicidé dans un hôtel de Mâcon. Ne cherchez pas mon nom, a-t-il écrit." #Fénéontwittait

    13 Sep

    "Ribas marchait à reculons devant le rouleau qui cylindrait une route du Gard. Le rouleau pressa le pied et écrasa l’homme." #Fénéontwittait

    12 Sep

    "A l’église des Chavannes (Savoie), la foudre a fondu les cloches et paralysé une dévote. Une trombe a dévasté la commune." #Fénéontwittait

    11 Sep

    "Gare de Mâcon, Mouroux eut les jambes coupées par une machine. Voyez donc mes pieds sur la voie ! dit-il, et il s’évanouit." #Fénéontwittait

    10 Sep

    "Au Havre, le marin Scouarnec s’est jeté sous une locomotive. On a ramassé dans une toile ses intestins." #Fénéontwittait @apersonne

    10 Sep

    "Une folle de Puéchabon (Hérault), Mme Bautiol, née Hérail, a réveillé ses beaux-parents à coups de massue." #Fénéontwittait

    10 Sep

    "Radieux : J’aurais pu avoir plus ! s’est écrié l’assassin Lebret, condamné, à Rouen, aux travaux forcés à perpétuité." #Fénéontwittait

    9 Sep

    "Le cadavre du sexagénaire Dorlay se balançait à un arbre, à Arcueil, avec cette pancarte : Trop vieux pour travailler." #Fénéontwittait

    9 Sep

    "Les grévistes de Ronchamp (Haute-Saône) ont jeté à l’eau un ouvrier qui s’entêtait à travailler." #Fénéontwittait

    9 Sep

  • 011011

    1er octobre 2011

    Je meurs 840 fois de suite à trop vouloir frôler le vide à la cime de Beaubourg, tout ça pour une photo de Paris : une île. Nous croisons, au sommet, des corps (de la viande) emballés sous vide. Avant que notre oeil les oublie s’ouvre une bulle d’air entre la chair et le film plastique. Je regarde de haut en bas les images. Je pense à Jean de l’ours. « Carne, carne ». Nous sommes venus pour l’exposition Munch. J’aime autant mieux me taire devant les toiles, c’est bon prétexte. Les analyses à voix haute des voisins me fatiguent. Le cri n’y est pas. Je viens pour le silence. Je le trouve sur cette toile, L’artiste et son modèle.

    Je vois peu les photos, idem les exterieurs. Moi surtout les chambres. Bancales. Minuscules. À l’échelle malmenée. Plus loin, la salle des cercles, et l’obsession du peintre pour l’oeil malade et ce qu’il lui fait voir, je repense à cette phrase de Larbaud : « Il se peut que l’irrégularité de l’écriture vienne en partie de l’irrégularité du pouls ». J’en reviens toujours à cette phrase. Je retourne voir L’artiste et son modèle. Je prends en photo cette version du Baiser gravée sur bois, mon fantôme en surexposition.

    Nous profitons de l’heure, désertique, pour visiter aussi l’exposition permanente. Je cherche des yeux Francis Bacon, et avant lui son nom. J’ai des pensées abstraites. Il n’y aurait, ici, rien sur La merde. J’essaie d’être concis. Nous rentrons. Au resto proche Louvre, temps d’août X degrés, je commande, médiocre, une fondue savoyarde. Dans le train du retour 4ème épisode de Berlin Alexanderplatz, le podcast. H. s’endort 4. Je traverse, stupéfait, l’été de Philippe de Jonckheere, via son superbe montage Demain sera aujourd’hui, même si tout s’arrête.

