160918


Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

Nous sommes encore aux portes du royaume animal [1]. Et comme chaque année à la même période, c’est un rassemblement, au jardin de Bercy proche, de cosplayeurs et cosplayeuses dont certains, certaines, sont des créatures mi-humaines mi-animales avec, parfois, comme ici, des oreilles taillées en pointe ou des queues d’écureuils qui remontent jusqu’au milieu de leur dos, qu’ils et elles ont très larges. Tartelette, elle, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre, on essaye de l’atteindre ; jamais on y parvient. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on approche d’approcher. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation c’était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école : une en haut, une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas, là, sur le sol (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi, des fois c’était toi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond, rigide, bien quoi. Puis passés quelques jours à peine c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi les joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peu dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général, se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut jusqu’à plusieurs fois par jour. Par exemple, je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs modifications dans les règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas), là où la faute avait été commise. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? J’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets de ces cages de Hand sur goudron, poteaux carrés. Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que ça peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal-line technology [2] ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, avec plus les mêmes moyens. Et c’est irréversible.

5 novembre 2018
par Guillaume Vissac
Journal
#Amy Hempel #D. #Football #Lapin #Mémoire #Paris #Philippe Rahmy #Pierre Guyotat #Temps

[1Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe, buses) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg, il sera beaucoup question des cafards si je me tiens prêt à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

[2À la lecture de ce journal, D. me dira la chose suivante : La trace du ballon mouillé sur le mur qui valide, ou pas, le but, c’était un peu notre goal-line technology.

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160918, version 11 (5 novembre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

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Nous sommes encore aux portes du royaume animal [1]. Et comme chaque année à la même période, c’est un rassemblement, au jardin de Bercy proche, de cosplayeurs et cosplayeuses dont certains, certaines, sont des créatures mi-humaines mi-animales avec, parfois, comme ici, des oreilles taillées en pointe ou des queues d’écureuils qui remontent jusqu’au milieu de leur dos, qu’ils et elles ont très larges. Tartelette, elle, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre, on essaye de l’atteindre ; jamais on y parvient. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on approche d’approcher. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation c’était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école : une en haut, une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas, là, sur le sol (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi, des fois c’était toi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond, rigide, bien quoi. Puis passés quelques jours à peine c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi les joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peu dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général, se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut jusqu’à plusieurs fois par jour. Par exemple, je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs modifications dans les règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas), là où la faute avait été commise. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? J’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets de ces cages de Hand sur goudron, poteaux carrés. Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que ça peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal-line technology [2]  ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, avec plus les mêmes moyens. Et c’est irréversible.

[1Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe, buses) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg, il sera beaucoup question des cafards si je me tiens prêt à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

[2À la lecture de ce journal , D . goal line technologie  ? me dira la chose suivante : La trace du ballon mouillé sur le mur qui valide, ou pas, le but, c’était un peu notre goal-line technology.

160918, version 10 (5 novembre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, [Pardon Pardon pour l’Amérique->http://www . l’Amérique , La Table ronde gallimard.fr/Catalogue/Table-Ronde/Vermillon/Pardon-pour-l-Amerique], La Table ronde

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Nous sommes encore aux portes du royaume animal [3]. Et comme chaque année à la même période, c’est un rassemblement, au jardin de Bercy proche, de cosplayeurs et cosplayeuses dont certains, certaines, sont des créatures mi-humaines mi-animales avec, parfois, comme ici, des oreilles taillées en pointe ou des queues d’écureuils qui remontent jusqu’au milieu de leur du dos, qu’ils et elles ont très larges. Tartelette, elle, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de [bulle tympanique->article4138] bulle tympanique  : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir .  : on essaye de l’atteindre, on essaye de l’atteindre ; jamais on y parvient. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche d’approcher . Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation c’était était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école : , une en haut, et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas, , sur le sol par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi, des fois c’était toi ) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond, et rigide, bien quoi . Puis passés quelques jours à peine c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi les la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peu dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général, se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut jusqu’à plusieurs fois par jour. Par exemple, je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs modifications dans les changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas), là où la faute avait été commise. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? J’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets ( c’était un terrain de ces cages de Hand hand sur goudron, poteaux carrés . il y aura donc des filets ). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que ça cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, avec plus les mêmes moyens. Et c’est irréversible.

