250414


Through a gap in the breastwork he saw then a tiny silver egg, with a flame, pure and steady, issuing from beneath, lighting the forms of men in suits, sweaters, overcoats, watching from bunkers or trenches. It was a rocket, in its stand : a static test.

The sound began to change, to break now and then. It didn’t sound ominous to Franz in his wonder, only different. But the light grew brighter, and the watching figures suddenly started dropping for cover as the rocket now gave a sputtering roar, a long burst, voices screaming get down and he hit the dirt just as the silver thing blew apart, a terrific blast, metal whining through the air where he’d stood, Franz hugging the ground, ears ringing, no feeling even for the cold, no way for the moment of knowing if he was still inside his body. . . . Feet approached running. He looked up and saw Kurt Mondaugen. The wind all night, perhaps all year, had brought them together. This is what he came to believe, that it was the wind. Most of the schoolboy fat was replaced now by muscle, his hair was thinning, his complexion darker than anything Franz had seen in the street that winter, dark even in the concrete folds of shadow and the flames from the scattered rocket fuel, but it was Mondaugen sure enough, seven or eight years gone but they knew each other in the instant.

Thomas Pynchon, Gravity’s rainbow

J’en finis, moi aussi [1], avec Eddy Bellegueule, le livre d’Édouard Louis paru au Seuil. N’ai rien lu d’aucune presse sur ce livre, et si je suis vaguement au courant d’une espèce de polémique concernant le bouquin [2], je ne suis jamais allé au-delà des titres des articles aperçus sur les flux RSS ou Twitter, ce qui me paraît être la distance idéale avant de commencer à lire un livre : n’en rien savoir du tout, n’avoir rien lu dessus, n’être pas recouvert par aucun mot des autres à son sujet, voilà. Je m’intéresse souvent à des textes d’auteurs jeunes (bien souvent ce n’est pas grand chose, bien souvent c’est un truc marketing), Édouard Louis a donc 21 ans (c’est écrit en chiffre sur la quatrième de couverture). Ce n’est pas un texte inintéressant, ça n’est pas, non plus, un texte qui puise beaucoup dans la littérature. Deux langues : l’une plus pertinente qu’une autre, c’est le discours rapporté des classes laborieuses, mis à distance de la narration par l’italique (apparemment cet italique a fait jaser, je peine à voir pourquoi). L’autre langue est celle du récit autobiographique. C’est assez peu pertinent de savoir ce qui relève ou non de la fiction, ça ne m’a jamais intéressé tout ça. La narration est parfaitement académique, en cela elle est grise, un peu seule, triste aussi. L’auteur semble plus intéressé par l’analyse des mécanismes sociologiques que par la langue qui la prononce ou par les ressorts narratifs mis en place pour la mettre en scène, c’est son choix (je crois que c’est aussi son domaine de compétence), c’est ce qui refuse au livre sa dimension poétique. Car c’est la langue de l’italique pour moi la plus habitée. M’imagine plus ou moins ce qu’aurait été un livre composé quasi exclusivement de cette langue italique (la langue pauvre et orale, vulgaire souvent, non pas la langue d’une région géographique ou d’une classe sociale comme on a pu le dire mais la langue de l’agressivité permanente, de la tension et de la peur de l’autre), Prostitution de Guyotat ressemble à ça [3], du moins c’est à lui que j’ai pensé [4]. Je ne peux pas m’étonner de l’éloge d’une certaine presse sur ce livre car je ne lis plus cette presse. Je m’étonne en revanche de la déception de ceux qui s’attendent, de la part de cette presse (tout ou partie de cette presse), à un autre niveau de réflexion, à d’autres aspirations, à une autre soif littéraire tant il est clair qu’on ne peut pas exiger grand chose de la critique journalistique traditionnelle et ce depuis combien de temps (pour ça précisément que des organes tels que le FFC existent, c’est d’autant plus vital). M’étonne également que ça tombe sur Bellegueule qui n’est pas un mauvais livre, qui n’est pas dépourvu, et c’est déjà quelque chose, d’une identité propre. J’ai lu avant l’Eddy Bellegueule, il y a quelques années ou quelques mois, des livres comme Mes illusions donnent sur la cour ou bien L’été slovène [5], qui étaient bien plus vides que celui-là. Je me demande souvent, lisant ces livres-là, pourquoi leurs auteurs, quels qu’ils soient, ne s’intéressent pas plutôt à ce qu’ils ne sont pas plutôt qu’à ce qu’ils sont, je l’ai déjà écrit quelque part. Malgré, parfois, leur sujet, il n’y a pas de prise de risque dans ces livres, il n’y a pas de dangerosité, il n’y a pas d’urgence. J’ai lu quelque chose de très imparfait et de pleins de défauts cet été, c’était une femme, je crois qu’elle est, depuis, morte cette femme, mais elle avait leur âge plus ou moins quand elle était vivante. Elle s’appelait Vickie Gendreau. Je crois que quelque chose sort d’elle aux éditions Le Quartanier. En réalité, j’ai fini par écrire le contraire de tout ce que je croyais ressentir. Je ne suis pas là pour écrire une sentence et je pars du principe qu’un livre qui m’aura fait écrire autant de lignes que ces lignes n’est pas un livre nul (je veux dire vain, inepte). Crois que ce qui m’étonne, c’est qu’on reproche à ce livre le médiocre niveau de la critique à son endroit, c’est pour le moins paradoxal. J’y ai corné deux pages, ce qui est peu. L’une est une fuite adolescente, c’est purement factuel. En reste une, qui ne vient pas de la langue ni même de la formule mais de la stricte réalité des choses.