    31
  • 121111

    12 novembre 2011

    May I, can I, or have I too often now ?
    Craving miracles…
    Craving miracles…
     
    31

    Il n’y a aucune fin du monde à aucun étage ni à aucune heure du jour ou de la nuit. Nous rejoignons, H. et moi, quelque part mes parents, de passage pour trois jours sur Paris, pour l’exposition Giacometti et les étrusques, à la Pinacothèque puis, de là, Madeleine, rue Tronchet, où d’ordinaire je bosse, enfin pas moi mon ombre, la semaine, bien loin, si loin de moi, je leur montre l’immeuble et puis le bâtiment, et sur la pierre vissé ce numéro tant. Le train arpente coton les fils de ce fameux Novembre toute l’année. À l’entrée de la gare la machine refuse de cracher les billets : télébiquette en panne, dixit l’écran, je cherche, dans l’écran et ailleurs, surtout dans l’écran, et puis surtout ailleurs, la dite télébiquette en vain. L’exposition Giacometti et les étrusques, à la Pinacothèque, est mal pensée, et la confrontation des deux sujets pas toujours évidente, mais je m’approche de l’homme qui marche et planté sur mes pieds je prends racine : là durs de biais dans la matière et en relief ses deux poumons ressortent à la surface du derme. Plus loin, dans l’ultime salle du truc, celle où il y a neuf mois nous nous sommes vus ensemble dans les yeux creux de la momie Rascar Capac, je fixerai plus l’ombre de la grande statue amarrée sur le mur que la matière servant à composer la grande statue elle-même.

    Une nuit qu’il se rappellera toute sa vie, Azemov
    fait irruption chez eux. Il est quatre heures du matin. Il
    est mal rasé, on dirait qu’il a dormi dans ses habits. Il
    tremble, mais ses yeux ne sont pas désespérés. Non,
    au contraire, ils brillent mystérieusement. Il se laisse
    tomber dans un fauteuil, au milieu du salon. Maria,
    Anna, Nikolaï, Alexandre et Petia, deux autres locatai-
    res de l’appartement, l’entourent et le pressent de
    questions. Il leur fait signe de s’approcher plus près.
    Nikolaï s’agenouille presque à ses pieds. « Vous savez
    qui était en ville, aujourd’hui ? » Un à un, ils secouent
    la tête. « Vitchenko, le boucher.  » Un murmure
    s’élève de toutes les bouches. Vitchenko ! L’homme
    qui a écrasé la révolte des manufactures de cristal de
    Sébastopol. L’homme aux cent pendaisons. L’homme
    aux baïonnettes... Il était donc à Moscou ! Tous se re-
    gardent, et sursautent lorsque Azemov éclate de rire.
    « Pourquoi vous inquiétez-vous, camarades ? Regardez
    cette arme, et comptez les balles... » Il leur tend un
    pistolet que Nikolaï n’a jamais vu auparavant. C’est un
    six-coups, mais il n’y a plus de balles dans le barillet.
    Nikolaï sent un froid glacial s’abattre sur ses épaules.
    « Eh oui... Elles sont bien au chaud dans le corps de ce
    porc... Terre Libre vient de frapper... Mais je ne peux
    pas rester ici, mes amis, il me faut disparaître pendant
    quelque temps. Un fiacre m’attend dehors... Vous
    avez ce qu’il faut ? »

    Seb Doubinsky, Vies parallèles de Nikolaï Bakhmaltov, Publie.net

    Nous sommes passés hier, par les passages. Je n’ai trouvé aucun bouquin à lire dans telle ou telle boutique mais la voiture de l’an 2000 ou le chevalier en plastique sur son cheval en plastique, ça oui je l’aurai lu. J’écoute sans réagir podcast France Culture sur l’après livre, et François Bon, et Beigbeder. J’entends le nom Larbaud. Je paresse à poursuivre ce journal. J’ai quelques images en tête, elles s’usent et désespèrent, sans aucune intervention de ma part. Souvent de ces images de train, et des jambes battues et des bras morts. Je n’écris plus ici chaque jour. Ça reviendra. Si je n’archive pas moi-même mémoire, qui pour le faire ?

