Toute la tension du désespoir irriguant Shingeki no Kyojin se trouve dans cette phrase de Maeterlinck : Le bonheur des termites, c’est d’avoir eu à lutter contre un ennemi implacable, aussi intelligent, plus fort, mieux armé qu’eux. C’est un dilemme narratif. En tant qu’espèce, nous n’avons plus d’ennemis. Alors nous sommes l’ennemi. Quelqu’un me tire de mes pensées : on frappe à la porte exactement comme, enfants, les copains du quartier frappaient à la porte alors que nous avions tous une sonnette. Mais ça ne nous serait jamais venu à l’esprit de l’utiliser. Parce que quand nous avons commencé à aller-venir chez les uns chez les autres, on n’était pas assez grands pour l’atteindre ? Pas sûr. Pour être intuitivement reconnus des autres au bruit ? Là, ce n’est pas quiconque issu de mon passé, juste du spam en présentiel. Si lui frappe plutôt que sonne, c’est que la sonnette ne marche pas. Mais il y a une cloche. Mais il préfère frapper. Je ne suis que locataire, je ne l’intéresse pas (du reste, je ne suis pas sûr de m’intéresser moi-même). Il repart bredouille, le masque prêt à lui tomber du nez. Il est dans l’immobilier. J’ai envie de dire, personne n’est parfait. Je le dis pas. Je me dis : plutôt que de dire ou exprimer n’importe quoi, il vaudrait mieux différer mes réponses (mes réponses à qui que ce soit lorsque quelqu’un me parle) de vingt-quatre heures. De manière à pouvoir réfléchir à ce que je dis avant de le dire. De manière à pouvoir refroidir quand c’est incandescent. Mais alors, il deviendrait très vite impossible de mener aucune conversation avec moi. N’est-ce pas le but de la manœuvre ? De ne plus s’exprimer qu’en octets par écrit, je ne sais pas si c’est un fantasme ultime de l’écrivain s’imaginant écrire, mais le fait est que c’est présent chez d’autres : Je veux une parole d’ardoise tombée au sol. Je veux une parole posée par terre qui ne serait à personne [1] Puis, plus loin : Je veux que mon refus soit compris comme le refus de tout ce qui n’a aucun sens. Je ne veux pas me justifier. Nous sommes injustifiables. Je dis oui. H. me dit je n’en reviens pas du nombre de pas que tu dois faire pour aller de ton bureau à la cuisine, du coup je compte : vingt-quatre, escaliers compris, ce qui est effectivement beaucoup plus qu’à Paris dans le petit appartement de la rue T. (trois ?). Pour faire le tour du jardin comme on arpenterait silencieusement un cloître, en prenant en compte la partie latérale qui relie le backyard au front, j’en compte cent. Cent pas pendant que la cuve de récupération des eaux de pluie se disperse dans la végétation et que tout croît. Il faudrait couper quelque chose ; quoi ? Est-on censé couper quand on fait le tour du cloître dans des perspectives méditatives ? Est-on censé penser ? Je pense. Je pense à cette vidéo fameuse de Kurt Vonnegut dans laquelle on le voit expliquer avec humour les différents schémas narratifs possibles en les illustrant sous la forme de courbes sur un tableau noir. J’ai souvent voulu faire des courbes, ce qui est sans doute une forme de défaite dans l’écriture, j’en ai conscience. Mais là je me disais : au fond j’aimerais que ma courbe narrative passe son temps à te surprendre et qu’elle prenne la forme de la Partita pour violon n°2 en D mineur, BWV 1004 de Bach. Plus j’écoute ce morceau en boucle (tous les matins au réveil) et moins je comprends où il va. Toujours la courbe mélodique prend des tournures imprévues alors que, du fait de la répétition, on pourrait supposer que je suis de mieux en mieux armé (bien que le mot soit impropre) à la saisir. Mais non. Elle t’insaisit. Surtout, elle va dans les contraires. Et il y a des notes entières que je ne vois pas, que je ne suis pas en mesure de retrouver une fois que la musique s’arrête (non le nom de la note mais sa substance). Voilà le genre de récit que j’aimerais concevoir.