Il aurait été logique que lui aussi se fasse traiter de pédé. Le crime n’est pas de faire, mais d’être. Et surtout d’avoir l’air.

Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, P.163

2 mai 2014
par Guillaume Vissac
Journal
#Édouard Louis #Homosexualité #Pierre Guyotat #Thomas Pynchon #Vickie Gendreau #Wong Kar Wai

[1L’article paru aujourd’hui (non : hier) sur le Fric-Frac Club est intéressant, mais je ne partage pas du tout sa voix ni ses égarements musicaux vers la fin.

[2Lu après coup cette réaction à un article du Nouvel Obs.

[3C’est un livre que je me refuse d’acheter ou de lire (j’ignore pourquoi) et qui revient si souvent me lécher la mémoire (mais c’est aussi une référence toute proportion gardée).

[4Il est vrai que j’aime lire, dans les plis ou les failles des textes existants des textes qui n’existent pas ou qui n’ont pas eu vocation à être mis au monde.

[5L’auteur semble fort sympathique sur Twitter mais il n’y a pas beaucoup de langue dans son livre.

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250414, version 6 (2 mai 2014)

J’en finis, moi aussi [1], avec Eddy Bellegueule, le livre d’Édouard Louis paru au Seuil. N’ai rien lu d’aucune presse sur ce livre, et si je suis vaguement au courant d’une espèce de polémique concernant le bouquin [2], je ne suis jamais allé au-delà des titres des articles aperçus apparus sur les flux RSS ou Twitter, ce qui me paraît être la distance idéale avant de commencer à lire un livre : n’en rien savoir du tout, n’avoir rien lu dessus, n’être pas recouvert par aucun mot des autres à son sujet, voilà. Je m’intéresse souvent à des textes d’auteurs jeunes (bien souvent ce n’est pas grand chose, bien souvent c’est un truc marketing, c’est tout ), Édouard Louis a donc 21 ans (c’est écrit en chiffre sur la quatrième de couverture). Ce n’est pas un texte inintéressant, ça n’est pas, non plus, un texte qui puise beaucoup dans la littérature. Deux langues : l’une plus pertinente qu’une autre, c’est le discours rapporté des classes laborieuses, mis à distance de la narration par l’italique (apparemment cet italique a fait jaser, je peine à voir pourquoi). L’autre langue est celle du récit autobiographique. C’est assez peu pertinent de savoir ce qui relève ou non de la fiction, ça ne m’a jamais intéressé tout ça. La narration est parfaitement académique, en cela elle est grise, un peu seule, triste aussi. L’auteur semble plus intéressé par l’analyse des mécanismes sociologiques que par la langue qui la prononce ou par les ressorts narratifs mis en place pour la mettre en scène dans son texte , c’est son choix (je crois que c’est aussi son domaine de compétence objet d’étude ), c’est ce qui refuse au livre sa dimension poétique. Car c’est la langue de l’italique pour moi la plus habitée intéressante . M’imagine plus ou moins ce qu’aurait été un livre composé quasi exclusivement de cette langue italique (la langue pauvre et orale, vulgaire souvent, non pas la langue d’une région géographique ou d’une classe sociale comme on a pu le dire mais la langue de l’agressivité permanente, de la tension et de la peur de l’autre), Prostitution de Guyotat ressemble à ça [3], du moins c’est à lui que j’ai pensé [4]. Je ne peux pas m’étonner de l’éloge d’une certaine presse sur ce livre car je ne lis plus