  • 060312

    6 mars 2012

    Le type à ma droite a l’air surpris que le type à ma gauche mentionne Minute. « Y a de bons trucs », dit-il. « Un jour, ça va vraiment péter ». J’ai l’impression d’avancer nu, la tête en équilibre sur une pile d’assiettes creuses (ou l’inverse). Et tu sais quoi ? Ma tête est la pile d’assiettes creuses, vides ou bien pleines. Je fais du mieux que je peux pour surtout rien renverser. J’ai mis les pompes pointues, celles du rendez-vous pro, j’attends quinze heures avec les mains sable. Chaque étage avalé pour rencontrer ce type, l’Escalator se rétrécit. Arrivé au septième, je trouverai une échelle. Je lis Poutine a fait (comme score) dans un bureau de vote russe, tchétchène, près de 107%. Reste là-bas une heure et quart et plus. Le type me serre la main et je remballe mes notes. J’ai pris avec la paume et l’oeil des photos des cas graves qu’il voulait me faxer. « On verra l’expertise... » Le gars d’à droite m’apprend qu’hier un accident de personne a perturbé circulation, les voies. J’ai mis deux heures pour rencontrer chez moi. Couché 20h40, la Tête cognant la tête à divergents endroits. Larbaud répète souvent, dans son Journal, « the Mood ». Moi j’ai la Tête. Hier cognait l’oeil gauche. Et le droit ? Il préfère le Nouvel Obs mais il acquiesce, « ça va péter », reste à savoir si nous (soit eux) on sera bien « toujours là pour le voir ». En sortant du métro les quais tanguent. Et je revois la boîte, médocs pris hier avant l’trou noir, dix heures sommeil : soyez prudent, ne pas conduire. « Si y a une guerre, moi j’irai pas ». Liste II uniquement sur ordonnance. « Des fois aussi Atlantico ». Les gellules doivent être ingérées telles quelles à l’aide d’un grand verre d’eau. Celle d’en face ne dit rien, écarquille droit ses Doc Martens. Si elle était un mec, il serait belle comme dingue (et je prendrais photo). Toujours sans nouvelle du Husky, chien d’en face. Fait très nuit quand le train me débarque. Me demande bien ce que l’Histoire pensera, relisant mes quelques foutues notes, si cette connasse les lit, de la vraie phrase suivante : « Vladimir Poutine élu à la présidence russe dès le premier tour ».

  • 150512

    15 mai 2012

    C’est quoi un vrai journal ? Dans mon dossier Journal, j’ai 13 sous-dossiers correspondant chacun à une année en cours, puis écoulée. Mais quand je lis Jünger ou quand je lis Larbaud, j’ai jamais l’impression de rien lire de tout à fait pareil à moi. Je suis ailleurs. Me demande juste : il est où, vraiment, le vrai journal ? Ici ? Dans le journal bis, celui hors ligne ? Dans la rubrique fragmentée, qui reprend, pour chaque jour depuis X ans, une seule phrase ciselée ? Dans 17h34, où chaque jour depuis X ans une photo prise à la même heure ? Dans les textes Publie, chacun à sa façon le journal d’un machin (de l’espace, des faussetés, de l’en bas) ? Dans Coup de tête, bientôt Publie peut-être ? Ou bien ailleurs, caché quelque part, là sous ma tête pas nette ?

    M. Kahn et M. Béjuin, le colonel, toute la bande se jeta dans les bras du nouveau ministre. La nomination devait paraître le lendemain seulement au Moniteur, à la suite de la démission de Rougon ; mais le décret était signé, on pouvait triompher. Ils lui allongeaient de vigoureuses poignées de main, avec des ricanements, des paroles chuchotées, un élan d’enthousiasme que contenaient à grand’peine les regards de toute la salle. C’était la lente prise de possession des familiers, qui baisent les pieds, qui baisent les mains, avant de s’emparer des quatre membres.

    Terminé Son Excellence. Ces deux extraits, voisins à quelques lignes près, fin du chapitre 13, que je surligne (on y est).