[3Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’[un de ces recueils->https://www.cambourakis.com/spip.php?article613], ce passage chez Guyotat, dans [Idiotie->https://www.grasset.fr/idiotie-9782246862871]Ici , nous sommes encore aux portes du royaume animal[[Toujours sur ce sujet charnière , ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils , ce passage chez Guyotat , dans Idiotie , que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe, buses) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg Dans Grieg , il sera beaucoup question des cafards si je me tiens prêt à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

Paris, Pierre Guyotat, Temps, Amy Hempel, Lapin, Football, Mémoire, Philippe Rahmy, D.
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160918, version 9 (16 octobre 2018)

160918, version 8 (15 octobre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

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Ici, nous sommes encore aux portes du royaume animal [4]. Et comme chaque année à la même période, c’est un rassemblement, au jardin de Bercy proche, de cosplayeurs et cosplayeuses dont certains, certaines, sont des créatures mi-humaines mi-animales avec, parfois, comme ici, des oreilles taillées en pointe ou des queues d’écureuils qui remontent jusqu’au milieu du dos, très larges. Tartelette, elle, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école, une en haut et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond et rigide. Puis passés quelques jours à peine c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peu dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général, se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut plusieurs fois par jour. Par exemple, je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas), ) là où la faute avait été commise. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? J’en Je n’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets (c’était un terrain de hand sur goudron, il y aura donc des filets). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, avec plus les mêmes moyens. Et c’est irréversible.

[4Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe, buses) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg, il sera beaucoup question des cafards si je me tiens prêt à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

160918, version 7 (13 octobre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

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Je sors de ma lecture d’Objet trouvé à peu près dans le même état qu’après avoir lu Article 353 du Code pénal, de Tanguy Viel, c’est-à-dire non pas vidé mais vide. À l’exception sans doute de la fin du livre, et pratiquement toute la dernière partie, qui est révoltante. Ici nous sommes Quant à Pardon pour l’Amérique , dans cet extrait on est encore aux portes du royaume animal [5]. Et comme chaque année à la même période, c’est un rassemblement, au jardin de Bercy proche, de cosplayeurs et cosplayeuses dont certains, certaines, sont des créatures mi-humaines mi-animales avec, parfois, comme ici, des oreilles taillées en pointe ou des queues d’écureuils qui remontent jusqu’au milieu du dos, très larges. Tartelette, elle, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école, une en haut et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond et rigide. Puis passés passé quelques jours à peine et c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peu peut dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut plusieurs fois par jour. Par exemple je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas) là où la faute avait été commise commis . Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? Je n’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets (c’était un terrain de hand sur goudron, il y aura donc des filets). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, plus avec plus les mêmes moyens règles . Et c’est irréversible.Peut-être ce ne le sera jamais plus.

[5Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe, buses) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg, il sera beaucoup question des cafards si je me tiens à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

160918, version 6 (16 septembre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

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Je sors de ma lecture d’Objet trouvé à peu près dans le même état qu’après avoir lu Article 353 du Code pénal, de Tanguy Viel, c’est-à-dire non pas vidé mais vide. À l’exception sans doute de la fin du livre, et pratiquement toute la dernière partie, qui est révoltante. Quant à Pardon pour l’Amérique, dans cet extrait on est encore aux portes du royaume animal [6]. Et comme chaque année à la même période, c’est un rassemblement, au jardin de Bercy proche, de cosplayeurs et cosplayeuses dont certains, certaines, sont des créatures mi-humaines mi-animales avec, parfois, comme ici, des oreilles taillées en pointe ou des queues d’écureuils qui remontent jusqu’au milieu du dos, très larges. Tartelette, elle , ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école, une en haut et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond et rigide. Puis passé quelques jours à peine et c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peut dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut plusieurs fois par jour. Par exemple je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas) là où la faute avait été commis. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? Je n’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets (c’était un terrain de hand sur goudron, il y aura donc des filets). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, plus avec les mêmes règles. Peut-être ce ne le sera jamais plus.

