111019


Tout le monde semble avoir un avis sur le Nobel de littérature (d’autant que cette année, il y en a deux). Pendant que les journalistes écrivent des articles pour faire semblant de ne pas recopier la dépêche de l’académie, ou font semblant de mettre à jour un vieil article consacré à l’un ou l’autre des lauréats pour donner l’impression qu’il s’agit d’un article venant de paraître alors que non, forcément, le jour de l’attribution du Nobel à l’un d’eux, ils ne lisent pas les livres dont il sont censé rendre compte. Lisent-ils ces livres à d’autres moments dans l’année ? Ou bien ces livres ne sont-ils plus que des piles (des piles de livres eux-mêmes, mais aussi des piles d’argumentaires commerciaux pondus par les attachés de presse) ? On trouve même quelqu’un pour écrire quelque part que le Nobel de littérature, ça ne concerne pas la littérature, c’est politique. Doit-on se sentir concerné par le Nobel quand on ne le reçoit pas soi-même, ou qu’on a pas travaillé directement avec l’un d’eux, ou avec l’un de leurs traducteurs, ou qu’on ne l’a pas lu ? Par exemple, je ne me sens pas concerné par le prix Nobel de Chimie. Pourquoi devrais-je l’être du Nobel de littérature ? Pourquoi devrait-on avoir un avis là-dessus ? Par exemple, quelqu’un présenté comme étant un salaud peut-il se voir décerner la plus haute distinction mondiale en matière de littérature ? N’est-ce pas précisément étrange qu’il y ait des distinctions en littérature ? Les nobélisés défilent-ils devant un panneau maculé de sponsors pour expliquer combien ils avaient à cœur de faire un bon résultat ce soir ? Les livres avec un bandeau prix Nobel 2019 vont-ils se vendre plus que ceux qui auront celui de 2018, alors même que les deux ont été décernés en même temps ? Que vont faire les lauréats de leur million d’euros ? Vont-ils acheter des livres avec, ou ont-ils maintenant l’habitude de se les faire envoyer en service de presse, et donc de ne pas les lire ? Que fais-tu d’un prospectus qu’on te donne dans la rue sans que tu demandes quoi que ce soit ? Tu le lis ou tu le ranges dans ta poche sans même le regarder, le plus souvent replié sous la forme d’une boule difforme ? Moi, je refuse systématiquement tout ce qu’on me donne dans la rue. C’est un principe de survie dans une grande ville. Si quelqu’un me propose le Nobel sur un trottoir, il est possible que je le refuse par inadvertance, ce qui est juste la meilleure façon de refuser un prix quand on y pense. De toute façon, avec les écouteurs que j’ai perpétuellement dans les oreilles quand je sors, je n’entendrai même pas ce qu’on me dit. L’autre jour, dans une grande surface culturelle qui jadis était aussi une librairie, et qui aujourd’hui vend surtout des mixeurs et des aspirateurs, j’ai vu qu’un grand fabricant de casques audio proposait désormais des lunettes de soleil avec des micro-enceintes pour écouter de la musique librement, sans casque, et sans déranger quiconque autour de soi. C’est bluffant. Mais ce que je me demande réellement c’est : vont-ils un jour pouvoir inventer un dispositif similaire, mais qui détecte quand quelqu’un te parle, et qui substitue aux paroles d’autrui mettons des phrases de Proust ? Par exemple, on s’adresse à toi pour te refiler un quotidien gratuit X ou Y et toi tu entends pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur.

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111019, version 7 (11 novembre 2019)