    Rougon avait blessé Marsy, Marsy venait de blesser Rougon, cela continuerait ainsi jusqu’à ce que l’un des deux restât sur le carreau. Peut-être même, au fond, ne souhaitaient-ils pas leur mort complète, amusés par la bataille, occupant leur vie de leur rivalité ; puis, ils se sentaient vaguement comme les deux contre-poids nécessaires à l’équilibre de l’empire, le poing velu qui assomme, la fine main gantée qui étrangle.

    Zola, Son Excellence Eugène Rougon, Les éditions de Londres

    Le dossier postapocalypse, un ajout (via @Urbain) : Agbogbloshie (Ghana).

  • 271112

    28 novembre 2012

    Minuit. J’écris ces lignes à Berlin. Veni, creator spiritus ! Diablesse de vie sans création ! C’est ce que je voulais ? Oui, mais pas ainsi. C’est pour cela que tu écrivais ? Mais non, voyons. Tu es content ? Fondamentalement oui, mais avec des réserves. Alors qu’est-ce qu’il y a ? Il y a que je n’écris pas ; ma vie n’a pas de sens, je me vis comme un étranger.

    Imre Kertész (peu après le Nobel), Sauvegarde, Actes Sud, traduction Natalia Zaremba-Huzsva et Charles Zaremba

    Réveil les yeux ouverts : encore une fois le mot askance, attrapé dans Ulysse, et savoir en lisant d’où il vient (et la couleur qu’il a) : d’Under the volcano bien sûr. Chanson tressée durant les rêves, celle entendue hier dans Kill Bill 2, qui me rappelle à d’autres temps que les nôtres.

    Frankenstein, Falconer et même Man plus, rien à faire, en lis deux pages, trois pages, et puis je ferme le truc, quelque part autre part, et hormis le Kertész, non j’arrive rien à lire. Pourquoi ?

    Mail de Thomas Villatte sur un point important dans le projet Ulysse qui est celui de la temporalité de la langue (ça se dit ?), enfin du fait que la langue actuelle utilisée dans la traduction est propre à notre époque présente, mais que se passera-t-il dans trente ou quarante ans quand on sera (j’espère !) au bout ? Et, comme il y a un écart géographique entre les points de départ et d’arrivée de Bloom et de Stephen dans le roman déambulatoire, y aura-t-il un écart temporel de langue entre mon Ulysse 1 et l’Ulysse 50000 ? Vraie question, je lui dis. Fascinante, et je le pense. Et le truc que je retiens de ma réponse improvisée c’est ce truc :

    ...le voyage temporel que ce serait : on part d’un point précis en 2010 pour arriver à l’autre bout de la ville en 2050, et pourtant dans le récit lui-même seule une journée s’est écoulée...

    Quel pied ce serait, vraiment, si on pouvait faire ça.

    Je me souviens, il y a quelques années, juste avant lire Larbaud, son Journal de 1600 pages, un genre de dégoût du roman, raison d’ailleurs pour laquelle je m’étais réfugié chez Larbaud à la base. Même chose ici ? Car Kertész, lui, ça marche.

  • 271213

    4 janvier 2014

    Je suis étudiant dans une université qui n’est pas celle que je fréquentais quand j’étais étudiant. À la BU, département littératures anglaises (c’est une espèce de boule en métal, c’est un observatoire) je traque l’édition Gabler d’Ulysses. Tout ce que je trouve, c’est une machine à écrire en état de fonctionnement, laquelle est accompagnée d’une note manuscrite où il est écrit l’incipit du roman. C’est ça le vrai Ulysse : c’est à écrire toi-même.

    Dans la vie véritable, j’ai de la toux dans le ventre et je me demande, au réveil, si l’édition Gabler d’Ulysse peut être utilisée aussi librement que l’édition originelle où si les droits sont différents (est-ce qu’une édition c’est une œuvre de l’esprit répondant aux mêmes lois qu’une œuvre littéraire en tant que telle ?) ; c’est une question qu’il faudrait poser à Lionel Maurel. Par ailleurs, j’en ai trouvé assez facilement une version epub mais s’agit-il d’une édition libre de droit ?