GV
vendredi 15 janvier 2021 - mercredi 20 janvier 2021




[1Les petites cosmogonies, Christine Jeanney.

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151220, version 7 (15 janvier 2021)

Toute la tension du désespoir irriguant Shingeki no Kyojin se trouve dans cette phrase de Maeterlinck : Le bonheur des termites, c’est d’avoir eu à lutter contre un ennemi implacable, aussi intelligent, plus fort, mieux armé qu’eux. C’est un dilemme narratif. En tant qu’espèce, nous n’avons plus d’ennemis. Alors nous sommes l’ennemi. Quelqu’un me tire de mes pensées : on frappe à la porte exactement comme, enfants, les copains du quartier frappaient à la porte alors que nous avions tous une sonnette. Mais ça ne nous serait jamais venu à l’esprit de l’utiliser. Parce que Parce-que quand nous avons commencé à aller-venir chez les uns chez les autres, on n’était nous ne l’atteignions pas assez grands pour l’atteindre en taille ? Pas sûr. Pour être intuitivement reconnus des autres au bruit ? Là, ce n’est pas quiconque issu de mon passé, juste mais simplement du spam en présentiel. Si lui frappe plutôt que sonne, c’est que la sonnette ne marche pas. Mais il y a une cloche. Mais il préfère frapper. Je ne suis que locataire, je ne l’intéresse pas (du reste, je ne suis pas sûr de m’intéresser moi-même). Il repart bredouille bredouile , le masque prêt à lui tomber du nez. Il est dans l’immobilier. J’ai envie de dire, personne n’est parfait. Je le dis pas. Je me dis : plutôt que de dire ou exprimer n’importe quoi, il vaudrait mieux différer mes réponses (mes réponses à qui que ce soit lorsque quelqu’un lorsqu’on me parle) de vingt-quatre heures. De manière à pouvoir réfléchir à ce que je dis avant de le dire. De manière à pouvoir refroidir quand c’est incandescent. Mais alors, il deviendrait très vite impossible de mener aucune conversation avec moi. N’est-ce pas aussi le but de la manœuvre ? De ne plus s’exprimer qu’en octets par écrit de l’écrit , je ne sais pas si c’est un fantasme ultime de l’écrivain s’imaginant écrire, mais le fait est que c’est présent chez d’autres  : Je veux une la question du silence et du renoncement à la parole d’ardoise tombée au sol revient partout , tout le temps , à commencer par ce journal . Mais chez d’autres voix aussi : Je veux une parole d’ardoise tombée au sol. Je veux une parole posée par terre qui ne serait à personne [1] Puis, plus loin : Je veux que mon refus soit compris comme le refus de tout ce qui n’a aucun sens. Je ne veux pas me justifier. Nous sommes injustifiables. Je dis oui. H. me dit je n’en reviens revient pas du nombre de pas que tu dois faire pour aller de ton bureau à la cuisine, du coup je compte : vingt-quatre, escaliers compris, ce qui est effectivement beaucoup plus qu’à Paris dans le petit appartement de la rue T . (trois ?). Pour faire le tour du jardin comme on arpenterait silencieusement un cloître, en prenant en compte la partie latérale qui relie le backyard au front, j’en compte cent. Cent pas pendant que la cuve de récupération des eaux de pluie se disperse dans la végétation et que tout croît. Il faudrait couper quelque chose ; quoi ? Est-on censé couper quand on fait le tour du cloître dans à des perspectives visées méditatives ? Est-on censé penser ? Je pense. Je pense à cette vidéo fameuse de Kurt Vonnegut dans laquelle on le voit expliquer avec humour les différents schémas narratifs possibles en les illustrant sous la forme de courbes sur un tableau noir. J’ai souvent voulu faire des courbes, ce qui est sans doute une forme de défaite dans l’écriture, j’en ai conscience. Mais là je me disais : au fond j’aimerais que ma courbe narrative passe son temps à te surprendre et qu’elle prenne la forme de la Partita pour violon n°2 en D mineur, BWV 1004 de Bach. Plus j’écoute ce morceau en boucle (tous les matins au comme réveil) et moins je comprends où il va. Toujours la courbe mélodique prend des tournures imprévues alors que, du fait de la répétition, on pourrait supposer que je suis de mieux en mieux armé (bien que le mot soit impropre) à la saisir. Mais non. Elle t’insaisit. Surtout, elle va dans les contraires. Et il y a des notes entières que je ne vois pas, que je ne suis pas en mesure de retrouver une fois que la musique s’arrête (non le nom de la note mais sa substance). même ), peu importe le nombre de fois qu’elle m’imprègne au préalable . Voilà le genre de récit que j’aimerais concevoir.Quelque chose de parfaitement mélodique, mais pour autant toujours imprévisible et à la complexité caché sous des airs d’évidence.

