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Simon Critchley, Bowie : « Ma première expérience sexuelle »

Première mise en ligne le , dernière mise à jour le 9 janvier 2016, par Guillaume Vissac, dans Traductions |
Tags : Adolescence - David Bowie - Simon Critchley

Bowie, de Simon Critchley est paru chez OR Books en 2014. Le lis l’été suivant avec plaisir mais détachement et, le long, prends quelques traductions bricolées, dans le début du livre notamment, avant de le mettre de côté et de l’oublier. Découvert il y a peu sa sortie en France aux éditions de la Découverte sous le titre Bowie, philosophie intime (jamais ouvert, donc reste dans l’ignorance de sa traduction française). Au lendemain de la sortie de Blackstar, 25ème album studio de Bowie, jour de son 69ème anniversaire, j’ai repris le premier texte de ce livre de Simon Critchley, « Ma première expérience sexuelle », qui évoque la période glam qui fait suite aux débuts, et notamment « Starman » et « Suffragette City ».

Commençons par un aveu plutôt embarrassant : dans ma vie, personne ne m’a donné plus de plaisir que David Bowie. Bien sûr, il est possible que cette phrase en dise long sur la valeur de ma vie. Attention : je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de beaux moments, parfois même impliquant d’autres personnes. Mais en terme de bonheur constant, prolongé dans le temps, rien n’est comparable au plaisir que Bowie m’a apporté.

Comme ce fut le cas pour beaucoup d’autres jeunes banals en Angleterre, tout a commencé avec « Starman ». Interprété par Bowie dans la fameuse émission de la BBC, l’iconique Top of the Pops, le 6 Juillet 1972 : plus d’un quart de la population britannique l’a regardée. Lorsque j’ai vu cette créature aux cheveux orange en combinaison intégrale passer son poignet folle autour des épaules de Mick Ronson, ma mâchoire m’a lâché. Ce n’était pas tant la qualité de la chanson qui m’a frappé : c’était le choc lié à Bowie, son look. C’était trop pour moi. Il avait l’air tellement sexuel, tellement conscient, tellement fin, tellement étrange. Vulnérable et prétentieux à la fois. Son visage baigné d’une certaine tolérance affûtée : porte d’entrée vers un monde de plaisirs inconnus.

Quelques jours plus tard, ma mère Sheila achetait un exemplaire de « Starman », tout simplement car elle aimait la chanson et qu’elle aimait ses cheveux (elle avait été coiffeuse à Liverpool avant de débarquer plus au sud et insistait souvent sur un ton doctoral que Bowie portait en permanence une perruque de la fin des années quatre-vingt). Je me souviens de la photo de Bowie, l’air vaguement menaçant, sur la couverture, prise en contre-plongée, en noir et blanc, et le logo orange du label RCA Victor sur le quarante-cinq tours.

Pour une raison qui m’échappe, alors en tête-à-tête avec notre minuscule platine mono dans ce que nous appelions la salle à manger (bien que nous n’y mangions pas, pourquoi l’aurait-on fait ? il n’y avait pas de télé), j’ai tout de suite retourné le disque pour écouter la face B. Je me souviens parfaitement quelle a été la réaction de mon corps en écoutant « Suffragette City ». L’excitation purement physique que provoquait ce son était presque trop intense. Je suppose que ça ressemblait... au sexe. Non que je sache alors ce que le sexe était. J’étais vierge. Je n’avais même jamais embrassé qui que ce soit et n’en avais jamais ressenti le désir. Lorsque la guitare de Mick Ronson est entrée en collision avec mes propres organes, j’ai ressenti quelque chose de fort et d’étrange à l’intérieur que je n’avais jamais soupçonné auparavant. D’où venait cette suffragette city ? Comment m’y étais-je retrouvé ?

J’avais douze ans. Ma vie venait de commencer.

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Simon Critchley, Bowie : « Ma première expérience sexuelle », version 2 (9 janvier 2016)

Adolescence, David Bowie, Simon Critchley

Bowie, de Simon Critchley est paru chez OR Books en 2014. Le lis l’été suivant avec plaisir mais détachement et, le long, prends quelques traductions bricolées, dans le début du livre notamment, avant de le mettre de côté et de l’oublier. Découvert il y a peu sa sortie en France aux éditions de la Découverte sous le titre Bowie, philosophie intime (jamais ouvert, donc reste dans l’ignorance de sa traduction française). Au lendemain de la sortie de Blackstar, 25ème album studio de Bowie, jour de son 69ème anniversaire, j’ai repris le premier texte de ce livre de Simon Critchley, « Ma première expérience sexuelle », qui évoque la période glam qui fait suite aux débuts, et notamment « Starman » et « Suffragette City ».

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Commençons par un aveu plutôt embarrassant : dans ma vie, personne ne m’a donné plus de plaisir que David Bowie. Bien sûr, il est possible que cette phrase en dise long sur la valeur de ma vie. Attention : je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de beaux moments, parfois même impliquant d’autres personnes. Mais en terme de bonheur constant, prolongé dans le temps, rien n’est comparable au plaisir que Bowie m’a apporté.

Comme ce fut le cas pour beaucoup d’autres jeunes banals en Angleterre, tout a commencé avec « Starman ». Interprété par Bowie dans la fameuse émission de la BBC, l’iconique Top of the Pops, le 6 Juillet 1972 : plus d’un quart de la population britannique l’a regardée. Lorsque j’ai vu cette créature aux cheveux orange en combinaison intégrale passer son poignet folle autour des épaules de Mick Ronson, ma mâchoire m’a lâché. Ce n’était pas tant la qualité de la chanson qui m’a frappé : c’était le choc lié à Bowie, son look. C’était trop pour moi. Il avait l’air tellement sexuel, tellement conscient, tellement fin, tellement étrange. Vulnérable et prétentieux à la fois. Son visage baigné d’une certaine tolérance affûtée : porte d’entrée vers un monde de plaisirs inconnus.

Quelques jours plus tard, ma mère Sheila achetait un exemplaire de « Starman », tout simplement car elle aimait la chanson et qu’elle aimait ses cheveux (elle avait été coiffeuse à Liverpool avant de débarquer plus au sud et insistait souvent sur un ton doctoral que Bowie portait en permanence une perruque de la fin des années quatre-vingt). Je me souviens de la photo de Bowie, l’air vaguement menaçant, sur la couverture, prise en contre-plongée, en noir et blanc, et le logo orange du label RCA Victor sur le quarante-cinq tours.

Pour une raison qui m’échappe, alors en tête-à-tête avec notre minuscule platine mono dans ce que nous appelions la salle à manger (bien que nous n’y mangions pas, pourquoi l’aurait-on fait ? il n’y avait pas de télé), j’ai tout de suite retourné le disque pour écouter la face B. Je me souviens parfaitement quelle a été la réaction de mon corps en écoutant « Suffragette City ». L’excitation purement physique que provoquait ce son était presque trop intense. Je suppose que ça ressemblait... au sexe. Non que je sache alors ce que le sexe était. J’étais vierge. Je n’avais même jamais embrassé qui que ce soit et n’en avais jamais ressenti le désir. Lorsque la guitare de Mick Ronson est entrée en collision avec mes propres organes, j’ai ressenti quelque chose de fort et d’étrange à l’intérieur que je n’avais jamais soupçonné auparavant. D’où venait cette suffragette city ? Comment m’y étais-je retrouvé ?

J’avais douze ans. Ma vie venait de commencer.

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