    N. et L. au Méliès. L., je ne la vois quoi une fois par an, une fois par an au Méliès. Je cherche vaguement quelques critiques sur Joyce, plus loin, Quartier Latin, N. cherche les Mille et une nuits, je ne trouve pas (ce que je trouve c’est un Abeilles de verre trop grand et dont le prix, sur la quatrième de couverture, est imprimé en balles), N. trouve, nous nous séparerons le long des mats un peu plus tard.

    Larbaud, parlant d’Ulysse, le personnage de L’odyssée, dans sa Préface à l’édition Gallimard de Gens de Dublin :

    Il est homme, et le plus complètement humain de tous les héros du cycle épique, et c’est ce caractère qui lui a valu d’abord la sympathie du [Joyce] collégien ; puis peu à peu, en le rapprochant toujours davantage de lui-même, le poète adolescent a recréé cette humanité, ce caractère humain, comique et pathétique de son héros. Et en le recréant, il l’a placé dans les conditions d’existence qu’il avait sous les yeux, qui étaient les siennes : à Dublin, de nos jours, dans la complication de la vie moderne, et au milieu des croyances, des connaissances et des problèmes de notre temps.

  • 220414

    30 avril 2014

    Back to work 5. Missed my stop. Listened to People before the building. Someone smashed open a mailbox or two, there is an empty bottle of wine, right here on the floor, against the two glass doors. Went to the supermarket to buy some toothpaste coming home. I’ve got an umbrella drying between some of my shoes. On the pavement a girl, she’s a teenager I guess, she’s walking with a friend, someone runs after her he says miss miss several times, he gives her some earphones of hers she has left behind without noticing and she doesn’t even says thanks, she says eh, les gens ici c’est vraiment pas des pédés and then her friends : c’est des touristes, and they disappear in the supermarket together. Supermarket or groceries store ? I’m soaking wet or I don’t know. It rains. Later I’ll think : the "Building" part of Einstein on the beach is gorgeous, the very heart of it. But I guess I won’t buy just toothpaste after all and listen . . . listen : this is the War’s evensong, the War’s canonical hour, and the night is real.

  • 220818

    22 septembre 2018

    Lui, c’est un photographe qui travaille l’envers de ses photos : au verso, il dessine ceux dont il a tiré le portrait sous les traits de personnages de la Bande à Picsou. Moi, je suis englué dans des histoires d’orthographe, d’accords, d’adjectifs qui sont, des fois, des adverbes. Et pourquoi la langue française est-elle aussi complexe ? Dans ces circonstances, il convient d’écrire xxxxx mais devant un adjectif féminin au pluriel et s’il a plu dans les dernières quarante-huit heures, il faut écrire xxxxy. Et bien entendu les auteurs auxquels on se réfère ont toujours cru bon d’écrire des trucs à leur sauce alors on ne sait plus s’il faut plutôt écrire comme Larbaud ou comme Bernadin de Saint-Pierre (j’ai mon idée) car, oui, Bernardin de Saint-Pierre est entré subitement dans ma vie aujourd’hui... et y est ressorti aussi sec. Du reste, ça n’explique pas pourquoi Johnny Rockfort prétend qu’il viole les filles dans les parkings quand il en est à arriver en ville. C’est un truc qui m’a frappé dans ma lecture — en cours à l’heure où j’écris ces lignes mais probablement achevée à l’heure où je les publierai (non) — de Kronos, le versant le plus intime du Journal de Gombrowicz. Voilà ce qu’il écrit (parlant d’une fille, car il tient le compte des personnes avec qui il a couché) celle-là que je n’ai pas pu violer. Un peu plus loin, toujours dans une énumération de conquêtes :

    2 putains de Mokotów. L’amie de Jadźka. La danseuse de Wilno. O’Brien de Lassy. La putain, chaude-pisse. La fille que je n’arrive pas à violer. Je me saoule, je me promène dans la ville. La bonne de Zaborów. La serveuse du Zodiak (avec Piętak)