[1Les petites cosmogonies, Christine Jeanney.

H., Christine Jeanney, Kurt Vonnegut, P., SNK, Maurice Maeterlinck

151220, version 6 (15 janvier 2021)

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Toute la tension du désespoir irriguant Shingeki no Kyojin se trouve dans cette phrase de Maeterlinck : Le bonheur des termites, c’est d’avoir eu à lutter contre un ennemi implacable, aussi intelligent, plus fort, mieux armé qu’eux. C’est un dilemme narratif. En tant qu’espèce, nous n’avons plus d’ennemis. Alors nous sommes l’ennemi. Quelqu’un me tire de mes pensées : on frappe à la porte exactement comme, enfants, les copains du quartier frappaient à la porte alors que nous avions tous une sonnette. Mais ça ne nous serait jamais venu à l’esprit de l’utiliser. Parce-que quand nous avons commencé à aller-venir chez les uns chez les autres, nous ne l’atteignions pas en taille ? Pas sûr. Pour être intuitivement reconnus des autres au bruit ? Là, ce n’est pas quiconque issu de mon passé mais simplement du spam en présentiel. Si lui frappe plutôt que sonne, c’est que la sonnette ne marche pas. Mais il y a une cloche. Mais il préfère frapper. Je ne suis que locataire, je ne l’intéresse pas (du reste, je ne suis pas sûr de m’intéresser moi-même). Il repart bredouile, le masque prêt à lui tomber du nez. Il est dans l’immobilier. J’ai envie de dire, personne n’est parfait. Je le dis pas. Je me dis : plutôt que de dire ou exprimer n’importe quoi, il vaudrait mieux différer mes réponses (mes réponses à qui que ce soit lorsqu’on me parle) de vingt-quatre heures. De manière à pouvoir réfléchir à ce que je dis avant de le dire. De manière à pouvoir refroidir quand c’est incandescent. Mais alors, il deviendrait très vite impossible de mener aucune conversation avec moi. N’est-ce pas aussi le but de la manœuvre ? De ne plus s’exprimer qu’en octets de l’écrit, je ne sais pas si c’est un fantasme ultime de l’écrivain s’imaginant écrire, mais le fait est que la question du silence et du renoncement à la parole revient partout, tout le temps, à commencer par ce journal. Mais chez d’autres voix aussi : Je veux une parole d’ardoise tombée au sol. Je veux une parole posée par terre qui ne serait à personne [2] Puis, plus loin : Je veux que mon refus soit compris comme le refus de tout ce qui n’a aucun sens. Je ne veux pas me justifier. Nous sommes injustifiables. Je dis oui. H. me dit je n’en revient pas du nombre de pas que tu dois faire pour aller de ton bureau à la cuisine, du coup je compte : vingt-quatre, escaliers compris. Pour faire le tour du jardin comme on arpenterait silencieusement un cloître, en prenant en compte la partie latérale qui relie le backyard au front, j’en compte cent. Cent pas pendant que la cuve de récupération des eaux de pluie se disperse dans la végétation et que tout croît. Il faudrait couper quelque chose ; quoi ? Est-on censé couper quand on fait le tour du cloître à des visées méditatives ? Est-on censé penser ? Je pense. Je pense à [cette vidéo fameuse de Kurt Vonnegut->https://www.youtube.com/watch?v=oP3c1h8v2ZQ] Je pense à cette vidéo célèbre de Kurt Vonnegut dans laquelle on le voit expliquer avec humour les différents schémas narratifs possibles en les illustrant sous la forme de courbes sur un tableau noir. J’ai souvent voulu faire des courbes, ce qui est sans doute une forme de défaite dans l’écriture, j’en ai conscience. Mais là je me disais : au fond j’aimerais que ma courbe narrative passe son temps à te surprendre et qu’elle prenne la forme de la Partita pour violon n°2 en D mineur, BWV 1004 de Bach. Plus j’écoute ce morceau en boucle (tous les matins comme réveil) et moins je comprends où il va. Toujours la courbe mélodique prend des tournures imprévues alors que, du fait de la répétition, on pourrait supposer que je suis de mieux en mieux armé (bien que le mot soit impropre) à la saisir. Mais non. Elle t’insaisit. Surtout, elle va dans les contraires. Et il y a des notes entières que je ne vois pas, que je ne suis pas en mesure de retrouver une fois que la musique s’arrête (non le nom de la note mais sa substance même), peu importe le nombre de fois qu’elle m’imprègne au préalable. Voilà le genre de récit que j’aimerais concevoir. Quelque chose de parfaitement mélodique, mais pour autant toujours imprévisible et à la complexité caché sous des airs d’évidence.