[6Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe, buses ) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg, il sera beaucoup question des cafards si je me tiens à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

160918, version 5 (16 septembre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

</blockquote>

Je sors de ma lecture d’Objet trouvé à peu près dans le même état qu’après avoir lu Article 353 du Code pénal, de Tanguy Viel, c’est-à-dire non pas vidé mais vide. À l’exception sans doute de la fin du livre, et pratiquement toute la dernière partie, qui est révoltante. Quant à Pardon pour l’Amérique, dans cet extrait on est encore aux portes du royaume animal [7]. Tartelette, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école, une en haut et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond et rigide. Puis passé quelques jours à peine et c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peut dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut plusieurs fois par jour. Par exemple je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas) là où la faute avait été commis. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? Je n’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets (c’était un terrain de hand sur goudron, il y aura donc des filets). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, plus avec les mêmes règles. Peut-être ce ne le sera jamais plus.

[7Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit, poulpe ) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg, il sera beaucoup question des cafards si je me tiens à l’écrire (ou plutôt non à être moi écrit par lui).

160918, version 4 (16 septembre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

</blockquote>

Je sors de ma lecture d’Objet trouvé à peu près dans le même état qu’après avoir lu Article 353 du Code pénal, de Tanguy Viel, c’est-à-dire non pas vidé mais vide. À l’exception sans doute de la fin du livre, et pratiquement toute la dernière partie, qui est révoltante. Quant à Pardon pour l’Amérique, dans cet extrait on est encore aux portes du royaume animal [8]. Pardon pour l’Amérique , dans cet extrait on est encore aux portes du royaume animal . Tartelette, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école, une en haut et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond et rigide. Puis passé quelques jours à peine et c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peut dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut plusieurs fois par jour. Par exemple je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas) là où la faute avait été commis. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? Je n’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets (c’était un terrain de hand sur goudron, il y aura donc des filets). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, plus avec les mêmes règles. Peut-être ce ne le sera jamais plus.

[8Toujours sur ce sujet charnière, ici découlant de la formule d’Amy Hempel qui est aussi le titre d’un de ces recueils, ce passage chez Guyotat, dans Idiotie, que je lis en parallèle, avant que d’autres animaux s’en mêlent (grenouilles, moutons, oiseaux de nuit) : Sous un grand lavabo dont je ne tourne pas le haut robinet courbe, je vois des cafards courir autour de l’évacuation fissurée, mais le drap blanc épais, si frais, je m’y mets, y étends mes jambes, mes pieds jusqu’aux barreaux : ne pas attirer leur attention – mais que trouveraient-ils à manger sur moi ? Dans Grieg , il sera beaucoup question des cafards si je me tiens Quant à l’écrire ( ou plutôt non à être moi écrit par lui ).

160918, version 3 (16 septembre 2018)

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Partout, ce sont les animaux sauvages qui vont et viennent, entrant dans ce tableau, le traversant, les ratons laveurs qui sont des ours miniatures, mais féroces comme les grands, les opossums qui ont vécu en voisins des dinosaures et les crocodiles qui sont aussi des dinosaures et qui, je le crois, ont survécu non pas à cause de leur férocité, de leurs crocs, de leur carapace, mais parce qu’ils ne sont que tendresse et précision. Hier, j’ai vu une mère alligator au bord de la route. Elle prenait le frais dans une rigole de rien, entre papiers gras et fougères. La bestiole était là, entourée de ses petits qui nageaient autour de sa grosse tête dentue. Je me suis approché. La bête a ouvert la gueule, aspirant les petits qui se sont abrités derrière sa langue. Elle a refermé sa mâchoire avec délicatesse pour la rouvrir plus loin, libérant sa progéniture intacte et frétillante.