pas cette presse. Je m’étonne en revanche de la déception de ceux qui s’attendent, de la part de cette presse (tout ou partie de cette presse), à un autre niveau de réflexion, à d’autres aspirations attentes , à une autre soif littéraire tant il est clair qu’on ne peut pas exiger grand chose de la critique journalistique traditionnelle et ce depuis combien de temps (pour ça précisément que des organes tels que le FFC existent, c’est d’autant plus vital). M’étonne également que ça tombe sur Bellegueule qui n’est pas un mauvais livre, qui n’est pas dépourvu, et c’est déjà quelque chose, d’une identité propre. J’ai lu avant l’Eddy Bellegueule, il y a quelques années ou quelques mois, des livres comme Mes illusions donnent sur la cour ou bien L’été slovène [5], qui étaient bien plus vides que celui-là. Je me demande souvent, lisant ces livres-là, pourquoi leurs auteurs, quels qu’ils soient, ne s’intéressent pas plutôt à ce qu’ils ne sont pas plutôt qu’à ce qu’ils sont, je l’ai déjà écrit quelque part. Malgré , parfois , leur sujet , il Il n’y a pas de prise de risque dans ces livres, il n’y a pas de dangerosité, il n’y a pas d’urgence. J’ai lu quelque chose de très imparfait et de pleins de défauts cet été, c’était une femme, je crois qu’elle est, depuis, morte cette femme , mais elle avait leur âge plus ou moins quand elle était vivante. Elle s’appelait [Vickie Gendreau->mot599 ]. Vickie Gendreau . Je crois que [quelque chose->http://www.lequartanier.com/catalogue/drama.htm] Je crois que quelque chose sort d’elle aux [éditions éditions Le Quartanier->http://www Q .lequartanier.com]. En réalité, j’ai fini par écrire le contraire de tout ce que je croyais ressentir. Je ne suis pas là pour écrire une sentence et je pars du principe qu’un livre qui m’aura fait écrire autant de lignes que ces lignes n’est pas un livre nul (je veux dire vain , vain ou inepte). Crois que ce qui m’étonne, c’est qu’on reproche à ce livre le médiocre niveau de la critique à son endroit, c’est pour le moins paradoxal. J’y ai corné deux pages, ce qui est peu. L’une est une fuite adolescenteL’une est une fuite adolescente , c’est purement factuel. En reste une, qui ne vient pas de la langue ni même de la formule mais de la stricte réalité des choses.

[1L’article paru aujourd’hui (non : hier) sur le Fric-Frac Club est intéressant, mais je ne partage pas du tout sa voix ni ses égarements musicaux vers la fin.

[2Lu après coup cette réaction à un article du Nouvel Obs.

[3C’est un livre que je me refuse d’acheter ou de lire (j’ignore pourquoi) et qui revient si souvent me lécher la mémoire (mais c’est aussi une référence toute proportion gardée).

[4Il est vrai que j’aime lire, dans les plis ou les failles des textes existants des textes qui n’existent pas ou qui n’ont pas eu vocation à être mis au monde.

[5L’auteur semble fort sympathique sur Twitter mais il n’y a pas beaucoup de langue dans son livre.

Thomas Pynchon, Homosexualité, Pierre Guyotat, Wong Kar Wai, Vickie Gendreau, Édouard Louis

250414, version 5 (2 mai 2014)

Through a gap in the breastwork he saw then a tiny silver egg, with a flame, pure and steady, issuing from beneath, lighting the forms of men in suits, sweaters, overcoats, watching from bunkers or trenches. It was a rocket, in its stand : a static test.

