021118


Ikebukuro de jour VS Ikebukuro de nuit. Ici, semble-t-il, la plus grande librairie de la ville. Ce n’est pas très loin. Je cherche à ramener des souvenirs. Par exemple, de la poésie japonaise. Mais comment identifier la poésie dans une langue qu’on est juste totalement incapable de lire ? La qualité d’objet des livres a l’air ici moins poussée qu’en France (je parle des nouveautés commercialisées, pas d’antiquités comme des carnets ou des livres d’esquisses d’occasion qu’on a pu voir à Kyoto à des prix élevés). Là, ce sera plutôt de petits formats poches, [...1...], avec un papier plutôt lisse et fin. Pas de possibilité donc de repérer la poésie à son papier bouffant ou à ses typos comme (parfois) chez nous. Pas non plus de poètes errant comme des âmes en peine (avec ou sans écharpe) comme au Marché de la poésie. Cherchons plutôt ce qui a peu de mots sur la page et j’en trouve : c’est Sakutarō Hagiwara. Mais j’opterai néanmoins pour autre chose, une traduction japonaise des poèmes de Rimbaud pour ma mère. Pour mon père, Hokusai. Il y a d’autres traductions à cet étage : Moby dick, Cent ans de solitude, L’amant, Deleuze et Guattari, Freud. Et là, en trois ou quatre tomes : Ulysse. Non, je n’achèterai pas Ulysse en japonais. Si je l’écris, c’est bien que l’idée m’a traversé l’esprit. Entre un Pokemon Center et un immense Uniqlo (y acheter des t-shirt DBZ qu’on ne trouvera pas en France), un énième restaurant de ramen assez sobre, à moins de 500 yen le bol. Très bien. On en restera là pour Ikebukuro. Retour à Shinjuku pour apprécier la vue au sommet du TMG où nous n’avions pas pu monter la semaine dernière : la lumière est très douce et c’est la première fois en réalité qu’il nous est permis de nous faire une idée globale de la ville ; tout un corps construit, réseau de veines et d’artères en ciment et en câbles électriques. Dans l’avion, juste avant l’atterrissage, nous n’avions rien vu d’elle, Tokyo, juste un lent image par image d’écume et de monts, de vagues tissées du Pacifique. Nous y voilà enfin. Et c’est démesuré. Malheureusement, nous nous retrouvons encore à devoir rayer le Shinjuku Gyoen de nos listes : comme pas mal de lieux touristiques ici (musées, châteaux, monuments), et c’est un peu déconcertant pour nous, le parc ferme ses portes à 16 h. À la place, retour au Golden Gai que nous avions loupé la première fois. Et c’est comme de passer par inadvertance dans un genre de portail de verre nous ramenant en arrière dans le temps. Dans ce tout petit quartier composé de six rues, le temps s’est suspendu : c’est un vestige du Tokyo d’avant les bombardements de la seconde guerre mondiale. Des ruelles minuscules, des bâtiments à taille réduite (un ou deux étages), de micro-bars capables d’accueillir quelque chose comme quatre ou cinq clients à la fois. Certains refusent les non-habitués (guests). Et des portes à tomber. Rester bloqué dans le passé semble possible à condition de ne plus sortir d’ici. C’est tentant. C’est une parenthèse dans la frénésie que ça peut être, une ville, quand c’est vécu comme ça, avec ou sans violence mais dans un flux continu d’images, d’odeurs, de sensations d’une telle intensité. [...2...] K. au même endroit que la fois précédente, sous cet arbre, entre plusieurs concerts sauvages de jeunes chanteurs, accompagnés parfois à la guitare, qui chantent par exemple la chanson du film Your name, puis un bar dans lequel manger des fish and chips avec des baguettes (fish and chips with chopsticks) et une pinte de cidre. Un truc très léger et avec de la mousse. Puis ce sera traverser la rue pour un karaoké tous les trois. Un immeuble de six ou sept étages, chaque étage comprenant une quinzaine ou une vingtaine de petits aquariums comme celui où l’on se retrouve sur des canapés. Derrière, tu choisis une chanson sur une tablette et tu chantes dans un micro. Facile. Quand tu en es à parcourir les couloirs (en quête de boissons ou autre), tu entends de partout l’écho des chants des autres, c’est-à-dire avec la reverb, les basses, les voix discordantes, les rires, la chaleur, quoi. Mais, oh comme c’est dur de chanter au karaoké... De tous les trucs étranges que l’on a fait ici durant notre séjour, je crois que c’est celui pour lequel j’avais le plus d’appréhension. Mais on peut. Par exemple « Moonage daydream ». Puis, avec H. des chansons en japonais (K. ça le fait rire), comme par exemple « Zankoku na Tenshi no Tēze », le générique d’ouverture d’Evangelion, ou « The Real Folk Blues », le générique de fin de Cowboy Bebop. Avant de conclure par « Creep » car [...3...]. Sincèrement, quel putain de souvenir. Les heures s’écoulent à une vitesse terrifiante et, oui, nous perdons peu à peu pied dans le temps comme si nous étions resté là-bas, à notre insu, dans la bulle parallèle de Golden Gai. Le sens des réalités également, ça commence à nous échapper. Par exemple marcher dans les rues dans la nuée des éclairages, manger un morceau au McDo de minuit ([...4...]), acheter une bouteille de quoi, Smirnoff ? C’est comme ça que ça s’appelait ? Et une, comment il a dit ?, de sweet water [...5...]