[2[Les personne[. cosmogonies }." class='spip_out' rel='external'>Les petites cosmogonies] cc/c-jeanney/les-petites-cosmogonies/], Christine Jeanney.

H., Christine Jeanney, Kurt Vonnegut, SNK, Maurice Maeterlinck

151220, version 5 (15 janvier 2021)

Toute la tension du désespoir irriguant Shingeki no Kyojin se trouve encapsulée dans cette phrase lumineuse de Maeterlinck : Le bonheur des termites, c’est d’avoir eu à lutter contre un ennemi implacable, aussi intelligent, plus fort, mieux armé qu’eux. C’est un dilemme narratif. Je pense beaucoup à ça, je veux dire sur un plan narratif. En tant qu’espèce, nous n’avons plus d’ennemis. Alors nous sommes l’ennemi. Quelqu’un me tire de mes pensées : on frappe à la porte exactement comme, enfants, les copains du quartier frappaient à la porte alors que nous avions tous une sonnette. Mais ça ne nous serait jamais venu à l’esprit de l’utiliser. Parce-que quand nous avons commencé à aller-venir chez les uns chez les autres, nous ne l’atteignions pas en taille ? Pas sûr. Pour être intuitivement reconnus des autres au bruit ? Là, ce n’est pas quiconque issu de mon passé mais simplement du spam en présentiel. Si lui frappe plutôt que sonne, c’est que la sonnette ne marche pas. Mais il y a une cloche. Mais il préfère frapper. Je ne suis que locataire, je ne l’intéresse pas (du reste, je ne suis pas sûr de m’intéresser moi-même). Il repart bredouile, le masque prêt à lui tomber du nez. Il est dans l’immobilier. J’ai envie de dire, personne n’est parfait. Je ne le dis pas. Je me dis : plutôt que de dire ou exprimer n’importe quoi, il vaudrait mieux différer mes réponses (mes réponses à qui que ce soit lorsqu’on me parle) de vingt-quatre heures. De manière à pouvoir réfléchir à ce que je dis avant de le dire. De manière à pouvoir refroidir quand c’est incandescent. Mais alors, il deviendrait très vite impossible de mener aucune conversation avec moi. N’est-ce pas aussi le but de la manœuvre manoeuvre ? De ne plus s’exprimer qu’en octets de l’écrit, je ne sais pas si c’est un fantasme ultime de l’écrivain s’imaginant écrire, mais le fait est que la question du silence et du renoncement à la parole revient partout, tout le temps, à commencer par ce journal. Mais chez d’autres voix aussi : Je veux une parole d’ardoise tombée au sol. Je veux une parole posée par terre qui ne serait à personne [3] Puis, plus loin : Je veux que mon refus soit compris comme le refus de tout ce qui n’a aucun sens. Je ne veux pas me justifier. Nous sommes injustifiables. Je dis oui. [H H .