The sound began to change, to break now and then. It didn’t sound ominous to Franz in his wonder, only different. But the light grew brighter, and the watching figures suddenly started dropping for cover as the rocket now gave a sputtering roar, a long burst, voices screaming get down and he hit the dirt just as the silver thing blew apart, a terrific blast, metal whining through the air where he’d stood, Franz hugging the ground, ears ringing, no feeling even for the cold, no way for the moment of knowing if he was still inside his body. . . . Feet approached running. He looked up and saw Kurt Mondaugen. The wind all night, perhaps all year, had brought them together. This is what he came to believe, that it was the wind. Most of the schoolboy fat was replaced now by muscle, his hair was thinning, his complexion darker than anything Franz had seen in the street that winter, dark even in the concrete folds of shadow and the flames from the scattered rocket fuel, but it was Mondaugen sure enough, seven or eight years gone but they knew each other in the instant.

Thomas Pynchon, Gravity’s rainbow

</blockquote>

J’en finis, moi aussi [6], avec Eddy Bellegueule, [le le livre d’Édouard Louis paru au Seuil->http://www Seuil .seuil.com/livre-9782021117707.htm]. N’ai rien lu d’aucune presse sur ce livre, et si je suis vaguement au courant d’une espèce de polémique concernant le bouquin[com/2014/03/06/a-propos-dun-article-du-nouvel-observateur-et-dun-probleme-plus-general/" class='spip_out' rel='external'>Lu après coup cette [réaction à un article du Nouvel Obs.]]N’ai rien lu d’aucune presse ( positive ou négative d’ailleurs ), sur ce livre , et si je suis vaguement au courant d’une espèce de polémique concernant ce bouquin , je ne suis jamais allé au-delà de la vision des titres des articles apparus sur les flux RSS ou Twitter, ce qui me paraît être la distance idéale par rapport à un livre avant de commencer à lire un livre : n’en rien savoir du tout, n’avoir rien lu dessus, n’être pas recouvert par aucun mot des autres à son sujet, voilà. Je m’intéresse souvent à des textes d’auteurs jeunes (bien souvent ce n’est pas grand chose, bien souvent c’est un truc marketing, et c’est tout), [Édouard Louis->http://edouardlouis . Édouard Louis a donc 21 ans ( c’est écrit en chiffre aussi ). com] a donc 21 ans (c’est écrit en chiffre sur la quatrième de couverture). Ce n’est pas un texte inintéressant, ça n’est pas, non plus, un texte qui puise beaucoup dans la littérature. Deux Il y a deux langues : dans l’écriture , l’une plus pertinente qu’une autre, c’est le discours rapporté des classes laborieuses, mis à distance de la narration par l’italique ( , apparemment cet italique a fait jaser, je peine à voir pourquoi). . L’autre langue est celle du récit autobiographique. C’est assez peu pertinent de savoir ce qui relève ou non de la fiction, ça ne m’a jamais intéressé tout ça. La narration est parfaitement académique, en cela elle est grise, un peu seule, triste aussi. L’auteur semble plus intéressé par l’analyse des mécanismes sociologiques que par la langue qui la prononce ou par les ressorts narratifs mis en place dans son texte , c’est son choix ( , je crois que c’est aussi son objet d’étude ), métier finalement , c’est ce qui refuse au livre sa dimension poétique. Car c’est la langue de l’italique pour moi la plus intéressante. M’imagine plus ou moins Je m’imagine ce qu’aurait été un livre composé quasi exclusivement de cette langue italique (la langue pauvre et orale, vulgaire souvent, non pas la langue d’une région géographique ou d’une classe sociale comme on a pu le dire mais la langue de l’agressivité permanente et de la peur de l’autre), Prostitution de Guyotat ressemble à ça [7] ressemble à ça [8], du moins c’est à lui que j’ai pensé [9]. Je ne peux pas m’étonner de l’éloge d’une certaine presse sur ce livre car je ne lis pas cette presse. Je m’étonne en revanche de la déception de ceux qui s’attendent, de la part de cette presse (tout ou partie de cette presse), à un autre niveau de réflexion, à d’autres attentes, à une autre soif littéraire tant il est clair qu’on ne peut pas exiger attendre grand chose de la critique journalistique traditionnelle à ce niveau-là et ce depuis combien de temps (et c’est aussi pour ça précisément que des organes tels que le [FFC->http://fricfracclub . FFC existent , c’est d’autant plus vital ). com] existent, c’est d’autant plus vital). M’étonne également que ça tombe sur Bellegueule qui n’est pas un mauvais livre, qui n’est pas dépourvu, et c’est déjà quelque chose, d’une identité propre. J’ai lu avant l’Eddy Bellegueule, il y a quelques années ou quelques mois, des livres comme Mes illusions donnent sur la cour ou bien L’été slovène [10], qui étaient bien plus vides que celui-là. Je me demande souvent, lisant ces livres-là, pourquoi leurs auteurs, quels qu’ils soient, ne s’intéressent pas plutôt à ce qu’ils ne sont pas plutôt qu’à ce qu’ils sont, je l’ai déjà écrit quelque part. Il n’y a pas de prise de risque dans ces livres, il n’y a pas de dangerosité, il n’y a pas d’urgence. J’ai lu quelque chose de très imparfait et de pleins de défauts cet été, c’était une femme, je crois qu’elle est, depuis, morte, mais elle avait leur âge plus ou moins quand elle était vivante. Elle s’appelait Vickie Gendreau. Je crois que quelque chose sort d’elle aux éditions Le Q. En réalité, j’ai fini par écrire le contraire de tout ce que je croyais ressentir. Je ne suis pas là pour écrire une sentence et je pars du principe qu’un livre qui m’aura fait écrire autant de lignes que ces lignes n’est pas un livre nul (je veux dire vain ou inepte). Crois que ce qui m’étonne, c’est qu’on reproche à ce livre le médiocre niveau de la critique à son endroit, c’est pour le moins paradoxal. J’y ai corné deux pages, ce qui est peu. L’une est une fuite adolescente, c’est purement factuel. En reste une, qui ne vient pas de la langue ni même de la formule mais de la stricte réalité des choses.