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021118, version 5 (2 décembre 2018)

Ikebukuro de jour VS Ikebukuro de nuit. Ici, semble-t-il, la plus grande librairie de la ville. Ce n’est pas très loin. Je cherche à ramener des souvenirs. Par exemple, de la poésie japonaise. Mais comment identifier la poésie dans une langue qu’on est juste totalement incapable de lire ? La qualité d’objet des livres a l’air ici moins poussée qu’en France (je parle des nouveautés commercialisées, pas d’antiquités comme des carnets ou des livres d’esquisses d’occasion qu’on a pu voir à Kyoto à des prix élevés). Là, ce sera plutôt de petits formats poches, [...1...], avec un papier plutôt lisse et fin. Pas de possibilité donc de repérer la poésie à son papier bouffant ou à ses typos comme (parfois) chez nous. Pas non plus de poètes errant comme des âmes en peine (avec ou sans écharpe) comme au Marché de la poésie. Cherchons plutôt ce qui a peu de mots sur la page et j’en trouve : c’est Sakutarō Hagiwara. Mais j’opterai néanmoins pour autre chose, une traduction japonaise des poèmes de Rimbaud pour ma mère. Pour mon père, Hokusai Hokusaï . Il y a d’autres traductions à cet étage : Moby dick, Cent ans de solitude, L’amant, Deleuze et Guattari, Freud. Et là, en trois ou quatre tomes : Ulysse. Non, je n’achèterai pas Ulysse en japonais. Si je l’écris, c’est bien que l’idée m’a traversé l’esprit. Entre un Pokemon Center et un immense Uniqlo (y acheter des t-shirt DBZ qu’on ne trouvera pas en France), un énième restaurant de ramen assez sobre, à moins de 500 yen le bol. Très bien. On en restera là pour Ikebukuro. Retour à Shinjuku pour apprécier la vue au sommet du TMG où nous n’avions pas pu monter la semaine dernière : la lumière est très douce et c’est la première fois en réalité qu’il nous est permis de nous faire une idée globale de la ville ; tout un corps construit, réseau de veines et d’artères en ciment et en câbles électriques. Dans l’avion, juste avant l’atterrissage, nous n’avions rien vu d’elle, Tokyo, juste un lent image par image d’écume et de monts, de vagues tissées du Pacifique. Nous y voilà enfin. Et c’est démesuré. Malheureusement, nous nous retrouvons encore à devoir rayer le Shinjuku Gyoen de nos listes : comme pas mal de lieux touristiques ici (musées, châteaux, monuments), et c’est un peu déconcertant pour nous, le parc ferme ses portes à 16 h. À la place, retour au Golden Gai que nous avions loupé la première fois. Et c’est comme de passer par inadvertance dans un genre de portail de verre nous ramenant en arrière dans le temps. Dans ce tout petit quartier composé de six rues, le temps s’est suspendu : c’est un vestige du Tokyo d’avant les bombardements de la seconde guerre mondiale. Des ruelles minuscules, des bâtiments à taille réduite (un ou deux étages), de micro-bars capables d’accueillir quelque chose comme quatre ou cinq clients à la fois. Certains refusent les non-habitués (guests). Et des portes à tomber. Rester bloqué dans le passé semble possible à condition de ne plus sortir d’ici. C’est tentant. C’est une parenthèse dans la frénésie que ça peut être, une ville, quand c’est vécu comme ça, avec ou sans violence mais dans un flux continu d’images, d’odeurs, de sensations d’une telle intensité. [...2...] K. au même endroit que la fois précédente, sous cet arbre, entre plusieurs concerts sauvages de jeunes chanteurs, accompagnés parfois à la guitare, qui chantent par exemple la chanson du film Your name, puis un bar dans lequel manger des fish and chips avec des baguettes (fish and chips with chopsticks) et une pinte de cidre. Un truc très léger et avec de la mousse. Puis ce sera traverser la rue pour un karaoké tous les trois. Un immeuble de six ou sept étages, chaque étage comprenant une quinzaine ou une vingtaine de petits aquariums comme celui où l’on se retrouve sur des canapés. Derrière, tu choisis une chanson sur une tablette et tu chantes dans un micro. Facile. Quand tu en es à parcourir les couloirs (en quête de boissons ou autre), tu entends de partout l’écho des chants des autres, c’est-à-dire avec la reverb, les basses, les voix discordantes, les rires, la chaleur, quoi. Mais, oh comme c’est dur de chanter au karaoké... De tous les trucs étranges que l’on a fait ici durant notre séjour, je crois que c’est celui pour lequel j’avais le plus d’appréhension. Mais on peut. Par exemple « Moonage daydream ». Puis, avec H. des chansons en japonais (K. ça le fait rire), comme par exemple « Zankoku na Tenshi no Tēze », le générique d’ouverture d’Evangelion, ou « The Real Folk Blues », le générique de fin de Cowboy Bebop. Avant de conclure par « Creep » car [...3...]. Sincèrement, quel putain de souvenir. Les heures s’écoulent à une vitesse terrifiante et, oui, nous perdons peu à peu pied dans le temps comme si nous étions resté là-bas, à notre insu, dans la bulle parallèle de Golden Gai. Le sens des réalités également, ça commence à nous échapper. Par exemple marcher dans les rues dans la nuée des éclairages, manger un morceau au McDo de minuit ([...4...]), acheter une bouteille de quoi, Smirnoff ? C’est comme ça que ça s’appelait ? Et une, comment il a dit ?, de sweet water [...5...]

