200515


Le mensonge de toute l’apocalyptique occidentale consiste à projeter sur le monde le deuil que nous ne pouvons en faire. Ce n’est pas le monde qui est perdu, c’est nous qui avons perdu le monde et le perdons incessamment ; ce n’est pas lui qui va bientôt finir, c’est nous qui sommes finis, amputés, retranchés, nous qui refusons hallucinatoirement le contact vital avec le réel. La crise n’est pas économique, écologique ou politique, la crise est avant tout celle de la présence. À tel point que le must de la marchandise - l’iPhone et le Hummer, typiquement - consiste dans un appareillage sophistiqué de l’absence. D’un côté, l’iPhone concentre en un seul objet tous les accès possibles au monde et aux autres ; il est la lampe et l’appareil photo, le niveau de maçon et l’enregistreur du musicien, la télé et la boussole, le guide touristique et le moyen de communiquer ; de l’autre, il est la prothèse qui barre toute disponibilité à ce qui est là et m’établit dans un régime de demi-présence constant, commode, retenant en lui à tout moment une partie de mon être-là. On a même lancé récemment une application pour smartphone censée remédier au fait que « notre connexion 24h/24 au monde digital nous déconnecte du monde réel autour de nous ». Elle s’appelle joliment GPS for the Soul. Le Hummer, quant à lui, c’est la possibilité de transporter ma bulle autistique, mon imperméabilité à tout, jusque dans les recoins les plus inaccessibles de « la nature » ; et d’en revenir intact. Que Google affiche la « lutte contre la mort » comme nouvel horizon industriel, dit assez comme on se méprend sur ce qu’est la vie.

Comité invisible, À nos amis, La fabrique, P. 30-31

Termine lentement le premier tome du Journal de la crise, de Laurent Grisel. Dans le planning de lecture des jours, curieusement, et sans que je m’en sois rendu compte, ce texte a pris la place de la presse. J’ai remplacé l’actualité par une actualité lue et ressentie à l’heure H dans le temps de l’écriture, mais avec neuf ans de retard. C’est une drôle d’expérience temporelle. C’est une très belle lecture. La mélanger à l’instant T des dépêches et des lectures (Kerviel, le comité invisible...), c’est stimulant.

Triste aujourd’hui (mossade). Découragé pas mal. Plus d’épaule, rien. Beaucoup d’expiration. Dépassé, marché dessus. Un texto. Je suis au fond de ma bouteille de Coke. Je réalise après plusieurs écoutes que l’Heroin de David Lang, c’est une cover de l’Heroin d’alors. Du coup, ça me dérange. Ecoute des trucs qui s’appellent Les yeux de mes yeux, Atom Dance, With me now. Longtemps j’ai porté des chemises trop grandes (ce n’était pas un fashion statement). Paquet de Marlboro plein sur mon bureau maintenant.

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200515, version 6 (10 juin 2015)

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Le mensonge de toute l’apocalyptique occidentale consiste à projeter sur le monde le deuil que nous ne pouvons en faire. Ce n’est pas le monde qui est perdu, c’est nous qui avons perdu le monde et le perdons incessamment ; ce n’est pas lui qui va bientôt finir, c’est nous qui sommes finis, amputés, retranchés, nous qui refusons hallucinatoirement le contact vital avec le réel. La crise n’est pas économique, écologique ou politique, la crise est avant tout celle de la présence. À tel point que le must de la marchandise - l’iPhone et le Hummer, typiquement - consiste dans un appareillage sophistiqué de l’absence. D’un côté, l’iPhone concentre en un seul objet tous les accès possibles au monde et aux autres ; il est la lampe et l’appareil photo, le niveau de maçon et l’enregistreur du musicien, la télé et la boussole, le guide touristique et le moyen de communiquer ; de l’autre, il est la prothèse qui barre toute disponibilité à ce qui est là et m’établit dans un régime de demi-présence constant, commode, retenant en lui à tout moment une partie de mon être-là. On a même lancé récemment une application pour smartphone censée remédier au fait que « notre connexion 24h/24 au monde digital nous déconnecte du monde réel autour de nous ». Elle s’appelle joliment GPS for the Soul. Le Hummer, quant à lui, c’est la possibilité de transporter ma bulle autistique, mon imperméabilité à tout, jusque dans les recoins les plus inaccessibles de « la nature » ; et d’en revenir intact. Que Google affiche la « lutte contre la mort » comme nouvel horizon industriel, dit assez comme on se méprend sur ce qu’est la vie.