[6L’article paru aujourd’hui (non : hier) sur le [Fric-Frac Club->http://fricfracclub.com] paru aujourd’hui ( non  : hier ) sur le Fric-Frac Club est intéressant, je ne partage pas du tout sa voix ni ses égarements musicaux vers la fin.

[7C’est un livre que je me refuse d’acheter ou de Guyotat lire et qui revient si souvent me lécher la mémoire , c’est aussi une référence toute proportion gardée .

[8C’est un livre que je me refuse d’acheter ou de lire (j’ignore pourquoi) et qui revient si souvent me lécher la mémoire (mais c’est aussi une référence toute proportion gardée).

[9Il est vrai que j’aime lire, dans les plis ou les failles des textes existants des textes qui n’existent pas ou qui n’ont pas eu vocation à être mis au monde.

[10L’auteur semble fort sympathique sur Twitter mais il n’y a pas de langue dans son livre.

250414, version 3 (2 mai 2014)

J’en finis, moi aussi [11], avec Eddy Bellegueule, le livre d’Édouard Louis paru au Seuil. N’ai rien lu d’aucune presse (positive ou négative d’ailleurs), sur ce livre, et si je suis vaguement au courant d’une espèce de polémique concernant ce bouquin, je ne suis jamais allé au-delà de la vision des plus loin que voir passer les titres des articles concernés sur les flux RSS ou Twitter, ce qui me paraît être la distance idéale par rapport à un livre avant de commencer à lire : n’en rien savoir du tout, n’avoir rien lu dessus, n’être pas recouvert par aucun mot des autres à son sujet, voilà. Je m’intéresse souvent à des textes d’auteurs jeunes (bien souvent ce n’est pas grand chose, bien souvent c’est un truc marketing et c’est tout puis ça s’arrête ), Édouard Louis a donc 21 ans (c’est écrit en chiffre là aussi). Ce n’est pas un texte inintéressant, ça n’est pas, non plus, un texte qui puise beaucoup dans la littérature. Il y a deux langues dans l’écriture, l’une plus pertinente qu’une autre, c’est le discours rapporté des classes laborieuses, mis à distance de la narration par l’italique, apparemment cet italique a fait jaser jasé , je peine à voir pourquoi. L’autre langue est celle du récit autobiographique. C’est assez peu pertinent de savoir ce qui relève ou non de la fiction, ça ne m’a jamais intéressé tout ça. La narration est parfaitement académique, en cela elle est grise, un peu seule, triste aussi parfois . L’auteur semble plus intéressé par l’analyse des mécanismes sociologiques que par la langue qui la prononce, c’est son choix, je crois que c’est aussi son métier finalement, c’est ce qui refuse au livre sa dimension poétique. Car c’est la langue de l’italique pour moi la plus intéressantede toute . Je m’imagine ce qu’aurait été un livre composé quasi exclusivement de cette langue italique (la langue pauvre et orale, vulgaire souvent, non pas la langue d’une région géographique ou d’une classe sociale mais la langue de l’agressivité permanente et , de la peur de l’autre ), Prostitution de Guyotat ressemble à ça [12] .]] , du moins c’est à lui que j’ai pensé [13]. Je ne peux pas