021118, version 4 (2 décembre 2018)

Ikebukuro de jour VS Ikebukuro de nuit. Ici, semble-t-il, la plus grande librairie de la ville. Ce n’est pas très loin. Je cherche à ramener des souvenirs. Par exemple, de la poésie japonaise. Mais comment identifier la poésie dans une langue qu’on est juste totalement incapable de lire ? La qualité d’objet des livres a l’air ici moins poussée qu’en France (je parle des nouveautés commercialisées, pas d’antiquités comme des carnets ou des livres d’esquisses d’occasion qu’on a pu voir à Kyoto à des prix élevés). Là, ce sera plutôt de petits formats poches, [...1...], avec un papier plutôt lisse et fin. Pas de possibilité donc de repérer la poésie à son papier bouffant ou à ses typos comme (parfois) chez nous. Pas non plus de poètes errant comme des âmes en peine (avec ou sans écharpe) comme au Marché de la poésie. Cherchons plutôt ce qui a peu de mots sur la page et j’en trouve : c’est Sakutarō Hagiwara. Mais j’opterai néanmoins pour autre chose, une traduction japonaise des poèmes de Rimbaud pour ma mère. Pour mon père, Hokusaï. Il y a d’autres traductions à cet étage : Moby dick, Cent ans de solitude, L’amant, Deleuze et Guattari, Freud. Et là, en trois ou quatre tomes : Ulysse. Non, je n’achèterai pas Ulysse en japonais. Si je l’écris, c’est bien que l’idée m’a traversé l’esprit. Entre un Pokemon Center et un immense Uniqlo (y acheter des t-shirt DBZ qu’on ne trouvera pas en France), un énième restaurant de ramen assez sobre, à moins de 500 yen le bol. Très bien. On en restera là pour Ikebukuro. Retour à Shinjuku pour apprécier la vue au sommet du TMG où nous n’avions pas pu monter la semaine dernière : la lumière est très douce et c’est la première fois en réalité qu’il nous est permis de nous faire une idée globale de la ville ; tout un corps construit, réseau de veines et d’artères en ciment et en câbles électriques. Dans l’avion, juste avant l’atterrissage, nous n’avions rien vu d’elle, Tokyo, juste un lent image par image d’écume et de monts, de vagues tissées du Pacifique. Nous y voilà enfin. Et c’est démesuré. Malheureusement, nous nous retrouvons encore à devoir rayer le Shinjuku Gyoen de nos listes : comme pas mal de lieux touristiques ici (musées, châteaux, monuments), et c’est un peu déconcertant pour nous, le parc ferme ses portes à 16 h. À la place, retour au Golden Gai que nous avions loupé la première fois. Et c’est comme de passer par inadvertance dans un genre de portail de verre nous ramenant en arrière dans le temps. Dans ce tout petit quartier composé de six rues, le temps s’est suspendu : c’est un vestige du Tokyo d’avant les bombardements de la seconde guerre mondiale. Des ruelles minuscules, des bâtiments à taille