Paris, Marcel Proust
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Tout le monde semble avoir un avis sur le Nobel de littérature (d’autant que cette année, il y en a deux). Pendant que les journalistes écrivent des articles pour faire semblant de ne pas recopier la dépêche de l’académie, ou font semblant de mettre à jour un vieil article consacré à l’un ou l’autre des lauréats pour donner l’impression qu’il s’agit d’un article venant qui vient de paraître alors que non, forcément, le jour de l’attribution du Nobel à l’un d’eux, ils ne lisent pas les livres dont il sont censé rendre compte. Lisent-ils ces livres à d’autres moments dans l’année ? Ou bien ces livres ne sont-ils plus que des piles (des piles de livres eux-mêmes, mais aussi des piles d’argumentaires commerciaux pondus par les attachés de presse) ? On trouve même quelqu’un pour écrire quelque part que le Nobel de littérature, ça ne concerne pas la littérature, c’est politique. Doit-on se sentir concerné par le Nobel quand on ne le reçoit pas soi-même, ou qu’on a pas travaillé directement avec l’un d’eux, ou avec l’un de leurs traducteurs, ou qu’on ne l’a pas lu ? Par exemple, je ne me sens pas concerné par le prix Nobel de Chimie. Pourquoi devrais-je l’être du Nobel de littérature ? Pourquoi devrait-on avoir un avis là-dessus ? Par exemple, quelqu’un présenté comme étant un salaud peut-il se voir décerner la plus haute distinction mondiale en matière de littérature ? N’est-ce pas précisément étrange qu’il y ait des distinctions en littérature ? Les nobélisés défilent-ils devant un panneau maculé de sponsors pour expliquer combien ils avaient à cœur de faire un bon résultat ce soir ? Les livres avec un bandeau prix Nobel 2019 vont-ils se vendre plus que ceux qui auront celui de 2018, alors même que les deux ont été décernés en même temps ? Que vont faire les lauréats de leur million d’euros ? Vont-ils acheter des livres avec, ou ont-ils maintenant l’habitude de se les faire envoyer en service de presse, et donc de ne pas les lire ? Que fais-tu d’un prospectus qu’on te donne dans la rue sans que tu demandes quoi que ce soit ? Tu le lis ou tu le ranges dans ta poche sans même le regarder, le plus souvent replié sous la forme d’une boule difforme ? Moi, je refuse systématiquement tout ce qu’on me donne dans la rue. C’est un principe de survie dans une grande ville. Si quelqu’un me propose le Nobel sur un trottoir, il est possible que je le refuse par inadvertance, ce qui est juste la meilleure façon de refuser un prix quand on y pense. De toute façon, avec les écouteurs que j’ai perpétuellement dans les oreilles quand je sors, je n’entendrai même pas ce qu’on me dit. L’autre jour, dans une grande surface culturelle qui jadis était aussi une librairie, et qui aujourd’hui vend surtout des mixeurs et des aspirateurs, j’ai vu qu’un grand fabricant de casques audio proposait désormais des lunettes de soleil avec des micro-enceintes pour écouter de la musique librement, sans casque, et sans déranger quiconque autour de soi. C’est bluffant. Mais ce que je me demande réellement c’est : vont-ils un jour pouvoir inventer un dispositif similaire, mais qui détecte quand quelqu’un te parle, et qui substitue aux paroles d’autrui mettons des phrases de Proust ? Par exemple, on s’adresse à toi pour te refiler un quotidien gratuit X ou Y et toi tu entends pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur.

111019, version 6 (10 novembre 2019)