->mot59] me dit je n’en revient pas du nombre de pas que tu dois faire pour aller de ton bureau à la cuisine, du coup je compte : vingt-quatre, escaliers compris. Pour faire le tour du jardin comme on arpenterait silencieusement un cloître, en prenant en compte la partie latérale qui relie le backyard au front, j’en compte cent. Cent pas pendant que la cuve de récupération des eaux de pluie se disperse dans la végétation et que tout croît. Il faudrait couper quelque chose ; quoi ? Est-on censé couper quand on fait le tour du cloître à des visées méditatives ? Est-on censé penser ? Je pense. Je pense à cette vidéo célèbre de Kurt Vonnegut dans laquelle on le voit expliquer avec humour les différents schémas narratifs possibles en les illustrant sous la forme de courbes d’une courbe sur un tableau noir. J’ai souvent voulu faire des courbes, ce qui est sans doute une forme de défaite dans l’écriture médiocrité d’écriture , j’en ai conscience. Mais là je me disais : au fond j’aimerais que ma courbe narrative passe son temps à te surprendre et qu’elle prenne la forme de la Partita pour violon n°2 en D mineur, BWV 1004 de Bach. Plus j’écoute ce morceau en boucle (tous les matins comme réveilà la trompette ) et moins je comprends où il va. Toujours la courbe mélodique de la mélodie prend des tournures imprévues alors que, du fait du contexte de la répétition, on pourrait supposer supposé que je suis de mieux en mieux armé (bien que le mot soit impropre) à la saisir. Mais non. Elle t’insaisit. Surtout, elle va dans les contraires. Et il y a des notes entières que je ne vois pas, que je ne suis pas en mesure de retrouver une fois que la musique s’arrête (non le nom de la note mais sa substance même), peu importe le nombre de fois qu’elle m’imprègne au préalable. Voilà le genre de récit que j’aimerais concevoir. Quelque chose de parfaitement mélodique, mais pour autant toujours imprévisible et à la complexité caché sous des airs d’évidence.

[3Les petites cosmogonies.

151220, version 4 (15 décembre 2020)