    En 1938. Bon, c’est quand même préoccupant. Parce que, pendant ce temps, dans le monde présent, certains de ceux qui s’étaient offusqués, pendant #metoo, que l’on dénonçait des hommes intègres semblent se gargariser qu’Asia Argento, victime d’Harvey Weinstein, ait conclu un accord avec un jeune homme qui l’accusait d’agression sexuelle. Voilà d’où viennent ces trucs : de partout en définitive. Et voilà comment ils circulent au milieu d’autres préoccupations du jour. Par exemple : j’ai dû choisir un extrait de CdT à afficher sur la page qui me sera dédiée sur le site de la MéL. J’ai mis du temps. Ce n’est pas un texte dont on peut facilement isoler des extraits. La marque des mauvais livres ? Je sais pas. Ce que je sais, c’est que si c’était à refaire, je ferais probablement les choses très différemment. J’ai, finalement, choisi ce passage, situé dans la dernière partie du livre, qui n’est pas forcément celle à laquelle on pense finalement :

    Je suis mon père à la trace. Il sait pas que je le suis et je sais pas que c’est lui : tout le monde y gagne.

    Pour un pas posé sur le trottoir bouillant je plaque semelle idem dans le même mouvement. Mon corps furtif plié sous moi je l’abrite dans son ombre. Filature sans bruit. Vacarme en marge.

    Il force le pas. Je crois qu’il m’a vu dans un reflet vitrine. Mains dans les poches il accélère. Je suis. J’avale des glaires. Je crache ma faim. Je tiens quand même et même sous ses coups de speed je décroche pas.

    Il prend des voies détournées, piétine exprès dans les rues en travaux, s’enfonce par cœur dans les tranchées sens interdit. Je tourne avec lui.

    Il fuse le long des murs, slalome entre les corps, moi je traverse. Fonce.

    Il tourne à droite, moi je vais tout droit, cours un peu jusqu’au prochain carrefour, puis vire à droite et droite encore pour le coincer plein axe contre un feu rouge. Une fois qu’il est en face de moi et qu’entre nous y a plus personne et qu’on est seul dans le silence de la rue et que le soleil crépite vertical sur nos deux corps carbo, je me rends compte que derrière son visage c’est pas mon père et qu’en vrai c’est quelqu’un d’autre et je le laisse me cracher à la gueule parce que je lui dois bien ça.


  • ↑ 1 Voir pour ça la seconde moitié du livre, celle « du prince », et le récit du rêve tout particulièrement : les pages sont remplies de « écrit mon fils, dit le prince » mis à la suite, les deux paroles s’imbriquant l’une dans l’autre en permanence, comme dans l’exemple suivant : « Je ferme les rideaux, écrit mon fils, dit le prince, après tout, je puis n’être pas là, écrit-il, et il écrit, je ferme effectivement les rideaux mais, aussitôt après, je les rouvre parce qu’il me semble ridicule de les fermer à cause du secrétaire communal Moser... »

    ↑ 2 « Mon » homosexualité latente et impérieuse, celle qui se fait jour in Tombeau pour cinq cent mille soldats, c’est celle qui naît et se développe quand la femme est absente ; c’est celle des hommes virils privés de femme. La preuve : les garçons vus et désirés par moi in the streets or in my dreams, and written in Tombeau pour cinq cent mille soldats sont tous superbes. Donc, homosexualité où l’acte est idéal, où l’objet du désir et la forme d’approche et d’attachement ne sont le fait que d’hommes profondément masculins. D’où ma répugnance pour l’inversion. (Pierre Guyotat, Carnets de bord volume 1, Lignes Manifeste, P.324

    ↑ 3 Cette citation est extraite des remerciements du Fond du ciel, de Rodrigo Fresán (P.292-293). Elle propose une description succincte des livres tels qu’ils existent sur une planète extra-terrestre et qui rappellerait non sans humour une version Sci-Fi de Twitter.

    ↑ 4 Lapsus clavier : H. s’en dort.

    ↑ 5 Larbaud did it you know.