Comité invisible , À extrait à nos amis, La fabrique , P . 1 ( happy crisis ) 30-31

Lou Reed, Comité Invisible, The Velvet Underground, Björk, Laurent Grisel, Chapelier fou, fLako, David Lang

200515, version 5 (10 juin 2015)

200515, version 4 (10 juin 2015)

Termine lentement le premier tome du Journal de la crise, de Laurent Grisel. Dans le planning de lecture des jours, curieusement, et sans que je m’en sois rendu rende compteréellement , ce texte a pris la place de la presseet de l’actualité . J’ai remplacé l’actualité par de l’actualité lue et ressentie à l’heure H dans le temps de l’écriture, mais avec neuf ans de retard. C’est une drôle d’expérience temporelle, c’est une très belle lecture. La mélanger à l’instant T des dépêches et des lectures (Kerviel, le comité invisible), c’est stimulant.

Triste néanmoins aujourd’hui (non : mossade). Découragé, pas mal. Plus d’épaule, rien. Beaucoup d’expiration. Dépassé, marché dessus. Un J’envoie un texto. Je suis au fond de ma bouteille de Coke. Je réalise après plusieurs écoutes que l’Heroin de Heroin , chanté par David Lang, c’est une cover Cover de l’Heroin historique du Velvet Underground . Du coup, maintenant, ça me dérange. Ecoute J’écoute des trucs qui s’appellent Les yeux de mes yeux, Atom Dance, With me now. Longtemps j’ai porté des chemises trop grandes (ce n’était pas un fashion statement). Un J’ai un paquet de Marlboro plein sur mon bureau maintenant.

200515, version 3 (9 juin 2015)

Termine lentement le premier tome du Journal de la crise, de Laurent Grisel. Dans le planning de lecture des jours, curieusement, et sans que je m’en rende compte réellement, ce texte a pris la place de la presse et de l’actualité. J’ai remplacé l’actualité par de l’actualité lue et ressentie à l’heure H dans le temps de l’écriture, mais avec neuf ans de retard. C’est une drôle d’expérience temporelle, et c’est une très belle lecture. La mélanger à avec l’instant T des dépêches et des lectures (Kerviel, le comité invisible), c’est stimulant.

Triste néanmoins aujourd’hui (non : mossade ). mossade ). Découragé, pas mal. Plus d’épaule, rien. Beaucoup d’expiration. Dépassé, marché dessus. J’envoie un texto. Je suis au fond de ma bouteille de Coke. Je réalise après plusieurs écoutes que Heroin, chanté par David Lang, c’est une Cover de l’Heroin du Velvet Underground. Du coup, maintenant, ça me dérange. J’écoute des trucs qui s’appellent s’appelles Les yeux de mes yeux, Atom Dance, With me now. Longtemps j’ai porté des chemises trop grandes (ce n’était pas un fashion statement). J’ai un paquet de Marlboro plein sur mon bureau maintenant désormais .

200515, version 2 (20 mai 2015)

Triste néanmoins aujourd’hui (non : mossade). Découragé, pas mal. Plus d’épaule, rien. Beaucoup d’expiration. Dépassé, marché dessus. J’envoie un texto. , j’envoie on peut se voir  ? Je suis au fond de ma bouteille de Coke. Je réalise après plusieurs écoutes que Heroin, chanté par David Lang, c’est une Cover de l’Heroin du Velvet Underground. Du coup, maintenant, ça me dérange. J’écoute des trucs qui s’appelles Les yeux de mes yeux, Atom Dance, With me now. Longtemps j’ai porté des chemises trop grandes (ce n’était pas un fashion statement). J’ai un paquet de Marlboro sur mon bureau désormais. C’est tout.

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