Tout le monde semble avoir un avis sur le Nobel de littérature (d’autant que cette année, il y en a deux). Pendant que les journalistes écrivent des articles pour faire semblant de ne pas recopier la dépêche de l’académie, ou font semblant de mettre à jour un vieil article consacré à l’un ou l’autre des lauréats pour donner l’impression qu’il s’agit d’un article qui vient de paraître alors que non , hasard du calendrier , forcément, le jour de l’attribution du Nobel à l’un d’eux, ils ne lisent pas les livres dont il sont censé rendre compte. Lisent-ils ces livres à d’autres moments dans l’année ? Ou bien ces livres ne sont-ils plus que des piles (des piles de livres eux-mêmes, mais aussi des piles d’argumentaires commerciaux pondus par les attachés de presse) ? On trouve même quelqu’un pour écrire quelque part que le Nobel de littérature, ça ne concerne pas la littérature, c’est politique. Doit-on se sentir concerné par le Nobel quand on ne le reçoit pas soi-même, ou qu’on a pas travaillé directement avec l’un d’eux, ou avec l’un de leurs traducteurs, ou qu’on ne l’a pas lu ? Par exemple, je ne me sens pas concerné par le prix Nobel de Chimie. Pourquoi devrais-je l’être du Nobel de littérature ? Pourquoi devrait-on avoir un avis là-dessus ? Par exemple, quelqu’un présenté comme étant un salaud peut-il se voir décerner la plus haute distinction mondiale en matière de littérature ? N’est-ce pas précisément étrange qu’il y ait des distinctions en littérature ? Les nobélisés défilent-ils devant un panneau maculé de sponsors pour expliquer combien ils avaient à cœur de faire un bon résultat ce soir ? Les livres avec un bandeau prix Nobel 2019 vont-ils se vendre plus que ceux qui auront celui de 2018, alors même que les deux ont été décernés en même temps ? Que vont faire les lauréats de leur million d’euros ? Vont-ils acheter des livres avec, ou ont-ils maintenant l’habitude de se les faire envoyer en service de presse, et donc de ne pas les lire ? Que fais-tu d’un prospectus qu’on te donne dans la rue sans que tu demandes quoi que ce soit ? Tu le lis ou tu le ranges dans ta poche sans même le regarder, le plus souvent replié sous la forme d’une boule difforme ? Moi, je refuse systématiquement tout ce qu’on me donne dans la rue. C’est un principe de survie dans une grande ville. Si quelqu’un me propose le Nobel sur un trottoir trottoire , il est possible que je le refuse par inadvertance, ce qui est juste la meilleure façon de refuser un prix quand on y pense. De toute façon, avec les écouteurs que j’ai perpétuellement dans les oreilles quand je sors, je n’entendrai même pas ce qu’on me dit. L’autre jour, dans une grande surface culturelle qui jadis était aussi une librairie, et qui aujourd’hui vend surtout des mixeurs et des aspirateurs, j’ai vu qu’un grand fabricant de casques audio proposait désormais des lunettes de soleil avec des micro-enceintes pour écouter de la musique librement, sans casque, et sans déranger quiconque autour de soi. C’est bluffant. Mais ce que je me demande réellement c’est : vont-ils un jour pouvoir inventer un dispositif similaire, mais qui détecte quand quelqu’un te parle, et qui substitue aux paroles d’autrui mettons des phrases de Proust ? Par exemple, on s’adresse à toi pour te refiler un quotidien gratuit X ou Y et toi tu entends pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur.

111019, version 5 (8 novembre 2019)

Tout le monde semble avoir un avis sur le Nobel de littérature (d’autant que cette année, il y en a deux). Pendant que les journalistes écrivent des articles pour faire semblant de ne pas recopier la dépêche de l’académie, ou font semblant de mettre à jour un vieil article consacré à l’un ou l’autre des lauréats pour donner l’impression qu’il s’agit d’un article qui vient de paraître, hasard du calendrier, forcément, le jour de l’attribution du Nobel à l’un d’eux, ils ne lisent pas les livres dont il sont censé rendre compte. Lisent-ils ces livres à d’autres moments dans l’année ? Ou bien ces livres ne sont-ils plus que des piles (des piles de livres eux-mêmes, mais aussi des piles d’argumentaires commerciaux pondus par les attachés de presse)  ? ). On trouve même quelqu’un pour écrire quelque part que le Nobel de littérature, ça ne concerne pas la littérature, c’est politique. Doit-on se sentir concerné par le Nobel quand on ne le reçoit pas soi-même, ou qu’on a pas travaillé directement avec l’un d’eux, ou avec l’un de leurs traducteurs , ou qu’on ne l’a pas lu ? Par exemple, je ne me sens pas concerné par le prix Nobel de Chimie. Pourquoi devrais-je l’être du Nobel de littérature ? Pourquoi devrait-on avoir un avis là-dessus ? Par exemple, quelqu’un présenté comme étant un salaud peut-il se voir décerner la plus haute distinction mondiale en matière de littérature ? N’est-ce pas précisément étrange qu’il y ait des distinctions en littérature ? Les nobélisés défilent-ils devant un panneau maculé de sponsors pour expliquer combien ils avaient à cœur de faire un bon résultat ce soir ? Les livres avec un bandeau prix Nobel 2019 vont-ils se vendre plus que ceux qui auront celui de 2018, alors même que les deux ont été décernés en même temps ? Que vont faire les lauréats de leur million d’euros ? Vont-ils acheter des livres avec, ou ont-ils maintenant l’habitude de se les faire envoyer en service de presse, et donc de ne pas les lire ? Que fais-tu d’un prospectus qu’on te donne dans la rue sans que tu demandes quoi que ce soit ? Tu le lis ou tu le ranges dans ta poche sans même le regarder, le plus souvent replié sous la forme d’une boule difforme ? Moi, je refuse systématiquement tout ce qu’on me donne dans la rue. C’est un principe de survie dans une grande ville. Si quelqu’un me propose le Nobel sur un trottoire , il est possible que je le refuse par inadvertance, ce qui est juste la meilleure façon de refuser un prix quand on y pense. De toute façon, avec les écouteurs que j’ai perpétuellement dans les oreilles quand je sors, je n’entendrai même pas ce qu’on me dit. L’autre jour, dans une grande surface culturelle qui jadis était aussi une librairie, et qui aujourd’hui vend surtout des mixeurs et des aspirateurs, j’ai vu qu’un grand fabricant de casques audio proposait désormais des lunettes de soleil avec des micro-enceintes pour écouter de la musique librement, sans casque, et sans déranger quiconque autour de soi. C’est bluffant. Mais ce que je me demande réellement c’est : vont-ils un jour pouvoir inventer un dispositif similaire, mais qui détecte quand quelqu’un te parle, et qui substitue aux paroles d’autrui mettons des phrases de Proust ? Par exemple, on s’adresse à toi pour te refiler un quotidien gratuit X ou Y et tu entends on te dit pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur.