m’étonner de l’éloge d’une certaine presse sur ce livre car je ne lis pas cette presse. Je m’étonne en revanche de la déception de ceux qui s’attendent, de la part de cette presse (tout ou partie de cette presse), à un autre niveau de réflexion, à d’autres attentes, à une autre soif littéraire tant il est clair qu’on ne peut pas rien attendre grand chose de la critique journalistique traditionnelle à ce niveau-là et ce depuis combien de temps (et c’est aussi pour ça que des organes tels que le FFC existent, c’est d’autant plus vital). M’étonne également que ça tombe sur Bellegueule qui n’est pas un mauvais livre, qui n’est pas dépourvu, et c’est déjà quelque chose, d’une identité d’identité propre. J’ai lu avant l’Eddy Bellegueule, il y a quelques années ou quelques mois, des livres comme Mes illusions donnent sur la cour ou bien L’été slovène [14], qui étaient bien plus vides que celui-là. Je me demande souvent, lisant ces livres-là, pourquoi leurs auteurs, quels qu’ils soient, ne s’intéressent pas plutôt à ce qu’ils ne sont pas plutôt qu’à ce qu’ils sont, je l’ai déjà écrit quelque part. Il n’y a pas de prise de risque dans ces livres, il n’y a pas de dangerosité, il n’y a pas d’urgence. J’ai lu quelque chose de très imparfait et de pleins de défauts cet été, c’était une femme, je crois qu’elle est, depuis, morte, mais elle avait leur âge plus ou moins quand elle était vivante . Elle s’appelait s’appelle Vickie Gendreau. Je crois que quelque chose sort d’elle aux éditions Le Q. En réalité, j’ai fini par écrire le contraire de tout ce que je croyais ressentir. Je ne suis pas là pour écrire une sentence et je pars du principe qu’un livre qui m’aura fait écrire autant de lignes que ces lignes n’est pas un livre nul (je veux dire vain ou inepte vain ). Crois que ce qui m’étonne, c’est qu’on reproche à ce livre le médiocre niveau de la critique à son endroit, c’est pour le moins paradoxal. J’y ai corné deux pages, ce qui est peu. L’une est une fuite adolescente, c’est purement factuel. En reste une, qui ne vient pas de la langue ni même de la formule mais de la stricte réalité des choses.

[11L’article paru aujourd’hui (non : hier) sur le Fric-Frac Club est intéressant, je ne partage pas du tout sa voix ni ses égarements musicaux vers la fin.

[12C’est un livre que je me refuse d’acheter ou de lire et qui revient si souvent me lécher la mémoire, c’est aussi une référence toute proportion gardée .

[13Il est vrai que j’aime lire, dans les plis ou les failles des textes existants des textes qui n’existent pas ou qui n’ont pas eu vocation à être mis au monde exister .

[14L’auteur semble fort sympathique sur Twitter mais il n’y a pas de langue dans son livre.

250414, version 2 (26 avril 2014)

Sur The Grandmaster, censé être un biopic, Wong Kar Waï semble se désintéresser totalement du personnage dont il filme la biographie, ce sont les personnages derrière ou à côté de lui sur qui il se focalise.

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