Philippe Rahmy, Pardon pour l’Amérique, La Table ronde

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Je sors de ma lecture d’Objet trouvé à peu près dans le même état qu’après avoir lu Article 353 du Code pénal, de Tanguy Viel, c’est-à-dire non pas vidé mais vide. À l’exception sans doute de la fin du livre, et pratiquement toute la dernière partie, qui est révoltante. Quant à Pardon pour l’Amérique, dans cet extrait on est encore aux portes du royaume animal. Tartelette, ses soins post-opératoires, c’est tout un bordel. Un anti-douleur matin et soir, le nettoyage de la plaie, deux types de collyre différent quatre fois par jour. Et en plus elle est double-face. C’est comme le rapport qu’on entretient au passé cette histoire de bulle tympanique : on essaye de l’atteindre sans jamais pouvoir y parvenir. Mais par des chemins détournés, parfois artificiels, on s’en approche. Par exemple, tu te souviens combien, enfant, c’est-à-dire en primaire, notre seule préoccupation était de faire un foot à la récré ? Il y avait deux cours dans cette école, une en haut et une en bas. Dans chaque, un terrain de foot différent avec des cages dessinées à la craie sur le mur du préau ou des pulls en tas par terre (ou les deux). Il y avait toujours quelqu’un (des fois c’était moi) pour se trimballer avec un ballon en mousse dans un sac plastique dégueulasse. Au début, le ballon avait une forme de ballon, rond et rigide. Puis passé quelques jours à peine et c’était déjà devenu une espèce de sphère molle toute mangée et irrégulière et gorgée d’eau de pluie ou des flaques. Il ne rebondit plus et il laisse des traces brunes sur le sol. Jusqu’à ce que quelqu’un s’en fasse acheter un autre à la Foirefouille par ses parents. Bref, le propriétaire du ballon désigne les capitaines d’équipe, qui font choux-fleur pour décider qui choisit en premier parmi la foule des joueurs potentiels. Être désigné dans les premiers, c’est un motif de fierté. Le contraire est aussi vrai. Mais il y a un truc auquel on pense peut dans les instances dirigeantes du foot mondialisé, c’est que chaque décision prise sur les règles du jeu, sur l’écosystème footballistique général se répercute partout. De la Coupe du monde tous les quatre ans au terrain de foot improvisé sous un préhaut plusieurs fois par jour. Par exemple je me souviens parfaitement d’une rentrée qui avait vu la mise en application de plusieurs changements de règles. Et notamment celle visant à interdire aux gardiens de se saisir du ballon avec les mains en cas de passe en retrait par l’un de ses partenaires. Ou encore (toujours cette même année), de la limitation du temps où un gardien pouvait garder le ballon dans les mains (cinq secondes). Si on contrevenait à ça, on encourait un coup franc indirect dans la surface de réparation (fictive dans notre cas) là où la faute avait été commis. Et on était absolument paniqué par cette nouvelle règle, que rien au monde ne nous obligeait pourtant à appliquer. Donc, être gardien à cette époque (et je le suis souvent) consistera à systématiquement compter dans sa tête cinq secondes dès qu’on attrape la balle. J’ai souvenir également d’un match au cours duquel un de mes partenaires me fait une touche en retrait. Le ballon roule doucement jusqu’à moi et soudain c’est le blocage : avait-on le droit de le prendre à la main dans le cas d’une touche ? Je n’en savais rien. Alors que faire ? Et même si j’entendais mon frère me répéter que c’était bon, je pouvais y aller, je finirai complètement incapable de faire un geste, ni d’attraper le ballon (qui cette fois-ci était en cuir, pas en mousse), ni de dégager au pied. Juste le regarder rouler jusque dans mes propres filets (c’était un terrain de hand sur goudron, il y aura donc des filets). Voilà tout ce qui est resté coincé dans la bulle tympanique du temps et moi, aussi longtemps après, je ne peux qu’à peine approcher ces souvenirs. Mais je me demande toujours, à chaque modification des règles, ce que cela peut entraîner comme conséquences sur des terrains improvisés dans la rue ou dans les cours d’école, même des années après avoir touché le dernier ballon de foot de ma vie. Par exemple, comment gérer la goal line technologie ? Et que faire de la VAR ? À un moment donné, les chemins se sont séparés et, entre amateurs et professionnels, ce n’était plus le même sport, plus avec les mêmes règles. Peut-être ce ne le sera jamais plus.

160918, version 2 (16 septembre 2018)

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