Toute la tension du désespoir irriguant Shingeki no Kyojin se trouve encapsulée dans cette phrase lumineuse de Maeterlinck : Le bonheur des termites c’est d’avoir eu à lutter contre un ennemi implacable, aussi intelligent, plus fort, mieux armé qu’eux. Je pense beaucoup à ça, je veux dire sur un plan narratif. En tant qu’espèce, nous n’avons plus d’ennemis. Alors nous sommes l’ennemi. Quelqu’un me tire de mes pensées : on frappe à la porte exactement comme, enfants, les copains du quartier frappaient à la porte alors que nous avions tous une sonnette. Mais ça ne nous serait jamais venu à l’esprit de l’utiliser. Parce-que quand nous avons commencé à aller-venir chez les uns chez les autres, nous ne l’atteignions pas en taille ? Pas sûr. Pour être intuitivement reconnus des autres au bruit ? Là, ce n’est pas quiconque issu de mon passé mais simplement du spam en présentiel. Si lui frappe plutôt que sonne, c’est que la sonnette ne marche pas. Mais il y a une cloche. Mais il préfère frapper. Je ne suis que locataire, je ne l’intéresse pas (du reste, je ne suis pas sûr de m’intéresser moi-même). Il repart bredouile, le masque prêt à lui tomber du nez. Il est dans l’immobilier. J’ai envie de dire, personne n’est parfait. Je ne le dis pas. Je me dis : plutôt que de dire ou exprimer n’importe quoi, il vaudrait mieux différer mes réponses (mes réponses à qui que ce soit lorsqu’on me parle) de vingt-quatre heures. De manière à pouvoir réfléchir à ce que je dis avant de le dire. De manière à pouvoir refroidir quand c’est incandescent. Mais alors, il deviendrait très vite impossible de mener aucune conversation avec moi. N’est-ce pas aussi le but de la manoeuvre ? De ne plus s’exprimer qu’en octets de l’écrit, je ne sais pas si c’est un fantasme ultime de l’écrivain s’imaginant écrire, mais le fait est que la question questin du silence et du renoncement à la parole revient partout, tout le temps, à commencer par ce journal. Mais chez d’autres voix aussi : Je veux une parole d’ardoise tombée au sol. Je veux une parole posée par terre qui ne serait à personne [4] Puis, plus loin : Je veux que mon refus soit compris comme le refus de tout ce qui n’a aucun sens. Je ne veux pas me justifier. Nous sommes injustifiables. Je dis oui. H. me dit je n’en revient pas du nombre de pas que tu dois faire pour aller de ton bureau à la cuisine, du coup je compte : vingt-quatre, escaliers compris. Pour faire le tour du jardin comme on arpenterait silencieusement un cloître, en prenant en compte la partie latérale qui relie le backyard au front, j’en compte cent. Cent pas pendant que la cuve de récupération des eaux de pluie se disperse dans la végétation et que tout croît. Il faudrait couper quelque chose ; quoi ? Est-on censé couper quand on fait le tour du cloître à des visées méditatives ? Est-on censé penser ? Je pense. Je pense à cette vidéo célèbre de Kurt Vonnegut dans laquelle on le voit expliquer avec humour les différents schémas narratifs possibles en les illustrant sous la forme d’une courbe sur un tableau noir. J’ai souvent voulu faire des courbes, ce qui est sans doute une forme de médiocrité d’écriture, j’en ai conscience. Mais là je me disais : au fond j’aimerais que ma courbe narrative passe son temps à te surprendre et qu’elle prenne la forme de la Partita pour violon n°2 en D mineur, BWV 1004 de Bach. Plus j’écoute ce morceau en boucle (tous les matins comme réveil à la trompette) et moins je comprends où il va. Toujours la courbe de la mélodie prend des tournures imprévues alors que, du fait du contexte de répétition, on pourrait supposé que je suis de mieux en mieux armé (bien que le mot soit impropre) à la saisir. Mais non. Elle t’insaisit. Surtout, elle va dans les contraires. Et il y a des notes entières que je ne vois pas, que je ne suis pas en mesure de retrouver une fois que la musique s’arrête (non le nom de la note mais sa substance même), peu importe le nombre de fois qu’elle m’imprègne au préalable. Voilà le genre de récit que j’aimerais concevoir. Quelque chose de parfaitement mélodique, mais pour autant toujours imprévisible et à la complexité caché sous des airs d’évidence.

[4Les petites cosmogonies.

151220, version 3 (15 décembre 2020)