réduite (un ou deux étages), de micro-bars capables d’accueillir quelque chose comme quatre ou cinq clients à la fois. Certains refusent les non-habitués (guests). Et des portes à tomber. Rester bloqué dans le passé semble possible à condition de ne plus sortir d’ici. C’est tentant. C’est une parenthèse dans la frénésie que ça peut être, une ville, quand c’est vécu comme ça, avec ou sans violence mais dans un flux continu d’images, d’odeurs, de sensations d’une telle intensité. [...2...] K. au même endroit que la fois précédente, sous cet arbre, entre plusieurs concerts sauvages de jeunes chanteurs, accompagnés parfois à la guitare, qui chantent par exemple la chanson du film Your name, puis un bar dans lequel manger des fish and chips avec des baguettes (fish and chips with chopsticks) et une pinte de cidre. Un truc très léger et avec de la mousse. Puis ce sera traverser la rue pour un karaoké tous les trois. Un immeuble de six ou sept étages, chaque étage comprenant une quinzaine ou une vingtaine de petits aquariums comme celui où l’on se retrouve sur des canapés. Derrière, tu choisis une chanson sur une tablette et tu chantes dans un micro. Facile. Quand tu en es à parcourir les couloirs (en quête de boissons ou autre), tu entends de partout l’écho des chants des autres, c’est-à-dire avec la reverb, les basses, les voix discordantes, les rires, la chaleur, quoi. Mais, oh comme c’est dur de chanter au karaoké... De tous les trucs étranges que l’on a fait ici durant notre séjour, je crois que c’est celui pour lequel j’avais le plus d’appréhension. Mais on peut. Par exemple « Moonage daydream ». Puis, avec H. des chansons en japonais (K. ça le fait rire), comme par exemple « Zankoku na Tenshi no Tēze », le générique d’ouverture d’Evangelion, ou « The Real Folk Blues », le générique de fin de Cowboy Bebop. Avant de conclure par « Creep » car [...3...]. Sincèrement, quel putain de souvenir. Les heures s’écoulent à une vitesse terrifiante et, oui, nous perdons peu à peu pied dans le temps comme si nous étions resté là-bas, à notre insu, dans la bulle parallèle de Golden Gai. Le sens des réalités également, ça commence à nous échapper. Par exemple marcher dans les rues dans la nuée des éclairages, manger un morceau au McDo de minuit ([...4...]), acheter une bouteille de quoi, Smirnoff ? C’est comme ça que ça s’appelait ? Et une, comment il a dit ?, de sweet water [...5...]
Arthur Rimbaud, David Bowie, H., Radiohead, James Joyce, K., Père, Ailleurs, Mère, Yoko Kanno, Dragon Ball, Cowboy Bebop, Sakutarō Hagiwara
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021118, version 3 (2 décembre 2018)

021118, version 2 (5 novembre 2018)

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