111019, version 4 (6 novembre 2019)

Tout le monde semble avoir un avis sur le Nobel de littérature (d’autant que cette année, il y en a deux). Pendant que les journalistes écrivent des articles pour faire semblant de ne pas recopier la dépêche de l’académie, ou font semblant de mettre à jour un vieil article consacré à l’un ou l’autre des lauréats pour donner l’impression qu’il s’agit d’un article de fond qui vient de paraître, hasard du calendrier, forcément , le jour de l’attribution du Nobel à l’un d’eux, ils ne lisent pas les livres dont il sont censé rendre compte. Lisent-ils ces livres à d’autres moments dans l’année ? Ou bien ces livres ne sont-ils plus que des piles (des piles de livres eux-mêmes, mais aussi des piles d’argumentaires commerciaux pondus par les attachés de presse). On trouve même quelqu’un pour écrire quelque part que le Nobel de littérature, ça ne concerne pas la littérature, c’est politique. Doit-on se sentir concerné par le Nobel quand on ne le reçoit pas soi-même, ou qu’on a pas travaillé directement avec l’un d’eux, ou qu’on ne l’a pas lu ? Par exemple, je ne me sens pas concerné par le prix Nobel de Chimie. Pourquoi devrais-je l’être du Nobel de littérature ? Pourquoi devrait-on avoir un avis là-dessus ? Par exemple, quelqu’un présenté comme étant un salaud peut-il se voir décerner la plus haute distinction mondiale en matière de littérature ? N’est-ce pas précisément étrange qu’il y ait des distinctions en littérature ? Les nobélisés défilent-ils devant un panneau maculé de sponsors pour expliquer combien ils avaient avait à cœur de faire un bon résultat ce soir ? Les livres avec un bandeau prix Nobel 2019 vont-ils se vendre plus que ceux qui auront celui de 2018, alors même que les deux ont été décernés en même temps ? Que vont faire les lauréats de leur million d’euros ? Vont-ils acheter des livres avec, ou ont-ils maintenant l’habitude de se les faire envoyer en service de presse, et donc de ne pas les lire ? Que fais-tu d’un prospectus qu’on te donne dans la rue sans que tu demandes quoi que ce soit ? Tu le lis ou tu le ranges dans ta poche sans même le regarder, le plus souvent replié sous la forme d’une boule difforme ? Moi, je refuse systématiquement tout ce qu’on me donne dans la rue. C’est un principe de survie dans une grande ville. Si quelqu’un me propose le Nobel, il est possible que je le refuse par inadvertance, ce qui est juste la meilleure façon de refuser un prix quand on y pense. De toute façon, avec les écouteurs que j’ai perpétuellement dans les oreilles quand je sors, je n’entendrai même pas ce qu’on me dit. L’autre jour, dans une grande surface culturelle qui jadis était aussi une librairie, et qui aujourd’hui vend surtout des mixeurs et des aspirateurs, j’ai vu qu’un grand fabricant de casques audio proposait désormais des lunettes de soleil avec des micro-enceintes pour écouter de la musique librement, sans casque, et sans déranger quiconque autour de soi. C’est bluffant. Mais ce que je me demande réellement c’est : vont-ils un jour pouvoir inventer un dispositif similaire, mais qui détecte quand quelqu’un te parle, et qui substitue aux paroles d’autrui mettons des phrases de Proust ? Par exemple, on s’adresse à toi pour te refiler un quotidien gratuit X ou Y et on te dit pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur.