Toute la tension du désespoir irriguant qu’on trouve dans Shingeki no Kyojin se trouve encapsulée dans cette phrase lumineuse de Maeterlinck : Le bonheur des termites c’est d’avoir eu à lutter contre un ennemi implacable, aussi intelligent, plus fort, mieux armé qu’eux. Je pense beaucoup à ça, je veux dire sur un plan narratif . En tant qu’espèce, nous n’avons plus d’ennemis. Alors nous sommes l’ennemi. Quelqu’un me tire de mes pensées : on frappe à la porte exactement comme, enfants, les copains du quartier frappaient à la porte alors que nous avions tous une sonnette. Mais ça ne nous serait jamais venu à l’esprit de l’utiliser. Parce-que quand nous avons commencé à aller-venir chez les uns chez les autres, nous ne l’atteignions pas en taille ? Pas sûr. Pour être intuitivement reconnus des autres au bruit ? Là, ce n’est pas quiconque issu de mon passé mais simplement du spam en présentiel. Si lui frappe plutôt que sonne, c’est que la sonnette ne marche pas. Mais il y a une cloche. Mais il préfère frapper. Je ne suis que locataire, je ne l’intéresse pas ( du reste , je ne suis pas sûr de m’intéresser moi-même ). . Il repart bredouile, le masque prêt à lui tomber du nez. Il est dans l’immobilier. J’ai envie de dire, personne n’est parfait. Je ne le dis pas. Je me dis : plutôt que de dire ou et exprimer n’importe quoi, il vaudrait mieux différer mes réponses (mes réponses à qui quoi que ce soit lorsqu’on me parle) de vingt-quatre heures. De manière à pouvoir réfléchir à ce que je dis avant de le dire. De manière à pouvoir refroidir quand c’est incandescent. Mais alors, il deviendrait très vite impossible de mener aucune conversation avec moi. N’est-ce pas aussi le but de la manoeuvre ? De ne plus s’exprimer qu’en octets de l’écrit, je ne sais pas si c’est un fantasme ultime de l’écrivain s’imaginant écrire, mais le fait est que la questin du silence et du renoncement à la parole revient partout, tout le temps, à commencer par ce journal . H. me dit je n’en revient pas du nombre de pas que tu dois faire pour aller de ton bureau à la cuisine, du coup je compte : vingt-quatre, escaliers compris. Pour faire le tour du jardin comme on arpenterait silencieusement un cloître, en prenant en compte la partie latérale qui relie le backyard au front, j’en compte cent. Cent pas pendant que la cuve de récupération des eaux de pluie se disperse dans la végétation et que tout croît. Il faudrait couper quelque chose ; quoi ? Est-on censé couper quand on fait le tour du cloître à des visées méditatives ? Est-on censé penser ? Je pense. Je pense à cette vidéo célèbre de Kurt Vonnegut dans laquelle on le voit expliquer avec humour les différents schémas narratifs possibles en les illustrant sous la forme d’une courbe sur un tableau noir. J’ai souvent voulu faire des courbes, ce qui est sans doute une forme de médiocrité d’écriture, j’en ai conscience. Mais là je me disais : au fond j’aimerais que ma courbe narrative passe son temps à te surprendre et qu’elle prenne la forme de la [Partita pour violon n°2 en D mineur, BWV 1004 de Bach->https://youtu.be/lpe7thXd69E]. Plus j’écoute ce morceau en boucle (tous les matins comme réveil à la trompette) et moins je comprends où il va. Toujours la courbe de la mélodie prend des tournures imprévues alors que, du fait du contexte de répétition, on pourrait supposé que je suis de mieux en mieux armé (bien que le mot soit impropre) à la saisir. Mais non. Elle t’insaisit. Surtout, elle va dans les contraires. Et il y a des notes entières que je ne vois pas, que je ne suis pas en mesure de retrouver une fois que la musique s’arrête (non le nom de la note mais sa substance même), peu importe le nombre de fois qu’elle m’imprègne au préalable. Voilà le genre de récit que j’aimerais concevoir. Quelque chose de parfaitement mélodique, mais pour autant toujours imprévisible et à la complexité caché sous des airs d’évidence.

151220, version 2 (14 décembre 2020)

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Guillaume Vissac est né dans la Loire un peu après Tchernobyl. Éditeur pour publie.net depuis 2015, il mène également ses propres chantiers d’écriture, de piratage littéraire et de traduction.

Livres : Vers Velvet (Pou, Histoires pédées, 2020). Accident de personne (Othello, réédition 2018) · Le Chien du mariage (traduction du recueil d'Amy Hempel, Cambourakis, 2018) · Mondeling (avec Junkuu Nishimura, publie.net, 2015) · Coup de tête (publie.net, 2013, réédité en 2017) · Accident de personne (publie.net, 2011) · Livre des peurs primaires (publie.net, 2010) · Qu'est-ce qu'un logement (publie.net, 2010)