111019, version 3 (11 octobre 2019)

Tout le monde semble avoir un avis sur le Nobel de littérature (d’autant que cette année, il y en a deux). Pendant que les journalistes écrivent des articles pour faire semblant de ne pas recopier la dépêche de l’académie, ou font semblant de mettre à jour un vieil article consacré à l’un ou l’autre des lauréats pour donner l’impression qu’il s’agit d’un article de fond qui vient de paraître, hasard du calendrier, le jour de l’attribution du Nobel à l’un d’eux, ils ne lisent pas les livres dont il sont censé rendre compte. Lisent-ils ces livres à d’autres moments dans l’année ? Ou bien ces livres ne sont-ils plus que des piles (des piles de livres eux-mêmes, mais aussi des piles d’argumentaires commerciaux pondus par les attachés de presse). On trouve même quelqu’un pour écrire quelque part que le Nobel de littérature, ça ne concerne pas la littérature, c’est politique. Doit-on se sentir concerné par le Nobel quand on ne le reçoit pas soi-même, ou qu’on a pas travaillé directement avec l’un d’eux, ou qu’on ne l’a pas lu ? Par exemple, je ne me sens pas concerné par le prix Nobel de Chimie. Pourquoi devrais-je l’être du Nobel de littérature ? Pourquoi devrait-on avoir un avis là-dessus ? Par exemple, quelqu’un présenté comme étant un salaud peut-il se voir décerner la plus haute distinction mondiale en matière de littérature ? N’est-ce pas précisément étrange qu’il y ait des distinctions en littérature ? Les nobélisés défilent-ils devant un panneau maculé de sponsors pour expliquer combien ils avait à cœur de faire un bon résultat ce soir ? Les livres avec un bandeau prix Nobel 2019 vont-ils se vendre plus que ceux qui auront celui de 2018, alors même que les deux ont été décernés en même temps ? Que vont faire les lauréats de leur million d’euros ? Vont-ils acheter des livres avec, ou ont-ils maintenant l’habitude de se les faire envoyer en service de presse, et donc de ne pas les lire ? Que fais-tu d’un prospectus qu’on te donne dans la rue sans que tu demandes quoi que ce soit ? Tu le lis ou tu le ranges dans ta poche sans même le regarder, le plus souvent replié sous la forme d’une boule difforme ? Moi, je refuse systématiquement tout ce qu’on me donne dans la rue. C’est un principe de survie dans une grande ville. Si quelqu’un me propose le Nobel, il est possible que je le refuse par inadvertance, ce qui est juste la meilleure façon de refuser un prix quand on y pense. De toute façon, avec les écouteurs que j’ai perpétuellement dans les oreilles quand je sors, je n’entendrai même pas ce qu’on me dit. L’autre jour, dans une grande surface culturelle qui jadis était aussi une librairie, et qui aujourd’hui vend surtout des mixeurs et des aspirateurs, j’ai vu qu’un grand fabricant de casques audio proposait désormais des lunettes de soleil avec des micro-enceintes pour écouter de la musique librement, sans casque, et sans déranger quiconque autour de soi. C’est bluffant. Mais ce que je me demande réellement c’est : vont-ils un jour pouvoir inventer un dispositif similaire, mais qui détecte quand quelqu’un te parle, et qui substitue aux paroles d’autrui mettons des phrases de Proust ? Par exemple, on s’adresse à toi pour te refiler un quotidien gratuit X ou Y et on te dit pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur.

111019, version 2 (11 octobre 2019)

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